LE ÙIVORCE ET LE VEUVAGE
de même s'il est argué d une réelle insuffisance de liberté dans le consentement donné, surtout quand c'est en faveur de l'époux marié en état de minorité.
En second lieu, les dispositions de notre Code sur les effets de Vabsence légale relativement au mariage auraient besoin d'être révisées. Elles devraient l'être dans un sens plus favorable aux nouvelles unions contractées de bonne foi, après un délai assez prolongé.
Enfin, le divorce proprement dit pourrait être autorisé à toute époque, mais seulement pour des causes vraiment graves, non susceptibles d'une extension élastique, le moins propres possible aux simulations ou aux ' préparations artificieuses. La trop commode rubrique de « l'injure grave », la comédie de la gifle reçue devant les domestiques, le scénario du constat en cabinet particulier ne sauraient suffire.
Les cas de divorce devraient être des cas de véritable indignité, résultant soit de la conduite de l'un des conjoints envers l'autre ou envers les enfants, soit de sa conduite générale. Comme la loi reconnaît des causes de déchéance de la puissance paternelle, elle reconnaîtrait des causes de déchéance de l'état de mariage. Ces causes seraient telles que celui des époux contre lequel le divorce serait prononcé en serait disqualifié devant l'opinion. Et il ne me semblerait pas excessif d'ajouter à ce déclassement moral certaines incapacités légales, au moins temporaires.
86 r.A FEMME ET LE POSITIVISME
La formulation législative d'une telle conception serait dangereuse si elle était trop lâche ; et si elle était restrictive à l'excès, elle irait contre le but. Mais n'oublions pas qu'en ce domaine, quoi que fasse le législateur, sa prévoyance sera toujours en défaut, si elle n'est pas complétée par la sagesse des juges.
La séparation, dont le champ serait nécessairement plus étendu, subsisterait. Elle pourrait être mieux réglée dans ses effets.
Les proportions imposées à cet opuscule nous empêchent d'insister.
Mais on a bien compris que, pour un positiviste, le divorce, même sévèrement réglementé, ne sera jamais qu'un mal nécessaire, car l'ensemble de la morale positive tend à fortifier le mariage.
Auguste Comte a vu avec raison dans le mariage le moyen par excellence de systématiser le perfectionnement mutuel de chaque sexe par l'autre. Avec raison encore il a montré que la mort elle-même, dans les unions normales, ne devait pas mettre fin à cette action éducatrice que rien ne remplace. Dans d'admirables pages il a justifié sa recommandation morale, qu aucune obligation légale ne devra jamais sanctionner, de perpétuer dans le veuvage, avec la fidélité au souvenir, l'unité du lien devenu subjectif. Les cas particuliers et certaines nécessités pratiques restent réservés.