‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 22 sur 35 · APR · texte numérisé non relu

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nent les facilités les plus larges. La liberté du travail est un des droits individuels les plus imprescriptibles et les plus indiscutables. La Révolution Îrançaise l'a proclamé et si, aujourd'hui, on s’avisait d'y porter atteinte, en ce qui concerne le sexe masculin, un nouveau bouleversement social se produirait presque sûrement. Malheureusement, le sexe masculin ne se soucie guère que de lui-même et il trouve tout naturel que ce qu'il trouve souverainement injuste et insupportable pour Lui soit imposé à l’autre sexe. Ayant obtenu, pour lui-même, la hberté de travailler et de choisir son travail, 11 Lui a paru naturel que les femmes se voient, au contraire, soumises à un certain nombre de prohibitions plus où moins vexatoires.

Les féministes réclament donc l'accès de toutes les professions, sans distinction. Toutes les barrières qui existent actuellement doivent être supprimées. C'est aux femmes elles-mêmes de choisir l'emploi convenant le mieux à leur activité.

IL est à remarquer, du reste, que dans les prolessions où elles sont admises, les travailleuses ont toujours une rémunération inférieure à celle dont bénéficient leurs compagnons du sexe fort. À travail égal, salaire inégal et toujours plus faible pour les femmes, telle est la règle normale. Les ouvrières touchent en général un salaire inférieur d'un tiers à celui des ouvriers ; cette infériorité va parfois Jusqu'à la moitié. L'Etat lui-même procède de cette facon inique pour rétribuer ses employées et il est à craindre que

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si les événements le poussent à fixer, comme le réclament les collectivistes, un minimum de salaire en France, il sanctionne purement et simplement l'état de choses actuel.

Comme il est facile de le comprendre, les féministes s’attaquent au mariage tel qu’il est institué aujourd'hui. Par le mariage, disent-ils, la femme devient encore moins que ce qu'elle était dans le célibat.

Dans ce dernier état, elle était, au moins, considérée comme un individu, individu taré, il est vrai, de différentes infériorités mais, enfin, jouissant de la plénitude de sa petite personnalité. En prenant un époux, elle est frappée d'une véritable déchéance. Elle devient le pâle reflet du mari. Sa personnalité s'efface derrière celle de ce dernier ; elle disparaît en tant qu'individu. Elle perd son nom et on ne la désigne plus que par rapport à son conjoint. Elle perd sa nationalité(1). Elle ne conserve plus la faculté de résider où 11 Iui plaît ; elle doit suivre son époux « partout où il Juge à propos de résider (2). » Elle est dépouillée du droit de s'occuper de sa fortune. Elle perd même la libre possession de sa personne, la direction de sa propre vie, le droit de régler ses actes et ses pensées ; la loi lui donne un maître auquel elle doit obéissance (3). C’est une déchéance com-

(1) Article 12 du Code civil.

(2) Article 214 du Code civil.

(3) Article 213 du Code civil.

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plète, un assujettissement absolu. Stuart Mill avait-il tort de prononcer cette parole si souvent citée : « Le mariage est à présent le seul esclavage reconnu par

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Avant tout, ces dames posent ce principe que la femme est une personne égale à l’homme. Par conséquent, le mariage, association de deux êtres égaux, doit placer chacun des associés sur le même plan. Toute mesure qui tend à subordonner l’un à l’autre ne peut être justifiée. « Un ordre est une humiliation. Qui a obéi est un capilis minor », a dit Renan (2). Cela est vrai, quel que soit le sexe. Les hommes l'ont admis pour eux-mêmes et les peuples ont mené de longues luttes pour se débarrasser des tyrannies humiliantes. Il faut maintenant faire passer cette vérité dans la famille. « Nous avons à assurer l’abdication de ce roi conjugal qu'est le mari et l’avènement de cette citoyenne qu'est la femme ; en un mot, nous avons à faire du mariage une république (3). »

Les féministes avouent, d’ailleurs, que contre ce servage légal d'aujourd'hui, la femme lutte avec assez de succès. Grâce à sa souplesse et à sa ruse, elle arrive très bien à échapper à la tyrannie de son époux

(1) Stuart Mir, L'Assujettissement de la Femme, cité par Turgeon, op. cit., t. II, p. 178.

(2) Renan, Souvenir d'enfance et de jeunesse, p. 189.

(3) M. Le Foyer, Congrès international de la condition et des droits de la femme, cité par Turgeon, op. cit., t. IN, p. 823.

et même, par une juste réciprocilé, à imposer à celuici sa propre volonté. Cet article 213 du Code civil est tellement inique, tellement absurde et contraire aux lois de la nature, qu'il reste lettre morte. Ne serait-1l pas plus raisonnable de le supprimer ? Il est toujours regrettable que le législateur se voie ainsi rire au nez.

Les féministes demandent donc la suppression de toute sujétion et le rétablissement de tons les droits de l'épouse, En 1900, le Congrès international de la Condition et des Droits de la Femme a émis plusieurs vœux dans cet ordre d'idées, [Il a réclamé, pour la femme, le droit de conserver, par une déclaration faite, le jour du mariage, à l'officier d'état-cmvil, sa nationalité d'origine ; la faculté de garder son nom patronymique « alin de sauvegarder son individualité, sa liberté et ses intérêts » ; la possibilité de demander au juge de paix « l'autorisation d’avoir une résidence séparée de celle du mari ».

Mais il est une rélorme plus importante que poursuit l'unanimité des féministes. C’est la modification du régime matrimonial de droit commun. Actuellement, en France, si les conjoints ne choisissent pas expressément un aulre régime, les biens de chacun de ceux-ci sont fondus en une seule masse. Seuls, quelques immeubles restent la propriété personnelle des époux (1). Tout le surplus vient se perdre dans le

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(1) Les immeubles possédés avant le mariage ou recueillis depuis par succession, donation, remploi et licitation.

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