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monsieur, se laissèrent aller sur la banquette sans répondre à Tamateur.
Enfin on a donné le signal. L'ouverture est jouée au milieu du bruit , du tumulte , des réclamations de eeux qui ne retrouvent plus leur place , eft des portes de loges qu'on ferme.
Mais dès que le mélodrame commence , le bruit cesse ; si quelqu'un se mouche ou tousse un peu fort, une voix de tonnerre s'écrie : « à la porte le poitrinaire ! » et une autre voix enrouée répond : « taisez-vous donc, gueulards ! »
Malgré ces légères interruptions, la pièce va son train. Mes voisines sont tout yeux ; l'une d'elles pleure déjà , l'autre prononce de temps à autre deà mots entrecoupés :
«Ah Dieu, pauvre innocente... scélérat de » brigand... •• ta auras ton compte tout à « llieure... »
Le monsieur au petit peigne , qui veut à toute force lier conversation avec ces dames, répond aux derniers mots de madame Bribri : « Oui.... je le crois aussi.... c'est fort
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» intéressant..... l)iable! ça s'embrouille.»
Mais au beau milieu d*une scène , . ma voisine se retourne brusquement, et repousse de côté les genoux de ce monsieur en s écriant : « Dites donc, cher ami, est-ce n que vous avez des fourmis dansi^les jam- 1» bes?.... Tâchez donc de ne pas tant frot- » ter vos genoux sur mon schall ; je suis » chatouilleuse, voyez-vous.»
Le monsieur chauve devient rouge comme un homard; il balbutie quelques mots, puis se lèfe, et se tieiit debout pendant toute la durée de l'acte , après lequel il sort et ne revient plus, étant probablement allé tâtonner ailleurs. Le premier acte s'achève au bruit de deux cents mains qui frappent les unes contre les autres.
«Les claqueurs sont toujours. là, ^ dit le petit-maltre, en haussant les épaules et en m'adressant la parole. « Ces théâtres-ci » sont insupportables pour cela.
» — Ces théâtres-ci, monsieur, n'en ont j» pas plus que les grands. Pourquoi voulez- » vous que les auteurs des petits spectacles
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T. se privent d'un moyen de succès exploité » par leurs confrères des grands théâtres?
» Sans doute il est malheureux de penser » que ce sont maintenant les claqueurs et y» non pas le vrai public qui assurent le » succès des pièces... Aussi l'auteur qui aie » moyeu de payer le plus de mains d'œun vre, est-il certain d'avoir les plus beaux » succès!.. Si vous voulez détruire un abus, » faites que la réforme soit générale ; maîis » non, lorsqu'on crie au scandale, c'est tou- » jours aux pauvres diables que l'on s'a- )» dresse , et on laisse en paix les grands » seigneurs faire des sottises.
. „ — Face au parterre !..... face au par- » terre! » crient cinq ou six messieurs à casquette, en apostrophant un jeune homme des secondes galeries , qui s'est retourné pour s'appuyer sur la balustrade. Le jeune homme reste immobile, les cris deviennent plus forts. Les Solons du parterre s'irritent de ce qu'on ne défère pas sur-le-champ aux arrêts qu'ils dictent; ils montent sur les banquettes, allongent les bras , et montrent I. 3.
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le poing à l'individu dont ik ne voient que le dos , il semble que ces messieurs veulent lapider le jeune homme des secondes gale* ries ; s'ils avaient des pierres , je crois que cela en viendrait là ; ce ne sont plus ded cris, ce sont des hurlemens à faire crouler ]a salle ; enfin le jeune homme , qui est pro* bablement enchanté de causer tout ce tapage, se retourne et montre au public tme figure ignoble, qui rit bêtement en regardant le parterre : c'était bien la peine de faire tant de bruit pour voir cette face^là !
Je m'avance quelquefois pour tâcher d'apercevoir la jolie figure que me dérobe la grande capote pensée. J'ai beau tousser, me retourner, cette dame ne fait pas atten<* lion à moi; et tout i l'heure , quand elle a souri , je m'étais imaginé qu'on me voyait déjà favorablement !,... Mous avons trop d'amour-propre! qu'une femme nous regarde deux ou trois fois, et nous nous imaginons avoir fait sa conquête, lorsque souvent on ne veut que rire à nos dépens.
Les deux jeunes filles étaient encore
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sorties ; elles reviennent avec des marrons et deà châtaignes dont elles nç décessent point de se remplir la bouche ; il faut que ces demoiselles aient un bien bon estomac.
Leur vieux voisin est au supplice , elles jettent les épluchures de marrons de son c6té , mais il n'ose plus rien dire , parce qu'il s'aperçoit qu'alors elles remuent et le poussent davantage.
Le second acte commence. Lorsque la scène est gaie, iiia voisine se penche sur moi pour regarder dans le parterre, en disant t u Faut que je vois si ça fait rire Bribri. »
Lorsque la situation devient attendrissante, c*est encore le même manège de la part de ma voisine, qui, tout en se mouchant, veut voir si M. Bribri pleure.
L'acte finit. « C'est magnifique ! » disent mes voisines! — « C'est bien mauvais ! » dit le petit-maltre. — «» C'est bien amusant! »
disent les petites ouvrières en enjambant de nouveau les banquettes , probablement pour aller encore chercher des provisions.
Le jeune homme placé derrière nous est
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sayoïis... un moyen bien usé, mais qai est toujours commode. Je fieins d'èti^e poussé par ma Toisine et pousse brusquement le bras de la jolie dame. Elle se retourne , alors je me confonds en excuses : «Mille » pardons , Uadame; je suis désolé.... Mais D on est si pressé... sigèné iei... »
On me répond : k // n^y a pas der mal, » Monsieur^ « d'un ton bien bref , bien sec, et on me tourne vite le dos. Décidément , onne veut pas entrer en conversation; maïs, alors , pourquoi m'examiner ainsi à la dé-^ robée? Je n'y comprends rien.
Les deux jeunes filles reviennent ; cette fois, elles tiennent du /faite dans un papier; en reprenant sa place , la plus âgée en laisse tomber un échantillon sur le pantadon de son vieux voisin. Celui*ci n'y tient plus ; il se met en fureur.
« Mesdemoiselles , c'est trop fort !.. Vous » le faites exprès ; véus me tachez mon' pan-* I» talon, avec toutes vos chatteries. Je rais 9 aller chercher un inspecteur. •.. on com- )• missaire , pour qu'on vous fasse tenir » tranquilles. »
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L^. petites filles rient aux lâifties ; Palné^ répond : « Je ne crois pas que le commis- » saire ait le droit de nous empêcher de a manger du flanc. — Vous ne devez pas en » jeter $ur ma culotte, au moins. — Est-ce » qu'on Va fait exprès? *^ Opi ; depuis le » commencement du spectacle, tous cher- » chez à me tacher* Ce sont des marrons , » des oranges, des pommes. ..-«^Ga n'est pas » yrai , nous n'avons pas mangé de pommes.
» — ^^ Est-ce qu'un théâtre est une cuisine?
T» — Tiens , on voit hien que vous n'avez » pas diné à deux heures pour avoir de la 31 place*.. »
Les trois coups mettent fin à cette altercation. « Dieu merci I cela va finir ! » dit le vieux monsieur.
Le dernier acte commence , mais le dénouement trouvé des improbateurs ; on siffle d'un côté , on^pplaudit de l'autre; les actairs vont toujours ; madame Bribri est presque constamment couchée sur moi , parce qu'elle craint que son mari ne soit rossé par l'un ou Tautre parti . Grâce au ciel,
la pièce s'achève , il était temps , j*étouffais. On nomme l'auteur ; je reste encore, je ne sais quel charme me relient près de la dame en capote. Je suis curieux de savoir si quelqu'un va venir la chercher. Non , elle se lève... Je présente ma main pour l'aider à gravir les banquettes, elle ne la prend pas/ et légère comme une plume , elle est déjà sortie. Je la suis, mais quelques personnes nous séparent... Cependant je ne la perds pas de vue... Ah ! maudites soient les robes qui se mettent sous mes pieds , je ne puis pas descendre aussi vite que je le voudrais, et la foule augmente; à chaque instant un nombre plus considérable de personnes me sépare de cette dame. Nous sommes sous le péristyle, je Taperçois encore... , lorsqu'oa me prend brusquement par le bras en me disant : « Te voilà!., je me doutais bien que » je te rencontrerais ici... ne va donc pas si » vite , tu vas te faire étouffer dans cette n cohue. »
. Celui qui me disait cela me retenait par le.bras , et pendant ce temps la dame in-
connue disparaissait à mes regards. Je me débarrasse de ma rencontre en lui disant :
« Attends-moi... je suis à toi... » Puis je me «précipite dans la foule, je pousse, je coudoie tout le monde ; mais hélas ! j'arriye trop tard à la porte... Je ne vois plus celle que je suivais; je regarde à droite, à gauche, je cours de divers côtés sur le boulevard...
C'en est fait , j'ai perdu la dame à la capote pensée.
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