‹ La Femme et le positivismeChapitre 5 sur 15 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

La Femme et la Famille.

Mère, épouse, fille, sœur ou aïeule, la femme est fonction de la famille. Elle en est aussi l'àme.

L'homme privé de toute vie domestique souffre jusqu'à son dernier jour de cette mutilation morale. Mais la femme sans famille et la famille sans femme, quelle pitié ! Parmi les méfaits de la mort, de la misère ou du vice, il n'en est pas de plus cruel.

La famille, qui est la cellule sociale, est une société elle-même, comme la cellule est déjà un organisme. Elle est à la fois un être collectif et l'élément permanent de toute existence collective plus étendue et plus durable.

De la famille purement maternelle, rattachée en général à une sorte de paternité diffuse du clan, l'espèce humaine a évolué lentement vers la famille paternelle. Un degré supérieur de l'évolution est marqué par le recul des différentes formes de la polygamie au profit de la monogamie plus ou moins rigoureusement observée. Enfin la royauté patriarcale, caractérisée par un droit de propriété du père sur les enfants, de l'homme sur la femme, tend à faire place à un gouvernement domestique fondé

sur les conditions réelles de la vie commune et sur la réciprocité des devoirs. ■»

Le patriarcat est apparu souvent tyrannique ; mais, en attachant l'homme tant bien que mal, comme le maître à son bien, par l'intérêt et par l'orgueil en même temps que par l'affection, il a procuré aux jeunes des chances de survie beaucoup plus grandes et à la femme un peu plus de sécurité matérielle.

La monogamie a déterminé un progrès considérable dans la situation morale de la femme, dans l'éducation des enfants. Elle a développé la réaction de la femme sur l'homme, de la famille sur la société.

Il restait à perfectionner et à consolider la famille monogamique, à mettre une égale liberté pour les deux sexes dans sa formation même, avec une égale dignité dans les rapports qu'elle implique, à expurger le gouvernement domestique de toute survivance de l'antique propriété. Il restait à assurer au mariage, à la paternité, à la maternité, toute la valeur morale qu'ils doivent posséder pour le bonheur commun et pour le bien de la société humaine.

Ce troisième progrès est commencé chez les peuples de civilisation occidentale. Mais combien il est loin d'être achevé !

N'oublions pas que l'histoire de la famille n'est point autonome. Elle est liée à toute l'histoire religieuse, politique, économique de la civilisation, et à la marche même de l'esprit humain.

On ne dira jamais assez à quel point, sur cette

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