‹ La Femme et le positivismeChapitre 13 sur 15 · LE DIVORCE ET LE VEUVAGE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE ET LE VEUVAGE

manque de charme pour peu que la vie commune reste supportable, celle du divorce et des recommencements qu'il promet est grosse de tentations. Si le ciel est toujours serein, pas de danger ; mais au premier nuage, au premier orage surtout, la tentation agit comme un dissolvant. Telle passion sans espoir de satisfaction légitime qu'un effort d'honnêteté aurait maîtrisée à temps, tel calcul honteux dont la pensée fugitive se serait évanouie faute d'aliment, prendront corps, grandiront, si pour eux s'entrevoit une vague issue. Il suffira que les occasions se présentent et que les moyens se précisent pour que se produise la catastrophe.

De là, du reste, à faire du divorce un jeu et du mariage une dérision il n'y a qu'un pas. Il est des milieux où il a été franchi. Ce qui explique, même dans des pays très individualistes, de vigoureuses réactions. Une semblable réaction est nécessaire dans notre pays, bien que l'abus, déjà fort et grandissant tous les jours, n'y ait pas encore atteint son extrême degré. Chez nous, d'ailleurs, la perspective du divorce facile est venue s'ajouter aux causes diverses qui mettent tant d'imprévoyance et de légèreté dans la formation de nombreux mariages.

L'autre victime est la femme. Le divorce facile n'est pas en faveur de la femme.

On peut toujours citer des cas où le divorce apparaît, pour la femme mal mariée et restée, très jeune, veuve d'un époux vivant, comme réparateur. De pareils faits ne sont pas niables. Mais on ferme trop

les yeux sur la contre-partie. La contre-partie, ce sont les mille moyens donnés à l'homme dominé par une passion parfois tardive, dont l'objet se refuse en dehors de la garantie légale, ou tenté par l'appât d'une plus riche dot, ou tourmenté d'une ambition qu'un mariage plus reluisant peut favoriser, de se débarrasser de la femme qui a cessé de plaire, qui a vieilli avant lui, qui contrarie ses orgueilleux projets ou ses égoïstes calculs. Les exemples ne manquent pas.

La vérité générale, c'est que la femme est plus que l'homme intéressée à la stabilité du mariage. Tout ce qui compromet celle-ci, tout ce qui affaiblit l'institution, blesse ou menace la généralité des femmes. Elles sont atteintes comme mères en raison de tout ce que le divorce facile engendre de misères matérielles ou morales pour les enfants. Elles sont diminuées comme femmes en raison de ce qu'il leur ôte de défense contre l'homme et plus d'une fois contre elles-mêmes.

Cependant l'indissolubilité absolue du mariage conduirait à des conséquences absurdes et odieuses.

Voici ce qui semble raisonnable.

D'abord, il serait sage d'admettre aux débuts du mariage une période prudemment limitée, pendant laquelle la loi donnerait une plus large ouverture aux demandes d'annulation en raison non plus seulement « d'erreurs dans la personne », mais encore d'erreur grave sur certaines qualités essentielles, physiques ou morales, de la personne. Il en devrait être

Page 1