LA QUESTION DE LA FEMME
société. Si, en dernière analyse, le perfectionnement moral est la vraie « mesure » d'une civilisation, il est juste déjuger celle-ci tout d'abord d'après l'existence et la place qu'elle fait à la femme.
Tout progrès véritable dans la vie féminine suppose une suite de victoires sur la violence, sur la bestialité, sur l'orgueil, sur l'ignorance et sur la sottise. Quand la femme gagne en bien-être et en stabilité d'existence, quand elle croit en considération comme en influence, quand ses devoirs et sa liberté grandissent ensemble, quand elle oblige davantage et se reconnaît elle-même plus obligée, c'est que toute la société dont elle fait partie est montée de quelques degrés de plus au-dessus de l'animalité pure.
Méfions-nous des thèses excessives. Bête de somme, souffre-douleur ou esclave de luxe, la femme n'aurait jamais eu d'autre choix dans le passé et même aujourd'hui, d'après quelques-uns, son sort n'aurait que peu changé, sauf en de rares pays privilégiés, peutêtre d'ailleurs idéalisés par l'éloignement. Ces hyperboles ne présentent une vue juste ni de la réalité historique, ni de la réalité contemporaine.
Que, dans les rapports entre les deux sexes, l'homme primitif se soit montré inférieur à certains animaux, il en faut faire l'aveu en toute humilité. Qu'à cet égard, comme à quelques autres, notre espèce ait eu grand'peine à dépouiller la bestialité originelle et que son évolution soit encore loin d'être achevée, rien n'est plus certain. Mais y eut-il et y
a-t-il réellement des peuplades d'où l'attachement et la sympathie aient été ou soient totalement absents et où leurs manifestations les plus humbles, jointes aux exigences de la vie sociale la plus élémentaire, n'aient pas tempéré l'excès ou interrompu la continuité des lubricités brutales, des férocités cannibaliques, ou d'une tyrannique exploitation ?
Quelque longue durée que l'on assigne à la sauvagerie de notre espèce dans la préhistoire et même dans la première histoire , l'ascension s'est faite pénible et lente vers une existence plus humaine. Grâce à notre organisation perfectible et à l'action de la vie sociale, l'œuvre dite de civilisation s'est poursuivie, laissant, il est vrai, derrière elle quelques populations trop attardées, peut-être aussi d'exceptionnels déchets humains. La marche en a été très inégale et les aspects très divers suivant les milieux et les temps. Mais toutes les fois et partout où elle a réellement acheminé les hommes vers plus de sociabilité, vers une plus juste connaissance des choses et un peu plus de maîtrise d'eux-mêmes, elle a procuré aux femmes des gains relatifs en bien-être et en dignité.
Les religions et la politique, la guerre et l'industrie, la science et l'art, le mouvement des idées, le jeu des intérêts et l'essor des sentiments ont tour à tour ou ensemble contribué à modifier la femme et sa condition.
Il serait absurde de nier les antiques servitudes et leurs survivances partielles. Mais l'histoire nous