‹ La femme et la guerreChapitre 5 sur 20 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

dog-me. Comme l'obus qui, en une seconde, démolit un pan de maison et découvre du haut en bas la coupe entière de l'immeuble hier encore absolument clos, de même la guerre a, d'un coup, éventré, déchiré, pulvérisé la façade solide en apparence et de style pourtant si honnête, si pompeux, si traditionnel, qui masquait depuis tant et tant d'années aux regards le mécanisme de la société bourgeoise.

Impossible aujourd'hui de dissimuler les tares invisibles jadis, parce que constamment replâtrées, du vieil édifice. Personne ne songe plus à les nier. On est surpris, désolé, d'avoir pu vivre si longtemps dans des conditions si contraires à la logique, à la raison.

La femme a été séparée par la guerre de son seul appui, gage de son présent et de son avenir, à elle et à ses enfants. Comment pourrait réagir une créature qui, d'un côté n'est plus en droit de compter sur le fruit du travail de son mari, et, de l'autre, ignore le travail ?

Evidemment, l'Etat donne l'allocation ou la pension, selon les cas. Il faut bien venir en aide à un être faible, qui ne vaut pas plus qu'un vieillard, un infirme ou un enfant. Mais cette

PHEFACE

charité, si généreusement accordée, — et d'ailleurs en rapport avec le grade du mari — que pèse-t-elle en face des lourdes charges delà vie?

En un livre beaucoup plus étendu, « L'/Io/nnie et la Femme», qui va paraître incessamment, j'ai longuement étudié les cause du malaise qui accable si lourdement la bourgeoisie, eu France et dans le^ autres pays civilisés. Et il m'a suffi de suivre les deux membres du couple humain à travers les phases successives de leur évolution, du berceau à la tombe, pour coostater que dans toutes les situations, la femme, — vierge, épouse, mère, veuve, aïeule ou divorcée — est toujours, systématiquement, sacrifiée à l'homme.

La guerre me confirme de plus en plus dans cette triste vérité.

Puissent les quelques idées exprimées en ces pages profiter à la vaillante phalange féminine dont la dignité, la lenue,en ces heures pénibles, rassure et réconforte I En dédiant ce livre aux mères françaises, j'ai voulu rendre un hommage de respectueuse admiration à celles qui

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