‹ La femme, le mari et l'amant (volume 2)Chapitre 17 sur 27 · S8 LA FEMME · texte numérisé non relu

S8 LA FEMME

bougé (l^un fauteuil où il s'est jeté , et daiii lequel il se dandine avec beaulDOup de corn* plaisance eif jouant arec le cachet de sa montre.

La porte du salon s^ouvre de nouveau :

le domestique annonce; des dames, toutes fort parées, majs parmi lesquelles j'en toIs peu de jeunes et de jolies , des hommes de tout âge, remplissent bientôt le salon, ou il ne manque encore que la maîtresse de la maison. On ne semble pas s'occuper de soi»

absence; on se salue, on s'assied, on catnë.

I^éjà deux jeunes gens se sont assis à une table où des cartes attendaient les joueurs.

Je ne serais pas étonné que beaucoup de gens passassent ainsi la soirée , sans s^A*, quiéter des peraonnes chez lesquelles ils sont. N'ai-je pas vu sourent , dans ces cohues que l'on appelle des réunions, des maîtresses de maison ne pas aperccTOir la moitié des personnes qu'elles receyaient , puis dire ensuite à une de leurs amies :

« Imenez-moi donc monsieur un tel , on le » dit fort aimable ; n et l'amie répondait :

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» — Je YOU8 raiaoïené, machère, il étdît » chez TOUS à votre dernière soirée.-^ Bah ?

» vraiment,... je ne Tai pas vu... Eh bien!

» ramenez-le-moi, et tâchez que je le voie. )»

Enfin une autre porte , qui fait face à celle par laquelle nous sommes entrés, vient de s'ouvrir pour une nouvelle société qui achève d'encombrer le salon. Une dame est à la tète de cette compagnie ; àl'aisance avec laquelle elle salue chacun , aux amitiés qu'elle prodigue aux dames , aux sourires qu'elle accorde aux hommes , je juge que c'est madame de Rémonde. Je ne me trompe pas, car déjà Jennevilie s'approche et tâche de se faire jour jusqu'à elle.

Cette dame est très-bien , sa taille est élégante et svelte , ses traits sont piquants.; c'est une brune , et ses grands yeux noirs ont un éclat qui^ semble augmenter encore par l'habileté avec laquelle elle les fait jouer; puis une bouche bien garnie , qui sourit tantôt avec tendresse , tantôt avec malice; un nez assez bien fait : oui , madame de Rémonde est jolie... Mais je n'en deviendrai 2. s. .

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pas amoureux , il y a ytngt minois chiffon* nés qui me plairont plus que cette belle dame-là.

Jenneville est parvenu à Faborder. Il lui parle à demi-voix... Il se plaint sans doute i il me semble qu'on l'écoute à peine... On éclate de rire... Ce n'est pas témoigner que l'on soit bien touchée de ses reproches.». Il est fâché... Il s'éloigne... On le reti^it, on lui dit un mot en le regardant d'une eer* taine façon... Allons ! le voilà calmé, le voilà enchanté I... Madame de Rémonde connaît son pouvoir sur cet hommc-là.

Dans son enchantement , Jenneville ne songe plus à moi. Je ne puis cependant me présenter tout seul, et je ne suis pas encore habitué à être dans un salon comme dans le foyer d'un théâtre ; attendons que eeit% dame ait eu le temps de parler à toute sa société. Ah ! Jenneville vient à moi, et nous saisissons un moment où son Herminte n'est pas trop entourée :

«—Madame, je vous présente nàonsieiit » Deligny , mon meilleur ami , dont je vous » ai parlé souvent.

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» --» Tous T08 amia sont les mi«^, «t n monsieur me fera grand plaisir loules les M fols qu'il Youdra bien venir cfaet moi. »

A ce compliment j*ai répondu par un profond salut en marmottant : Madame....

assurément.. .. je suis diarmé...

Je croîs que je n*al pas fini ma phrase , mais en général on ne finit jamais ces sortes 4*éohanf es de oompliments ; cela se termine par un salut, et la dame de la maison passe à d'autres personnes/

Maintenant que je suis de la société de madame de Rémonde, voyons comment est composée cette ^société. A en Juger par l'en* teneur , tous ces gens- là sont fort ri<^es , ou font de brillantes affaires; j'étais tout à fheure près d'un groupe d'hommes, je n*entendais compter que par millions ! . . Gelui-oi venait d'acheter une terre magnifique , cet autre venait de former une entreprise qui rapportait cinquante pour cent aux actionnaires , ce troisième ne savait que faire de ses capitaux. Mais Je ne sais pourquoi tous oesgens-là me font l'effet de mentir Il

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y a dans le ton , dans tes manières de ces messieurs, quelque chose qui sent lesintri^ gants... Je puis me tromfîer sur quelques^ ims, mais je gagerais, pour la moitié.

On joue à Técarté et à la bouillotte ; j'aime peu ce dernier jeu où , à moins de faire Chariemagne^ ce qui ne fait jamais plaisir aux perdants , on ne peut quitter sa placé qu'en y laissant son argent. Trois dames sur le retour se sont placées à la bouillotte, elles disent : Je passe , comme si elles n*a- Talent fait que cela toute leur rie. Monsieur Mélino, qui jouait avec ces dames, vient de perdre son Va-tout^tm m'offre la place, j'accepte. La cave n'est que de cinq francs et je me promets bien de n'en risquer qu'une.

Au premier tour , une dame m'emprunte un jeton, au second une autre me doit une fiche. Je suis trop galant pour demander

ce qu'on me doit D'ailleurs une deces

dames , qui me prie souvent de mettre an jeu pour elle, n'a qu'une pièce d'or, et elle assure que cela lui ferait de la pleine de changer. Bref, je suis bientôt décavé , et je

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me lève sam que Fou m'ait rendu mes fiches et mes jetons. ,

a Tous ne vou» recavez pas ?» me dit d'un air fort ahnable cette dame qui ne veut pas changer. Je la remercie. Je ne suis plus tenté de. lui prêter mes ficheSé Elle a au moins cmquante ans»

Je tourne- autour d'une table d'éoartë; il est difficile d'en approcher , il y a foule de parieurs de chaque côté. Le tapis est couvert d'or. .. Oserai-'je placer là des pièces de cmq francs*... cependant , comme j'en aperçois quelques-unesge me permetsd'en' jeter deux pour un jeune homme dont la figure sembla annoncer une veine heureme.

Maison ne laisse pas ce pauvre jeune homme profiter de ses inspirations , chaque parieur

est sur son dos- etilui crie d'un ton impéra* tif : u Monsieur, jouez GeIa«..;--Non , mon^ » sieur, jouez ceci . . -t Jouez donc oela^mon- » sieur l -~^ Du milieu. — Non pas, à gauche. » — Monsieur , je vous dis^de jouer de là. >» étourdi par tous ces conseils qui ressemblent k de# ordres, le pauvre jeune homme

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ne sait plus où il^en est , il joue mal , il perd, et il est grondé par ceux qui ont parié , quoique ce soient leurs conseils qui raient fait perdre, D'honneuri c'est bien agréable de jouer à l'écarté dans une grande soirée. Quant à moi, je ne prendrai pas les cartes, car parmi messi^irs ies parieurs, U en est qui tous conseillent ou vous blftment d'un ton si impertinent , que fe ne me ton* tirais pas d'humour à reccToir patiemment leurs avis ; il est plus sage de m'éloigner de cette table, laissons jouer ^cb messieurs qui ont l'air d'en faire leur état et cherchons à nous amuser ailleurs, si c'est possible.

11 y a bien dans une autre pièce une table d'écarté , où je vois des dames ^ là , on joue un jeu plus modéré ; mais au total , il parait qu'ici le jeu est la grande affleure , l'unique but de la réunion. Point de piano point de danse , fort peu de conversation , et toutes ces figures ont un air d'importance, de présomption, ou de fatuité; triste société que celle où Ton ne va que pour gagner ou perdre de l'argent : je prévoit

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que madame de Rémonde ne me verra pas souvent.

La matoresse de la maison vient à moi > elle 8'aperooit que je ne fais rien , elle de^ vine peut-être que Je m'ennuie.

M Eh bieni mondeur, vous ne faites rien?

» — Je viens de jouer, madame. — La for- » tune vous a-t-elle été favorable ? — Pas » encore* — Je dois beaucoup de remercî- » ments à M. Jenneville , qui m'a procuré y» le plaisir de vous connaître... —«C'est moi, » madame, qui luî suis très-redevable... — » Il y a long-temps que vous connaisses

* M. ïeaneville. — Mais.. .non... pas très- » long-temps. . • — Du moins je sais que vous M êtes forts liéa tous deux ; il a infiniment » d*amitié pour vous ; il me fait le plaisir de » venir assez souvent me voir..... J'espère » que vous voudrez bien l'accompagner....

» -^ Madame... je... — J'ai ordinairement » qu^quea atnis à dinèr deux toia la le^ » maine, mes jours de réunion; U faut^ » monsifur, que voua me promettiez d'en'

* augmenter le nombre* — Vous êtes trop

)» bonne, madame. — Vous voyez qu'ici c'est

» sans façon ; chez moi chacun fait ce

» qu'il veut... Je déteste que l'on se gêne ;•• » aussi je laisse à mes amis liberté entière..

» Un rentrant à la bouillotte ! » crie la Yîeille dame qui n'aime pas à chan^r , et madame de Aémoode me pousse vers la table en me disant : « — M. Beligny, c'est à 1» vous de rentrer. — Non , j'y ai dé|& Joué. )» — Il faut un rentrant.,, mettez-vous là..

» — Mais je préférerais.. — Mettez-vous là*.. )> Je suis sûre que la place est délicieuse , » vous allez gagner. »

Il n'y a pas moyen de s'en défendre , il faut que je me remette à la bouillotte avec ces vieilles femmes, qui trichent , et ne me rendent pas mes jetons. Madame de Rémonde a une singulière manière de laisser à ses connaissances une liberté entière,.»., mais elle m'a accablé de i^oUtesse», il faut bien que je m'eti reiide digne en^perdant mèki argent de bonne grâce.

' Cette fois du moins j'ai près de ttuû madame de Saint-Julien^ elle est fort aimaUe;

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toul en jouant , nous causons ^ nous rions un peu ; je crois que nous sommes les seuls de la société qui ayons ri. Aussi cela parait déplaire aux trois dames sur le retour dont nous faisons la partie. Celle qui ne y eut pas changer, me dit plusieurs fois : « Monsieur, » faites attention , ypj^ n*ét^s pas à votre n jeu. » Il me semble que j'y suis assez , puisque je perds mon argent; apparemment qu'il n'est pas permis de perdre et de rire.

Je suis encore décavé , et je quitte la place, mais je m'assieds près de madame de Saint-Julien , ne f&t«ce que pour faire enrager ces vieilles )oueuses,qui m'ont gagné mon argent.Nous continuons de causer, de rire; je ne sais ce que c'est que cette dame , mais elle est fort gale, fort aimable, et c^est une bonne fortune que sa rencontre dans un salon. Avec elle on est bientôt comme avec une ancienne connaissance. C'est au point que je lui offre mon bras pour la reconduire. £lle part alors d'un éclat de rire, en me répondant :

tt Et monsieur Mélino,, qu'en ferons-noii^?

» — Gomnient y ce monsieur est atec tous ?

n — Certainement. — Et il vous reconduira ?

» — Mais il le faut bien. »

Quelle singulière chose , et ils ne se sont pas adressé la paroledepuisqulls sont eotrét» dans le salon. Allons , puisque M. Mélino est le conducteur de madame de Saint-Julien , je ne vois pas trop pourquoi je resterais plus long-temps dans une maison où je ne m'a* muse pas du tout. J*ai perdu trente francs»

c'est bien asses pour ub jeune hotnme qui n'a plus que trois mille six cents francs de rentes ;k..il me semble même que c'est trof^, et j'ai perdu cela avec dei gens qui n*ont pas du tout l'air aimable ^ et qui m'ont jt peme regardé* moi, chétif , qui ne jouak pas l'or à poignée ; n'est-ce pas le ca» de clutfiter :

« Quel honneur I » Quel bonheur!... •

Jenneville cause avec la belle Hermînie , ^ il ne fait pas altentîon à moi. Je m'éclipse

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du salon; mais, arrivé dans l'antichambre, il me faut attendre encore cinq minutes pour que Ton retrouve mon manteau sous cet amas de vêtements qui donne à cette pièce l'aspect d'une boutique de tailleur.

Ah ! j'ai enfin mon manteau ; je m'entortille dedans , et je quitte la société de madame de Rémonde , en fredonnant de nouveau la chanson du sénateur.

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