CHAPITRE II
Madame de Rémonde et sa sociëié.
C'est donc ce soir que je rais chez cette damé si vantée par Jenneville ! ... Mais il est amoureux d'elle, et je trouverai sans doute beaucoup d'exagération dans le portrait qu'il Tn*a fait de son Herminie; il faut se défier des éloges d'un amant *, il en est de cela comme dés concerts d'amateurs , du petit vin du crû, delà fortune du pot, et des pièces reçues à l'unanimité.
J'airendez-vous avec Jenneville au Palais- Royal, devant la Rotonde. Au moment où je Vais sortir, je vois arriver Jolivet ; je ne l'avais pas revu depuis le jour où nous avions dîné chez Champeau. "■
«r — Bonjou^j mon ami ; Il me paraît que
« lu sors. — Ouï , j'allais au Palais-Royal , ). où je (lois retrouver Jenneville.. .—Est-ce 1» que vous dinez ensemble? — Probable- » ment. — Ab!.... ma foi, je ne sais pas )» trop où je dînerai aujourd'hui , mol.....
» J'avais presque l'intention de dîner avec » loi. — Tu vois que cela ne se peut pas...
)» Viens-lu demoncôlé? — Oui, je vais te >) conduire jusque-là. »
Je ne me gêne paa avec Jolivct , je descends avec lui. Je vois sur sa figure q^'îl est contrarié : il calcule qu'aujourd'hui tt faudra qu'il se paie à dhier.
u A propos 9 B me dit-il) ea marcbagvtà coté de mol , « y a-t-il long-temps que ta as 3» vu Dubois ! — Mais oui) et cels^ m'étoape» » Je passerai chez lui savoir s'il est makadô. « — Oh ! il n'est pas malade , car j'ai ét^ » chez lui plusieurs ioî» et on m'a toujours )» dit qu'il était sorU« Sais-iu ' éou aventure n du Golysée ? — Du Colysée?.-. Ncm, je ne » sais rien ; qu'est-ce que c'est? —il yak m » dimanche quiuze jours^ je rencontra 3^ >» bois le soir sur lea boulevairds. U me dit :
LÉ MARI Kï L*A1IAIIT. 19
» Je vai» laùre un toar au Colysée , vtow-y u a??ec moi. Je ne m'en souciais guère... Je » ne fuis pas grand amateur de ce$ tois-là; » «ofiB je me Uissa entraîner. Arrivé dans )» lé baU tt*ois oommence à rire, à causer n aveeleideoBoés^iesdelà...JUe80onnai9ï. siéipresqiie toutes; H danse , il wals^, il D foitle diableu.. On t'entendait par-dessus >, tout le monde i il p^le plus fOt que la H grosse caisse. Bient^ il me dit a Prenons n du punch. Je ne m'en souciais pas , mais 1» il Ycut absolument m'en payer 5 alors je » cède., Nous nous plaçons à une tal^ 5 à » peine avions-nous bû un verre de punch n qu*On donne le signal de la contre-danse; »» Dubois se lève et me qidtte m me disant :
« ievirisdanser,je te retrouverai là.llcourt
» à une€r4)sse dondon qui était près de nous * et l'engage; elle lui dit : Monsieur, c'est M queie suis déjà invitée.— Vous voyez bien » qu'on ne vient pas vous chercher, lui dit » DUbois,etlacontre-^an8eoommei[ice;on n VOUS a oubliée, et ce serait un meurtre Si » vous ne dansiez pas Venez, niademor-
30 IiA FEMME ,
» selle; d'ailleurs je tous réponds de tout : n si celui qui yous ayait ioTitée se fâche , il )> trouyera à qui parler .La grosse dondoUf » qui craignait de ne. pas danser, se laisse 1» aller et suit Dubois. Moi , de ma table je )> les voyais danser» tout en entretenant la » flamme de notre piuich. ])Iais,au XBOOient » du6a/a;icez^ToilàuamonsieuràjQaouâtan ches et décoré quji Ta se placeie^deyant » Dubois , en lui disant : Monsieur, j'avais » invité mademoiselle, vous.ne pouvo;; pas » danser avec elle. Dubois continue de ba- » lancer en s'écriant: Vous voyez bien que » si. — Mademoiselle , vous danserez avec }» moi, s'écrie le militaire. Mais Dubois en- » traîne la grosse dondon et lui fait faire la » queue du chat, en lui disant : Tronous^ » sez-vous, amusez-vous, belle. Le militaire » qui ne veut pas absolument que la* belle )> se trémousse avec un.autre » court après )» elle, et veut lui prendre le bras ; Dubois, » qui danse toujours, marche sur les pieds » du miUl^ire. Aussitôt celui-ci lève la, main » pour lui donner un soufflet, maîâ Dubois
L£ MiiAI 1^ l'AJIANT. 21
M s'eft^pilTe, el c*est lagrossedondon .qui re - » çoitte «ouftet Cet éTéiKtfoeBt pnet tout l€ » nioB<}ç en Vw. r^a4ai!i8ei€eBêe^iMi.eptoure » ^o$ jd^ux chaiBpî^l^ I^ grosse cloodon »\plçm0fDvihoi9 crie, le militaire jure ifu'il » lui: 4^ii€ffa un ooupid'épée en réparation » clUjSQUfilet que la jeune filte a reçu. L'ad» n^jl^d^lt. arrive, il veut rétablir la: paix; ?» mais 4^à Bul^oîs.n'eàt plus, là ,.et îBon ad- > i^s^ire p€»*ce Ja fi^le et parvient à sortir 71 avs^ j^Qus pensions qu'ils sqnt allé» .se » battreouèedQfflier.rendez-vouspouroela.
».A}U liout d'Mn.quart*d!heure'le miUtaire P) ravîenl^liirjeuié; il n'a pft^ retrpjuvé Du- » .b(4s9.et raaUendu^nivain à la porte, Ona » fiai par rire de cette aYf^ture, excepté la » grosse dondon qn\ seMtoit la joue e^ di- » swt : Ce nioi^»r m'ftmt dépendant ré- » poBidii de tput.»Bref , le^mili^aîre a juré de » pou|^|e»ldre V^bois qnmà il le rencowtre- » jraityieit inoi j'ai été obligé de payer le » demi-bol de punfih ; mais il faudra que » Dubois me.li^ rembourse , parce que c'est » lui jiui m'avait invité. »
Cir qae Jolhret Tleitl de loe oottfer ne
M*éioniie dntleeaent ; ee n^t pas la pte^ inlère a^^entore^M genre ^i arrlveàfhrbols* MoiM iK>tei «lan# te fardki da Palaisnoxal. loIiTet tourne «etretcMiMeatttmirtte moi emnnnnnrant : « Est-œ wn pf^ue-n^- M que que vous faites f . •• — Sans doute. ^-^ )» Ab ! oui. ..itaiSToiisalleiUr^grandMailtit^ » messieurs , vous (iépenses des 4ouBe , des )» iqiiinKe ft»anes {>ar tête f.r.. moi- , je donh » neral volontiers un petit éca , si on veut M me tenir quRte pour cela. «
Je commence à me lasser ' de pafev pdur JOlivet, et comme il toit quesa prôposftién ne me tente pas, il se décide eUdn àme qûiuer en s'ëoriant i «Parbteo, je attiéMbs n lequartitrdematante/.... le n'y pensais » pas! je vais aller lu! dire un petUtion- 1» jour.. • H fi*est pas cinq heôres et déittCe.. • V J'arriverai à temp». ÀdiM, iMlgny } si » ta vois Dubois, dis ^tui doncqtt^iltBé-âoii » cinquante soufi^ de punob; >» ^
II s'éloigne en courant. VOiràbKsn les gens intéressés : ils ne se souvienneflt jàmait ile
LE MAl^ BT L^AMANT. 25
lean cMfteft, lÉaîs ils n'oubliait pas un^u qtt^Ottèeurdoîtb
Ah! j'aperçois Jennerille..... Mais il eêt ai^iiimoiitiettf>....»€'e»t Blâgnarcl. Gela meeoitcmrie; j'mmiis fyrélft*é n'iti^e qii'a- TèGtJemieiiile.
Ces messieurs Tiennent à moi les bras CMiverts : « 'Mon cher ami, i» me dit lenne- ^te; «vous allez m'en toutdtr ; f avals ou- )i tfKé qu'atq'omtThuî Magnard m'avatt in- 7* irfté à dtnei^ avec lui ^^ mais II répare ma » làute en vom pt^nf de vouloir bien ac- » eèp^r son Invitation^ et fespère que vous n : ne le refaserez pM. »
Konsieiir Blagviaf d m'adresse lAlIle choses obligeantespottr m'âsiurer du plaisir que je Im ferai en aoœptant. Il n'y a pas moyen de refuser. Cet homme-là aime terriblemeat à lafnrfatnpliitryon. Bst-ee vanités est^e «idout? •
G'iNi <hm, BéauvHtlers^ que M . Blagnanl iioli»tmtt)d;teli0llt^àton était retenu p<»ur nmsi. Tlous^y sèmmes^ bientéit r«^ints par deux messieurs fort élégans. On ^us sert;
24 LA noms'.
Nous ne sommes que cinq, le dttner suffirait à quinze personnes. Quelle eomptÉositél quelle profusion 1 quel rafiinement dàUs le choix des mets! Et Jt Btagttrd aonsdemande encore pardon deaous traker/sans façons. Cela m'a Tair d'une tBà&wme.phà^ sauterie*
Pepdant le diner , on pairie d'aSIwpear «t de i^aisirs, du cours de la rente et de la pîèc^ nouvelle , de la situatHm de l!Eui!Ope et du dernier calemt>Qurg é)Odrj^» M. Bkn gnard tranche sur touJt avec une grande as^^ siirance^; ses raisonnemenssontsouTent^ronés, mais il parle comme un hoflune-qui çst persuadé que lorsquron a ses poekes pleines d'pr, on en sait' plus que tous, lea autres. Il y a beaucoup de sens perswMiéa de cela.
Jennevîlle grille d'être près- de son Qern minie; moi, je ne m'amuse pas beauooup en écoutant M. l^lagnard^noos vous hftrons de prendre le caté, et no^Si quittoDS: notiie donneur de.dlneiwppur aU^ di^sboiaAuBe deRémonde. , , - / /îS
LK MAâl ET L*AJtANT. K
C'est rue Le Pelletier que detoeure cette dame , dans une fort belle maispn , dont la cour est éclairée par le gaz. — «t Mon ami,»
dis-je à Jennevllle> en montant avec lui un escalier ciré comme mon salon, u dans une » maison comme celle-ci , on ne Tient jan mais avant neuf heures. • . il n'est que hijiit 3> heures et demie. Je vais être de trop, car » nous allons trouver madame de Rémondo » seule.
» — Non , non , elle a toiyoura quelques » personnes à diner les^ jours de soirée, ainsi n elle ne sera pas seule*.. — Alors on est en- » CQre à table, je le gage... — Non, elle nous }> attend... elle aura fait presse^ le dîner. »
Nous entrons au second. Un domestique prend nos manteaux, nous demandé nos dBtns [et nous ouvre la porte d'un beau aalon , en annonçant : -^ 9' M. Jenneville , » H.Dèlign^r. » (;-
Nous entrons dans le' salon ; je ris en voyant qu'il n'/a encore personne, et que le domestique nous a annoncés aux chaises
et aux fauletiils.
«( — Quoi ! personne ici , » dit Jenne* ville ; « on n'est donc pas sorti de table ?
)» — Xe vous l'avais dit , mon cher ; vous n savez bien qu'on ne dine qu'à six heures n et demie maintenant... inoessanmient on •■ ne dtnera plus du tout.... — l'avais ce* » pendant promis à Herminie que je vien-»
j> drais de bonne heure.*.*— Moi, si je n*é- » tais pas avec vous, je sortirais et jUratS voir » le ballet de l'opéra avant de r^veiur. »
Jenneville ne me répond pas ; il se pro^ mènedans le sakHi; il a de l'humeur, le devine oe qu'il pense : il trouve mauvais que madame de iBlémonde s'amuse à table , lorsc^'elte doit le croire arrivé; mais la porte par où nous sommes entrés s'ouvre.
Lé domestique annonce : cette fois au moins il ne parlera pas qu'aux meubles du sakiè.
u Madame de Saint*Julien , monsieur » Mélino. »
Le monsi^HT et la dame entrent : je leur fais les homieurs* le présente un fauteuil à la dame , je salue le monsieur. Il est Irèsplaisant de faire les honneurs d'une maison
LE MARI Vt l'amant. tj
tm l'on Ta 8<MHDème pour la preaiière fois , ^<lônt on ne connait fnaft' la maîtresse; mais à Paris on voit des ebosés phis singulières encore.
La dame qui vient d'arriver est assez jolie» œaia je crois que ses charmes doivent redoutar le grand jour^ Ce n'est pas pour eUe que Voltaire a fait ce vers :
« L*«rt D^t |ias fait poof toi , (u n'en as pas besoin.»
.> Que ce soit grâce à la toilette ou aux iu^ mières, n'ii|iporte , il y a de Téciat dans sa pbysionomlecoQuaGie dans son costume. Je m'assieds près d'elle» etnousoausona.yaime beaucoup les dames avec l^fuelles on peut tout de suite causer, et qui ne vous répondent pas d'un ton pincé, d'un air serré, par quelques monosyllabes, qu'elles se«a~ blent encore n'accorder que par faveur.
Je voudrais savoir si ce petit homme , gros et. court, qui est arrivé en même temps que madame de Saint- Julien» est avec elle.
Depuis qu'il est. entré, M. Mélino n'a pas