‹ La femme, le mari et l'amant (volume 2)Chapitre 24 sur 27 · I<A FEMME · texte numérisé non relu

I<A FEMME

prend avec vivacité et le lit avec autant d'attention que celui de madame de Rémonde.

Je ne conçois rien à cette femme-là l Mais il faut bien faire tout ce qu'elle veut.

Elle me rend le billet en me disant :« Elle » a revu cet Adolphe.... il se conduit mal » avec elle... elle veut vous raconter tout )» cela ; il faut y aller , monsieur ; vous ne » pouvez refuser vos avis , vos conseils à « cette petite , qui met sa confiance en » vous.... — Mais , madame , que voulez- » vous que je lui conseille, moi? Est-ce » que je connais son Adolphe ? D'ailleurs , » il l'a aimée, il ne l'aime plus , je ne vois » rien de bien extraordinaire là-dedans!...

» — Pardonnez -moi, monsieur, elle vous » contera ses sujets de plainte... — Âh! s'il » fallait écouter toutes les plaintes de ces » demoiselles qui ont eu des amants per- » fides!...— Oh î je sais bien que voustrou- » vezcela tout naturel; mais moi , je suis n très-curieuse de sqivoir si elle revoit cet n Adolphe... ce qu'elle veut vous dire, en- » fin. Vous irez i n'est-ce pas? Je n'ose pas

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» dire que je le veux, ce serait une plal- » santerie , je sais bien que je li'ai aucun j» empire sur vos volontés. . . — Aucun emn pîre!...Âh ! j*irai, madame;j*irais au bout » du monde , si vous le désiriez... Gepen- » dant, je vous avoue que je ne conçois )» rien à cette envie que vous avez de me » faire aller chez toutes les femmes qui » m^écrivent. — Quelque jour je vous en n apprendrai la raison... Mais il n'est pas y> encore deux heures , vous pouvez aller n voir cette petite aujourd'hui , et ce soir )» vous viendrez m*apprèndre ce qu'elle » voulait vous dire... — Quoi ! y aller tout

)» de suite! — Et vous reviendrez ce

n soir... — Allons, madame, je pars , et je » vais aller chez mademoiselle Ninie. »

Tout en me rendant rue Aubry-le-Boucher, je réfléchis à la singularité d'esprit de madame Luceval ; elle dit qu'elle ne peut plus aimer, et elle reçoit presque tous les jours un homme dont elle n'ignore pas qu'elle est adorée. Elle me défend de lui parler de mon amour ; mais , en me quit- 2 13

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tant le matin, elle m'engagea revenir la voir le même soir. Elle ne veut me donner aucune espérance , mais elle s'informe minutieusement de ce que je fais , de toutes les personnes que je vois ; elle aime k m'entendre lui conter l'emploi de ma journée; enfin, elle veut lire les billets que les dames m'écrivent... Ah ! Âugustine me défend en vain d'espérer, tout m'annonce qu*elle m'aime... peut-être sans se l'avouer encore à elle-même ; mais, à force d'amour, je l'obligerai bien à lie plus me cacher ses sen« timents.

Voici la demeure de !9inie , sa maison me semble encore plus laide qu'il y a deux mois... C'est qu'alofs quelque chose m'at« tirait prèé d'elle. Me voici devant sa porte. Pourvu que Ninie ne soit pas chez madame Ballù ; je ne me sentirais plus le courage d'aller l'y chercher , ni d'écouter les dis* cours de madame Mattoux.

Mais Ninie est chez elle ; elle pousse un cri de joie en me voyant.

» Âh ! c'est vous , M. Paul..... c'est bien

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» heureux que vous yeniex enfia 1 41 a fallu » que je vous écrive pour cda !•••. — Que » voulez*vous , ma chère Nioie ; je ne suis » pas toujours maître de mes moments^— i> C'est juste,ce n' est pas comme jadis. .«Mais n asseyez-vousdoac.àttendezquejevous » trouve une chaise où il n'y ait rien des^

31 sus Autrefois, quand il n'y en avait

» pas de libre, vous vous asseyiez sur mon » lit. — Je m'y mettrai bien encore, Ninie.

N ^--- Oh! non, ce n'est plus la peine à » d'heure... tenez, voilà une chaise, mon- » sieur. »

La petite me présente une chaise d'un air moitié sérieux , moitié riant , puis elle jette son ouvrage.de côté et s'assied en face de moi. Je la. regarde qudques instants^ et je in'aperçois qu'elle a les yeux très-rçuges.

« Ninîe, qu'avez*vous donc?... vous avez » pleuré ! — Oh I oui , je pleure souvent à » présent. — Et pourquoi cela ? — Dame.. .

n pour me distraire. — V^Uà une singu- » lière distraction; je veux que vous me » contiez vos chagrins Sij'ai été long-

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» temps sans venir, croyez que je n'en suis » pas moins votre àmî... Voyons, dites-moi n pourquoi vous avez pleuré.— Parce que )» je m'ennuie. J — Vous vous ennuyez , et » après qui?— Je ne sais pas si c'est après « vous ou après Adolphe. •• — Moi , je suis

» sûr que c'est après Adolphe Vous

n m'avez écrit qu'il s'était fort mal conduit » avec vous... Qu'a-t-il donc fait? — D'a- » bord , vous savez bien qu'il m'avait dit » qu'il partait pour l'Angleterre et qu'en » revenant il m'épouserait peut-être. — » Oui, si vous aviez été bien sage ; mais ces » promessés-là n'engagent à rien. — Ohl n si fait ) parce que M. Adolphe est le pre- M mier que j'ai connu.... C'est lui qui m'a » fait quitter ma tante , qui m'^ enlevée, » enfin. — C'est-à-dire que vous vous êtes « laissé enlever de fort bonne grâce. — Oh!

)i c'est égal , c'est Jlui qui m'a séduite , et » Charlotte dit que quand un homme a été >» le premier qui ... le premier que. . . notre » séducteur enfin, il nous doit toujours » des égards et de la reconnaissance. —

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» Mademoiselle Charlotte tous a souvent dit « des choses que vous n'auriez pas du éoouw ter ; mais enfin , je conTîeais que votre » M. Adolphe vous doit des égards ; on en » doit à toutes les femmes, surtout à celles » qui nous ont rendus heureux; et M. , Adol- « phe s*est donc mal conduit ? — Il y a

» quelque temps Favant-veille du jour

» où je vous ai rencontré me Boucherat, » comme je passais dans la rue des Petits- » Qhamps pour aller chercher de l'ouvrage^ » j ai rencontré M. Adolphe avec une belle » damîe à plumes , à panaches , à qui il » donnait le bras... en le voyant, ça m'a

» donné un coup, terrible ! moi, qui lé

» croyais en An^elerre!...;. Je suis restée )> toute saisie ; je ne sais pas s*il m'a vue, » mais il a continué son chemin sans s'ar- 9 réter et sans même se retourner.. . . Moi, » je n'avais plus de jambes ! ... je suis ren- » trée toute bouleversée de cette rencontre, ». puisje suis allée conter cela à Charlotte. n Charlotte m'a dit : Tues une fichue bêle, » ton Adolphe est un monstre, un perfide, â 15.

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» il fallait courir après lui , lui faire une

» scène dans la rue et le menacer de tes

1» parents s'il ne te mettait pas de nouveau

n dans tes meubles. — Mademoiselle Char-

» lotte TOUS donnait là de fort manrais oon-

n seils* — Ah ! je n'arais pas envie de les

» suhrre; vous savez bien que je ne suis pas

» capable de faire des scènes , ni dans la » rue , ni chez moi ! Gependtat j'étais

H fâchée de ne pas avoir suivi Adolphe ,

1» j'aurais voulu savoir où il demeurait et

» s'il était marié avec cette belle dame que

> j'avais vue à son bras. Plusieurs jours se » sont passés, j'espérais qu'il viendrait me n voir , puisqu'il est à Paris ; mais il n'est pas » venu^ 'j enfin H y a quatre jours j'ai encore » rencontré Adolphe sur la place des Yie- » toires , il était seul cette fois , et je me » suis dit : Il faudra bien qu'il me voie. Il n allait très^vite, mais je l'ai rattrapé, puis » je l'ai arrêté en lui disant : C'est bien heu-

> reux que je vous rencontre , monsieur, » car depuis que vous êtes revenu d'Angle- » terre^ vous ne revenez pas souvent chez

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» moi. Alors il est devenu rouge , il a pri^ » un air de mauvaise humeur, puis m'a » répondu : Ha chère amie , je n'aime pas » que Ton me parle dans la rue , je vous li défends à l'avenir de m'arrêter, et d'avoir « l'air de me connaître ; j'ai pu avoir un » caprice pour vous > mais il est passé<^, et » désormais il ne doit plus y avoir rien de j> commun entre nous. Mon voyage d'Angle- « terre n'était qu'un conte pour me débar- » rasser de vous, vous auriez dû le deviner; » je vous le répète, ne vous avisez plus de )» me parler, -sinon je vous traiterai comme 31 on doit traiter les filles de votre sorte!... » Après m'avoir dit cela , il s'est éloigné ; « moi je suis restée quelque' temps immo- » bile à la même place» je n'en pouvais

» plus, j'étouffais! le suis allée chez

ï» Charlotte en pleurant, et Charlotte m'a » encore appelée fichue béte, en me disant )» que j'aurais dû égratigner mon séducteur » de manière à ce qu'on en vît longtemps » la marque sur sa figure. C'est depuis ce u temps-là que i'ai souvent pleuré... on ne

1» m'avait jamais parlé comme ça,., les filles )» de ma 8orteî....de quelle sorte suis-je » donc pour être traitée ainsi ? — Votre » M. Adolphe a eu très-tort, il pouvait vous » dire qu'il ne vous aimait plus sans vous » parler durement. C'est fort mal. — [Oh!

*w oui , c'est bien mal ; quand vous m'avez >» dit que vous ne m'aimiez plus, vous, » Paul , vous ne m'avez pas dit de sottises » au moins 1 — Il faut oublier cet homme-là, » n'y plus penser et vous consoler , Ninie.

>» — Certainement que je ne l'aime plus....

» que je n'y pense plus.... mais ce sont les » choses qu'il m'a dites que j'ai sur le » cœur.... parce que je l'ai aimé.... que je » l'ai, cru. ... dire que je suis une fille de » ma sorte... hil hi! hi!... me menacer....

H me défendre de le connaître.... hi! hi!

» hi!...

)» — Eh bien , Ninie, voulez-vous finir de

)» pleurer comme cela.... — Ah!.... si!

«c'est... que... c'est... àfTreux! — Vous » avez promis de ne plus penser à lui ! — « Vous ne m'avez pas défendu de vous re-

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» connaître , vous!... au moins !... et pour- » tant... vous n'êtes pas mon séducteur..; '» vous... hi! hil hi! — Ninie, cela n'est »'Pas raisonnable de pleurer ainsi, vous >» vous rendrez les yeux rouges et malades.

>» — Ça m'est bien égal..., personne né « m'aiineàc'rheure!... Ça m'ennuie qu'on ï» ne m'aime pas.. .hilhilhiî...»

Cette petite né veut pas cesser de pleurer; pour la consoler je l'attire sur mes genoux , je la presse dans mes bras , je l'embrasse... Il n'est rien que je ne fasse, enfin »... Elle a un chagrin profond , et ce n'est pas sans peine que je parviens à la calmer; mais elle ne pleure, plus , au contraire, elle me sourit, et je ne sais comment il se fait que nous sommes assis tous deux sur le siège que j'occupais jadis chez elle, quand les chaises n'étaient pas libres.

«t Eh bien , Ninie , tu . ne pleures plus ?

î> — Oh non, c'est fini.,., je ne veux plus » avoir de chagrin , je ne penserai plus à » Adolphe... mais tu m'aimeras... mais vous '> m'aimerez toujours un peu, vous, n'est-ce

» pas ? — Sans doute , vous n'irez plus » avec Charlotte • tous ne suivrez plus ses » conseils; cari voyez-vous, Ninie, c'est ji alors qu'un honune aurait le droit de

» vous mépriser » et de vous parler, comme » cet Adolphe l'a fait. — Oh 1 maintenant , I» je ne vais plus avec elle , je travaille toute » lasemaine^ et le dimanche je retourne » chez ma tante avec qui je suis raccom- M modée.-^Cest très-bien l mais dites-moi, » I^inie y connaissez- vous une dame*..* qui » se nomme madame Luceval ? — Non , » mon ami. — Avez-vous ét^é quelquefois )» pour de l'ouvrasre ou d*autre motif daiis » une maison, rue fioucherat? -^ Non....

» je ne connais personne dans cette rue-là.

» — Cfest bien singulier! — Pourquoi

>» cela? — Ah!... c'est quelque chose... qui » me concerne... Adieu, Ninie, il faut que '» je v6us quitte. Soyez bien sage... n'allez » plus avec Charlotte , et ne pleurez plus. » — Mais yfou» viendrez me voir de temps » en temps pour que je ne m'ennuie pas » Iropf — Oui , je vous le promets. »

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Je l'embrasse encore , et je pars. DiraE-je ce soir à madame Luceral tout ce que j'ai fait chez cette petite ?..,I9on, il y a certaine chose que je lui tairai. Après tout, madame Luceval a une singulière manie de vouloir à toute force que j'aille chez df autres fem-* mes. £st-ice pour me distraire de la passion qu'elle m'a inspirée, est-ce pour mettre ma constance à l'épreuve?... Quand je succomberais , comme ce matin , par exemple , qu'est-ce que cela prouverait? n'est-on pas infidèle , sahs cesser d'être constant ?

Je retourne le soir chez Augustine , et je lui conte tout ce que je peux lui conter de ma visite à Ninie. Elle écoute attentivement ce qui a rapport à M. Adolphe, puis elle s'écrie : u — C'est mal... c'est vraiment » mal. .. traiter ainsi une jeune fille qui s'est )» livrée à lui!... je crois que j'aurais pré- » féré qu'il Taimât toujours. »

Je ne vois pas ce que peut lui faire la conduite çle M. Adolphe , que je n'ai pas l'honneur de connaître. Augustine me remercie d'un air charmant de ce qu'elle ap-

pelle macomplaisance, comme si je n'étais pas trop heureux de faire ce qui lui plaît ; et après tout , ma visite chez Ninie n*a rien eu de désagréable. Enfin, lorsque je la quitte , elle me tend la main, et me nomme son ami... Ah! qu'elle ordonne désormais , qu'elle dispose à son gré de tous mes in • stants!

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