‹ La femme, le mari et l'amant (volume 4)Chapitre 2 sur 14 · III · texte numérisé non relu

III

LA FEHHB ,

» pas dite& ai vous aviez su mon véritable » nom : l'amour de Jenneville pour ma- *» dame de Rémonde , les folies qu'il fait » pour elle, l'inconséquence de sa conduite, n vous m'auriea^ certainement caché tout cela » si vous aviez.su que j'étais sa femme , car » vous auriez craint de me faire de la peine, » et cette crainte vous aurait engagé à me î» taire la vérité.

» You^ savez maintenant les moti& de n mon silence; si j'ai été coupable en ne » vous disant pas plus tôt mon secret, par- » donnez-moi, M. Deligny; mais que cela » ne me fasse pas «perdre votre amitié*. ..

» vous connaissez ma triste situation dans le » monde.... repoussée par celui que j'ado- » rais , ai-je eu tort en vous disant que je ne » devais plus connaître l'amour ?.••• mais » faut-il aussi que cela me prive d'un ami? »

Elle se tait , je l'ai écoutée sans l'interrom* pre, et je reste muet encore. Que pourrais-je lui dire?... je sens bien qu'elle n'a aucun tort envers moi , car elle n'a jamais encouragé mon amour , mais je n'en suis pas moins malheureux.

LB HARI ST l'jlKANT. 27

Voyant que je garde le silence, Augnstîne me dit en souriant : « — Vous êtes » toujours fâché contre moi ?

» — Fâché non , madame , je ne suis

1» pas fâché, maisje suis désolé, désespéréf.. » Avant de savoir que tous étiez Fépouse î» de Jenneville , je conservais l'espoir de ne » pas TOUS être indifférent.. • cette perntis- » sion que vous m'accordiez de vous voir

1» presque tous les jours la bonté avec

» laquelle vous me receviez... l'intérêt que » vous preniez à savoir ce que j'avais fait... M à lire même les lettres que les dames » m'écrivaient, tout cela ne devait-il pas » me persuader que j'avais touché votre » cœur... dites, madame, étais-jedonc un » fat de le supposer , d'après votre conduite » avec moi?

s — Non. • . non , sans doute , j'ai eu tort. • . » bien tort. . • je ne réfléchissais pas à ce que » je faisais...

1» — A présent je vois bien que je me » trompais complètement. • . que ce n'est que » Jenneville qui vous occupait. . «Jenneville!

28 LA FBHHB,

31 un homme qui tous a trahie , abapdon- » née , qui a pu dédaigner le trésor qu'il

» possédait et tous aimez encore cet

» homme-là !...

n — Il est mon époux.

» — Il ne l'est plus , puisqu'il a voulu se 1» séparer de vous. Par sa conduite , il vous » a rendue entièrement libre.- Que lui im- » porte désormais qui vous aimerez !.••• en » vous quittant ne vous a-t-il pas dégagée n de tous vos sermens !

„ — Oh! non non.... je ne le pense

)» pas! — Et moi , je vous assure qu'il

» s'inquiète fort peu de tout ce que vous » faîtes; qu'il ne voit, ne pense qu'à sa 31 madame de Rémonde ; que cette femme-là 3» fera de lui tout ce qu'elle voudra , parce 3> que... Ah! pardon, madame, pardon! je 3> vous afflige en disant cela. • • mais je trouve 31 maintenant Jenneville inexcusable de ne » pas vous aimer, vous!... ne pas vous ado- » rer... ah! c'est indigne... je neluipart* donnerai jamais sa conduite envers vous... 3> désormais je ne veux plus le voir... je ne 3» veux plus lui parler. . .

IB HABl ET L AMANT.

» — M. Deligny , je vous en prie , ne » vous brouillez pas arec Jenneviile à cause

î> de moi il était votre ami — Mon

» ami.... non , madame; il n'a jamais été » ce qu'on appelle un ami , c'était une conn naissance , et voilà tout. . . mais mon ami . . . » je vous jure qu'il ne le sera jamais... je ne » puis être l'ami d'un homme qui a fait «votre malheur... et que malgré cela, » vous adorez toujours.... ce qui n'a pas le » sens commun...

» — Pouvez-vous me faire un crime de » désirer ramener mon époux près de moi ?

» Alors même que je n'aurais plus pour lui " le même amour, et que mon cœur , ul- » céré par ses mépris , aurait enfin plus de » raison, Jenneville n'est-il pas mon mari?... » — Votre mari!... vous voyez bien qu'il * ne veut plus l'être , puisqu'il vous a quit- > tée... Au reste , madame, je sens que tout » ce que je vous dirais serait inutile, l'amour » ne se guérit qu'avec un autre amour...

» Je vais tâcher de faire usage de ce re- » mède....'et comme ce n'est pas en conli- III. 3.

» nuant de vous voir que je cesserai de tous » aimer, ou que je me livrerai à une pas- 1» sion nouvelle... alors» .. je ne vous verrai » plus... car vous conviendrez que ce serait » une folie , à ihoi , de ne pas chercher à » me guérir d'un sentiment sans espoir •...

» n'est-il pas vrai, madame? — Je ne puis

» TOUS blâmer, monsieur; cependant

» cesser entièrement de me^oir.... 11 me » semble qu'en venant seulement plus rare- » ment... — Non, madame, non; oh! en 1» amour il ne faut jamais prendre dedemi- » mesures! il faut que je ne vous voie plus » du tout... ce ne sera pas une grande prin vation pour vous... à la vérité, vous aurez^ » moins souvent des nouvelles de votre » mari ; mais à Paris , il est si facile , avec tt de l'argent , de connaître toutes les ac-

n lions de quelqu'un! vous trouverez

» mille personnes obligeantes qui vous ren-* » dront ce seriKce... »

Augustine ne me répond pas , sa tête est penchée sur sa poitrine.... elle semble réfléchir... je ne puis voir ses yeux!....

LE HAEt ET L*AMART» SI

mais pourquoi désirer les voir encore , ces yeux qui portent le trouble dans mon cœur !

Depuis assez long-temps nous gardons tous deux le silence. Enfin je fais un effort sur moi-même , et prenant brusquement mon chapeau , je m'écrie : « — AHieu , » madame ! » puis je so^rs précipitamment de chez elle.

SS LA FBBIB ,

<V«A^AA/Wl^AAfMA««^fV«AAAA'VMIVVVW\'\^A/\^A««AA«V«A/W\/VWW\

Page 1