‹ La femme, le mari et l'amantChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE tll · texte numérisé non relu

CHAPITRE tll

Les deux Grisettes.

Nous Yoilà sur le boulevard , les deux jeunes filles regardent à droite et à gauche et semblent surprises de ne Toir personne , enfin celle qui se nomme, je crois, Charlotte me dit : u Mais où donc est-il , monsieur ?

p — Qui cela, mademoiselle? — Votre ami...

» mon Dieu, est-ce qu'il est allé se battre? — n Non , mesdemoiselles , tranquillisez-vous, » il fait beaucoup de tapage , mais il ne se » bat jamais; cela n'entre pas dans sa man nière de voir.... il est allé probablement » se coucher... — Ah! par exemple... après » nous avoir forcées de rester pour nous re- » conduire , c'est presque aussi malhonnête n que mon cousin Alexandre! — Gela

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M VOUS prouve , mesdemoiselles , qu'il ne » faut pas plus compter sur les nouvelles >» connaissances que sur les anciennes. Mais » je ferai en sorte de remplacer mon ami , )» auquel sa querelle a fait oublier ce qu'il » vous avait promis. »

La 'compagne de mademoiselle Charlotte me dit , à demi-voix : « Nous sommes bien » fâchées , monsieur , de la peine que ça va » vous donner. »

Cette jeune fille a la voix beaucoup plus douce et l'air plus timide que sa compagne; c'est celle qui est blonde, qui ne louche pas, et qui , au café , poussait les pieds de son amie pour l'engager & s'en aller et à ne point accepter de punch. Décidément elle me plairait plus que l'autre , si j'avais un choix à faire entre elles deux.

Je fais avancer ces demoiselles du côté de la chaussée , mais il n'y a plus un seul fiacre... il faudra reconduire ces dames à pied et il fait du brouillard, le chemin est mauvais^ nous sommes ap mois de février.....

cela commence à ne plus être aussi amusant.

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tt Plus de Toiture ! dis-je avec hmneur. — » Oh ! monsieur, cela nous est égal , dit la » petite blonde, nous irons aussi bien à pied . » — Moi , j'aimerais bien mieux aller en » voiture ! » dit mademoiselle, Charlotte , « c'est bien plus agréable , avec ça qu'il y a >»• une fameuse trotte d'ici chez nous ! — Où » demeurez-YOus, mesdemoiselles? — Moi, » dit Charlotte , je reste dans la rue aux » Fers , devant le marché des Itmocens , et » IVinie est dé la rue Aubry-le«*Boucher qui » est à deux pas. »

Voilà un quartier où je ne me soucierais pas d'aller £aire l'amour, quoiqu'il puisse y avoir là de jolies femmes comme ailleurs , mais je n'ai jamais aimé ce côté de la ville qui entoure les halles , il me semble qu'on y respire continuellement l'odeur des viandes ou de la marée. Cependant si cette dame en capote pensée demeurait par là et qu'elle me permit d'aller Is^voir... avec quel plaisir j*y courrais ! lors même qu'elle logerait rue des Prêcheurs ou de la Hachette ; mais il n'est pas question de cette dame4à, il hut

reconduire les deux grisettes que H. Dubois m'a laissées sur les bras.

« — M esdemoiselks, voules-TOus bien acn cepter chacune un bras.,* » Mademoiselle Charlotte prend mon bras droit , la petite Ninie mon bras gauche , et me voilà entre la ]M*une et la blonde , m'acheminant vers le quartier des Innocens.

Il est assez naturel de désirer savoir i qui Ton a affaire. Je commence la conversation par demander à ma dame de droite ce qu'elle fait, et mademoiselle Charlotte , qui ne demande pas mieux que de parler, me répond sur-le*champ :

«•*— Monsieur, je suis dans les franges, je » travaille dans les effilés, dans les garnitu- M res de schalls; je suis très habile.... c'est » dommage que cela ne rapporte pas beau* ji coup... vingt-cinq sous par jour.... queln quefois trente , quand on veut s'abimer » les yeux ; ah ! les femmes ont bien de la » peine â gagner leur vie... et avec ça, pour » peu qu'on aime à s'amuser, à notre âge » c'est bien naturel ! moi , j'avoue que

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» j'aime le spectacle et le bal de passion.... » Ah ! si j'avais suivi ma vocation, je serais » au théâtre, maintenant; je ferais les prin- » cesses ou les amoureuses... on me lorgne- » rait, on me claquerait, je serais mise dans » le dernier genre , et cela vaudrait bien » mieux que de faire des franges ! N'est-ce n pas , monsieur !

» — Mais, mademoiselle, on ne réussit pas » toujours au théâtre ; il ne s'agit pas seule- » ment de se dire : je veux être actrice ; pour n obtenir des succès , il faut du falent ; sans » cela au lied d'être claquée... comme vous n paraissez désirer l'être , on est huée , sif- » fiée , ce qui doit être beaucoup moins » agréable , et dans les franges vous n'avez » pas cette chance à courir.

» — Oh! monsieur, j'aurais eu du talent, » j'en suis bien sûre , et il y a un monsieur i» qui me l'a dit bien des fois. — Votre cou- » sin Alexandre? — Non, Alexandre est ébé- » niste , c'est un bon enfant , mais il est bête, » il ne s'occupe que de son état. Je suis sûre » que c'est parce qu'il avait à travailler à sa

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