‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 19 sur 35 · CASE EE · texte numérisé non relu

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Mais s’il en a élé ainsi jusqu'à présent, il se dessine, depuis quelque temps, un mouvement tendant à faire sortir la femme de ce domaine propre et à supprimer les barrières un peu rigidés qui l'y maintiennent. C'est “e féminisme. Quelle est son organisation ? Quelles sont ses revendicalions ? C'est ce que nous allons exposer.

$ 1. — L'organisation du mouvement féministe.

Pour dire vrai, ce n'est pas seulement depuis peu de temps que le féminisme a fait son apparition. Dès l'époque romaine, on trouve un mouvement de ce genre, et cela, en dehors des opinions purement platoniques déjà émises par quelques philosophes. M. Gaston Boissier, à propos des dessous de la Conjuration de Catilina, écrit, en effet, ceci : « Peut-être, faut-il y voir aussi la révolte de femmes éprises d'émancipalion et qui cherchaient à opposer un idéal nouveau à celui de la matrone d'autrefois. Leur dessem est de conquérir toutes les attributions que d’injustes préJugés réservent ordinairement aux hommes... Elles veulent recevoir la même éducation, participer aux mêmes connaissances, Jour des mêmes libertés (1) ». Il faut avouer que c'est là un programme qui ne diffère pas

(1) G. Boissrer, £a Conjuration de Catilin«, les Annales politiques et littéraires du 10 décembre 1905.

sensiblement de celui qu'ont adoplé nos modernes féministes. |

Pourtant, il ne fait pas de doute que jusqu'au xIx° siècle, le mouvement n'était pas lancé. À la Révolution française de 1789, on essaya de faire suivre la Déclaration des Droits de l'Homme d’une autre Déclaration qui eût été celle des Droits de la Femme. C'était logique. Mais, malgré leur hardiesse et leurs idées enfiévrées, les ardents représentants du peuple rejetèrent purement et simplement cette proposition intempestive.

Lors de la Révolution de 1848, la question fut posée avec beaucoup plus de bruit et d'insistance. C’est que le féminisme était déjà en marche. Trois journaux de la cause parurent, au moins momentanément : La Voix des Femmes, dirigée par Eugénie Niboyet, l'Opinion des Femimes, inspirée par Jeanne Deroin et la Politique des Femmes. Un club fut fondé, « le Club des Femmes », ouvert le 11 mai 1848, boulevard Bonne-Nouvelle, transiéré Chaussée-d'Antin, puis Passage Jouffroy où il expira, après de vives et tumultueuses séances.

Le but de toute cette campagne était d'arriver à obtenir l'égalité politique des deux sexes. Malheureusement, des neuf cents membres de la Constituante, deux seulement, Victor Considérant et Pierre Leroux, se déclarèrent partisans de la réforme proposée (1). La tentative demeura sans résultat sérieux.

(1) Lucion Drscaves, Le Suffrage des Femmes. Le Journal du 20 avril 1906.

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Si l'échec se produisit sur ce point, les féministes n'en continuèrent pas moins leur campagne, faisant de nouveaux adeptes, recueillant des adhésions

ede plus en plus nombreuses. Citons Victor Hugo, qui, en 1853, sur la tombe de Louise Jullien, proscrite -comme lui à Jersey, lança cette prophétie : « Le dixhuitième siècle a proclamé les Droits de l'Homme, le xix° siècle proclamera les Droits de la Femme (1) ».

Peu à peu, le mouvement s'élargit, prit plus de force et d'importance. Mais en se généralisant ainsi, en s'étendant aux diverses classes de la société, il devait se ressentir des particularités de chaque milieu nouveau qu'il pénétrait. Inévitablement, pour se faire accepter, il devait subir une certaine adaptation qui le déformait plus ou moins. C’est pourquoi, au fur et à mesure qu'il gagnait du terrain et qu'il s’étendait sur -un plus grand nombre de gens, 1l perdait sa cohésion primitive, se divisait et voyait naître en lui des germes de dissensions intimes. Plusieurs tronçons se formèrent. Chacun d'eux demeura indépendant des autres. Parfois même, il v eut une rupture violente. Aussi, à l'heure actuelle, l'organisation du féminisme est-elle assez complexe.

On trouve les féministes qui se réclament du socialisme et empruntent à celui-e1 ses idées de révolution

(1) TurGEON, op. cit., t. [, p. 8,

violente (1). Ceux-là se préoccupent surtout du prolétariat féminin. C'est aux épouses ou filles d'ouvriers qu'ils s'adressent plus particulièrement. Ils s’attachent à lier le sort de la question féministe à celui de la question sociale. IIS s'efforcent de faire comprendre au prolétariat des deux sexes Ta communauté d'intérêts qui les oblige à unir leurs désirs et leurs forces. Ainsi, ils espèrent bénéficier de la victoire future du collectivisme sur la société actuelle où, pas plus que l'ouvrier, la femme n'a la place qu'elle mérite. « Le mouvement féministe doit être socialiste » ou «il ne sera pas », a-t1l été dit par Mile Bonnevial (2).

Pour beaucoup de gens, il ne paraît pas absolument indispensable de recourir à une véritable révolution pour amener les changements désirés.

Les féministes révolutionnaires ont vu naître, à côté d'eux, une sorte de féminisme bourgeois, moins belliqueux et plus modéré, ayant un idéal plus facile à réaliser et cherchant à y arriver par des voies moins violentes. Il y en a, 1l est vrai, qui, tout en étant des « Iéministes bourgeois », ne s'éloignent que de trèspeu des révolutionnaires précédents et qui, par leur ardeur contre le sexe masculin, par leur intransi-

seance el leur langage violent, ne se séparent guè-

(1) M'e Louise Michel, Paule Mink, Aline Valette, Seraphine Pajaud, Bonnevia!, MM. Viviani, Jules Renard, cte, (2) TURGEON, op. cit,, t. I, p. 55!

re de ceux qui rêvent d'un bouleversement général de la société mais qui, pour le moment, se contentent d'une impétuosité purement verbale. Ces. #bourgeoises se distinguent à l'avant-garde du féminisme par le radicalisme de leurs opinions et la hardiesse de leur propagande. « Que la femme meure plutôt que de subir la protection de l'homme qui la lui fait paver par son esclavage ou son déshonneur ! (1) »

Plus opportuniste et moins intransigeante est la majorité des groupements féministes (2).

Mais il est un milieu dans lequel on ne se serait guère attendu à voir se développer le féminisme. C'est le milieu religieux. La morale chrétienne est faite d'humilité et de résignation : elle place, au-dessus de tout, l'âme, la vie intérieure et enseigne un certain dédain pour le côté extérieur et matériel de notre existence terrestre. Du reste, tant par la facon dont elle explique la création de la première femme — par une simple côte d'Adam, par un os « surnuméraire (3) » — que par sa conceplion de la chute originelle dont

elle rejette toute la faute sur Eve, l'Eglise a toujours

(1) Mrs Emilia Mariani cité par TURGEON, op. cit., t. I, p. 94.

(2} La « Société pour l'amélioration du sort de la Femme « avec Me Feresse-Deraisme pour présidente; l' « Égalité » avec Me Vincent, ete. Avec les journaux : « L’Avant-Courrière », le « Journal des Femmes », la « Française ».

(3) Bossuet cité par TurGEON, t. I, p. 60,

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paru considérer la femme comme essentiellement inférieure à l'homme. Cependant, protestants et catholiques ont également pris part au mouvement. Du côté catholique, la « Société des Féministes chrétiennes » a pour organe le Féminisme chrélien et pour directrices, Mlle Marie Maugerel et Mme Marie Duclos. La Femme, publication fondée par Mile Sarah Monod et dirigée par Mile Sabatier, est le bulletin des protestantes.

Ainsi, tous les milieux participent au mouvement. Le Féminisme a des adhérents aussi bien parmi les riches aristocrates que parmi les plébéiennes pauvres et aigries par le malheur ; aussi bien parmi les âmes pieuses que parmi les libre-penseurs. Les idées nouvelles ont peu à peu pénétré les diverses couches sociales.

Cela explique, comme nous l'avons dit, que le mouvement se soit divisé en courants rivaux et contraires. Mais les féministes ne pouvaient laisser la désunion paralyser tous leurs efforts. On s’est préoccupé de réunir les différents tronçons jusqu'à présent s6parés les uns des autres.

En 1900, à l'occasion de l'Exposition internationale de Paris, on a profité de la multiplication des congrès généraux et récapitulatifs de l'œuvre accomplie pendant le siècle finissant pour essayer de réunir toutes les œuvres féminisies en une seule assemblée. La tentative échoua. Il y eut trois congrès au lieu d'un seul. À eux trois, ils représentaient assez bien

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