MATERNITÉ
nés OU conçus. Ils en ont, et combien graves ! envers les maternités futures, possibles.
Toute jeune fille doit être élevée, toute femme doit être traitée comme une mère éventuelle. D'où toute une hygiène physique, morale, intellectuelle, qui s'impose et qu'il importe d'assurer à la future femme d'abord, puis à la femme faite.
L'ignorance, les mauvaises mœurs, les fâcheuses routines ou de fausses conceptions du progrès, les vicieuses conditions de notre état social en privent trop déjeunes filles et de femmes.
Il est clair, par exemple, que ni la servitude industrielle de la femme, avec la déformation du corps et de l'àme qu'elle entraîne, ni la vie mondaine avec son mélange d'oisiveté déprimante et de dissipation stérile, ni le surmenage cérébral avec la débauche d'examens, de concours et de concurrences qui sévit et la fièvre d'ambition ou de vanité qui en résulte, ne sont une merveilleuse préparation pour les fonctions et pour les devoirs de la maternité.
Il n'y a pas bien longtemps que l'on songe sérieusement à épargner le travail extérieur à la femme au moins pendant le dernier temps de la grossesse et durant un suffisant délai après les couches.
Le souci des générations à venir entrera pour une part croissante dans la morale personnelle, autant que dans la morale intersexuelle ou sociale. D'où un ensemble d'obligations envers le corps et envers le cerveau de la femme, que la morale positive, assistée par les médecins, précisera de plus en plus.
C'est aux médecins qu'il faut passer la plume pour dénoncer sans réticences les méfaits que la légèreté, l'inconscience passionnelle, une sensualité malsaine, une brutalité grossière, parfois une totale absence de scrupule, ou seulement l'ignorance, font consommer sur la femme et, par elle, sur l'enfant. Ils sont nombreux, même en dehors des ravages criminels de l'alcoolisme ou de l'avarie.
Sur la grave question de la procréation humaine, ne soyons pas dupes des sophismes de l'égoïsme qui se pare du nom de prévoyance ; mais gardons-nous d'ériger en vertus l'imprévoyance envers le sort des enfants ou l'insouciance envers la santé de la femme. Le tout n'est pas de mettre beaucoup d'enfants au monde. La grande affaire est de faire vivre ceux que l'on jette dans la vie, de les conserver, de les élever, d'en faire des hommes et des femmes, le plus utiles et le plus heureux ou le moins malheureux possible, qui à leur tour continueront l'humanité.
Qu'un tel intérêt soit livré au pur instinct, c'est ce que la morale humaine admettra de moins en moins. Elle n'admettra pas davantage que la volonté d'un seul en décide. Il importe que la maternité soit vaillamment, joyeusement, mais librement acceptée par celle qui en assume les risques et les devoirs.
— Comment passer sous silence la maternité hors du mariage ? Les positivistes pensent que le mariage seul, parles liensétroitsetnon précaires qu'ilconsacre entre le père et la mère, assure à la fonction maternelle la sécurité et l'autorité qui lui sont nécessaires.
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Ils estiment, avec la sagesse commune, que l'intégrité jusqu'au mariage est pour la femme, en même temps que sa meilleure défense, un capital moral dont elle ne se dépouille pas sans se diminuer au grand dommage d'elle-même et des autres. Ils ne glorifient donc pas la maternité dite a naturelle », ni ne la mettent sur le même rang que la maternité légitime, ni ne méconnaissent aucun des dangers qu'elle fait courir à la femme et à l'enfant.
Mais ils jugent odieux de la flétrir. Il n'y a jamais de déshonneur à être mère. Si la faute est dans la conduite qui a pu amener la maternité « naturelle », — avec quelles circonstances atténuantes bien souvent ! — elle n'est jamais dans la maternité même. Au contraire, la maternité, quand les devoirs en sont remplis, est pour la fille-mère le moyen de racheter sa défaillance.
Combien d'hypocrisie, chez un monde si indulgent pour les débordements que couvre le mariage ou pour les débauches stériles, dans les mépris dont on accable la fille-mère ! Réservons nos plus grandes sévérités pour le séducteur sans scrupule, pour le père qui fait banqueroute à toutes ses obligations, et réclamons une fois de plus l'abolition des dispositions de notre Gode qui, rétrogradant sur la jurisprudence de l'ancien régime, ont interdit la recherche de la paternité.
— La maternité n'est complète que si elle comprend l'éducation. L'éducation est une maternité morale. Elle l'est, au plus haut degré, dans l'adoption, qu'il
faudra bien se résoudre à faciliter comme un moyen de remédier à plus d'une détresse particulière et à quelques anomalies sociales.
L'éducation maternelle commence dès la gestation. Elle continue avec l'allaitement, — par l'allaitement toutes les fois que c'est possible. Les applications physiques et morales, la durée et les effets en sont indéfinis.
Auguste Comte a demandé pour la mère la a surintendance de l'éducation ».
Il n'entendait point par là dispenser le père de la part qui lui revient dans la tâche commune de former une génération nouvelle. A vrai dire, l'éducation suppose la collaboration effective d'un homme et d'une femme. La part du père est capitale dans la direction générale, dans le rappel des buts sociaux de l'éducation, dans l'autorité qu'il doit exercer pour appuyer l'action maternelle, dans les décisions qui réclament une plus froide raison et une volonté plus ferme. Sa part reste encore grande dans l'action directe sur l'esprit, sur le caractère et sur le cœur de l'enfant.
Mais la mère est de toutes façons plus près de l'enfant que le père. Elle seule est ou peut être en contact permanent avec lui. Mieux que le père elle a le goût de le suivre, de l'observer jusque dans ces infinimenls petits de sa vie qui ont tant d'importance. Elle le comprend mieux, parce qu'elle a davantage la curiosité de son existence concrète et parce qu'elle ajoute à la perspicacité de l'esprit les divinations du cœur. Elle pénètre la jeune àme de toute la force de sa ten-
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dresse. Elle a la main légère pour toucher aux choses délicates. Moins distraite par les obligations de la vie extérieure, elle est... ou du moins elle devrait être beaucoup moins empêchée d'appliquer son constant efïort à une tâche qui exige la vie intérieure et la continuité.
Pour ces raisons et parce que l'action du père ne peut être qu'intermittente, le rôle éducateur de la mère est ou doit être, tout compte fait, prépondérant.
La surintendance maternelle de l'éducation n'exclut pas renseignement extérieur.
Un jour viendra où toutes les mères pourront communiquer à leurs enfants les connaissances primaires, comme elles communiquent déjà aux tout petits la langue si bien dite maternelle. Mais l'instruction théorique des adolescents nécessitera toujours une initiation extérieure et collective. Pour tous les âges l'éducation pratique des sentiments et de la conscience sera le domaine des mères par excellence. Leur contribution devra s'accroître sans cesse dans la culture esthétique, dont le chant et le dessin sont les bases universelles. Enfin, de mieux en mieux préparées, elles ne seront étrangères à aucun des enseignements reçus au dehors. Elles peuvent devenir des répétitrices incomparables.
Mais l'enseignement, y compris l'instruction domestique et ménagère des filles, n'est qu'une partie de l'éducation. Elever, c'est former dans l'enfant l'homme ou la femme de demain, l'adapter graduellement aux conditions réelles de la vie, à sa
destination totale ; c'est le préparer à servir la famille, la patrie et l'humanité ; et c'est aussi mettre en lui toutes les chances de bonheur qui peuvent dépendre de la prévoyance humaine. Pour cela, il s'agit de lui faire de la santé, de bons organes, du sang et des muscles, de soumettre à une gymnastique judicieuse ses sens et ses mouvements, d'exercer en le ménageant son jeune cerveau, de surveiller et de cultiver ses penchants et son cœur, de fortifier et de discipliner son caractère, de lui donner des habitudes d'abord d'obéissance, puis de réflexion et de progressive responsabilité. Mais combien cette éducation des enfants exige l'éducation des mères !...
— La mère éducatrice devra être davantage associée à la puissance paternelle, mieux appelée autorité paternelle. Cette autorité légitime est une fonction fondée non plus sur un droit de propriété, mais sur un devoir de protection et d'éducation. Aussi, tout en lui laissant la force et la liberté nécessaires, ne saurait-on l'affranchir du contrôle social. Dans la plupart des cas, elle implique des mesures rapides pour lesquelles le concert sans effort des deux parents est toujours désirable. S'il fait défaut, la décision appartient au chef responsable qui est le père ; car on ne peut gouverner la famille avec deux volontés qui s'annuleraient. Mais les mœurs domestiques devront étendre la participation réelle de la mère à toutes les résolutions qui intéressent l'enfant et fortifier l'efficacité de son conseil dans la délibération commune.