‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 21 sur 35 · RUE · texte numérisé non relu

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grossissant (1). » Quelles sont ces opinions ? Où mène ce courant ?

$2. = Les tendances du mouvement féministe.

La variété des milieux où se développe le féminisme à pour conséquence d'en faire un mélange d'idées peu homogènes. Il est possible, cependant, d'en analyser quelques traits généraux et de déterminer Ja direction d'ensemble du mouvement.

Les féministes veulent, avant tout, relever la femme, la tirer de l'infériorité manifeste où on l’a tenue jusqu'ici. On n'a accordé à celle-ci qu'une instruction restreinte : on l’a laissée ignorante de la plus grande parue des dernières acquisitions de Ja science ; on continue à employer pour elle d'archaïques méthodes d'éducation. I faut réformer tout cela, dit-on. I faut donner à la jeune fille un enseignement complet, garnir son cerveau de choses solides et faire de son esprit l’égal de celui de l'homme. Il n'y a pas de raisons pour que la femme se voie interdire de « savoir » ce que l'homme sait. La condamner à l'ignorance serait vraiment peu digne de notre siècle de lumière. I faut que la femme suive et aide son époux dans l'ascension vers la Vérité pure. « À nous la vie intense, sans en-

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(1) TURGEON, op. cit., t. I, p. 111,

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traves, le libre développement, la forte éducation, notre part de l'héritage commun et, dans quelques siècles, on verra si nous avons marché ! (1) ».

La gauche féministe va plus loin et, pour faciliter

cette égalité d'instruction, réclame la co-instruction :

ou même la co-éducation des sexes. Mômes études,

mêmes exercices, même vie, n'est-ce pas le meilleur

moyen de donner à chacun un égal développement ? C'est ce qu'ont admis les Américains ; chez eux, les collèges mixtes sont très-nombreux et tous ceux qui vont les visiter en reviennent émerveillés. M. Buisson, dans son rapport officiel sur l'instruction à l'Exposition de Philadelphie, n’est pas un des moindres admirateurs du système. « Enfants, ils ne s'étonnent pas d’avoir en commun le travail et le Jeu ; adolescents, ils continuent de se trouver ensemble sans surprise et sans trouble. Ainsi se trouve résolu, pour l’Amérique, par la transition insensible de l'enfance à la jeunesse, un des plus graves problèmes de l’éducation morale (1). »

La co-éducation est moralisatrice et, ajoute-t-on, au point de vue purement éducatif, elle a encore les conséquences les plus heureuses. Dans ces écoles mixtes, « les rapports journaliers adoucissent les contrastes, les harmonisent l’un par l’autre... les garcons

(1) M Kaethe Schirmacher, citée par TuRGEOoN, op. cit., t. I, p. 323.

(8) TURGEON, op. cit., t. I, p. 282,

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deviennent moins brusques, moins secs, plus délicats, plus gracieux ; les jeunes filles plus franches d'allure et moins légères d'esprit, moins perdues dans les Éhiffons (1) ».

$ Pourquoi, dit-on encore, faire de la femme une - créature à marier et uniquement à cela ? On accorde à l'homme le droit d'être célibataire et la question de savoir s'il est marié ou non est généralement considérée comme étant des plus secondaires (?). Au contraire, la femme est vouée au mariage.

C’est là son emploi « naturel. ». Quand elle ne réussit pas à trouver un mari, on la considère un peu comme ayant manqué sa vie. Elle est pourtant un individu. Elle a en elle-même sa raison d'être. Elle doit avoir le choix de se donner un compagnon de vie ou de développer sa personnalité dans l'isolement. Et si elle s'associe à un époux, elle doit, dans ce contrat, rester une associée égale en dignité et en valeur au mari qu'elle a librement choisi. Elle ne doit pas s'abandonner docilement à la direction et aux soins de celui-ci. Il faut qu'elle se hhère de cette dépendance dans laquelle on la maintient. Jeune fille, il faut qu'elle soit délivrée de cette obsession coercitive du mariage. Epouse, il faut qu'elle cesse d’être une « entretenue (3). » Pour en arriver là, pour conquérir la

(1) Paul Delon, cité par TURGEON, op. cit., t, I, p. 280.

(2) On l’appelle toujours Monsieur. La Femme, au contraire, est tantôt madame, tantôt mademoiselle,

(3) TURGEON, op. cit , t. I, p. 81.

place qui lui revient dans la société, elle n'a qu'un moyen à sa disposition, le travail. Il faut que les femmes reprennent conscience de leur dignité et qu'elles s'habituent à gagner leur vie.

En fait, on constate que le sexe féminin envahit de plus en plus l'industrie, le commerce et l'agriculture. Le tableau suivant indique la progression du nombre de femmes employées dans chacune de ces professions, de 1866 à 1896.

En 1866 En 1896 IIOMMES KEMMES HOMMES KEMMES

Agriculture... 4.627.784 1.567.545 5.670.955 2.750.364 Industrie... 3.349.563 1 366.942 4.194.545 92.178.894 Lommeree . . . 414.061 158.765 619.715 296.817

Cela fait une augmentalion de 70 pour 100, pour le sexe féminin, au lieu de 25 pour 100 seulement, pour le sexe masculin. La différence de proportion est énorme. Elle indique clairement Ia nouvelle tendance du sexe féminin. C'est cette tendance que les léminisies voudraient vou S'accentuer, de façon à ee que la femme acquière lindépendance nécessaire à tout individu. Le travail est, à leurs yeux, le seul moyen de régénérer la femme.

I serait donc à désirer, dit-on, que les lois lui don-

(D Resultats statistiques du Recensement de 1896, t. IX, pu.

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