LE MA» IT L AIAIIT; 9F
aime!.... Non, je crois qu'il vaut mieux qu'on n'ait pas cette science-]à.
Mais elle a porté son mouchoir k ses yeux... Elle les essuie. ... Elle pleure !.... Ah ! elle pense à son mari !
Malgré moi je fais un mouTcment qui lui fait tourner la tète...
« — Ah mon dieu!... Qui est doac-là? — » C'est moi , madame. — Monsieur Delin gny !.. C'est vous !.'. — Oui , votive bonne » m'ayait annoncé, mais vous ne l'avez pas » entendue... — Et vous restes-là sans me » parler ? — Je vous voyais, j'étais déjà heu- » reux. -— Et cependant... si je ne vous » avais pas écrit... Mais vous voilà... Ahl... » Je suis bien contente de vous revoir. »
Elle me tend la main, je la presse tendrement, puis je m'assieds auprès d'elle con-.
tre la Croisée. Nous sommes éloignés de la lumière, mais il me semble que l'ombre qui nousenveloppe donne Picore plus de charme à cette entrevue-
« — 11 y a bien longrtemps que je ne n vous ai vu !... Je m'étais tellement habî-
9S LA riMM B ,
i> tuée à Yos visites... que j'ai trouvé les soi- » rées d'une longueur... — Oui.,, on s'ha- » bitue à tout. — A tout!.. C'était aussi un » plaisir , monsieur , et il me semble que je » vous l'avais témoigné !.. — Certainement, I» madame , je n'ai jamais eu qu'à me louer » de votre accueil... Mais, mon dieu!..»
]> nous voilà sur un ton de< cérémonie !••• » Vous me permettiez autrefois d'être plus » amical avec vous... J'ose espérer que vous » aurez encore la même bonté. — Oui, sans » doute, je suis toujours la même. Mais par- » lez-moi donc de ce qui vous intéresse...
» Vous avez été victime d'un fripon? — » Oui, madame... C'est une chose bien com- » mune aujourd'hui!... J'aurais dû pour- » tant me défier de celui-là, il avait tout ce » qui caractérise un intrigant , de l'impu* » dence , du babil ; tranchant dans la con- » versation, affecté dans ses manières!...
» enfin tout ce qui annonce un homme qui » cherche à faire des dupes l... — Et vous j» avez été la sienne ? — Que voulez- vous ! . . » Cela ennuie d'être toujours sur ses gar-
iB HABi n l'ahant. 98
» des... On finit par s'abandonner au ha- » sard... Je YOulais réparer les folies que » j'ayais faites*. • Je voulais m'enrichir très- » yite... — Il vous a emporté beaucoup? — » Trente mille francs. — Et vous n'espérez » pas retrouver cet homme? — Le retrouver, » c'est possible ; mais en tirer quelque chose, » jamais!... Les banqueroutiers arrangent 31 si bien leurs affaires que ce sont plutôt » leurs créanciers qui leur redevraient quel- » que chose!.. — Et cette perte... ne vous » gêne-t-elle point?.. Pardonnez-moi cette » question... une amie a le droit de vous la 9 faire... J[e sais que vous ne voudriez pas » avoir recours à votre père. — Oh ! non , » et j'espère au contraire lui cacher cet évén nement; mais grâce au ciel je ne suis pas 1» ruiné entièrement; il me reste. •• de quoi m vivre. •• et maintenant que je n'ai plus » d'ambition. .. que je ne puis plus espérer » de changement dans mon sort... avec dix- » huit cents fi*ancs de rente j'ai tout autant N qu'il m'en faut. Je n'en suis pas moins » sensible à l'intérêt que vous me témoi-
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M gnez... Je dois ntème me félidter de la » perte que j'ai éprôUT^e, puisqu'elle m'a » valu cette lettre que j'ai reçue de vous..^ » Sans cet événement. •• sans doute tous ne n m'auriez jamais donné de vos nouvelles.
)» — Mais vous ne vouliez plus me voir...
» devais-je vous y forcer? — Oui, c'est vrai. .* )» Je ne voulais plus vous voir... ou plutôt » j'avais dit cela dans un moment de dépit. • • n J'ai bien senti ^epuis que j'avais tort...
» Désormais je ne me priverai plus du plai- » sir d*ètre avec vous... sî vous voulez Inea » recevoir mes visites comme autrefois... — » Sans doute... Je ii'ai aucune raison pour » les Infuser. »»
Augustine m'a répondu oek' d'une façon singulière- U y 9 quelque chose de contraint dans ses manières, dans sa votx. U me semble qu'elle n'a plus avec moi cet abandion »
cette franchise d'autrefois. Je voudrais pouvoir lire dans ses traits... Mais nous sommes dans l'ombre, je ne puis pas bien voir l'expression de ses yeux.
Nous gardons quelque temps le silence*
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J'ai pourtant mille choses à lui dire... mais je cherche;... ou dirait qu'elle cherche aussi; elle ne doit pas cependant éprouver le iném& embarras <{U6 moi^
«t Comment donc ffvez-Toos su que j'iétais » dans là banqueroute de ce HUgnard? «-^ » • J'ai d'abord appris par Juliette<]Qe M. Jeu** )» neville se trouvait pour bealkicoup dâas » cette ^fGaire.v. Juliette a un ^ parent qui I» perd aussi quelque chose avec ce fripon. .. » EQe m'a dit que vous vous trouviez au il nombre dés créanciers, mais pour une » somme moindre que M. JenneTille. — » Oui.... votre mari perd quatre^yingt mille » francs... — Si, du moins, cela le rendait 9 plus raisonnable. — Je crains qu'il n'en » soitpas ainsi. . . Cette madamede Rémonde » lui fera faire quelque folie. .^.^ Une întrin gante, qui, sous le masque du désintéres- » sèment , cherche peut-être à le ruiner !..
» — Que voulez-vous!., puisque cela lui » platt! .. Il est le maître de disposer de son » bien à sa fantaisie. — S'il avait voulu «écouter mes conseils !.. — Vous l'avez
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I» donc vu depuis peu ? — \ C'est lui qui est » venu m'apprendre la fuite de Blagnard...
» Il était furieux, ... d'autant plus qu'il lui » fallait à tout prix de l'argent;.. • et cela » parce que madame de Rémonde a perdu » un procès !•••. Hais.... pardon; je ne de* » vrais pas tous dire cela peut-être..*.
«Cependant comme vous aimez à savoir ce » que fait votre mari... — Oh! ce que voua 9.medites-là ne me surprend pas; depuis 9 long-temps je l'avais prévu !«•• J'ai jugé » cette madame de Rémonde, les femmes se » trompent rarement dans les jugemena I» qu'elles portent sur leur sexe. Cette Her- H minie ruinera M. Jenneville, .qu à peu » près. — Vous dites cela avec une tran- 9 quillité!... — Puisqu'on ne saurait l'em* I» pécher, il faut bien se soumettre. — » Encore si cette femme-là l'aimait!... Je n. conçois que l'on fasse des sacrifices pour }) une personne dont l'amour nous est » prouvé... — Pourquoi pensez-vous qu'elle n ne l'aime pas? — Parce que j'en suis » sûr... — Vous en êtes sûr?... Ah!., cette
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». dame tous Ta dit? — EUe ne me Fa pas 3» dit. . • • mais j'ai vu qu'il serait facile de la » rendre infidèle à Jenneville... -«— Ahl je » comprends. •• vous ayez feit sa conquête... » — Une telle conquête n'a rien de bien » flatteur; ces grandes coquettes ont toujours » des caprices pour les hommes qui leur ». montrent le moins de galanterie ;... elles » veulent lés forcer à reconnaître l'empire » de leurs charmes. •• — ' Et madame de Ré* » monde vous a forcé à reconnaître le sien... n — Non... je ne serai jamais amoureux de n cette femme-là... Pourtant en voyant l'a- » veuglement de Jenneviile, je me disais que » le meilleur moyen de lui faire connaître sa » folie , serait peut-être de... de lui enlever » sa maltresse.
» — Eh! mon Dieu, monsieur... il y en » a mille qui se chargeront de ce soin , sans *» que cela fasse ouvrir les yçux à M. Jeni> neville. Cette femme-là doit savoir bien » tromper, c'est son métier!... Quand il » sera ruiné, elle ne le trompera plus; n mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire m. 9
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» de TOQS sacrifier pour obliger votre ami ; » son que je YeelUey cependant , vous dé« )i tourner d'une conquête qui peut avoir » quelques attraits pour tous!.... — Elle » n'en a aucun, je tous jure ^ et si je t6u[3 M ai fait cette confidence , c'est parce que je » suis. désolé de voir votre mari entiché de » cette femme-là !••» — Laissons-là madame » de Rémonde... je m'en suis trop !occut » pée... Est-il vrai que v<»is ayes quitté n votre logement fauboui^ Poissonnière?, .4 n — Oui , madame., ^ Je l'ai su encore par » Juliette... elle. est si bonne... Il y a deux ]»: jours que je vous ai écrit, et, ne vous » voyant pas,... je craignais que ma lettre n ne vous fût pas parvenue,.. Juliette pas* n sant ce matin près de chez vous , je l'a*»
!»> vais priée de s'informer de ce que vous » étiez devenu... — Je n'ai reçu votre lettre » que ce soir ;... vous voyea^que je n'ai pas 9 été long^temjps A y répondre. . • — Et. . • où » donc demeure&*vous à présent?-^ Ici à » e6tt^.... rue Chariot;... je suis votne voi* 9 sin... — Ah I c'est très-bien d*ètre venu au
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Il Marais... c'est un commencement de ré* n forme. — Ce n'est pas pour cela seulement * que j'y suis Tenu!... Je croyais yous ren- » contrer quelquefois à la promenade dans » les environs;... mais il parait que vous » êtes bien sédentaire... Gomme je sais que » TOUS avez une campagne à Lucienne , je » vous y croyais^ — En effet, ... je devrais y N être,. •• la saison est charmante... Je ne s sais ce qui m'a retenue; depuis que vous 9 n'êtes venu^ otil y a près d'un mois. •• je 3» ne suis presque pas sortie de chez moi ^ » et vous? vous étes<>vous beaucoup amusé?
» — Amusé! oh non;... mais j'ai couru » de Côté et d'autre. •• Dubois était presque >» toujours avec moi.... C'est un fort bon )» garçon. Depuis la banqueroute que j'ai » essuyée , il m'a donné mille preuves de » son attachement, —r C'est fort bien ,.. cela » fait excuser ses défauts , car je crois qu'il » est un peu. .. dérangé , . • • qu'il court après »' toutes les femmes... — Oui ,.•• il dit qu'il » faut les aimer toutes , pour n'en pas<trop » aimer une seule*. • II. pourrait bien avoir
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» raison.. • — ^Ah!,.. tous pensez commecela » maintenant !••• La société de M* Dubois » TOUS a fait voir les choses autrement » qu'autrefois ! — Si cela était , il me semr y» ble que ce serait fort heureux pour moi. »
Elle ne répond rien ; elle se lève , se remet à la fenêtre. •• J'en fais autant, et pendant quelques minutes nous regardons la lune. Mais ce n'est pas la lune qui m'occupe, je réfléchis aux chaugemens que je remarque dans les manières d'Augustine; je ne la trouve plus aussi gaie , aussi enjouée avec moi daus sa conversation. Qu'a-t-elle donc?... que se passe-t-il dans son cœur...
Par une bizarrerie bien singulière , plus elle me semble disposée à la mélancolie , plus je sens la mienne se dissiper, et une satisfaction, dont je ne puis me rendre compte, s'empare de mon ame.
Tout-à-coup je ne puis m'empécher de partir d'un éclat de rire , et Augustine s'écrie : « — De quoi riez-YOus donc? — C'est » que je songe que depuis un quart d'heure, » nous regardons tous les deux la lune.
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^ sans rien dire. — Mtn Dieu ! comme vous » êtes gai maintenait? — C'est le plaisir » d'être auprès de voi8..,-^Ce plaisir-là ne w vous rendait pas si gi autrefois. •• au reste «je TOUS félicite de c changement. ... il » prouve que... que v»us n'avez plus rien n qui vous chagrine. »
Je ne réponds pas à ela. Je regarde dans la rue, et il me semble alors qu'un homme est arrêté devant la maion où nous sommes, et a les yeux fixés sir nous. Je ne me trompe pas , il y a biei là quelqu'un. J'observe pendant quelquetemps cet individu ; il va et vient lentemen, mais ne s'éloigne jamais de la demeure e madame Luceval.
Augustine a fait la aéme observation, car elle me dit au bout d'n moment : « — On » croirait qu'il y ^ là , .ans la rue , quel- ». qu'un qui nous guett... — C'est ce que » je remarquais.... — C'st peut-être quel- I» qu'une de vos maltresss qui s'impatiente » de vous voir rester s long-temps chez » moi. • • — D'abord ce n'et pas une femme . • • » c'est un homme... et an homme d'une m. 9.
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» assez mauvaise tournure, autant que je
» puis voir mais 1 est probable que ce
» n'est pas pour noiB qu'il se promène, il » a sans doute quîque rendez-vous par » ici ! • . . — Je pense (ue vous avez raison. . . i> A propos de reilez-vous, et la petite » Ninie qu'en f aitesiirous ?
» -^ Je n'en fais ien.,. je ne l'ai pas vue n depuis le bal d'Aiteuil... elle m'a cepen- » dant écrit plusieuls fois d'aller la voir... » elle veut sans doiie me parler de...; de » son Adolp}ie... irec lequel elle m'a va » causer... pauvre i&lite!... elle était toute )» effrayée en le v^ant-lé..w elle craignait » qu'il ne lui fit u^ie scène... il ne pensait » guère à elle... J'ijai un de ces soirs savoir » ce qu'elle devint. — £st*ce qu'elle n'a » pas à présent qjelqu'autre amant? — Je 1» n'en sais rien, liais je ne le crois pas.... n Ninie est vraimelt laborieuse , rangée , et » sans les conseils | une de ses amies , je suis » sûr qu'elle seraii*estée sage. — Oh oui!... I» sage!... comme^outes ces demoiselles le A sont. 1» I
u HAfti ST l'amant. lOS
Il me semble qu'autrefois Augustioe était plus indulgente, je voudrais lire daias ses regards., • en ce moment un rayon de la hme tient frapper sur sa figure... j'en pro* fite pour la regarder, m^is en s'apcrcevant que mes yeux sont attachés, sur les siens, elle se retire de la fenêtre et se replace dans l'ombre. Bientôt la pendule du saion sonne minuit.
tt — Minuit! s'écrie Augustine. — Gomme » les instans passent vite avec vous. — C'es^ » à-dire que vous êtes venu fort tard....
» mais je ne croyais pas qu*il fût déjà mi- 31 nuit, il faut vous en aller... que va-t-on 3» penser dans la maison?... partez... partez i> vite... Je suis bien aise que vous demeu- M riez tout près... car cet homme qui se » promenait dans la rue , me donnerait des » craintes... — Ah! quelle folie!... d'ailleurs
» il n'est plus là depuis long-temps
» Adieu , madame , vous me permettez de M vous revoir bientôt?... — Sans doute , si » cela vous est agréable... Adieu, M. Deli- » gny.... courez vite dans la rue.... je vais » vous suivre des yeux. »
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Quel aimable intérêt I... je ne Tai jamais TU6 si tendre» si craintive pour moi! je prends congé d'elle, et, de la rue, je la vois qui est encore à sa fenêtre... il me semble aussi que j'aperçois dans l'ombre ce même homme que nous avons déjà remarqué...
mais sans faire plus d'attention à cela , je rentre chez moi sans mésaventure; je ne puis pas bien dire toutes les pensées qui se croisent dans ma tête, mais je sais que je n'ai jamais été si heureux.
IB KABI ET l'aBÂNT, 105
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