‹ La Femme et le FonctionnarismeChapitre 29 sur 35 · ADR · texte numérisé non relu

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parésse moelleuse. Mieux vaut endormir une éner-

gie trop ardente qu'essayer de la briser brutalement. C'est l’élernelle’ victoire de la faiblesse amollissante sur la force puissante. Les Jeunes mâles exubérants qui ont envahi les bureaux de l'Etat moderne ne sont maintenus bien disciplinés et bien sages que grâce à l'influence lénifiante d'une profession de tvpe féminin.

Certes, dans sa lutte contre le principe d'énergie qui le menace, l'Elat a de nombreuses chances de garder longtemps la victoire. Mais la défaite est grave pour Île sexe masculin. Celui-ci place ses meilleurs

sujets dans les bureaux officiels : il confie à l'Etat

son élite, 1l lui donne le meilleur de lui-même. L'Etat prend tout. Mais à cette élite, 11 s'empresse de rogner les ailes trop longues. Il accepte tous ces jeunes gens pleins de vie : mais, comme il n'a que faire de cet excédent de vitalhté, 11 le fait disparaître. Tout cela est anéanti, perdu pour le sexe masculin.

Celui-ci ne se rebule pas. La nature généreuse lui renouvelle progressivement cette énergie qu'on lui à soulirée, Aussitôt, il va offrir ses forces fraîches aux administrations. Insatiables, celles-ci absorbent, ensouffrent toujours. La succion est continue et indéfinie. L'œuvre de « dévirilisation » du sexe masculin se poursuit sans arrêt, de plus en plus accélérée.

La réaction de l'Etat ne borne pas là sa portée. Elle ne touche pas seulement les individus qui sont entrés

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dans ses cadres, elle atteint encore tous ceux qui subissent l'effrayante attraction de la bureaucratie. Chacun sait combien ceux-là sont nombreux.

Il y a un excès de candidats aux fonctions publiques. Un très-grand nombre de jeunes gens essayent d'échapper aux professions auxquelles le sort les avait destinés, s’acharnent, pendant de longues années, à forcer la porte des bureaux officiels, puis, Jugés par ceux-ci indignes de ce grand honneur, sont rejetés et ramenés aux occupations qu'ils auraient voulu quitter. Malheureusement, ils n'y reviennent pas tels qu'ils en étaient partis. Is ont subi une trop longue préparation aux emplois administratifs. Ts se sont trop approchés des bureaux. Ils en ont respiré l'air de trop près. Is y ont contracté le germe morbide. Ils en rapportent une mentalité altérée et imprégnée de nouvelles idées. Et le mal fera, chez eux, d'autant plus de progrès que le ail seul de leur échec démonlre qu'ils étaient les moins forts de ceux qui se sont présentés, c'est-à-dire les moins bien disposés pour résister à la réaction deprimante de l'administration.

De plus, s'il v a trop de candidats-fonctionnaires, il y a encore davantage de gens qui auraient voulu l'être. Is n'ont jamais fait acte de candidat, mais les circonstances seules les en ont empêchés. Ceux-là aussi subissent le charme attirant de l'Etat. EL ceuxla aussi subissent plus où moins sen influence néfaste. Ils n'ont pas cédé au charme : les circonstances Jes ont retenus à leur place naturelle, mais l'effet de

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l'atlraction n'en est pas moins réel. Parce qu'un tor-

rent n'a pas réussi à déraciner les arbres qu'il rencontre sur sa route, cela ne veut pas dire que ceux-ci

ne se soient pas ressenti de leur situation anormale. De même, le courant qui entraîne les individus vers l'Etat affecte ceux-là même qui lui résistent.

La bureaucratie possède, dans toute la France, un prestige colossal. Comme tout ce qui paraît « supérieur », elle est imitée, copiée. Par une sorte de suggestion, les individus, même éloignés d'elle, se font à son image. D'eux-mêmes ils s’efféminent.

Directement ou indirectement, la réaction de la

- machine administrative atteint la presqu'unanimité

du sexe masculin. Celui-ci, presque dans son entier, est soumis à son influence épuisante. Peu à peu, il se voit soulirer le meilleur de lui-même. Peu à peu, ses forces diminuent. Progressivement, son énergie s'étiole, sa virilité se dissout : il s'effémine.

C'est là le vrai caractère de la crise du fonctionnarisme. Nous disions au chapitre I que cette crise consislait en un trop grand nombre de candidats-fonctionnaires, où mieux, en une trop forte attraction exercée par les emplois de FElat sur la nation. Le fait que cet emploi administralif a un caractère féininin donne à la crise une portée encore plus grande que celle qui a déjà été signalée. Ce n'est plus une simple rupture de l'équilibre qui doit exister entre les diverses branches de l’activié du pays, c’est une atteinte aux qualités essentielles de ses membres.

$ 3. — Solution nalurelle des deux crises.

Comment remédier aux deux crises que nous venons d'analyser ? Contre le fonclionnarisme, on fait de multiples proposilions. Les uns s'en prennent à la race, au caractère vaniteux du français. Si celuiei à une telle passion pour la fonction publique c'est que celle-ci « n'est pas seulement un gagne-pain ; c'est en même temps un honneur (1) ». On a donc voulu corriger celte déplorable vanité. On a préconisé la rélorme de nos méthodes d'éducation et, en parhicuher, la suppression de la méthode émulative en usage dans tous nos collèges (2). On a recommandé l'emploi des méthodes anglo-saxonnes qui, cherchant à « translormer les enfants en hommes, les traitent comme des hommes (3). » On a voulu refondre toute notre organisation scolaire, supprimer l'étude des langues mortes, &évelopper le goût des langues vivantes, des plaisirs sportifs, ete.

Toutes ces réformes peuvent être excellentes. Mais quand produront-elles leurs effets ? Dans combien

(LU Edmord Haraucourr, Les Annales politiques et littéraires, ti fovrier 1906.

() Devouxs. De la supériorité des anglo-saæons, p. 66.

(5) Deuouns. Op. eit, p. 66.

4 Es est-il nee démontre que nous ayions aveniage à abdiquer notre race, à renoncer à notre originalité et à nous transformer en « anglo-saxons » ? I y a Jà de quoi justifier amplement l'hésilation de notre Université nationale à mettre en pratique ces réformes ae on lui propose. Pour ne pas risquer de Lomber dans un danger aussi grave, certains refusent d'accepter des remèdes d'une portée trop profonde et préfèrent atteindre Je mal directement. Pour eux, il faut s'en prendre aux jeunes candidats eux-mêmes. C'est sur eux, sur leurs familles, qu'il faut agir. M. Jules Lemaître propose de créer un préjugé contre le fonclionnarisme et « de propager cette opinion que, dans l'état actuel des choses, 1} est souvent le refuge des jeunes gens pas - bien forts, pas bien intelligents, pas bien hardis, pas bien soucieux de leur indépendance ni de leur dignité ». Avec confiance, il fait la recommandation suivante : « Quand on dira devant vous : « je destine ce - gamin- -là à Polytechnique » et que la mère s'excilera d'avance sur l'épée et le chapeau à claque, gardezvous de tout sourire complaisant (1). ». On peut toujours suivre la recommandation. Mais, en ce qui concerne la régénération de la France, il est permis de

(1) J. LEMAITRE. Opinions à répandre, Figaro 21 mars 1897.

douter de son efficacité. Du reste, comment justifier ce préjugé ? Il est inexact. Nous avons essayé de le démontrer.

Il est des réformes qui, si elles étaient appliquées, auraient une portée plus immédiate. Il faut citer parmi elles, celle que proposait récemment un homme politique (1) et qui consisterait à ne confier un emploi de l'Etat qu'aux hommes avant acquitté plus que leur dette envers l'armée, c'est-à-dire ayant contracté un rengagement. Cette mesure préventive serait assurément un remède énergique contre l'enthousiasme

exagéré des Français pour la bureaucratie. Elle au-:

rait pourtant un résultat assez paradoxal : on ne voit pas, en effet, le lien qui peut exister entre les qualités administratives et les vertus guerrières. C'est là une solution par trop empirique.

Signalons enfin la solution que l’on préconise couramment. C'est la réduction du nombre des fonctionnaires. Tous les ans, aussitôt connue la loi de finances, les économistes les plus autorisés, les hommes politiques et les journalistes protestent en termes éloquents contre les trop grandes proportions de l'organisme d'Etat (2). Ils demandent instamment la suppression des emplois inutiles. Il faut, disent-ils, éb-

(1; M. Paul Doumer.

(2) D'AvENEL. Recue des Deux-Mondes, du 1% mars 18S8. Hubert VALLEROUX. La Réfo-me sociale du 31 juiller 1896. Turquan. Journal des Économistes, 13 octobre 1897. Jules Lemurre Le Figaro du 21 mars 1897, etc...

I nee le quart où lee ou même la moitié des FO TERE actuels. nya is de limites à + eurs demandes.

Ainsi que nous l'avons déjà indiqué, nous croyons Fo dans célte voie, on fait complètement fausse route. Sans parler des difficultés insurmontables que , rencontrerait sa réalisation, cette réforme aurait, n. semble-t-il, très-peu d'effet sur la crise du fonctionna- risme. Celle-ci provient presque exclusivement, de l'attrait excessif que possèdent les places de fonction- naires pour la masse de la nation et consiste en une à EE élbie « efiémination » de celle-ci. Est-ce qu'en res- __- treignant le nombre de ces places, on diminuerait leur prestige ? Nullement. Il serait même fort pos- - sible que, devenues plus « rares », ces places devinssent plus recherchées qu'auparavant, comme paraissant avoir plus de « valeur ». Sans aucun doute, ; - la bureaucratie continuerait, comme par le passé, à __ attirer à elle les meilleures qualités du pays et l'œu- | vre d'épuisement se perpétuerait, à peine ralentie. __ Au surplus, ces projets de suppression d'emplois sont ; tout théoriques et se heurtent à l'opposition de Ja réalité. Le monde moderne est entraîné irrésistiblement vers une augmentation des fonctions de l'Etat. On ne remonte pas un courant de cette force.

En face du féminisme, on n'a guère songé, jusqu à présent, qu'à l'un ou l'autre de ces deux paris : ou résister au mouvement, ou lui céder aveuglément. Le

premier parti n'est pas le moins suivi. Pour la majorilé des hommes, une seule attitude est possible résister. Le sexe féminin sort de la famille. Il faut l'y refouler, Là est sa « mission naturelle » ; là est la seule place qui puisse lui convenir. « Vois-tu, diton paternellement aux filles, la véritable carrière de la femme, c'est le mariage.

Les malheureuses filles répondent avec justesse « Qu'on nous épouse et nous ferons très-bien notre carrière du mariage. Mais ce qui nous empêche d’être des femmes mariées, c'est qu'on ne nous épouse pas ! (1) » Le féminisme a, en effet, ung raison d'être. À sa base, il y a des centaines de mille femmes que la famille ne contient plus. I y a là un fait que l'on peut regretter mais qu'il faut admettre. En s'entêlant àl'ignorer, on ne le change pas. Au contraire, on le laisse subsister et le mal féministe, dont il est la principale source ,continue à s’aggraver. Si on veut supprimer le mal ,il faut tenir compte de sa cause el se préoccuper avant (out de supprimer celle-er.

Généralement, quand. on étüdie quelque peu la question, on se pénètre vite de celte nécessité. On renonce à rejeter en bloc toutes les demandes féministes. Mais alors, on se rend coupable d'une autre faute. En eflet ,si le fémimisme a pour cause le be-

soin réel d'un débouché nouveau pour une partie

(1) E. Facuer, Les Metiers feminins, Revue Bleue du 5 mars 1904.

: TE x UE TS k ; = du sexe féminin, si c'est là sa source profonde, son but n’est pas du tout dans cette direction et ne con-

Ses tendances actuelles, nous les avons décrites pré- cédemment ; ce sont : la coéducation, la conquête de l'indépendance, Fobtention des droits politiques, etc.

Le féminisme n'est pas un mouvement destiné à sa-

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