‹ La Femme et le positivismeChapitre 4 sur 15 · SOLIDARITÉ DES SEXES ET BONHEUR COMMUN · texte numérisé non relu

SOLIDARITÉ DES SEXES ET BONHEUR COMMUN

Je n'en sais rien, parce que l'idée d'égalité est singulièrement obscure quand on prétend l'appliquer à la comparaison des êtres vivants.

Tâchons de rester dans les limites de l'observation et de l'induction permise, et disons que la femme est relativement à l'homme tout à la fois semblable et autre. Elle est semblable par les traits essentiels qui la font participer autant que l'homme de l'humanité. Elle est autre par des différences secondaires , mais nullement artificielles et non sans importance, qui ont leur racine dans le sexe de son corps et de sa personnalité.

Une meilleure civilisation doit dégager toujours mieux les similitudes fondamentales en vue d'un rapprochement plus vrai et d'une plus réelle communauté de vie entre les deux sexes pour l'accomplissement de leurs devoirs communs. Elle doit, d'autre part, utiliser toujours mieux les différences normales, soit primitives, soit acquises, en vue d'une plus efficace coopération des sexes et pour l'exécution de leurs devoirs spéciaux et mutuels. J'appelle « normales » les différences qui ne sont pas le fruit de la servitude ou de l'ignorance.

Le progrès ne consiste pas à détruire toutes les différences. Il en est beaucoup qu'il développe au contraire. Car l'ordre humain ne réside pas dans la juxtaposition des identités, mais dans le concours des diversités. L'harmonie n'est pas l'unisson.

Les rapports entre les deux sexes nous offrent un cas particulier d'une loi plus générale. La plus

grande variété des fonctions et des aptitudes, pourvu que les similitudes spécifiques gardent ou acquièrent toute leur valeur, fortifie la solidarité et rend le concours de plus en plus nécessaire.

Les diversités de corps et d'àme (1), de vie et d'action entre les sexes commandent la solidarité et le concours des sexes. C'est à l'amour et à la raison associés de transformer l'interdépendance nécessaire en communion sentie et en coopération voulue.

L'intérêt commun, le progrès de l'Humanité, le bonheur des femmes et des hommes veulent que chacune des deux moitiés de la société humaine accomplisse les tâches auxquelles elle est plus adaptée et soit, autant que possible, affranchie de celles vers lesquelles la portent moins sa nature et son évolution.

(1) « Ame » veut dire ici la synthèse des fonctions du cerveau associées et développées sous l'influence de l'existence sociale.

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