‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 23 sur 35 · VON · texte numérisé non relu

VON

‘fonds commun. Les époux unissent leurs personnes : il est logique, dit-on, qu'ils unissent aussi leurs hourses. En eflet, mais ce fonds commun, ainsi alimenté,

par les deux conjoints, est à la libre disposition d'un seul, le mari, bien entendu, Celui-ci peut faire des biens indivis ce qu'il lui plaît. La femme n’a absolument aucun contrôle à exercer. Dans ces biens, il y a

| pourtant sa part : 1] Y a même, assez souvent, Je

fruit de son travail quotidien. Elle n'y a aucun droit,

Pour modifier cette situalion, on réclame le changement du système matrimonial (1). Il faut, dit-on, < comme régime de droit commun, substituer à la communauté pure et simple, la séparation de biens où chacun des époux a l'administration de ses propres biens. D’autres pays ont déjà accompli cette réforme, l'Allemagne notamment. Il ne faut pas rester plus longtemps en arrière.

bRbL 2.2 dal in Ÿ LA

nu à.

Les féministes réclament encore la suppression de l'incapacité civile qui, on ne sait trop pourquoi, frap-

(1) Les lois du 9 avril 1881 et du 20 juillet 1893 permettent à la femme de placer son argent à la caisse d'épargne et de l’en retirer sans le concours du mari. Mais le droit de celui-ci de venir tout rafier est maintenu. La loi du 20 juillet 1886, celle du 1® avril 1898 ont également permis à la femme d'effectuer des versements à la Caisse nationale des retraites pour la vieillesse et aux Sociétés de secours mutuels. Enfin, le 25 février 1896, la Chambre des députés a adopté une proposition de loi de M. Goirand, accordant à la femme « le droit de recevoir, sans le concours de son mari, les somimes provenant de -son ‘travail personnel et d'en disposer librement ». Il y a dix ans que l’on attend le vote du Sénat, »

pe la femme sous tous les régimes matrimoniaux, méme contractuels, et qui l’oblige à solliciter l’autorisation de son mari pour faire le moindre acte Juridique (1). |

De même, on émet le vœu que « durant le mariage, le père et la mère aient les mêmes droits sur la personne et les biens de leurs enfants (2). » Aujourd'hui, seul ,le père a autorité sur l'enfant (3) et seul, 1l a la jouissance de ses biens (4). Ces droits ne passent à la femme qu'après le décès du père et, encore, celui-ci a-t-il le droit de lui donner « un conseil spécial sans l'avis duquel elle ne pourra faire aucun acte relatif à la tutelle. »

On demande que, lorsque la femme épouse un homme de religion différente de la sienne et qu’elle a fait insérer, dans le contrat de mariage, une clause en vertu de laquelle les enfants à naître seront élevés dans ses propres croyances, cette clause, une fois acceptée, soit respectée et non soumise à la bonne volonté du mari.

Enfin, on proteste contre l'inégalité de traitements que fait la loi à l'épouse adultère, suivant que le coupable est l’homme ou la femme. Est-ce cette dermère ? la peine est celle de l’'emprisonnement et une

(1) Art. 373 C. civ.

(2) Art: 384 C. civ.

(3) Art. 215"et 217 C."civ.

(4) Vœu émis en 1900 par le Congrès des œuvres et institutions féminines, cité par TURGEON, op. cit. t. II p. 373.

seule faute suffit (1). Si, au contraire, il s’agit du mari, aucune sanction légale n'existe tant que celui-ci n'aura pas « entretenu une concubine dans la maison conjugale (2) ». Toute liberté lui est laissée en dehors de ce cas spécial et s'il arrive à commettre cette faute, ainsi libéralement définie, les juges ne pourront lui infliger qu'une amende de 100 francs.

1 Qui ne connaît cet autre article du Code pénal, l’ar-

f tlcie 324, qui déclare « excusable », dans le cas d’a-

dultère prévu par l'article 336, le meurtre commis par

l'époux sur son épouse. On croit rêver, s’écrient les féministes, en lisant de pareilles choses (3). Inutile d'ajouter qu'une semblable faveur est refusée aux femmes qui, d’ailleurs, la repoussent avec indignaton. C'est préciséement la suppression de ces procédés barbares, la disparition de ce régime d’oppression et l'avènement d'une ère de justice et d'égalité que poursuit le féminisme. À chacun des droits égaux et seulement des droits respectant la personne humaine, telle devra être, dans l'avenir, la situation des deux

époux.

On voit que le féminisme ne ménage guère ses critiques contre l'institution du mariage telle qu'elle est

(D) Art.337% CG: pér.

(2: Art. 339 C.pén.

(3) 11 faut remarquer pourtant que « excusable », en langage juridique, ne signifie pas absolution et impunité, mais seulement réduction de la peine applicable.

orgäfisée à l'heure actuelle. Il était inévitable que céfidins poussent leurs revendications plus loin et que le matiage soit attaqué pour lui-même. D'ailleurs, aujourd'hui, lé mariage h'offre aux « femmes houvélles » qu'une situation subordonnée, où leur indépendance et leur dignité se trouvent dépouillées de touté garantie. Potr conserver leur « moi » imtact, elles h'ünt done à choisir qu'entre le célibat ou l'uion libre : fester célibataires ou s'associer à ün homie ën dehofs de la loi. Ce derhier parti plait à beaucoup. Aujourd'hui, pour certains, c’est la vraie solüilion de l'avenir. On lui a donné des justilications « scientifiques » : « L'amour entre deux êtres est-1l élertiel ? Non. Le mariage est-il élernel ? Oui. Conclusion : à uit moment donné, mariage et amour ne sünt plus Synonyines. Autrement dit, le lien subsiste entre les conjoints, tandis que sa räison d'être a disparu. Le matiage, tel qu'on le comprend, est conlrairé à toute logique, à tout bonheur. Il ‘est l’une des plus grosses et des plus criminelles erreurs sur lesquelles l'humanité vit depuis ses origines (1). » L'amour est passager ; l'union doit, elle aussi, être passagère ét révocable à volonté. Il faut 8e conforter à Ja nature et noti contrarier ses lois.

Parmi les féministes, ce sont surtout les hommes

(1) Armand Carpentier, L'Écangile du Bonheur cité par TURGEON, op. cit. t. II p, 234,

qui placént l'union libfe, aussi largement définie, parmi leurs révendications. Les femmes, même très avancées, éprouvent généralement une certaine mélance pour une semblable liberté. Elles sentent que la lassitude « envahira plus tôt le cœur de l’homme que le cœur de la femme, celle-ci vieillissant plus rapidement que celui-là (1) » et que, de cette façon, elles risquent fort d'être sacriliées au caprice de leur associé. C'est ce qui a fait dire à M. Turgeon que « l'union libre, c'est le féminisme des hommes (2) ». Les femmes voudraient apporter à cette liberté trop absolue quelques restrictions, au moins de forme, et conserver au mariage un peu de sa stabilité actuélle. Îl suffit, pour elles, de faire disparaître le caractère perpétuel et indissoluble de l'institution ; il suffit de facilier le divorce. C'est ainsi qu'en 1900, le Congrès international dé la Condition et des Droits dé la Fciñime émit lé vœu « qué le divorce démañdé par un soul, fût autorisé, au bout de trois années, quañd la volonté dé divorcer aura été exprimée trois fois à une année d'intervalle (3) ». On subordonne ainsi la rupture de l'Association à la persistance, pendant un certain délai, de la volonté de cette rupture. De cette

(1) Viviani, Congrès de la Condition et des Droits de la Femme, septembre 1900, cité par TURGEON op. cit,

(2) TURGEON, op. cit. t. II p. 318.

(3) TURGEGN op. cit. IT. p. 328,

facon, pense-t-on, la nouvelle union garantirait cha- ‘cun contre les caprices par trop fantaisistes de son co-associé et, en même temps, assurerait à tous l’usage des droits dont aucun être humain ne saurait être dépouillé.

Voilà bien des réformes, et encore, n’avons-nous indiqué que les principales. Leur nombre et les importantes conséquences qui en découlent rendent assez sceptiques les féministes eux-mêmes au sujet de leur prochaine réalisation.

Celle-ci dépend, en effet, de la bonne volonté du sexe fort. C’est lui qui, Jusqu'à présent, confectionne les lois et en assure l'exécution. Il domine et dirige tous les rouages sociaux. Il est le maître.

Comment, avec l'absence d’altruisme qui le caractérise, pourrait-il s'occuper sérieusement d'améliorer le sort des malheureuses épouses, mères et vieilles filles ?

La situation ne changera pas, disent les féministes, lant que l’on n'aura pas réussi à conquérir une réforme qui domine toutes les autres et qui en eët la condition indispensable; c'est la concession à la femme des droits politiques. C'est là qu'il faut frapper c'est dans celle direction que le mouvement féministe doit pointer son effort. Ce succès obtenu, tout le reste suivra avec rapidité.

den die à Dane d'A dal ES) NL A ja Rh

Aussi les féministes ont-ils entrepris sa conquête (1). Naturellement, pour la plupart, l'égalité politique ne. comprend pas seulement l'électorat, mais encore l’éligibilité. Ce sont là deux conséquences d'un seul et même principe, celui de l'égalité des sexes.

S 3. — En quoi le mouvement féministe est un mal.

Que la femme cherche à se relever un peu, qu'elle :

veuille s'améliorer elle-même et qu’elle demande à l'homme de cesser de s'y opposer, on ne peut vraiment s'en offusquer. On ne peut qu'être très-heureux de la voir s’insurger « contre ses propres défauts, qu'elle ne laisse pas d’avoir assez naturellement et que, par certains calculs plus ou moins conscients, les hommes ont très complaisamment cultivés, entreie-

(1) Le droit de vote aux élections provinciales est accordé aux femmes en Angleterre, en Prusse, en Basse-Autriche, en Italie, en Russie. Le droit de participer aux élections législatives a été conquis en Australie, en Nouvelle-Zélande, dans quatre états de

.- PVUnion des Etats-Unis d'Amérique (Colcrado, Utals, Wyomings et

Idaho), en Finlande depuis la dernière charte. En Italie, la commission provinciale d'Ancône avait porté comme électrices, sur leur demande, plusieurs institutrices de Senigallia ct Montemarciano ; sur le recours du Procureur du roi, la Cour d’appel d’Ancône a, en juillet 1906, validé cette inscription (La Femme du 20 novembre 1906). En France, avant la Révolution, il suffisait à la femme noble

de posséder un fief pour pouvoir prendre part au vote des Etats-

généraux (ESMEIN, Histoire du droit français, 6° édit. p. 495.}

nus ét développés en elle : la femme faible de cœur et de pensée, frivole, coquette, aimant les hommages, lesquels sont d'agréables insultes, folle de toilette et de talents d'agrément, ne songeant qu'à plaire, n'ayant d'autre pensée que de séduire et d'être courtisée et composant, dans cet esprit, sa vie tout entière. C'est contre cette femme-là qu'un certain nombre de femmes se sont insurgées (1) ». De sorte que, sur ce point, le féminisme est « une insurrection de la femme, non pas contre l'homme, mais contre elle-même ». Il faudrait être bien susceptible pour se refuser à applaudir à cette insurrection.

Mais il faut faire plus. I faut, comme le demandent ces dames, cesser de s'opposer à ce perfectionnement d'elles-mêmes. 11 faut les aider dans leur ascension. Le sexe fort s'est arrogé sur elles des potüvoirs excessifs. Il ressemble par trop à un maïtre despotique. Il suffit, pour s'en convaincre, de se souvenir de quelques-uns de ses privilèges; de ce système d’administralion des biens communs qui est une véritable spolialion de la fenime au profit du mari : de cette incapacilé absolue qui frappe la femme mariée et l'assimile à l'enfant mineur : de cette « excuse » que l'homme s'est accordée pour le meurtre qu'il peut commettre sur la personne de son épouse adultère, ete... Tout cela manque de justification. Une semblable su-

(1) E. Facuer, Les Annales politiques et littéraires, 25 mars 1906,

L L Rue

Page 1