LA FKMME, LK MAIU KT L A31AM\ 3VJ
j<jiistine. Cicla me sera facile; maintenant elle ne me questionne plus au sujet de son mari.
Vers le milieu du dernier acte, des cris, qui partent de ramphitliéâtre des quatrièmes^ interrompent \r. spectacle. On se querelle, on fait un tapage que les paisibles habitués de l'Opéra ne sont pas accoutumés à entendre. J'ai bien dans l'idée que Dubois n'est pas étranger à ce bruit. Je crois même le reconnaître en haut, gesticulant et menaçant tout le monde! Enfin le spectacle finit ; j'entraîne vivement mon père, et une voiture nous ramène à l'allée des Veuves.
Mon père veut absolument que je couche près de lui ; il a chez lui sa petite servante à ses ordres , et à Paris il se trouve tout désorienté. Je vois bien qu'il n'y a pas moyen d'aller coucher dans ma rue Charlot ; mais demain!... ah ! demain, il faudra bien que je trouve l'instant d'aller chez Augustine.
En me déshabillant, je cause avec Lapierre de ce signor Delzini dont nous occupons le logement^ et qui, à ce que m'a dit mon cocher, guérit toutes les maladies avec des fines herbes. Lapierre m'apprend que ce docteur étranger ne se sert en effet que de simples avec ses malades, et que, comme il se fait payer extrêmement cher, on lui croit beaucoup de talent. Je m'endors en priant le ciel pour que le savant docteur ne revienne pas à Paris avant le départ de mon père.
J'espérais , en me levant de bon matin , avoir le temps d'aller chez moi avant le réveil de mon père • mais j'ai affaire à un campagnard qui est toujours
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debout avec le jour. Je trouve mon père levé, et réglant déjà l'emploi de sa journée. Je Tentendssans cesse répéter : « Tu me mèneras là ^ puis tu me » mèneras ensuite là!... »
Tout cela ne fait pas mon compte ; j'espère que Duboib viendra me relayer.
Je le vois avec joie arriver.
Mon père lui demande pourquoi il n'est pas resté au spectacle avec nous, « Mon clier monsieur Deli- )) gny^ ))dit Dubois^ « c'est que j'ai retrouvé deux... » de mes cousines^ danslesloges du cintre... et vous » sentez qu'on se doit à sa famille...
» — C'est toi qui as fait tant de bruit? « dis-je tout bas à Dubois; <de spectacle en a été troublé. — Que » diable ! mon ami , est-ce ma faute ? ces deux mi- » jaurées qui s'avisent de trouver mauvais que j'ap- » puie mes mains sur leurs hanches!... — Aujour- » d'hui j'espère que tu seras sage, que tu boiras » moins à ton dîner, et que tu ne quitteras pas mon » père. — Sois tranquille... aujourd'hui ton père » me prendra pour Caton II. »
Mon père veut aller visiter le jardin des Plantes, le Luxembourg, les Tuileries, le Palais-Royal; il veut voir tous les passages , et se promener en bateau sur le canal. En voilà au moins pour toute la journée, mais je pense que je trouverai le moyen de m'échapper.
J'ai proposé à mon père de le mener déjeuner au Palais-Royal. Nous allions nous mettre en route, lorsque madame Ledoux fait dire à Dubois qu'elle désire savoir le cours des denrées coloniales.
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Dubois l^it une grimace horrible, maisilnous dit d'aller devant , et nous partons.
Les provinciaux sont terribles; ils veulent tout voir, tout examiner de près... Mon père me force de m'arrêter à chaque instant. Je conçois que des personnes qui n'ont passé que quinze jours à Paris connaissent mieux tous les monumens et toutes les curiosités de la ville que celles qui Thabitent depuis trente ans.
Nous arrivons aux Tuileries. Dubois ne nous a pas encore rejoints... Il paraît que madame Ledoux aime à faire durer les conversations. Si Dubois allait me laisser mon père à promener toute la journée ! . . . J'ai presque envie de retourner à l'allée des Veuves, mais mon père ne le veut pas. Nous allons déjeuner, j'ai dit à Dubois chez quel traiteur nous serions, je pense qu'il viendra nous y retrouver. J'alonge le déjeuner tant que je puis, mais mon père a fini de manger depuis long-temps; il me presse, il veut bien employer sa journée.
« Il faudrait attendre Dubois, » dis-je à mon père. « — Mon cher Paul, ton ami nous rejoindra... » — Mon père, à Paris on ne se retrouve pas si facile- » ment. — Alors, mon fils, nous nous passerons » de lui ; pourvu que tu sois avec moi , c'est tout ce » qu'il me faut. »
Que répondre à cela ? rien : il faut se soumettre et avoir l'air content!... Nous partons, et je promène mon père dans les quatre coins de la ville. Tout bas je donne Dubois au diable ! Le perfide m'abandonne quand il sait que j'ai tant besoin de lui. Ah!... que
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la journée me semble longue ! . . . Certainement j'aime mon père de toute mon ame^ mais quand on est amoureux!... quand on a mille raisons pour désirer voir celle qu'on adore... Ceux qui aiment comprendront tout le mauvais sang que je fais!... Si du moins je pouvais dire à mon père que je suis amoureux... lui parler d'Augustine; mais non, c'est impossible.
Enfin , à six heures du soir nous revenons diner au Palais-Royal. Je suis excédé, harassé, je n'avais jamais tant vu de choses en un jour. Mon père ne semble pas fatigué. Les habitans de la campagne ont de meilleures jambes que les citadins.
Nous sommes revenus dîner oii nous avons déjeuné, j'ai encore un faible espoir sur Dubois; en effet, nous ne sommes qu'au potage lorsqu'il entre dans le salon, et vient s'asseoir à notre table.
« Ah! te voilà donc enfin! — Oui, mon ami... » Papa Deligny , vous êtes frais comme une rose !... ,) — Pourquoi n'es-tu pas venu nous rejoindre ce )) matin? nous t'avons attendu. — Ah! pourquoi... » D'abord madame Ledoux... tu sais, ta femme de w confiance... m'a forcé à lui faire une petite cau- » sette... dont je me serais bien passé... Mais il ne » faut pas qu'elle s'y accoutume... Après cela, je me » suis rappelé que j'avais un rendez-vous impor- » tant... » (Dubois se penche vers moi et me dit à l'oreille : « chez un commissaire de police ). Pour » une affaire très-majeure... (Pour mes pantalons) » et dont la perte m'aurait un peu embarrassé...
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» (Je veux bien donner mon cœur à la beauté, » mais je ne veux pas lui donner mes culottes)... »
Je profite de la circonstance pour dire à mon tour : « J'ai aussi un rendez-vous pour ce soir... C'était » pour une affaire assez importante... mais comme » mon père est ici...
» — Il ne faut pas te gêner , mon ami , » s'écrie mon père, « si tu as ce soir une affaire à terminer, » il faut aller à ton rendez- vous... Monsieur Dubois » sera assez aimable pour me tenir compagnie. — » Comment donc !... mais avec le plus vif plaisir... » Ce soir je suis tout à vous ! — Seulement, mon fils, » tu tâcheras de nous rejoindre le plus tôt possible. » — Oh! je vous le promets, mon père. — Soyez » tranquille, papa Deligny, je vous réponds que » nous nous amuserons tous les deux. . . Nous ferons » nos farces... Je ne vous dts que ça. »
L'assurance de pouvoir aller ce soir chez Augustine me rend toute ma bonne humeur, nous faisons un dîner fort gai. Dubois nous conte mille folies, mon père rit et boit sec ; Dubois qui veut lui tenir tête est déjà aussi en train que la veille. Après le dessert je les laisse aller prendre le café. Je leur donne rendez-vous pour neuf heures dans la nouvelle ^alerie, et je recommande mon père à Dubois, qui me crie : « Laisse-nous faire , et ne t'inquiète pas de » nous. »
Enfin me voilà maître de faire ce que je veux. . . Je regarde ma montre , il est sept heures et demie. . . Je coursa une place de cabriolet, je monte... Je promets un bon pour-boire au cocher et il fouette son che-
val. Il me semble qu'il y a un siècl Augustiue!... Hier je Tai quittée si 1 elle a bien vu que mon embarras n'e je suis curieux de savoir comment ( voir.
Me voici chez elle : je monte Ves( j'étais poursuivi j j'ai sonné, on m'a lemcnt entendu que madame y est dans le salon... Juliette est avec el amis sont quelquefois insupportable
On me reçoit poliment... Mais qu est froide ... que ce salut est sévère ! . que à peine, on répond sècliemenl mens. Allons, elle est fâcliée... T«r bon signe. Je saurai bien m'excuser i que mon père est ici ; mais au para vi) fâché de voir si vraiment on s'est inr je suis devenu.
Juliette a aussi un air plus réser^ me regarde en dessous; puis elle reg Pendant quelque temps nous n'écha phrases indifférentes ; on ne me dem j'ai fait depuis la veille, mais je voij meurt d'envie.
Enfin Juliette me dit en souriant
» êtes bien loin de deviner la vérité^ me » — Vous seriez , je crois ^ bien embar » nous la dire !.. . — Non , madame , rien » facile. M
Je fais à ces dames le récit de mes aven veille. En apprenant que mon père est à gustine daigne enfin jeter les yeux sur moi sourire reparaît sur ses lèvres , quoique ; conservent encore l'expression du doute, aux larmes lorsque je conte ma position. chez Dubois qu'il me rapporte mon pa termine mon récit en faisant connaître toi tience que j'ai éprouvée depuis la veille les beaux yeux se fixer sur les miens avec i; sion plus douce et plus tendre qu'ils n'a va eue en me regardant.
« Voyez un peu, » s'écrie Juliette , « ce » que de juger sur les apparences! Nous v » sions déjà un fort mauvais sujet. . . Auguj » avait formé le projet de ne plus vou; » Quoi, madame!... — Ecoutez donc!..
» homme qui se déguise... qui ne coucl » lui... — Ah! vous avez su... — Oui... ç » Auffustine voulait aller ce matin se pro
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voilà encore aux espérances... Je la forcerai bien à se trahir.
Après avoir beaucoup ri de mes aventures de la veille^ Juliette nous quitte^ et je reste seul avecAugustine; elle se rapproche de moi, il me semble qu'il y a dans sa voix plus de douceur qu'à l'ordinaire , peut-être est-ce parce que j'ai été plus long- temps sans l'entendre... ses yeux me sourient avec bonté... Ah! si je ne me retenais^ je tomberais à ses genoux... mais non, non... il faut que je sois certain d'être aimé : il serait trop cruel de s'être encore abusé.
Depuis plus d'une heure, nous sommes seuls... nous parlons peu... je ne sais pas trop ce que nous disons... mais qu'importe quand on est bien ensemble?... Augustine soupire quelquefois, je feins de ne point m'en apercevoir. Enfin elle me dit : « Pourquoi » donc craignez-vous tant que votre père apprenne » que vous avez perdu une partie de votre fortune? ,) — D'abord. . . parce que cela lui ferait de la peine. . . » — Mais ne faudra- t-il pas que tôt ou tard il sache » la vérité?... — Sans doute... mais s'il la connaissait » maintenant, il voudrait me faire quitter Paris... » il voudrait surtout me marier... — Vous marier ! » ah 1 . . . vous croyez qu'il pense. . . En effet. . . vous » vous marierez quelque jour... «
Elle a prononcé ces derniers mots bien tristement et en laissant tomber sa tête sur sa poitrine. Je garde le silence, mais je respire à peine. Elle reprend au bout d'un moment : « Pourquoi ne voulez-vous pas » vous marier maintenant? — Le mariage n'a rien n qui me charme... qui me séduise à présent... —
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» Cependant il faudra bien un jour obéir à votre » père... d'ailleurs ne faut-il pas toujours finir par » là?... Vous vous marierez!... puîssiez-vous dans » votre ménage être plus heureux que moi !... »
Elle achève à peine ces mots que deux ruisseaux de larmes s'échappent de ses yeux , les sanglots oppressent sa poitrine ^ elle couvre son visage de son mouchoir. Mais qui fait couler ses pleurs? est-ce le souvenir de son mari ? est-ce la pensée que je me marierai.
Je prends sa main que je serre dans la mienne , pendant qu'elle se Hvre à une douleur dont je vou~ drais bien connaître la principale cause. Nous restons quelques minutes ainsi. Enfin Augustine essuie ses yeux et me dit : « Je suis bien ennuyeuse, n'est- » ce pas?... pardonnez-moi... mais le souvenir de » mon mariage... Ne parlons plus de cela... Il est » bien tard... est-ce que vous retournerez ce soir à «l'allée des Veuves?... Tenez... écoutez... c'est la » pluie qui tombe à verse. »
En effet, il fait un temps horrible, et il est minuit passé : auprès d'elle je n'ai remarqué ni l'heure^ ni le temps. Mon père doit être maintenant couché et endormi; je puis bien aller rue Chariot, et demain je lui dirai que j'ai fait une course avant son réveil ; par ce moyen , je pourrai revoir Augustine demain matin avant d'aller aux Champs-Elysées. Elle approuve mon idée. Je passe encore une demi-heure près d'elle, et en me quittant elle me répète : « A de- » main ! »
CHAPITHE XX.
MON rEllIi ET DUBOIS. L ANGLAIS MALADE.
Pendant qu'ivre d'amour et d'espérance, je passais une soirée charmante près d'Augustine, oubliant mon père et Dubois auquel j'avais donné parole pour neuf heures j de leur côté, ils n'avaient pas été plus exacts au rendez-vous.
Resté seul au café avec mon père, Dubois veut lui faire goûter de toutes les liqueurs. Malheureusement il se trouve être en fonds j il a touché de l'argent dans la matinée, et l'on sait qu'il aime autant à le dépenser que Jolivet aime à garder le sien.
Mais les gens de province mettent ordinairement de l'amour-propre à ne point se laisser vaincre en politesses par les Parisiens. Toutes les fois que Dubois a payé quelque chose , mon père veut avoir sa revanche^ et il paie à son tour j Dubois fait revenir autre chose, parce qu'il veut avoir le dernier j mon
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père prétend aussi ne pas être moins généreux ; ces messieurs y mettent un entêtement qui pourrait finir par les conduire sous la table.
Heureusement la chaleur du café et les différentes libations qu'ils ont faites leur donnent le désir d'aller respirer le grand air. Alors le temps était encore superbe. « Allons-nous promener? » dit mon père. « Oui, allons lorgner les femmes sur le boulevart , » dit Dubois.
Ces messieurs se mettent en route. La raison de mon père n a pas tenu contre tous les petits verres , celle de Dubois est depuis long-temps déménagée , et 5 tout en se promenant sur le boulevart , il se permet de parler à toutes les femmes qui lui semblent un peu jolies. Mon père lui dit avec naïveté : « Vous » connaissez beaucoup de monde à Paris? — Moi , n respectable vieillard, je suis connu du beau sexe » comme les peintres connaissent l'Apollon du Bel- » véder. »
Cependant plusieurs des soi-disant connaissances de Dubois se sont offensées de ses propos. Quelques hommes s'en sont mêlés : alors Dubois fait doubler le pas à son compagnon : ces messieurs se jettent dans les petites boutiques qui encombrent maintenant te boule varts ; ils renversent les marchandises; les marchands leur disent des injures, et mon père^ tout étourdi de la promenade que Dubois lui fait faire , lui dit : « Pourquoi tous ces gens-là crient-ils après » nous? — Parce que ce sont des drôles qui ont en- » vie que je les rosse... mais je ne les rosserai pas ce » soir, parce que vous êtes avec moi. «
Il est nuit depuis long-temps. Mon père, fatigué de sa promenade, a envie de rentrer se coucher, mais Dubois lui dit : « Vous n'y pensez pas ! ... il n*est » pas dix heures, et à Paris un honnête homme ne » peut pas se coucher avant minuit... — Mais si j'ai » envie de dormir... — Non , respectable vieillard, » vous n'avez pas envie de dormir. . . Je ne souffrirai » pas que vous dormiez. Nous allons prendre un » sapin et je vais vous mener dans un endroit char- » mant , qui d'ailleurs n'est qu'à deux pas de votre » logis ; ce qui nous sera commode pour nous en » revenir. »
Ces messieurs montent en voiture, et Dubois dit au cocher de les mener au salon de Floie^ aux Champs-Elysées.
« Qu'est-ce que c'est que le salon de Flore? » demande mon pèrependant que le sapin roule. « — C'est » un des bals champêtres de la capitale oii l'homme » aimable a le plusd'agrémens. — Que voulez-vous » que je fasse à un bal ?. . . Je ne danse plus, — Vous )) y ferez tout ce que vous voudrez : nos bals cham- >) pêtres sont très-agréables , en ce qu'on y fait autre » chose que danser... — Dans mon temps, cepen- » dant, j'étais un amateur de danse. . . J'avais un jar- » ret étonnant. — Quel âge avez-vous maintenant? » — Cinquante-huit ans. — C'est le plusbel âge pour n danser, c'est celui oii l'on met le moins de raideur » dans ses pas. . . Vous pincerez ce soir votre rigodon. . . » Et si ça vous fait plaisir vous pincerez bien autre » chose!... )^
On arrive au salon de Flore. Dubois prend mon
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père sous son bras, et le promène partout en le faisant s'arrêter devant chaque femme et le forçant d'offrir du tabac à celles qu'il trouve gentilles. Mon père qui croit que c'est Kusage à Paris , et qui d'ailleurs ne sait plus trop où il en est, se promène avec sa tabatière ouverte à la main. Dubois propose du punch pour se rafraîchir^ le punch est accepté ;, on se met dans un bosquet d'où l'on aperçoit la danse. Mais bientôt la pluie qui tombe avec force ^ chasse tous les promeneurs dans le salon. Mon père et Dubois vont s'y installer avec un autre bol de punch.
Au bout de quelque temps, Dubois dit à mon père : « A présent que nous sommes rafraîchis, nous allons » danser. — J'aimerais mieux aller me coucher. — » Vous n'y pensez pas... II pleut à seaux, impossible » de s'en aller de ce temps-ci. Dansons... — Jenecon- » nais pas de dames. . . — Oh ! on a bientôt fait con- » naissance!... Invitez celle qui sera le plus à votre » goût. — Invite-t-on aussi à danser en offrant une » prise de tabac? — Non... vous ferez un compli- » ment à votre choix... Allons, papa Deligny , de la » verdeur... Je vais me mettre en face de vous. »
Mon père prend son chapeau à la main, se donne un air déterminé, et, après avoir fait quelques tours dans le salon, invite une dame de cinquante ans, qui n'était venue que pour faire danser ses nièces. La bonne dame enchantée d'une proposition que depuis long-temps on ne lui fait plus , prend aussitôt la main que mon père lui présente, et tous deux vont se placer pour la contre-danse.
Dubois vient de se mettre en face de mon père
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avec une demoiselle qui a 80us son bonnet un peigne de six pouces de haut. En voyant la danseuse de mon père^ Dubois s'écrie : « Si celle-là ne sait pas encore » les figures , ça sera malheureux !.. . Attention^ jeune » couple, on a lesyeuxsur vous! »
En effet ^ beaucoup de jeunes gens qui ne dansaient pas paraissent curieux de voir comment le jeune couple s'en tirera. L'orchestre donne le signal; on sait que la première ritournelle n'est que pour avertir les danseurs. Mon père, qui ne sait plus cela , part avec sa dame; tous deux s'élancent en bondissant vers Dubois qui retient mon père par le pan de son habit, en lui criant : « Un instant, mes petits » gaillards!... pas encore... A présent, c'est cela; dé- » ployons tous nos moyens I »
Dubois, échauffé par le punch , danse comme un possédé ; mon père et sa danseuse se sont déjà perdus dans la chaîne anglaise; mais ils se jettent sur tout le monde et dansent toujours; on rit de tous côtés en les regardant. Dubois trouve mauvais que l'on rie de ses vis-à-vis; il jure entre ses dents, et dit à Toreille de mon père lorsqu'il passe près de lui : « Donnez-moi des coups de pied à tous ces drôles-
n là. »
Mon père et sa danseuse ne donnent pas de coups de pied ; mais ils s'égarent de nouveau dans une figure et ils terminent une pastourelle en valsant. Les jeunes gens qui les entourent rient de plus belle; Dubois leur jette alors son chapeau à la tète, en eur criant : « Vous êtes des insolens!... Vous n'êtes
» pas f pour danser comme ça! et je vous défie
» tous ! »
Aussitôt plusieurs hommes se précipitent sur Dubois; la danse est interrompue, les femmes crient , les en fans pleurent; on se pousse, on se menace; mon père^ bousculé par chacun, et ne sachant pas même qu'il est la cause de ce tapage, perd sa danseuse et son mouchoir. Mais Dubois, qui se voit menacé par une dizaine d'individus, prend le bras de mon père, et se sert de sa personne comme d'un bouclier pour parer les coups.
La garde arrive : on met Dubois et mon père à la porte, parce qu'il est prouvé que ce sont eux qui sont cause de ce tumulte; et, sans trop savoir comment, parce que la bataille les a beaucoup étourdis, ils se trouvent tous deux, à près de minuit , et par un temps horrible , au milieu des Champs-Elysées.
Ha çà... où sommes-nous?» dit mon père qui ne voit que ténèbres autour de lui. « — Ah, les gredins... )^ les gueux!... se mettre trente sur deux hommes... » Malgré cela, si la garde n'était pas venue, je les ros- » sais tous! — Moi, j'aime autant qu'elle soit venue et >) que nous soyons partis... Je ne sais pas trop com- » ment est arrivée cette querelle, mais je sais bien » que je me trouvais au milieu des combattans , et » comme vous ne me lâchiez pas... j'ai reçu, je crois, » plusieurs coups... — Vous avez reçu des coups? » — Certainement. — Venez avec moi , vertueux » vieillard; il ne sera pas dit qu'on aura impunément » battu le père de mon ami... — Où voulez-vous al- » 1er? — Nous allons retourner au bal et nous les
^Gâ la femme, le mari et l'amant.
» rosserons comme tout à l'heure... — Non^ non... » j'en ai bien assez comme cela. — Venez donc... je » vous répète^ que nous pouvons à nous deux as- » sommer tous ces cuistres-là. — Et moi je vous dis » que je ne veux assommer personne, mais que » je veux me coucher... il en est bien temps. — » Je vous obéis parce que vous êtes le père de mon » ami, et qu'il vous a confié à mes soins... Maissans » cela ! . . . mille tonnerres ! . . . Ha çà , mais il pleut » averse. — C'est vrai. — Et j'ai perdu mon cha- » peau dans la mêlée... — Dépéchons-nous de ren- » trer, mon ami... connaissez- vous le chemin? — )) Soyez donc tranquille, est-ce que je suis fait pour » vous égarer !... — Mais on ne voit pas clair du » tout . — C'est égal ... en avant et ferme. . . — Aie ! . . . » — Qu'est-ce que c'est? — J'ai mis le pied dans un » trou. — C'est égal. — Mais j'ai de l'eau jusqu'au » genou. — Ça se séchera... donnez -moi le bras... » appuyons-nous l'un sur l'autre. — Serons-nous ?) bientôt arrivés ! — Il faudra bien que nous ar- » rivions quelque part. — Vous dites que ce quar- » tier-ci est le plus beau de Paris?... pourquoi donc » ne l'éclaire-t-on pas? — C'est justement pour cela : » on n'éclaire que les vilains quartiers où il y a des » voleurs. — Mais celui-ci me semble bien désert... » — Bah !... vous ne voyez pas les gens qui passent » parce qu'il fait nuit!... — On trébuche à chaque » pas... — C'est que nous n'avons pas pris le trot- » toir... attendez , je vais le chercher. . . — Ah ! mon » Dieu... vous m'cntrainez!... »
(]es messieurs venaient de rouler dans un fossé
rempli d'eau et de boue. Dubois jure comme un damné, et mon père en fait autant^ en maudissant le beau quartier oii son fils a été se loger. Tous deux parviennent cependant à se retirer du fossé , mais leurs habits^ leurs mains, sont couverts de boue. Il faut se remettre ainsi en marche. Enfin, après avoir erré pendant une heure dans les Champs-Elysées, ils se trouvent dans l'allée des Veuves et devant la maison de madame Ledoux.
Le portier, en leur ouvrant la porte, est effrayé de Fétat dans lequel ils sont. Dubois lui dit de se taire et de leur donner de la lumière. Tout en lui présentant une chandelle, le portier dit à Dubois : « Madame Ledoux m'avait. chargé de faire savoir à » monsieur , si je le voyais ce soir , qu'elle désirerait » lui parler pour connaître le cours des denrées co- » loniales.
» — Que madame Ledoux aille se promener ! » s'écrie Dubois en prenant la lumière... « je ne lui » dirai pas seulement le cours des haricots ! . . . Lape- » tite mère mord un peu trop à la friandise... Allons » nous coucher, père de mon ami. »
Mon père ne demandait pas mieux 5 étourdi de sa soirée il avait grand besoin de prendre du repos II est bientôt couché et endormi.
Il n'en est pas de même de Dubois j comme il ne sait pas encore dans quel lit il couchera , il prend une chandelle , et se met à parcourir la maison pour se chercher une chambre.
Il était plus de minuit, tout le monde dormait. Dubois, qui n'est jamaU embarrassé, parcourt les
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corridors et ouvre plusieurs portes. Mais il n'est encore entré que dans des chambres oii il n'y a pas de lit.
A force de chercher y il entre dans une pièce où il voit une couchette sans rideaux. .. Il avance : le lit est occupé, et Dubois reconnaît mademoiselle Girard, la cuisinière de la maison, qui renfle comme un cheval poussif. Mademoiselle Girard n'est ni trèsjeune , ni très-jolie ; elle a un gros nez plein de tabac , et une peau qui ressemble à un bouillon gras ; mais quand on a beaucoup dîné, qu'on a bu du punch , qu'on a dansé , et qu'on a roulé dans un fossé, on doit avoir la tète montée. Aussitôt Dubois se déshabille , souffle sa chandelle et se couche près de mademoiselle Girard , en disant : « Je ne suis pas » fâché de savoir si elle fait l'amour aussi bien que le » macaroni. »
En s'éveillant le lendemain matin, mon père repasse dans sa mémoire tous les événemens de la veille; il n'est pas content de lui; il ne conçoit pas comment, à son âge, il a pu commettre autant de folies; il est surtout en colère contre Dubois qui l'a fait danser au salon de Flore... Voulant me faire compliment de mon ami, mon père m'appelle, je ne lui réponds pas, par la raison qu'au lieu d'avoir couché près de lui , je suis à mon logement de la rue Chariot.
Mon père appelle Lapierre, mais Lapierre était déjà sorti pour des commissions... Mon père se lève, s'habille, et tout en s'hablllant il murmure, il gronde ; il est de fort mauvaise humeur.
Surpris de ne point me voir, mon père va sortir
LE l KMME , LE MARI ET l'aMANT. 5GT
pour s'informer de ce que je suis devenu ^ lorsqu'il entend frapper doucement à sa porte , il va ouvrir, et un jeune homme mis avec beaucoup d'élëgance se présente en lui faisant un profond salut.
« Miister Dézini? » dit l'étranger avec un accent qui fait sur-le-champ reconnaître un de nos voisins d'outre-mer. Mon père qui croit que le jeune Anglais demande son fils, parce que le nom qu'il a prononcé est à peu près le sien, présente w\\ siège à l'étranger, en lui disant :
« Mon fils est déjà sorti , monsieur , mais si vous » voulez bien me dire ce qui vous amène, ce sera » absolument la même chose. »
Le jeune Anglais ne semble pas avoir très-bien compris mon père, et tout en s'asseyant, il lui répète : « Etes-vous le signor Dézini? — Oui, monsieur, Deligny... c'est comme cela qu'il faut prononcer , mais je vois que vous êtes étranger, et on ne peut pas tout de suite bien dire les noms. Monsieur est Anglais.^ — Yes ^ et vous il avait beaucoup grandement été utile à plusieurs compatriotes à moi;, qui avaient donné le adresse de vous. — Ah! j'entends!... mon fils a fait des affaires avec de vos compatriotes!... cela ne m'étonne pas, il est-très répandu dans le monde : c'est un garçon qui ira loin!... — Yes ^ sir; je venais aussi pour que vous soulagiez moi... Je paierai très-fort beaucoup sans marchander... — Ah ! fort bien , monsieur vient pour le consulter... — Yes... consultation. — Si monsieur veut avoir la complaisance de m'expliquer ce que c'est... »
Le jeune Anglais rapproche sa chaise de celle tie mon père, et lui dit d'un ton très-grave : « Je avais » le ver tout seul. »
Mon père penche l'oreille vers le jeurje homme , en disant : « Pardon, je n'ai pas bien entendu. — ♦> Je avais le ver tout seul. »
Mon père ouvre de grands yeux et se gratte la tète en murmurant : « Vous avez le ver... Ah! vous » voulez dire que vous faites des versl... — Ves y nj-es.., je faisais!... — Et c'est pour des vers que )) vous venez consulter mon fils?... Ma foi, je ne sais » pas s'il est poète... mais comme il a beaucoup » d'esprit, il est possible... et puis à Paris, c'est » peut-être l'usage de consulter les hommes d'affai- » res pour les ouvrages littéraires. Donnez-moi vos » vers , je les montrerai à mon fils... »
L'Anglais regarde mon père d'un air d'impatience, en répétant : « Je dis à vous que je voulais plus avoir » le ver tout seul... — Ah! bon , je comprends,... » vous ne voulez pas en faire seul , c'est-à-dire que » vous voulez que mon fils en fasse avec vous... » c'est un ouvrage que vous désirez terminer en so- » ciété ! . . . »
L'Anglais se lève avec colère en s'écriant : « Je » avais le ver toute seul... God demi... vous devez » chasser lui de là... «
En disant ces mots, l'Anglais, prend la main de mon père, et se la pose sur le ventre. Mon père trouve cette façon d'agir très -cavalière : il retire sa main brusquement, en s'écriant à son tour:
« Allez-vous-en au diable avec votre ver ! est-ce
LA FEMME , LE MARI ET l'aMAM'. 309
M que vous croyez, monsieur, que l'usage est ici de » se faire tâter le gousset pour prouver qu'on est en » état de payer les hommes d'affaires ?.. je vois très- » bien que vous avez de l'argent ; . . . mais vous vous » expliquerez avec mon fils. »
L'Anglais devient violet de colère ; il frappe du pied dans l'appartement, et poursuit mon père en lui criant aux oreilles : « Je avais le ver toute seul... >) vous, chasser lui.., vous, donner drogue à moi... )) vous, être obligé pour guérir moi!... »
Mon père commence à perdre patience ; il crie aussi fort que l'Anglais, parce que beaucoup de gens croient qu'en criant ils se font mieux comprendre. Dans ce moment d'autres cris se font entendre dans la maison ; ils partent de la chambre de la cuisinière. C'est madame Ledoux, qui, surprise de ne point voir descendre mademoiselle Girard pour apprêter le déjeuner , est montée jusque chez elle , où elle a trouvé Dubois apprenant à sa cuisinière le cours des denrées coloniales. Madame Ledoux est furieuse; elle n'a pas eu de complaisances avec Dubois pour que ce soit mademoiselle Girard qui en profite. Elle crie, elle tempête, elle ordonne à sa cuisinière de faire son paquet , et à Dubois de m'annoncer qu'elle ne peut plus me prêter son logement.
Dubois est descendu à demi habillé pour m'apprendre cette nouvelle ; il trouve mon père aux prises avec le jeune Anglais, qui ne veut pas absolument le lâcher qu'il ne lui ait prescrit une drogue. Dubois, qui devine sur-le-champ le quiproquo , se jette dans un fauteuil en riant aux éclats , et, pour compléter
le tableau , madame Ledoux paraît à l'entrée de l'appartement , jetant sur Dubois des regards furibonds.
« Pour Dieu ! monsieur Dubois , » s'écrie mon père, « débarrassez-moi de monsieur, ... et vous, ma- » dame , qui êtes femme de confiance de mon fils, » pourquoi avez-vous laissé monter cet Anglais , » lorsque mon fils n'y est pas?
)) — Moi, femme de confiance? » dit madame Ledoux en s'avançant vers mon père, «. qu'est-ce à » dire, monsieur?... Apprenez que je suis chez moi, » quecette maison m'appartient!... et que si j'ai bien » voulu prêter à monsieur votre fils le logement du » signor Delzini, ce n'est pas pour que Ton débauche » mes cuisinières , et que chez moi on se permette., j » Ah l fi. . . quelle horreur ! . . . un homme qui a de l'é- )) ducation, donner dans le torchon!... Je n'aurais » jamais cru cela!... — Comment, madame, mon )) fils n'est pas ici chez lui ?. . . — Non , monsieur , il » est chez moi... et encore n'est-ce que par bonté » de ma pai^t... Mais vous arriviez... on voulait vous » faire croire qu'on était riche. . . vous cacher le mau- » vais état de ses affaires... Moi , je me suis prêtée à » cela, parce que j'ai cru qu'on avait des mœurs... » mais il faut qu'on me rende ce logement ce matin )rmême... Le signor Delzini va revenir... Une cuisi- » sinière!... une demoiselle Girard!... c'est indé- » cent!...
» -^Pourquoi vous pas toujours vouloir guérir )) moi? » dit l'Anglais avec fureur, tandis que mon père , qui commence à deviner une partie de la vérité, se promène avec agitation dans le salon.
LA FEMME , LE MAK[ ET L^AMANT. 37i
« Un instant, » dit Dubois, « qu'avez-vous d'à- ♦) bord? — J'aidëjàdità monsieurque je avais lever » tout seul... — Ah!... Ahl... Ahî... j'entends... » C'est le ver solitaire , que vous voulez dire? — » Tes; yes... le solitaire tout seul!... — Et vous » venez pour qu'on vous guérisse ? — Parfaitement , » je voulais plus du tout garder le solitaire I... — Eh » bien ! milord , ayez la complaisance de repasser ici » dans quelques jours : monsieur n'est pas le méde- » cin étranger que vous demandez, le savant doc- » teur est absent , mais il reviendra , et alors je ne » doute pas qu'il ne vous ôte tout ce que vous vou- » drez ; en attendant , ayez la bonté de vous en aller, » vous et votre solitaire ; c'est ce que vous pouvez » faire de mieux. »
Ce n'est pas sans peine que l'on fait comprendre à l'Anglais que le docteur est absent j enfin il se décide à s'en aller , et madame Ledoux le reconduit^ elle-même jusqu'à la porte de sa maison.
C'est en ce moment que je reviens. J'étais dans le ravissement, je venais encore de voir Augustine; tout semblait m'annoncer que j'étais aimé , et je me promettais déjà de trouver le soir quelque prétexte pour retourner chez elle. Mais en entrant dans l'appartement où est mon père, je m'aperçois que, depuis mon absence, les choses ne sont plus dans le même état.
Dubois me fait des signes , des grimaces auxquels je ne comprends rien : mais mon père vient à moi , sa figure est sévère , et je vois qu'il n'a pas cette fois des complimens à me faire.
37â LA FEMME , LE MAPxI ET LAMANT.
« Mon fils ^ pourquoi m'avez- vous trompé ? pour- >î quoi m'avez-vous dit que cette maison était à vous? » pourquoi m'avez-vous conduit dans un logement » qui n'est pas le vôtre? Est-il vrai que^ loin d'être » à votre aise , vous ayez mangé tout le bien de votre » mèreî... Allons parlez, monsieur, et cette fois » dites la vérité. »
J'étais si loin de m'attendre à cette brusque sortie, que je reste muet; je ne sais que répondre. Mais enfin la vérité l'emporte, et je m'écrie : « Oui , mon » père, je vous ai trompé... mais si la fortune » ma été contraire, je puis vous assurer qu'il n'y a » point de ma faute ; j'ai été la dupe de fripons ; j'ai » mis ma confiance dans des misérables, voilà tout » mon malheur
)) Du moins, je ne dois rien à personne, et votre fils » n'a point flétri l'honneur de votre nom.
» --^Oui, monsieur, » s'écrie Dubois ; « vous avez » dans ce fils-là un des plus braves garçons qui exis- » tent. Une probité intègre , une réputation sans ») tache : papa Deligny, cela vaut bien trente mille » livres de rente. Parbleu! si votre fils avait voulu >» faire comme tant de gens qui brillent dans le » monde, il aurait calèche, cabriolet, maison, do- » mestiques ! . . . Mais , comment aurait-il acquis tout )» cela?... Il y a tant d'intrigues, tant de fourberies » dans les affaires'.... Maintenant être pauvre, c'est » prouver que l'on a conservé une vertu sévère... » et au lieu de gronder votre fils, vous devriez lui » faire compliment de ce qu'il n'a plus rien.
» — Je vous conseille de parler, monsieur, après la
») manière dont vous vous conduisez ! . . . Mais je dois » me taire... je n'ai pas été plus sage que vous^ et » lorsque^ dans une seule journée, j'ai foit moi- » même tant de sottises, j'aurais mauvaise grâce à » réprimander les autres. Paul, je vais repartir. — » Quoi! mon père, déjà?... — Oh! sur-le-champ, » j'ai bien assez de ton Paris. Veux-tu me suivre? — » Mon père, il me reste encore de quoi vivre ici, » modestement à la vérité ; mais cela me force à être » sage, rangé, économe... et je m'en trouve plus » heureux. — C^ est fort bien... mais n'attends pas » de secours de moi, ne me demande pas un sou! » Tu as mangé dix mille francs de rente... c'est bien » assez; quand tu n'auras plus rien, viens habiter » avec moi, dans ma petite ville; tu verras qu'on » peut y être toutaussi heureux qu'à Paris, et quecela » coûte beaucoup moins cher. Fais-moi chercher un » fiacre. . . et vite aux diligences. . . La voiture ne part » qu'à neuf heures ; s'il y a encore une place, je pars » sur-le-champ. Je me souviendrai de ce voyage, » et de ma journée d'hier. »
Je ne cherche pas à retenir mon père , et Dubois me dit à l'oreille : « Mon ami , c'est à moi que tu » dois ce brusque départ. Ton père s'est tant amusé » hier avec moi qu'il sent que c'est assez pour une » fois... Case trouve bien, puisque madame Ledoux » nous met à la porte... »
Je n'ai pas le temps de lui demander d'autres explications. Mon père a déjà refait son sac de nuit. Le fiacre est venu , je monte dedans avec lui , et nous arrivons aux voitures, oii j'apprends avec joie qu'il
37 Â LA FEMME, LE MARI ET l'aMANT.
y a encore une place. J'ai donné à mon père ma nouvelle adresse, je lui promets d'aller le voir cet ^
ëtë, il m'embrasse et va monter en voiture; mais avant départir il médit : « Mon ami^ tu as fait des » folies... je dois te pardonner; j'en ai bien fait en- •) core, moi, grâce à ton mauvais sujet de Dubois. » Mais pour te ranger, mon fils, il n'y a qu'un » moyen, c'est de te marier, et je vais m'occuper >) de te trouver ce qu'il te faut. » Je ne réponds rien à mon père, et je le laisse monter en voiture. J'ai pour principe qu'il faut le moins possible contrarier les gens , même quand on n'a pas dessein de faire leurs volontés.