CHAPITRE IV
$oirée chez des Grisetle». — Les Crêpes.
Tout le monde est exact au rendez^^rou»
excepté Joliret qui se fait toi^ovirs attendre. Inavoué qu'ayant l'heure du dîner j'ai iié plusieurs fois au moment de me rendre chet la petiteNinie, mats j'ai résisté à celte enrie ; si elle demeurait dans un quartier un peu moins sale, il est probable que la jeune firangère aurait eu déji^ma Tisite.
Nous nous promenons quelques iiwtflna' dans le passage des Panoramas. Jenneyille me parle de sa nouvelle passion ; il a l'air bien amoureux; à rentendre, il n'a jamais connu de femme aussi jolie , aussi aimable , aussi séduisante... elles nous paraissent toujours ainsi dans le commencement.
LE MAEi mt l'amaut. iftf
Dubois regarde dans les boutiques, il lorgne les filles de comptoir, il nous en fait remarquer plusieurs... Ce garçon-là est Incorrigible.
Enfin Jolivet arrive , le parapluie à canne à la main : il tire sa montre en nous abordant, et s'écrie : » Ce n*est pas ma faute... » je retarde ou vous atanèez. «Puis ileourt prendre le bras de JenneTille, auquel il témoigne beaucoup d'amitié; il a.toi^ours des préférences marquées pour les personnes qui ontx^abriolet et qui donnent des dîners*
Noua nous rendoiis chez le restaurateur; oonMDe ncm allions entrer, un jeune homme fort élégant descendait de son cabriolet.
« Eh ! c*est Blagnard , dit JeaneTiUe. — » C*est ce cfaer Jenneville , ■ dit M. Blan gnard. Puis îl nous fait à chacun un salut gracieux, en disant : u Vous aUesdiDer» » messieurs."^ Oui... et toi aussi ? dit Jen- » 4ieTitle* — Sans doute... mais si tous me n permettez d*ètre des TÔtres, «aessieurs , » cela me serm trèsragréable. ».
11 n\y a pas nK^en de refuser une telle 1 11
lââ LA FEMME,
proposition; d'ailleurs Jenneville parait être fort lié avec ce M. Blagnard, et Dubois s'écrie déjà t u Plus on est de fous, -plus on rit.» Nous entrons dans les vastes salons du restaurant, et Jolivet me dit tout bas :
« Qu*est-X5e que c'est que ce monsieur qui « va dîner avec nous ? — Ma foi, je le con^ » nais peu. . . je sais qu'il fait beaucoupxl'em- )i barras, qu'il a fait fortune en très peu de » temps..* — n a fait fortune?... Ce n'est pas » bête ça !... C'est |t lui ce joli cabriolet qui )» était à la porte? — Oui. »
Jolivet n'a pas le temps de m*en deman« der davantage ; nous nous plaçons, mais il a soin de s'asseoir à côté de M. Blagnard.
M. Blagnard débute par demander des huîtres d'Ostende , du Sauterne pour boire avec, puis du Beaune , première qualité , pour ordinaire. Je prévois qu'en continuant sur ce ton-là, notre écot dépassera de beaucoup ce que nous avions projeté ; mats ce n'est ni moi, ni Jenneville , qui en ferons la remarque ; nous rougirions de paraître craindre de dépenser trop. Au contraire^
LE MARI ET l'AMANT. 12S
comBie nous ne voudrons pas rester en ar« rière, nous allons trancher aussi du capitaliste. Il n'y a rien de tel que Tamour-^propre pour faire faire des sottises ; il est vrai que quelquefois aussi il fait faire de bonnes actions.
Dubois , qui ne calcule jamais, savoure k longs traits le Sauterne et le Beaune , isans s'inquiéter de la suite. Il n'en est pas ainsi de Jôlivet ; il fait la moye^ il ne sait pas s'il doit boire; et lorsque Plagnard* demande des^coquilles aux trufSeset des faisans rôtis, il se saisît de la carte en s'écriant : u Un in* » stant, messieurs, voyons les prix d'abord ! . . y» Vous allezv!^ vous allez I...
» — Fîdoncî... Est-ce qu'on regarde ja^ » mais les prix? dit Blagnard. Que nous im- » porte celât Nous paierons,... cela suffit... » — Certainement, dit Dubois , on paie , et » voilà tout... Mais Jolivet , lui, c'est dif- » férent; quand il court chez le traiteur, ce » ne sont pas les noms des mets qu'il chery> che, ce sont les articles cotés au plus bas. ? Il ne prend que de ceux-là. — Je prends
124 LA FEMMB,
» ce que j*aiine i répond JolîTet. Tenez , » messieurs , il me semble , par exemple , » que du petit salé aux choux, pour deux , » serait... » Un murmure général accueîUe la proposition de Jollvet, qui met la carte sur ses genoux avec humeur , puis mange sans souffler mot. « Est-ce que vous ne pourriez i pas reculer un peu yotre chaise?... » dit Dubois à un monsieur à cheveux rouges qui est assis à une table derrière nous, et dont la chaise touche la sienne. Le monsieur ne répond pas; toute son attention parait être absorbée sur un rost-beaf, qui est devant lui .
» Monsieur, je vous prie de vous reculer,»
reprend Dubois en criant de manière à fixer l'attention générale. L'homme aux cheveux rouges se tourne tout d'une pièce, et répond à Dubois avec le phlegme et l'accent de la Grande-Bretagne :
» Merci beaucoup! Vous pas gêner moi
y> nullement.
» — C'est un Engliah , dit Dubois; j'au» » rais dû m'en douter à la manière dont il » regarde son rost-beaf.
LE MAÀl £T L*AHAKT. id5
i> — Laisse cet Anglais tranquille et ne >» nous fais pas de scène ici , dis-je à Dubois. » — Il n*est pas question de scène , mais je T> yeux être à mon aise... Il appuie sa chaise w contre la .mienne. — Avance-toi. — Je ne i> vèui!^ pas m*ayancer , je ne suis pas dans ^ l'habitude de céder à personne... Ne fau- » drail-il pas se gêner pour un Anglais ! »
Quelques momens se passent sans que Dubois redise rien ; il se contente de regarder de temps à autre son voisin par-dessus son épaule , mais le voisin mange et boit sans y faire la moindre attention.
Nous arrivons au dessert. « Si nous pre- > nions une légère omelette soufiflée ? » dît Jolivet, qui, petit à petit, s'est remis en train. M. Blagùard part d'un éclat dé rire ens'écriant : «Une omelette soufflée I....
» Ah! Qdonc!... C'est un peu trop classi- » que... Il faut laisser cela aux grisettes ctt }« aux garçons de boutique!... Des gelées, » des blancs-mangers, passe encore.. Mais, » tenez , messieurs, du Champagne avant » tout; un homme comme il faut ne saurait 1. 11.