‹ La femme, le mari et l'amant (volume 2)Chapitre 26 sur 27 · G4 LA FEMME · texte numérisé non relu

G4 LA FEMME

» VOUS. — filagnard est ho^une .à faire 3» votre affaire; j evais chez lui, venez-y avec » moi , peut-être pourra-t-ii vous associer » à notre opération, »

J'accepte la proposition de Jenneviile.

Nous sortons , et son cabriolet nous a bientôt menés chez monsieur Blagnard qui occupe un logement magnifique dans la rue d'Antin.

L'homme d'^ifiàires me reçoit fort bien.

» Mon cher ami, <c. lui dit Jenneviile, » voici un garçon qui voudrait aussi faire » quelque bonne spéculation... Est-ce que n VOUS ne pourriez pas l'y aider ? — Pour- » quoi pas ?.... D*abord je serais, enchanté » d'être agréable à monsieur Deligny ; nous » allons voir cela. »

Monsieur Blagnard regarde des notes ;' pose des chiffres , puis nous fait ua détail qui n'en finit pas sur une affaire de rem-* boursement de créances qu'on veut vendre et dont la liquidation est sure dans Ttspaœ de quelques mois. Jenneviile et moi , nous nous entendons fort mal aux affaires,

LE HAEI m l'AHAirr. 16S

\ et n0U8,ne comprenons qu^ane :clioée ûàitès ce que nous dit moûsieurvBliàgnard , c'est qu'on peut ftcbetér à. fort bon mardbédes créances excellentes et doubler ainëi stk capilalix.

u Tenez I mon , ami, dit leoneTîHe , je » n'entends rien aiix mots, d'hypothèque ; » d'arriérés » de dégrèvement !•... mais j'ai » ea TQ9IS une cofeiftance entière \ et I>éligBy » éga^meot; au Ulta); que pent-^ ûdve 3>dja9e tout cela?

)» — M. Beligny peut entrer dans cette » opération.... Je n'arais plus besoin de n fonds ;maî$^ ppur lui être agréable ^ je » prendrai les sieos^.* Qu'il me donneime » soixantaine de mille francs , et j'espère » qu'ayant un an ^ noua aurons doublé tout 31 cela« »

Malgré ma eoilfiattcci dans ;lL,Bli^nfiard*', je réfléchis que soixante mille Iratic» corn^ posaiità peu près.tout ce qu^il me reste de loffluoe > et je ne veux pas 1» risquer entiè^ reoieQt* D'aill^irs ^ je suis moins ambitieux que Jéonevilley ' et » pour une prentière

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«ffrire, je penié qu'îi sera fort agréable de gagner nMHté de oette somme. Je ditckmc à SEM;9arâ que Je ne piii^ disposer ipie 4e trente miHe francs.

«Ehbien, va pour trente mille fraw»!

n Ycms gagnerez moins , mais une autre » M^ TOQS sereft i^s barâi« ^

Nous convenons de noe laits» J*irai-dam la soirée chez mon notaire , et le tende- «aiti |e renietb^i lés fonds à 0ligiiard. Cet arrangement terminé , Blagnard fait servir à d4eÙBer, et nous ne parlons plus sFftfBlîpes*

}etmevii)e me demande eônment v^ent BOM «meurs; je soupire et f e me tais , ear «esmessieurs ne eroir aient pas àïMnnooence de ma liafsoA avec madame I^ceval; Jeitneville me plaisante en s*écriant : •< Yeus » faîtes lei dUcret , mon <4^er Betigny , teais » on sait «que vous passer maintenant toift D votre temps près de votre maltresse; i » faut qu'eUe soit bien jolie pcoir vous sab- 91 ieguer à ee poiirt. .[C'e^ mal à vous dêne » pas nojus ia faire conmutre. — Messieurs,

LB MABI m L'iMANT. 167

» m&|ite}iilAiiiij6Vmi9ditqit«d^£f(>ijâécteux » moiiiqfiia |eia csonfialà > ^M je la Yoi§ » presque tou» leg jom*s^) |é n'en ai eneôre ir rien obteiau*.4.. YouafotMfindqiierei^ de n moi f^^..^^ — NcHM fle imi8 orcârcm pas, n dil Blâgiiard.

- « ^ K oh 5 oevte»^ ^» ref^^nd leMietUle ; a Tcmé, Detigny , que )3ai ym lâener si

• iNromptemetit certaines itttrtgues^ S ^^ Oui » de ces intrigues où le cœur'n'eit pour » rîené*. Oii! celleè^là se mènent trés-^e.

» *^ (kmatient^ Moneher, eit*cequeveiH » en èles irédiiit à rameur platonique ?«.., 1^ **-Alit meséîeurs», at vous ftounes sc^ » T(riro. Si voua aîmkz comme tmAl^é «^ » Alors c'est «bnic une coquette! qtn m îwà » unîeu de vos soupânié -^ lâMt coquette!

• oh ! non : si elle l'était , je n'en serais pm n aniom*eiix> ^ Eh! nà)u dker, on unit » pat en triovipher. Ye^^ea Bcmrinie > qui » désolait tons ses actolniienrsîU. Je mesmt il dft : je Yaincrai la snpelrbet.».«. et j'ai tt ¥éulSK«.* C'est une victoîve qiti moftiil

]»^BC<Nre cb^ne |ow bic»' des jaIdiix f — » Je le 4Ht>i6. — Teom; iPeUgny, quand » un homme aimable» ufi bo9ii»e cdmme 9 npuê enfin, Teut $e/lmve aimer d'une >i:feni9ie,U est toi^ouTs sûr dyt>anenir.

» — Mon . cher Jennevilte , je ne c'cûmais » pas Tos moyens de séduction ^ et je : n'ai » pus «ÉUust de>€oofian0e ea mpHnême « — A Parbleu ! si ^je oo^naissais votre belle , je p voudrais lui :&Ure aussi la: cour; et nous n verrions! n : : > , Je ris en m«NHiiômé.de la fatuité de Son* neville, qui pense qu'aucune Hemme ne peitt lui résider V surtout dépuis qu^l a tmemphe de madame. de Kémondel ' Quel trlom^iiel.... Oser mettre une telle-femme en parallèle avec Augustine !.'.; liais il ne la connaît pas , H n'est pas digixe de la con. nattre.

L'heure dé la bourse nous sépare. Nous iaous donnons reodez^vous/ pour le>lem)emttn. Je méprends diéssmon nol^dre ^il me promet les trente malle' francs dont i*aà besoin. Cette affidra terminée, je vais chez

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madame Luceval à qui je ne conte pas eette fois ce que j*ai fait. Elle Ignore la situation de ma fortune ; elle me croit riche peutêtre... Jeifêlui fais pas l'injure de penser

que cela entre pour rien dans la bienveil^ lance qu'elle me témoigne, mais je suis bien aîse qu'on me croie plus fortuné que je ne le suis... Quand l'amour n'est pas s^isfait, il faut au moins que la vanité le soit.

Le lendemain , mon notaire me remet la somme que je lui ai demandée , et je vais là porter à Blagnard. J'éprouve un secret serrement de cœur en lui donnant les trente mille francs , tandis que Jenneville lui en apporte giument plus du double... Sans le désir que j'éprouve de voir ma fortune plus rapprodtée de celle d'Augustine, je n'aurais pas risqué cette somme ; mais ce n'est pas risquer, puisque l'affaire^est certaine.

D'ailleurs Blagnard s'engage à nous payer l'intérêt de notre argent à douze pour cent, et Blagnard est solide. Un homme qui a cabriolet , domestique , logement superbe , et qiii traite si splendidement !... Enfin l'af-

faire est conclue, il ne fant plus en altendre que d'heureux résultats.

Je sors de chez Blagnard avec Jenneville, qui me propose d'être le lendemain d'une partie de campagne à Âuteuil ; il y a fête »

c'est l'ouverture du bal champêtre, et quoi* que les bois ne soient pas encore fort touffus, madame de Rémonde a témoigné le désir de s'y rendre avec quelques personnes de>sa société. Je ne me soucie pas de faire une partie de campagne pour être âVec madame de Rémonde. Je prétexte une affaire et remercie Jenneville de son invitation.

Malgré moi, la pensée de mes trente mille francs me revient souvent à l'esprit. Ce n'estqu'auprès d'Augustine que je pourrai me distraire, ce n'est plus que là que je suis bien. Ces messieurs peuvent se moquer de inoil...Ils ne comprennent pas le sentiment qu'elle m'inspire.

Madame Luceval est seule. Toutes les fois que je me trouve en tête à tête avec elle , j'ai l'espoir qu'elle se montrera moins se vère^ et qu'elle me permettra de lui parier de

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mon amour. Il faut bien que cela finisse....

Quoique je sois heureux près d'elle, je brûle de rélre davantage... Cela ne peut toujours durer ^insi... Ces messieurs auraient alors raison de se moquer de moi.

Mais les plus belles résolutions s*évanouiSr sent devant un de ses regards. Si elle me défendait de la revoir!... Si je ne pouvais plus passer près d'elle ces heures qui s^é^ coulent si vite ! ... Je regretterais de lui avoir désobéi... Je crois pourtant que je deviens trop timide!... Si elle ne m'aimait pas un peu , aurait-elle du plaisir à me voir si sou-vent !...

Tout plein de ces idées , je me suis assis plus près d'elle qu*à l'ordinaire. J'ai pris sa main que je presse tendrement dans la mienne ; ^pendant quelques minutes, elle me l'abandonne ; mais je veux la porter à mes lèvres... Aussitôt elle la retire en me disant: u Que faites*vous? M. l)e]igny;on » ne baise pas la main de son amie.*.. — » Vous n'êtes pas que cela ppur moi! — » Mais je ne veux être que cela.... — Et

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r^ VOUS «€i*ez toujours aussi sérèret — Je )» serai toujours la même... — Et moi, ma- » dame, je sens quil m'est impossible de ne 31 pas vous parler de mon amour, derester 5) près de vous dans une froide indiffé-

î» renée — Alors, il faudra que je me

» prive de vous recevoir.... — Quevou^ » vous priviez î... ^e croîs, madame, que la n privation sera légère pour vous... puisque » pour quelques mots vous me banni nez de > votre présence..... — Vous êtes injuste^ » M. Ùeligny; j'espérais que vous ne dou- » tiez pas de mon amitié. — ^Votre amitié ! . . . » il me semble, maintenant, que j'aimerai»

?► mieux votre haine... De l'amitié entre une 3» femme de vingt-trois ans et un homme » de vingt^ept!... comme c^est agréable!...

3V on a de l'amitié à soixante ans , mais h noy* tre âge on a de l'amour. Enfin, madame, î> si je ne vous suis pas odiçux , qui vous 3» empêclie de m'aimer ? n'êtes-yous pas 31 libre , n'êtes- vous pas maîtresse de vous- 5» même?... vous soupirez , vous ne me ré- « pondez pas.... — Quelque jour je vous

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» répondrai.. . mais Je vous en prie , M. De- » ligny y cessons de parler de tout cela. . . Et » vos amis 9 qu'en faites-vous? vous ne m'en y* dites plus rien? -*- Ah! madame, mes » amis m'ennuient, le monde m'ennuie , » tout me déplaît maintenant quand je ne » suis pas avec vous!... — C'est fort mai » de négliger ceux qui vous aiment. — Que j> m'importe d'être aimé par d'autres!...

» quand je voudrais ne l'être que par une )) personne.... qui ne peut pas me souf- )» frir !,..— Qui ne peut pas vous souffrir!... » c'est pour cela qu'elle vous reçoit presque î) tous les jours. — C'est par pitié peut- » être !... — Mais voilà la saison où l'on va » à la campagne... sans doute madame de }) Rémonde en a une dans les environs de }) Paris. — Je n'en sais rien , madame , et }> cela m'est fort égal , car certainement je » n'irai pas à sa campagne. — Pourquoi î> donc cela , monsieur ?— Parce que je m'y » ennuierais , madame. — Vous le croyez !

» — J'ensuis sûr, mais je n'en ferai pas » l'essai. Aussi j'ai déjà refusé une partie

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» de campagne pour demain avec Jenne- )» ville et celte dame. — Une partie de cam- ). pagne pour demain... et où donc vont-ils?

» — A Auteuil. — Ah!.... est-ce qu'il y a » fête? — Je crois que oui. — Et vous n'i- « rez pas... vous avez tort, il faut y aller. w —Non, madame, non, je suis très-décidé jv à n*y pas aller. »

Augustine n'insiste pas. Nous changeons de conversation : enfin , l'heure vient où je dois la quitter , elle me dit en me reconduisant : u — Demain , j'irai passer la journée » chez Juliette... depuis longtemps je le lui » ai promis... — C'est me dire que demain H je ne dois pas vous voir. — Je veux vous )» épargner une course inutile... — H suffit, )> madame ; demain vous ne me verrez pas.

» —Demain seulement?.,, j'espère. »

J'allais m'éloigner le cœur serré, ce mot seul me rend à la vie ; je croyais d^à qu'elle ne voulait plus me voir , que sa visite chez son amie n elait qu'up prétexte pour me défendre petit à petit de revenir , mais ellemême me dit qu'elle espère me voir aprèsdemain, et je me sens soulagé.

Que celte journée où jenedois pas làTOir va me paraître longue!.., depuis quelque temps je me suis habitué à aller tons lé»

jours chez elle; maintenant , je ne sais ce que je deyiendrais s'il me fallait ne plu« la voir. Mais être près d*elie et ne pas lui parler d'amour... c'est le supplice de Tantale!... car, en la voyant, g^ut-on rester indifférent!

Cette, journée est superbe ; que ferai*<je pour me distraire? Se promiener seul , ce n'est pas fort amusant... je suis presque fâ*^ ché d'avoir refusé la partie d'Auteuil... Oh non, je ne me serais pas amusé avec la. belle Herminie!... Parbleu, allons chez Ninle, cela me distraira , j'ai promis d'ailleurs de la voir de temps en temps.. . Augustine elle^ même m'y engage . . . j'aimerais mieux qu'elle me le défendît!

Je vais rue Aubry^le-Boucher , mais je frappe inutilement à la porte de Ninicj elle n'y est pas 9 c'est aujourd'hui fête , il fait très-beau temps , Ninie est allée se prbme^ ner.

I7d LA FEBUIB9

Cela me contrarie!... si j'allais chez Dubois... Oui , avec lui , il faut toujours rire , et je ne serais pas fâché qu'il me forçât à m'amuser.

Je vais au logement qu'il occupait , me de la Lune, il y a trois mois, «t — M. Dubois » ne reste plus ici , me dit le portier; il reste 1» présentement rue du Petit-lion Saipt- » Sauveur. »

Je vais rue du Petit-Lion , au numéro qu'on m'a indiqué; mais, là , on me dit :

« — M. Dubois est déménagé , il reste pour » le quart-d'heure dans la rue God(A-den HauroL »

Quelle manie a-t-il donc de déménager si souvent? Aller à la Madelaine, c'est un peu loin... mais avec un Omniôus ou un cabriolet à la minute , on voyage maintenant dans Paris à peu de frais. Je vais rue Godot. Li , le portier me dit : u — M. Dubois ne » reste plus chez nous depuis quinze jours.

» — Il ne reste donc nulle part cet homme- 5» là 1 — Monsieur, vous le trouverez main- « tenant cour du Harla}" sur le Pont-Neuf. . .

LE MAEI BT l'AMART. 177

M — Au diable si je vais le chercher là!...»

Je m'en retournais chez moi d'assez mau- Yaise humeur, lorsqu'en face des bains Chinois je me troure devant Dubois.

41 Je viens de chez toi , » me dit Dubois eh me prenant le bras. — « Et moi \e viens 1» de trois de tes logements... Tu déménages » donc tous les demi-termes? — Mon ami , 1) j*aime assez à changer de logement, parce n que ça fait faire des connaissances nou- » velles... On a d'autres voisines , et en al* » lumant sa chandelle le soir, on se faufile » vite... — Tuas donc quitté ta brunisseuse!

i> — Ah ! par exemple!... j'en ai eu quatorze « depuis !... — Et ta Zénobie? — Je l'ai pas- » sée à un courtier eh vins , qui en est très- 3> content... Mais toi! l'amour, la passion » pour l^ dame que tu suivais partout Il comme un carlin, est-ce toujours su- » perbe?... Eh bien! tu soupires... — Je » n'ai pas sujet d*étrebien satisfait... Si je » te disais , Dubois , qu'avec cette femme » adorable je ne suis pas plus avancé que le '?> premier jour, si ce n'est qu'elle me témoi-

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