‹ La femme, le mari et l'amant (volume 2)Chapitre 21 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le i^is tout ce quVlle veut.

J'ai ele deux jours sans aller chez elle..*.

Mais que ces deux jours m'ont paru longs !

Toilà le troisième, je ne puis plus y tenir...

Je vais aller la voir Après topt, elle ne

m'a pas défendu sa porte ; elle m*a même dit qu'elle me recevrait ayec plaisir si je ne lui parlais plus de mon amour ; eh bien t est-ce que îe ne sais plus parler que de cela ?.. Âh ! ... si elle ne me le défendait pas, peut-être en aurais-je moins envie...

Me voilà chez elle, la bonne m'ouvre la

porte du salon... Ah! mon dieu ! elle n'est

pas seule Que je suis malheureux I être

deux jours sans la voir et ne pas la trouver 3 10

110 la: fbmmb,

seule Mais du moins c*est une dame qui

est avec elle; j'aime mieux cela que de la trouver en tête-à-tête avec un homme, avec un rival peut-être.

On me reçoit très-poliment. Cette dame qui est chez elle est la même qui raccompagnait le jour où je l'ai suivie. Nous parlons un peu (le tout, nous passons en revue les nouveautés en modes , en plaisirs , en littérature. Son amie se nomme Juliette ^ et quand elle parle à mailamé Lucéval,.

elle l'appelle Âugusti»e« Ahl elle se nomme Augustine.^^Nepourrai-jedonG jamais l^aip^ peler ainsi que dans^ ma pensée 1

Son amie eët fort gaie ; Âugustine a de Tesprit^ fiotre conversation ne languit pas ; ces dames paraififientm'ecôuter avec plaisir. Madame LucevaU <}iii ne va plus dans le monde, semble pourtant aimer à efn enten^ dre parler. Plusieurs fois dlemequestîonnei sur ce que j'ai fait depuis* trois jours , me demande s'il y a toujours beaucoup de bîals, de soirées 9 qudles sont (es sociétéé que je préfère? Pourquoi donc s'informer de

LE MARI ET l'AMANT. |J1

tôtit cela si je lui suis indifl^^nt ? Je n'y conçois rien, mais cela me fait plaisir, et je satisfais à toules ses questions.

Cependant il faut que je mente en lui répondant, car je rie veux pas lui dire que depuis trois jours j'ai passé mes soirées à me promener devant ses fenêtres , elle se moquerait de moi, et elle aurait raison !...

Je cite au hasard quelques-unes de mes sociétés, je parle des réunions où Ton ne fait qlie danser, de celles <^ rôn- ne va que pour jouer, comme ohe»^ madame de Rémonde... madame-Luceval a changé de oou-' leur : « Vous trouveri«4-vou8 kidisposée? j»

lui dis-je. '

« — Non, monsieur, non... C'est un étour-- » dissemenL..Cela me prend quelquefois f n maié vous nous parliezje <3roîs,delà société » de... madame- de Rémonde, j'ai entendu

î» parler déjà* de cette dame On la dit

» très-jolié. . . Est-ce vrai ? — Je ne lui trouve

j» rien d'extraordinaire! C'est une belle

» femme, mais il en est mille qui sont mieux. j> — Vous la connaissez depuis longtemps ?. .

1l6 LA FEMME,

n —Non... J'ai été conduit chez elle par un » de mes amis, nommé Jenneyille.... Oh!

1) quant à lui , il ne voit rien qui soit com-

» parable à madame de Rémonde Mon

» dieu, madame, vous vous trouvez certai- » nement indisposée... »

Juliette a couru à madame Luceval qui semble prête à se trouver mal, elle la prend dans ses bras... lui dit quelques mots à l'oreille ; moi , j'ouvre la fenêtre , nous conduisons Âugustine près de la croisée, bientôt elle revient à elle. Sa main presse celle de son amie, qui lui dit : « Vraiment, Auy> gustine, si j'osais, je vous gronderai» bien » fortl.. — Que voulez-vous !... Vous savez » bien que ce n'est pas ma faute.. . Mais cela » se passera!... avec le temps!.... Pardon,

» monsieur Deligny, je vous ai inquiété!

» Vous êtes trop bon... — Vous avez peut* » être besoin dç repos, madamç, je vais » me retirer. — Oh!, non, non...... Pas en-

» core.... Cela est passé.. .. Je me sens bien

)t maintenant et suis sûre que cela ne re- » viendra plus. >»

LE MARI ET L^AMAICT. 115

Elle veut que je reste : je suis Irès-conlent.

« — Vous nous disiez qu'un de vos amis. . .

)>, trouvait madame de Rémonde fort à son

« goût... lien est donc amoureux? — Mais je

î> le pense. — Et croyez-vous qu'il soit payé

» de retour?— Il y a tout lieu de le croire.. .

» Cependant j*ai été trop peu chez madame

« de Rémonde pour pouvoir déjà connaître

3» ses sentiments. — Ah!.... Je croyais que

» vous alliez très-souventchez elle.. ..^vec

» ce monsieur Jenneville..... — Non, ma-

» dame, je n'y suis allé qu'une fois, etquoi-

3> que madame de Rémonde ait eu la bonté

» de me faire de pressantes invitations , je

î> crois qu'elle me verra rarement , sa so-

î) ciété ne me plaît pas du tout... — ^Ecoulez,

« monsieur Deligny, je ne vais plus dans le

» monde, moi, mais je suis bien aise de sa-

» voir encore ce qu'on y fait. Vous irez

» pour moi , et vous me tiendrez au cou-

''» rant Le voulez^ous? — Je ferai tout

)> ce qui vous sera agréable , madame. »

Nous causons encore quelque temps, â. 10.

114 LA FBMIkIE,

mais je vois bien que son amie ne s'en ira pas avant moi; d'ailleurs il vaut mieux qu*on trouve mes visites trop courtes que trop longues. Je prends congé > et je m'éloigne pi us satisfait qu'en la quittant là pre^ mière fois.... J'avais donc tort de medésea^ pérer !..••, Mais en amour il f^iit si peu de chose pour nous rendre Tespoir.

Quinze jours s'écoulent Je suis retourné souvent chez madame Luceval, et j'ai eu le.

bonheur d'être plusieurs fois seul avec elle. Le bonheur !.^« Je n'en suis pourtant pas plus avancé dans mes amours, mais jecroi« que je le suis dans son amitié^ c'est toi^lours quelque chose. Jamais mes visHes ne paraissent lui être importunes ; quand elle me voit, il me semble que c'est avec plaisir^ Déjà nous sommes moins sur le ton de la cérémonie; avec les gens aimables on est bien plus vite à son aise. La charmante Augustine veut toujours que je lui conte <;e que j'ai fait , ce que j'ai vu de nouveau dansi le monde ; elle m'écoute avec un intérêt qui m'enchante, lorsque je lui parle de moi, de

LE MARI ET l' AMANT. lia

mes habitudes, de mes amis , des gens que ' j'aime à voir. Quelquefois elle me fail re^ commencer le^délails^Ièaplus minutieux...

, Ge plaisir qu'elle éprouve à m'entendre n'est-il pas une preuve des progrès que je lais sur son cteur?. Je m'en flatte en seoret. Une fois j'oublie la promesse que je lui ai faite ; en contemplant ses yeux si tendres et si doux, je laisse échapper quelques mots d*amour. Aussitôt son front devient plus sévère, et elle m'interrompt en me disant :

« M. Delîgny, voulez*- vous que je me fâche n avec vous ? que je? sois obligée de ne plus » vous recevoîi;?.. ah ! j'en serais vraiment n fâchée, car plus je vous connais , plus je n vois que l'on m'avait trompée sur votre îi compte. On vous avait peint à moi comme î> un jeune homme tressé tourdi... très... — » Mauvais sujet ,• n'est ce pas, madame? — n Je n'osais pas le dire.... mais je vois bien 1» maintenant que vous Valez beaucoup n mieux que votre réputation. — Et qui vous » dit,madame, quecenesoitpasàvous, aux » sentiments que vous m'avez inspirés que

» je suis redevable du changement qui s'est )» fait en moi ?— Quelle qu'en soit la cause, » il me serait doux d'avoir en vous un ami ; î) ah ! croyez-moi , monsieur, ce titre vaut î> bien celui d'amant, il vaut plus encore. .. î) car l'amitié véritable n'est pas inconî» stantel... — Avec vous, madame, l'amour « ne saurait l'être...— Ah! monsieur, je » suis trop certaine du contraire !... >>

Elle détourne la tête, elle porte son mouchoir sur ses yeux... Allons , j'ai encore dit quelque chose qui lui a fait de la peine.

J'en suis au désespoir^ et je lui jure de ne plus lui parler d'amour, de ne plus chercher qu'à mériter son estime , son amitié , de ne plus venir la voir que rarement si elle l'exige... elle verse des larmes, ah! dans ce moment je lui ferais tous les serments possibles pour la consoler.

Elle tourne la tête vers moi, elle me sourit et me tend la main en me disant : u Oui»

» nous serons amis.... et vous saurez quel- « que jour tout le prix que j'attache à votre « amitié. »

LE HAKI ET l'AMAKT. 117

Je prends cette main qu'elle m'offre, je la presse aans les miennes... trop .fort sans doute , pour un homme qui ne doit être qu'un ami, car Augustine la retire bien vite en me disant : « Mais je ne yeux pas ce- » pendant que l'amitié que vous avez poyr » moi et les visites que vous me rendez , » vous fassent négliger vos anciens amis , » cela me ferait même de la peine si vous )> les voyiez moins souvent à cause de moi. . . )» Vous étiez fort lié avec monsieur Jenne- » ville autrefois ; on m'a dit que vous étiez » toujours ensemble ; depuis quelque temps }> vous ne me parlez plus de lui... Vous le » voyez donc moins souvent ! — Il est près- » que toujours chez^madame de Rémonde. . .

» £t je vous ai dit que j'aimais peu cette )> maison-là... — Pourquoi?... Il faut bien » qu'un jeune homme aille dans le monde ^ y> qu'il s'amuse. — Je ne m'amuse pas du » tout chez madame de Rémonde. — Vous )> n'y avez été qu'une fois... N'est-ce pas au- » jourd'hui le jour où elle reçoit? — Mon » dieu, oui... Et j'ai encore reçu hier au soir

lis tA. FEMUfi,

n un billet par lequel elfe inlnvlle à dîner y* pour aujourd'hui. — Un blUél de maî> dame de Rëmonac? — Oui , je pensé bien n que c'est elle qui Ta écrit... —L'aYez*voug » sur vous? — Je ne sais... Oui... Le vîôilà... » — Ab! voyons donc comment écrit celte w dame si jolie i... Je pense qu'il- ri'J^ a pas w d'indiscrétion. —Oh! non, madame!...

^ C'est une invitation à ^ner, et rien de 7» plus. »

Je présente à madame Luceval le billet de madame de Rémonde , elle le regarde longtemps et avec une attention qui m'étonne ; enfin elle me le rend, en me disant : « Son écriture n'est pas belle... — Elle esf » lisible , voilà tout. — Son style même ne » mé semble pas bien spirituel. — Vous » voulez qu'on mette de l'esprit dans une « invitation à dîner ?— Ahî.... voiï» avez » raison... Je ne sais à quoi je penàài^^. Eh » bien , on vous attend à dîner aiUjoûl-d'hui ', » VOUS irez? — Non , ma foL — Ahi ihon* " sîeurDeligny , ce serait très-mal dé refuî» ser encore.... Vous irez.... Je le Veux, et

LE MÀHI BT L^AIUART. 119

» demain vou^ viendrez me coller ce que i> vous aurez fait , et me dire si vous vous » êtes. amuiBé. — Tous le voulez, je n'ai rien M à objecter à cela^ J'irai donc diner chez y* madame (de Eémonde...... Mais vous me

» permettrez de vous revoir demain, et ^et )) espoit* n'empêchera de trop m'ennuyer >» aujourd'hui. »

Madame Luceval parait enchantée de ce que je consens à aller chez madame de Ré- HM^nde» je ne comprends rien à cette fantaisie , mais je suis heureux de faire quelque chose qui loi soit a^éable. Je prends congé d'elle; elle me fait., elle-même, promettre que je viendrai le lendemain.. Décidément ellt^a du. pWér à me voir , et elle ne veut pa^ que je lui parle d'amour. .; Oh ! nous verrons.

Puisqu'on veut a))Solument qtie j'aille diner chez madame de Rémonde , allons Caire notre toilette. Quel singulier caprice peut porter madame Luceval à me prier d*aller dans oette maison? C'est peut-être bonté de sa part. Elle voit bien que je l'aime,

120 LA FEMBIB ,

que je ne m*occupe plus que d*elle , et elle Teut que j'aille 4]an8 le monde pour me distraire de ce sentimerlt, qu'elle ne veut pas encouragera Oh ! oui , c'est là sans doute son motif, mais elle aura beau m'envoyer chez les autres, je n'y verrai qu'elle, je n'y songerai qu'à elle. Plus je la connais, plus je l'aime.... Que de viendrai- je donc s'il me faut toujours aimer seul !

 six heures, je me rends au brillant hôtel de la rue Lepelletier. On m'annonce, et ce n'est pas qu'à des fauteuils cette fois ; je trouve madame de Rémonde entourée d'une demi-douzaine d'hommes , parmi lesquels je reconnais Jenneville et Blagnard.

La brillante Herminie vient à moi, en faisant une exclamation fort aimable :u M.De- » ligny !... Mais c'est un miracle ; nous n'o- » sions pas compter sur tant de bonheur...

» En vérité, monsieur, vous devenez si rare, » que je dois regarder comme une grande » faveur de vous posséder aujourd'hui.»

Je réponds de mon mieux à ces reproches flatteurs. M. Blagnard vient me serrer la

LB MARI BT L'aHAUT. 421

main ayec effbsion; JennevIUe me trappe sur répaule en «'écriant : « Mon cher Deligny*. • » que devenez-YOua doQi^?... Est-^ que » vous vous faites ermite ? on ne vous voit » nulle part!... Cependant vous ne restez » pas chez vous , car j'ai été plusieurs fois » vous y chercher en vain.

. y* — C'est très-mal de négliger ainsi ses » amis, me dit Biagnard. — Oh I je me rap- » pelle à présent ce qui l'occupe, reprend » Jenneville en riant, il est amoureux...

» G^est une nouvelle passion.

„ — Que parle-t-on d'amour? de pas- ]» sion?» dit un petit monsieur de cinquante à soixante ans, qui a un faux toupet noir et le reste des cheveux gris , mais qui est habillé en fashionable, et tâche de sourire sans ouvrir la bouche , parce qu'il n'a plus de dents, u L'amour l G^est mon fort , à moi , n messieurs!

n — Je croirais plutôt que c'est son fai-

1» ble, » dit madame de Rémonde, en sou-

^ riant : « Ce pauvre M. Breillard, il veut

» toiyours être jeunet... Quant à vous, s 1

Itt LA FBHMBy

» M. Oeligny , \e tous en yeux... Oh! je H TOUS en Yeux beaucoup !... Est-cequ'une » nouTelle matlMSseiloit tous faire oublier j» yos amis ? — Mais , madame , je. tous as- » sure que je rie sais pas ce que Jenuerille » Yeul dire, el que...— Vous êtes diseret , M monsieur, c'est fort bien^ et je tous eu » fais mon compliment; mais JenneTille ne » parle pas sans motif. .. — Je tous jure...

», — Allons , taisea-TOus , je ne Tcult pas » d'ailleurs élre TOtre oonûdenle.. . Ce rôle- » là n'aurait aucun charme pour moi !... »

Sn disant cela > on appuie une main sur mon bras , on Vy laisse même quelque temps.. Je présume que e*est par distraction... Mais il arriTe du monde, et la belle fierminie Ta receroir les nouveaux Tenus.

C'est madame de Saint-Julien et M. Mé* lino ; je suis bien aise que celle dame soit du dîner, je me rappelle qu'elle ^t aiiiiiâ>le et aime à causer. Jusqu'à présent je ne Tois qu'elle de dame aTec la maltresse de la matson , et nous sommes huit hommes ; mail madame de Rémonde est coquette , elle

LE MARI IT L'àHAlHT. 185

aime à eapttrer tom les 8Ufft*age8 ; ces dames-là n'invitent jamais que les femmes qui ne peuvent pas l«ur |fibrter ombrage.

On attend sans doute encore du monde, car on ne sert pas, f 1 est cependant six heures et demie passées... Je dînerais volontiers, mais il est de mode maintenant de ne se mettre k table que lorsque Tappétit est passé.

Ahl voilà encore une dame... Elle est horriblement laide I... Le contraire m'aurait surpris; je suis même étonné qu'on ait engagé madame de Saint -Julien; on la trouve apparemment sans conséquence*

Enfin y à sept heures moins un quart , un valet vient annoncer qu'on est servi ; c'est bien heureux. Madame de Rémonde est auprès-de moi, je lui offre la main; elle l'accepte en me souriant fort agréablement; dans le trajet pour aller du salon à la salle à manger, il me semble que ses doigté pressent doucement les miensé.. C'est peut-être une habitude!.... J'ai connu une dame qui serrait la main à tous les hpmmes qu'elle

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