‹ La femme, le mari et l'amant (volume 2)Chapitre 18 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Encore la dame inconnue.

Non , me dis-je encore , quelques jours après ma soirée chez M»n'deRémonde,cette société ne me verra pas souvent. En récapitulant la manière dont j'ai dépensé mon bien depuis que je suis mon maîïre, ce qui me donne surtout des regrets , c'est de ne point m'étre toujours amusé pour mon argent. Je ne regrette pas celui qui m'a vraiment procuré du plaisir; mais se ruiner et s'ennuyer.... ma foi, c'est par trop bête; cependant c'est ce qui arrive à bien des gens. Par exemple, hier, pour mes trente francs, me suis-je amusé chez madame de Rémonde? Bien au contraire , et sauf la

LE MA&I ST L*A»IANT. 41

conversation de cette dame de Saiiit-JuUen qui m'a distrait un peu, je n'aurais rraiment pas trouré l'occasion de sourire. Je sais bien que l'on va dans le monde par bienséance, par ton, par complaisance. Mais dorénarant je suis très-déctdé à ne plus faire que ce qui me plaira ; en général , c'est une duperie de se sacrifier pour les autres, ils ne tous en tiennent jamais compte.

Il me tarde de voir renaître les beaux jours ; dès que les arbres auront quelque verdure, dès que la campagne reprendra sa parure du printemps, je vais aller voir mon père, jesuis^décidé à passer quelques mois auprès de lui. Gela lui fera grand plaisir, et pendant ce temps j'économiserai mon revenu ; car aux champs on a mille plaisirs qui ne coûtent rien : la chasse , la pêche , la promenade... • Oui, ce projet me sourit; je l'ai déjà formé bien des fois , et toujours quelque motif frivole , quelque amourette merétenait à Paris; cette année, rien, j'espère,, ne s'opposera à son exécution.

Mais aujourd'hui le temps est ^uperbe , 2. 4.

4â l'A. FEMME ^

la teinpëratnrè est douce et invite à la pro»menacle; sortons; j'ai remarqué que par les premiers beaux jours on rencoiArait

toujours une ftmle de jc^ies femmes

Coitime les tfeurs qui se cacbait pendant l'hiver, il semble qu'elles n'attendent que le soleil pour êe montrer.

J'étais sur le bouleiard , ma promenade favorite ; un monsieur vient à moi en souriant ; je ne l'avais pas reeonnu !

«Comment! c'est toi, Dubois..,.. <?«« ). diable as-tu donc de changé, depuis pl«8 » d'un mois que je ne t'ai aperçu? je ne te

» reconnaissais pas Eh mais..-. J'ysui»

)» maintenant.... Ce sont ces favoris qui t« » donnent une tout autre figure... Tutfc^ )» portais pas autrefois... —Non, c'est vrai, >» mais ça me va bien , n'est-ce pas ?...• -* » Ma foi , il me semble que je t'aimais au- » tant sans cela.— Oh ! si fait, ca va mieux, n ' c'est plus mâle... D'ailleurs j'ai une nou- )» vellô maîtresse qui tient essentiellemenl >» aux favoris. . . Elle m'a donné son pœur cl « un pelit peigne d*ëcaille, pour Icsentrcl^

LE MARI ET L*AMAIfT. 45

n nir dans uneboilne dîreotion, et elle m'a » dit : Mon cher ami , le jour où vous vous » lès ferez couper ne comptez plus sur ma I» fidélité.... — Diable! cette femme-là de-

» vrait prendre pour amant un sapeur. — » Moi, je trouve cela assezcommode, parce » que, Tois-tu, quand elle ne me plaira plus, )» je me ferai raser, et, bien le bonsoir-..

» nous sommes brouillés. — Mais qu'as-tu >» donc fait depuis un mois qu*on ne t'a pas « TU ! — Mon ami, j'ai fait des passions >» comme à mon ordinaire I... — A propos, )» Charlotte te prie de lui rapporter sa » brosse à dents. — Ah ! bon ! le plus sou- » vent !... Je la vois venir, avec sa brosse , » c*est un piège pour me ravoir!... Mais » j'ai renoncé aux amours de la fontaine » des Innocens, je suis pour l'instant ré- » pandu dans les brunisseuses ; ce sont des )» filles charmantes, et j'ai remarqué qu'el- » les étaient beaucoup moins gourmandes » que les f rangères . . . C'est très à considérer » cela...... Je deviens économe comme

» Jolivet. — A- propos de Jolivet, il m'a

44 , hk FEMMK,

w CQiîtéton aventure du Colyaée. — <}uelle » aventure? — Tu ne te souviens pas de " )> cette pauvre fille qui a reçu un soufflet )> qu'on voulait te doùner.... — Ah!...

» oui... Un homme à moustaches qui faisait

î» son embarras Ahl parbleu, je lui ai

» fait voir qu'on ne m'empêchait pas de « danser à celui-là..... — Je ne sais pas ce » que tu lui as fait voir, mais en revenant » dans le bal, Jolivet prétend qu'il était >» furieux de ne pas t'avoir retrouvé à la '» porte, et qu'il jurait de te pourfendre à « la première rencontre... — Il disait cela... H II osait dire qu'il me... »

Dubois s*arrêle au milieu de sa phrase et paraît troublé; je cherche ce qui a pu lui causer de l'effroi, et je vois passer près de nous un monsieur à moustaches et décoré; quand Dubois s'aperçoit que ce monsieur passe son chemin sans faire attention à lui, il reprend sa conversation...

« Dai|p{é^ Jolivet rapporte toujours les « choses' autrement qu'elles ne sont... 11 » buvait du punch et ne pouvait pas voir » comment cela se passait. — Il dit aussi

LE MARI ED L'aMAIH'. 45

>» que tu lui dois le punch!... — . Lç » ladre!... C'est un fesse-Mathieu que ce » garçon-là; j'ai payé cent fois pour lui, )> au spectacle» chez le traiteur, et il est » Tenu six fois mettre son nom chez ma » portière pour que je lui rende cinquante

» sous! Si celui-là ne fait pas fortune,

» ce ne sera pas sa faute!... Des amis » comme ça, c^estbon à mettre dans un bo- » cal avec des cornichons !Jesuissùr que...»

Dubois s'arrête de nouveau, et me marche sur les pieds, en faisant une grimace qui le rend méconnaissable ; c'est parce qu'un officier rient encore de passer près de nous.

« Ha ça, mon cher àmi, lui dis-je, il me » paraît que maintenant la vue d'une figure » avec des moustaches te donne des cris-

» pations — Amoi?Bath! etpour-

» quoi donc? — Pourquoi? ma foi je >» rignore... ah! si fait, parbleu !... j'y suis » maintenant... ah! ah! ah!.... ce pauvre >» Dubois! — Qu'est-ce qui te fait rire ? — » Oh ! je devine pourquoi lu portes à pré-

46 Û FEMlfE,

» sent des faroris... ah! ahl..« — J)e ne^is >» pas ce que tu penses,' mais je t'ai dit la » vérité. . . c'est pour coqtenter moa objet. » — ^ Et pour que ton homme du Colysce » ne te reconnaisse pas. — Ah r par exem- » i^e !.. . si un autre que toi me disait cela, » je me fâcherais...» Tiens, ne restons pas » de ce côté du boulevard:. . il y a trop de >» soleil. — Oui ; et oh ne rencontre que des n militaires. — Viens au Palaîs-Royal, j'y » ai un rendez-vous pour de la muscade et » du cacao. »

N'ayant pas de but de promenade déterminé, je me laisse conduire au Pa1ais>-Royàl ; d'ailleurs ce lieu est fréquenté de nouveau par là bonne compagnie, et depius qu'on'cn a baiini lei lïjmpheS'Omnibus, les femnies honnêtes ne craignent plus de s'y promener,

Nous étions dans lé jardin, Dubois me parlait de ses conquêtes et du pnx des sucres; tout à coup je m'arrête, c'est moi-àiitoB totfr qui lui serre lé bt*as avec un uiouve^ menlconvulsif, au point qu'il en est eSVayé*

« Qu'as-tu donc? me dît-il, lu m'as près-

LE MAAI ET l'aMAKT. 47

» que fait peur...—Ah!inoil^iiii Ha voilà...

» c'^t bien elle — Qui elle? — Celle

y* femme charmante que j*ai vue à la Gaité, w que j*aî vue à l'Opéra, et ayec laqudle

» je n'ai pu encore faire connaissance

y* Tiens» vois-tu.'»., devant nous.... eile n'a » pas la capote pensée, mais j!ai vu sa fi- H gure.... elle passe devant le bassin^., elle ti donne ié bras à une autre dame. . .— Oui^ >• oui.^.. je vois, cette dame en robe yert^ » monstre, tournure élé^anie.et légère^.. .^ » — Ohl cette fok je réponds bien que je » saurai son acli^esse... — Écoute, nous » allons, doubler le pas ; quand nous serons » deirière ces dames, nous leur marche-r » rons sur les tatous^.. •• c'est une manière » d'^tr^r en couversatioli • . • ou Men tu me » pq^sseras Je tomberai sur l'une d'elles...

» tu me chercherasquerell^.f — llonolier » Dybois, tu ne feras rien de tout cela, » mais tu vas avoir la complaisance de me n quitter et d|^ me laisser sejUl» alors je ferai n ce que je voudrai;, déjà une fois tu asété » capse que je n'ai pu rejoindre cette dame.

48 t'A FEMME,

• je ne veux pas qu'il en soit de ittême » aujourd'hui.— Comme? lu ne veux pas.,.

>» -^ Adieu — Comme tu voudras, les

» volonlés sont libres. J'irai te voir demain » pour connaître les résultats de Taventure.» Il m'a quitté et je puis me livrer sans contrainte à tout ce que j'éprouve..... D'où vient donc le trouble que la vue seule de cette dame me cause ? quel enfantillage !

une personne qiiejene connais pa^..« que peut-être je ne dois jamais connaître : est-ce curiosité , est-ce pressentiment?. • . ce ne peut être de l'amour que j'ai déjà pour cette inconnue ! Que ce soit ce que cela voudra

tâchons de ne point la perdre de vue.

Elle a gagné les galeries; là, pour ne point m'exposer à la perdre encore, je me rapproche d'elle ; on s'arrête devant les boutiques, on regarde les étoffes. Alors il faut que je m'arrête aussi et que je paraisse

regarder quelque chose on doit avoir

l'air bête en suivant quelqu'un, mais qtiand c'est une femme dont on est amoureux, on s'embarrasse fort peu de l'air que l'on a.

file ne in*a pas tu... elle ne sait pas que je suis à dix pas d'elle... et d'ailleurs se souTlent-elle de moi!... Allons, les voilà encore devant une boutique de bijoutier... je ne puis résister au désir de voir ses traits.. . d'ailleur&^si jem'étais trompé dans le jardin, si ce n'était pas elle, il serait par trop drôle de suivre une autre dame.

En un instant je suis à côté d'elle, et je m'arrête aussi cumnre-^fnnir regarder les b^ux, mais dans le fait pour jeter les yeux sous un grand chapeau blanc... Ah ! je ne m'étais pas trompé, c'est bien elle... elle m'a vu, elle ne pouvait faire autrement....

m'a^t-elle reconnu, je l'ignore, mais je l'en* tends dire à son amie : « —Venez, ma chère, » ce n'est pas ici que nous trouverons ce » que Vous désirez. »

Elles s'éloignent, je les suis de nouveau.

On sort du ]?alais-Boyal... on gagne la rue

Yivîenne, la place de la Bourse il m'a

semblé qu'en passant devant les boutiques, on regardait un peu de cèté; est-ce pour sav>>ir si jesqis encore là?.*.

80 LA FEMBIBy

On prend les bouleyards, on tourne vers la droite; bon, c'est mon quartier.... oq passe les portes Saint-Denis , Saint^Hartin, cela commence à ne plus être mon quar^ tier, mais je la éuiTrais jusqu'à Vincennes sJ'elle y allait on arriyeprès chr Château-d'eau; là, les deux dames s'arrêtent, puis se séparent ; Tune descend la rue de Bondy : ({ti^elle aille où elle voudra, ce n'est pas cètte^^ q ue Je "i^hft : L'autre «t seule maintenant, si j*osaislui parler! ohl non...

mais elle suit toujours les boulevards...

passe le café Tdrc, entre dans la rue Ghar^ lot, puis dans la rue Boiidierat..,.. puis enindans une belle niaison de cetle me; et moi je reste fixé au coin de la borne.

Est-^ee bien là qu'elle dei»eure ? Elle peut y aller faire une risite; alors, si je m'éknjgne maintenant, je l'aurai ;8uiTiie pour rien.

Je proid. idie mo» p.rti.V»tre «uMi dans la maison. Je liens noe pièce de cent sons dans ma main, et je m'adres^ sans hésiter au portier. Je n'^n ai pas enco^ti trouvé qui aient résisté à une pièce de oe^^ sous.

Le ttAJlI ET L* AMANT. 51

V—: Il m'a lemblé reconoattre ^ette dame » en chapeau blanc qui Tient d*entrer dans » la maison» n*etl-ce pas madame... ma- » dame... Benoît? — Non, monsieur, cette }i dame qui Tient de rentrer, est madame f> liU^eTal...» -^ Ah.*.. TOUS êtes bien sur >• qu'elle se nomme LuocTal ? -^ Gertaine- B ment que j'en sommes sûr» puisque c'est >» une de nos locataires... — Ah... elle de- » meure dans ceU^ maison... «-«Oui» mon- » sievr.^-Et. • .elle n'est point mariée à un. . . » à un ancien officier ? — Ngn , monsieur»

» car elle est Teuve. — Ah ! elle e?t tcutc. . . » et elle n'a pas deux petites filles jumelles? n — Non, monsieur, car elle n'a pas d'en- » faut... >- Allons, je Tois que je me. suis » trompé. . . merci, mon* ami»— A TOtre ser- » Tice, monsieur. »

Le portier a mes cent aous, et moi je suis au comble de la joie , parce que je sais qu'elle demeure là, qu'elle est tcutc, et se nomme madame LuceTal.

À quoi me senriront les renseignements que je Tiens d'obtenir? je n'en sais rien en-

core ; mais enfin cette dame n*est plur ane inconnue pour moi. Elle estreuve.... déjà veuve ! est elle paraît avoir tout au plus vingt-trois ans. . . N'importe ! l'état de veuve laisse une grande liberté. «. Une femme peut alors faire toutes ses volontés, il ne doit y avoir près d*elle nt père , ni tuteur pour la gêner : décidément je suis enchanté qu'elle soit veuve.

Imbécille que je suis ! j*ai oublié de de^ mander au portier si elle demeurait sur le devant, et à quel étage... Si je retournais... oh! Aon,... cela pourrait paraître singu^ lier... Ce portier içait peut-être redire cela à cette dame , et elle pourrait s'en formaliser... Je crains déjà de la fâcher !... Devenir amoureux d'une femme que l'on a vue trois fois I... Mais il y en a que l'on verrait trois fois par jour sans en être épris;....

cela fait compensation.

Je ne puis pas rester toute la journée dans la rue Boucherai , avec cela qu'il n'y a pas là de boutiques devant lesquelles on ^ puisse s'arrêter... D'ailleurs madame Luce-

LE mAri et i>' amant. S3

val qui vient de rentrer, ne ressortira probablement pas ce matin... Éloignbns-nous, j*en sais assez pour aujourcPhui.

Je m'éloigne en jetant toujours les yeux sur les eroisees delât maison qu'elle habite... Si Dubois était avec moi , il me conseillerait de jeter des pierres clans lès carreaux, pour attirer lés locataires aux fenêtres. Mais ce n'est pas par de semblables moyens que je veux essayer -de faire connaissance avec cette jolie femme, il ne s'agit pas ici d'une frangère ou d'une brunisseùse.

Je marche au hasard , et le hasard me conduit souvent dans les ruisseaux ; mais je suis trop préoccupé pour y faire attention.

Quelqu'un me prend ïe bras en riant et en me disant :

« Mon cher ami , si vous étiez poète , je » vous croirais inspiré , car vous ne vous » aperceve^s pas que vous vous crottez.. .— » Àh ! c'est vous , mon cher Jenneville ; ma î) foi j'avoue que je ne vous voyais pas...

» — Que diable faites-vous dans la rue Mes- » lay ? -^Dans la rucMeslay... Comment! je 2. 5.

'4i LÀ FEMME ,

» suis rue Meslay? — Il ne le savAit pà$.n >» Ohl ohl pour le coup, mon ami, tous » êtes amoureux. — Ma foi , oui) je ne m'en » défends pas... Il y a une certaine dame » qui m'occupe beaucoup.. . -^ Elle est bien )» jolie? —Elle est charmante... — J'espëfe ^ que vous me fa ferez connaître aussi... si » ce n'est pas indiscret... — Oh! je n'en M suis pas encore là , il faut avant tout que » je puisse la connaître moi-même.. .. •— ^ Gomment ! tous en êtes amoureux et vous }> ne la connaissez pas?... Ahl c'est déli* » cieux... Au reste je me reconnats-là...

» Mais quand tenez-TOus chez madame de 5> Rémonde?... — Dès que je le t)ourrai..k » — Elle TOUS a pris en amitié , mon cher » Deligny, elle m'a parlé de vous , et tous » attend à dîner tous les jours où elle re- » çoit ; TOUS savez que ce sont les lundi et )» les vendredi. — Oui ; oh ! j'aurai le plaisir » d> aller... — Allons , mon ami, je vous j> laisse rêver à vos amours... Je vais chez « uri homme d'affaires que Blagnard m'a » procuré. A propos de Blagnard , H veut

LE MARI ET l'AMAITT. iSl$

» ni*iiitéresser pour quatre •- vingt tnille >» francs dana une entreprise èuperbe , ex^ » celiente., . En un an on triple ses ûapi* » taux... Vouter-voul que nous lui don- » nions eette somme k nous dei^ ? — Nous » verrons... J'y penserai. .Je vous ledirai... )» — Oui, oui, je vpis que ce n'est pas le iv moment de parler d'affaires... Adieu, vei> nez voir Herminie , ou elle se fâche avec « vous. »

Peu m'importe que son Herminie se fâche ou non ; vous verre» que pour être agréable à Jenneville et à madame de Rémonde , il faudra que j'aille tous les lundi et vendredi perdre mon argent chez elle... A la^ vérité, on me donnerait à dîner, mais je le paierais

bien!

A propos de dîner, il doit être l'heure d'y songer... Eh! maisi au lieu d'aller suivant ma coutume au Palais-Rbyal , pourquoi ne dinerais-je p4S sur le boulevard du Temple.... J'y serai itafiniment mieux!....

J'irai, pour faire ma digestion , me promener dans la rue Boucherat.

»6 LA FEMHE «

- Enchanté de mon idée , je retourne sur le boulevard du 'Temple. Quel dommage qu'il n'y ait pas un traiteur rue Boucherat, en face de sa maison !... Je m'y serais mis en pension. Allons au Cadran -Bleu , c*est le plus près.

J'entre au Cadran -Bleu, je demande un cabinet , j'ai la vue sur le boulevard , il n'y en a pas qui donne sur la rue Bouelierat.

C'est égaj , je suis tout près de chez elle et ça me fait plaisir.

On dine mal quand on est amoureux , et surtout quand l'amour n'est pas satisfait.

Cependant, tout en regardant la carte avec indifférence » je ne puis în'empécher de rire du motif qui m'a conduit au Cadran- Bleu!... Que les hommes sont fous!... Se prendite de belle passion pour un minois agréable, penser continuellement à une femme qui, peut-être, ne vous écoutera jamais !..r. Et on se moque des enfans qui font des châteaux de cartes !

C'est ennuyant de diner seul, surtout quand on n'a pas faim. J'ai bientôt terminé

LB MABI ET t'AMANT. , S$7

mon rep«$. J'irai prendre mon café rue Bouclterat... Allons, il n'y a pas uii seul café dans cette rue-là, et on ne voit que cela dans les autres. Je vais aller au c^afé Turc , c'est à deux pas... Quel dommage que nous ne soyons qu'au mois de mars ! certainement d^ns les beaux jours cette dame doit se promener quelquefois au jardin Turc.

C'est à sa porte.

Je vais prendre ma ^emi-tasse au café Turc, il y a là de vieux habitués qui ont le cadiet du Marais.; mais je né puis tenir en place , il faut que je retourne rue Boucherat. Elle va peut-^tre sortir pour aller au spectacle.

Je me promène depuis utt'quaTt-d'heure en regardant en Tair ; une jeune fille m'ac^ coste;.. JeneseràldOfiopàs tranqiAlle au^ jourd'hui !

«Bonsoir, M. Paul. — Âh! c'est vous , » Nime... — Oui, monsieur ; je irais reporter » de l'ouvrage rue Saint^Antoine. — Eh » bien! allez... Je ne vous arrête pas. — » Vous m'aviez promis de venir, me voir

as l'A FKUMB,

i> qMelquefoî»! et vous ne venei plut diâ n tout... Cependant nous ne sommes pas » lâchés ensemblte, n'est-ce pas? ^puisque )> TOUS deveai être mon ami. -^ Oui , oui ^ » certainement j'iraj tous voir... Je n'ai » pas eu le temps... Bonsoir. «^ Ahl tous » ne saTCz pas... j*ai repcontré Adolphe ; ce )> menteur-là n*est pas en Angleterre. le » rai bien reconnu , avec une belle dame » sous le bras. .. Ah I si j'aTais osé... — Yous M me conterez tout cela quand j'irai cheiÉ M TOUS... — Oui, et puis j'ai aussi une petite » connaissance en train. . . Mais je n'en tcux » pas, c'est un homme qui fume... Je ne » Tcux pas d'un amant qui fume... — Vous » me dires toutes tos affaires une autre » fois.<. Je suis pressé; adieu» Ninie. ^-^ » Adieu, M. Paul... Quand Tîendrez-Tous?

» — La semaine prochaine. »

Elle me laisse enûn. Si madame LuceTal était sortie de ches elle dans ce moment »

elle m'aurait encore tu aTCC une grisette»

c'eût été fort désagréable. Mais elle ne sort pas... PauTre Ninie, conune je l'ai brus^*

LB HÀAI ST l'AMAICT. U9

quée ! L'amour tious rend injustes,

égoïstes, bétes... Ah! très-bétes, surtout..

Je commence à m'ennuyer de faire sentinelle dans la rue Boucherat. La nuit est venue depuis long-temps ; l'heure d'aller au spectacle est; passé; elle ne sortira pas ce soir , j'ai fait sentinelle pour rien ; mais je sais qu'elle est \k, je n'ai pas perdu ma journée.

60 LA FEItME,

Page 1