‹ La femme, le marie et l'amantChapitre 10 sur 18 · Chapitre XXI. — Les Visites · texte numérisé non relu

Chapitre XXI. — Les Visites

Me voilà donc entièrement libre ; jamais , je l'ayoae , je n'ai goal* si vivement le bonheur d'être maître de mes actions. Je pourrai voir Augustine aussi souvent qu'elle le voudra , et si j'en crois ses yeul , sa voix; si j'en crois mille riens qu'un amant seul devine, j'obtiendrai bientôt le plus doux aveu ; de là au comble du bonheur , il n'y a jamais loin... Je commence à me lasser de n'avoir que des espérances.

Il faut que je revoie Dubois pour savoir où j'en suis avec madame Ledoux. Je me rends cluz lui, où il m'a promis de m'atiendre; et je le trouve se faisjnt mettre des papillotes par une de ses voisines les blanchisseuses.

Dubos me dit tout ce qu'il a fait hier avec mon père; je suis tenté de le gronder , mais je ne puis m'einpécher de rire. Il me raconte la scène de l'Anglais et la colère de madame Ledoux , qui a mis mademoiselle Girard à la porte; enfin il pré>end que nous ne devons rien à madame l.ednux , et qu'il lui a pavé dix fois la valeur de son appartement. Je laisse Duboit se faire friser tout à son aise , et je retourne dans mon quartier.

Je ne suis plu» qu'à deux pas de ma rue, lorsqu'une jeune femme pousse un cri en s'arrêtant devant moi. C'est Ninie, que je n'avais pas vue depuis longtemps, et qui est mise avec beaucoup plus de recherche qu'autret lis.

— Ah I vous voilà, monsieur Paul? je suis bien contente de vous rencontrer I... J» viens de chez vous. — Ah ' v-u «ene? île chez moi?

— Oui... il y a si longtemps que je ne vous ai vu !... Vous ne viendriez jamais me voir chez ma tante, vous. — Vraiment, Ninie, je n'a' pas eu le temps ; cependant j'ai souvent pensé à vous : j'étais étonné de ne pas avoir de vos nouvelles. Mais vous avez une toilette charmante... quelle coquetterie maintenant dans la misel... Ah! Ninie!... il vous est arrivé quelque aventure depuis que je ne vous ai vue... — Oh 1 oui, j'ai bien des choses à vous raconter... C'est pour cel : que j'étais allée chez vous... mais vous y retournez... je vais aller avec vous, si ça ne vous gène pas. — Non, tans août».

J'aime mieux que Ninie vienne chez moi que de causer avec elle dans la rue. Nous nous acheminons vers mon logement, qui n'est qu'a deux pas. Mon portier me dit : — Monsieur, i! est venu une jeui* demoiselle pour...

11 n'achève pas, il vie... « apercevoir mnie qui monte avec moi; il sourit d'un air malin, et rentre sa tête dans sa loge en disant : — Ah! je vois que monsieur sait qui est-ce qui était venu.

Nous voici chez moi. Je fais asseoir Ninie; je l'embrasse avec amitié seulement, car je suis trop occupé d'Augustine pour avoir des distractions, et je prie la petite blonde de pailer.

— Vous savez, monsieur Paul , que je suis raccommodée avec ata tante, que je ne vois plus Charlotte, que je suis bien sage, bien tranquille, et que je travaille toute la semaine sans quitter? — Oui, Ninie, vous m'avez dit tout cela, et je vous crois. — Nous étions allées au bal d'Auteuil avec ma tante et des dames de ses amies, par hasard... et je ne m'étais guère amusée!... — Enfin, Ninie? — Enfin, pour revenir, comme ma tante était lasse, nous avons pris un coucou. J'étai» assise à côté d'un jeune homme, et comme le coucou nous secouai* un peu , à chaque cahot je me trouvais sur lui ; mais le jeune homme était bien honnête , c'était toujours lui qui me demandait excuse d* ce que je tombais sur ses genoux. Si bien que l'on a causé tout le long du chemin, et que ce jeune homme nous a dit tout de suite qu'il étai« garçon pâtissier, mais que son père devait lui donner de quoi s'établit traiteur quand il se marierait. Nous sommes rentrées chez nous; mai» le lendemain j'ai rencontré ce jeune homme en sortant de chez moi- Il m'a abordée en me disant qu'il avait rêvé de moi toute la nuit, a* qu'il voudrait bien être encore dans le coucou. Puis il m'a demandé la permission de venir me voir chez ma tante, parce qu'il n'avait qas des vues honnêtes, et qu'il voyait bien que je n'étais pas une demetselle qui écouterait des bêtises.

— Eh bien I Ninie, vous lui avez permis d'aller vous voir? — Dame, quoiqu'il ne soit pas bien grand et qu'il n'ait pas votre tournure, comme M. Bénin parle toujours de mariage, ça m'a fait faire des réflexions... Bref, il est venu chez ma tante, et depuis ce temps-là il me fait la cour bien sérieusemen'l... Ma tante, qui a pris des informations, dit que c'est un honnête garçon qui me rendra heureuse Moi je le trouve un peu bête, et je n'en suis pas très-amoureuse; mau je serais pourtant bien aise de me marier. Je lui ai dit que je n'avais rien du tout en dot; il m'a répondu que j'avais mon innocent, et que ça lui suffisait. J'avais bien envie de lui parler de ma Ivison avee Adolphe et vous, mais ma tante me l'a défendu. — Je crJÎs que votre tante a eu raison : ces confidences-là ne font jamais plaisir à recevoir. Si M. Bénin vous aime, il sera fort content de vous épouser tell* , que vous êtes. — M. Bénin est très-galant, très-généreux, il m'apporte chaque jour quelque petit présent, que ma tante veut bien que je reçoive : mais je ne voulais pas l'épouser sans vous en avoir demandé h permission. — A moi? Ninie!... Est-ce que j'ai des droits sur vous?

— Il me semblait que oui. <

Pauvre petite ! elle me dit cela d'un air attendri ; il y a plus de sentiment dans ce peu de mots que dans de longs serments!... Je prends une des mains de Ninie, je la presse avec amitié, et je lui dis;

— Ainsi donc, si je vous priais de ne point épouser M. Bénin, vous refuseriez sa main ? — Oh ! mon Dieu ! oui : je n'y tiens pas beaucoup, je vous assure. — Et moi, Ninie, je tiens à vois voir heureuse et établie; épousez ce jeune homme, puisqu'il vous offre sa main, quoique vous n'ayez rien ; c'est qu'il vous aime réellement. Je suis persuadé que vous serez heureuse en ménage, et que votre mari ne se repentira jamais de son choix. — Dame... certainement que, si je l'épouse... je lui serai fidèle... et puis M. Bénin a l'air bien doux, et il m'a promis qu'il ferait toutes mes volontés, que je serais la maîtresse. — Mariezvous donc, ma chère amie, je vous y engage très-fort. — Allons, en ce cas-là, j'épouserai Bénin dès qu'il aura le consentement de son père, et nous nous établirons dans les environs de Paris... Je vous enverrai mon adresse , et vous viendrez me voir quand vous passeras par là... n'est-ce pas? — Sans doute; j'irai vous voir comme ami. — C'est bien ainsi que je l'entends, monsieur; quoique ça, si vous aviei pu venir à ma noce, j'aurais été bien contente... Oh! je n'ai qu'à dire que vous êtes de nos amis, et Bénin ne dira rien... Il ne voit absolument que par mes yeux, ce garçon-là. — Ma chère amie, je crais qu'il est beaucoup plus convenable que je ne sois pas à votre noce. — Alors, je me marierai sans vous. Et vous, monsieur Paul, quand vous marierez-vous ?... Vous ne dites rien. Est-ce que vous n'avsa pas de confiance en moi?... — Ah ! Ninie, je ne puis pas me marier, mai I ...

— Cependant vous n'êtes pas sans avoir un eeuu'uieDt à coup fnr...

— Oui mais je ne puis pas 1 épouser ce sentiment là ... Quelque jour.., Ninie. je vous oonlerai tout oels

Ninie reste encore longtemps cbet moi; elle me détaille le» projets tes plan» de conduit*, lorsqu'elle sera mariée; je l'écoute avec plaisir; «i en a toujours à voir heureuses les personnes que l'on a aimées. Cependant l'heure se passe. Ninie songe qu'il est temps de retourner chei sa tante; moi je sens qu'il est l'heure de mon dîner. La petite se lève, me dit adieu. Je l'embrasse sur le front, je la regarde déjà comme mariée. Je ne sais pas si cela lui plaît beaucoup, mais elle tourne et retourne autour de moi , elle ne s'en va pas ; c'est moi qui lui répète :

Adieu, Ninie. Enfin, elle part tout d'un trait, en murmurant un

adieu étouffé... Ah ! monsieur Bénin !... je crains bien que... Mais cela ne me regarde pas.

Allons vite dîner pour être plus tôt chez Augustine. Mon portier sourit malicieusement en me regardant : ces portiers du Marais ne sont donc pas accoutumés à ce qu'un jeune homme reçoive des visites de femmes?...

J'ai bientôt fini de dîner ; je cours chez Augustine : je pense qu'elle ne sera pas fâchée d'apprendre que mon père n'est plus à Paris, et je monte gaiement chez elle.

— Madame n'y est pas, me dit la domestique en m'ouvrant la porte. — Madame n'y est pas !.. Et elle ne vous a pas dit de m'apprendre •h elle est allée? où je pourrai !» retrouver? — Non, monsieur.

— C'est Dubois avec mon pantalon, qui rit aux larmes en me regardant.

Je ne conçois rien à cela; elle qui ne sort presque jamais!... Et elle devait bien penser que je viendrais... Je m'éloigne tristement, je marche au hasard; si je savais où la rencontrer... Cette absence ne me semble pas naturelle. Je me suis assez promené, allons voir si elle est rentrée.

— Madame n'y est pas, me répète la bonne. Ces gens-là vous disent cela avec un sang froid qui vous tue!... Madame n'y est pas!... c'est d'on ridicule... Il faut encore m'éloigner sans la voir... et ne pas taigner me faire dire où elle est! Allons, je ne reviendrai pas de Jointe jours.

Un quart d'heure ne s'est pas écoulé que je brûle de retourner m'informer si elle est rentrée. J'attends la nuit cependant; alors je retourne vers sa demeure , je regarde à ses fenêtres... Il y a de la luniM-re dans sa chambre à coucher. On ne me dira pas cette fois qu'elle tr\ sortie.

Je monte, je sonne, je ne donne pas à la bonne le temps de me parler, in m'écrie : — Madame y est, j'en suis sûr : je l'ai vue à sa fenêtre. — Oui, monsieur, madame y est; c'est vrai... mais elle ne veut recevoir personne.... — Recevoir personnel... Mais je ne suis pas une personne, moi , mademoiselle , et cette défense ne peut me regarder. — Si , monsieur, puisque c'est pour vous justement que madame l'a donnée. — Pour moi !...

J« suis anéanti!... Elle ne veut plus me recevoir.... qu'ai-je donc fait?... En quoi ai-je de nouveau mérité sa colère? Ah I... quelle àiUe!.<. Si c'était... si élis avait vu.., courons interoger mon portier.

En nn instant je sois chez moi; je prends mon portier à l'écart ^el je lui dis : — Pendant que cette jeune tille était chez moi aujourd'hui est-ce qu'il est venu une dame me demander ?

Mon portier commence par sortir gravement sa tabatière de sa poche , et le bourreau se fourre une énorme prise dans le nez avant de me répondre : — Monsieur... attendez donc... on est venu... oui... non, on n'est pas venu pour vous... — Vous êtes sûr ? — Ah !... on > bien apporté la lettre qui est là... mais c'est depuis. — Une lettre :.., Pour qui? — Pour monsieur. — Et vous ne me la donniez pas?... — Oh ! j'avais toujours le temps. . . j'étais bien sûr de saisir monsieur quand il rentrerait pour se coucher.

Moi je suis tenté de saisir ce drôle-la à la gorge, mais je me retiens et je me fais donner sa lettre !... C'est de sa main... ah ! je vais savoir la cause de sa conduite.

« Je pars demain pour la campagne. Ne vous donnez pas la peine de venir chez moi, vous ne m'y trouveriez plus. Je suis persuadée que vous ne vous ennuierez pas en mon absence; quand on reçoit des visites agréables , le temps passe vite.

» Adieu, monsieur, je vous fais compliment de vos amours.

» Augustini. •

Des visites agréables... mes amours... tout est éclairci!... elle sait que Ninie est venue chez moi... et c'est pour cela qu'elle ne veut plus me voir! C'est donc la jalousie qui cause sa colère!... Ah! je respire.... cette découverte me fait un bien!... Mais il faut que je me justifie.... je n'entends pas qu'elle parte pour la campagne sans m'avoir entendu... écrivons-lui sur-le champ, elle aura ma lettre ce soir.

Je prends la lumière de mon portier, je monte chez moi, je n'écris que ces deux lignes : « Daignez m'entendre, madame, et vous verrei si c'est encore par amour que l'on vient me rendre visite. •

Je mets l'adresse, puis je descends quatre à quatre, et, sans songer à reprendre la lumière; je veux remettre la lettre à mon portier. Arrivé en bas, je cours brusquement vers sa loge; je n'ai pas vu que la porte de la cave était ouverte, je me jette dedans... Mon front a port;* centre un angle je reçois un coup affreux, je tombe sans connaissance sur le pavé.

* Lorsque je reviens à moi, je suis dans mon lit, ma chambre est éclairée faiblement; une vieille femme, que je reconnais pour la sœur du portier, est assise à mon chevet, la tète me fait bien mal. — On vous a saigné, me dit la vieille femme, c'était bien nécessaire... Tâchez de dormir, car vous avez reçu un furieux coup.

Ah ! je me rappelle maintenant... Il faut donc se résigner et restei là. Je passe une nuit fort agitée, j'ai de la fièvre, el la contrariété que j'éprouve doit l'augmenter encore. Le lendemain cependant mes idées sont plus nettes.... je me rappelle ma lettre.... je fais venir mon portier... Hélas!... il l'a trouvée à mes pie.ls et l'a mise dans sa poche au lieu de la porter à son adresse.... il prétend que le plus pressé était de me secourir... Vous verrez qu'il faudra que je lui donne raison. Elle sera partie pour la campagne !... Si pourtant elle avait différé son départ! J'envoie à tout hasard mon portier chez madame Luceval. S'il la trouve, je lui recommande de remettre la lettre à elle-même, et de raconter l'accident qui m'est arrivé. Quand il s'agit de bavarder, je suis certain qu'il s'acquittera bien de la commission.

Je compte les minutes de son absence. Il est longtemps... tant mieux !... il revient, il l'a trouvée... elle n'était point partie !... elle a ma lettre, elle sait ce qui m'est arrivé!... — Et qu'a-t-ellc dit en apprenant cela? — Oh I monsieur 1... cette dame a pâli, que j'ai cru qu'elle allait aussi s'évanouir. — Fort bien!... — Et puis elle tremblait de tout son corps. — Très-bien ! — Et puis elle avait l'air d'avoir tant de chagrin!... — Bon! bon!... — Ah! oui, bon! bon!... c'est-à-dire que c'était capable de lui donner une maladie. Enfin je l'ai rassurée sur monsieur; mais, quoique ça, elle a dit qu'elle enverrait tous les jours savoir de vos nouvelles.

Tous les jours!... Elle ne partira donc pas!... Cette idée me console un peu. Je ne suis pas encore en état de sortir. J'ai de la fièvre , j'éprouve un abattement général. 11 faut que je me soigne, si je ne veux pas devenir sérieusement malade. C'est l'arrêt du médecin. Soignons-nous donc pour guérir plus vite.

Quel ennui lorsqu'on est malade de n'être entouré que de gens qui nous sont indifférents, de ne recevoir que les soins d'un mercenaire!... combien alors on regrette le toit paternel et les douces attentions d'une mère ou d'une soeur !

Quatre jours se passent, ils m'ont semblé bien longs!... mais elle a tous les jours fait demander de mes nouvelles. Enfin je me sens beaucoup mieux. Je me lève, et après-demain j'espère pouvoir sortir... D'ici chez elle c'est si près!... Comment passer le temps jusque-là1 .. Ah! écrivons à Dubois pour qu'il vienne me voir, cela me distraira.

J'ai écrit à Dubois, mais on ne l'a pas trouvé chez lui. La journée s'écoule, et le lendemain je renvoie ma vieille garde, je me sens assez bien pour n'avoir plus besoin de personne ; j'ai même envie de sortir, quoique le médecin me l'ait défendu; je balance, je suis prêt à céder au désir qui me presse, lorsqu'on frappe doucement à ma porte. ►

C'est Dubois sans doute... je vaii ouvrt. O bonheur!.. . c'est ef: !... c'est madame Luceval qui est devant moi, ^ qui pousse un cri de sur-

yrûe en nie trouvant levé, parée que mon portier lui avait dit que i'étak très-mal !...

— Ah! madame) que vous êtes bonne 1... votre présence va me rendre entièrement la santé. — J'ai pensé que ma visite vous causerait peut-être quelque plaisir... et cela m'a fait passer au-dessus de certaines convenances; quand on a véritablement de l'amitié pour les gens, il me semble qu'on leur doit bien quelques sacrifices... Mais je vous avoue que je ne vous croyais pas en état de vous lever... on vous avait dit si malade I — Est-ce que vous êtes fâchée de me trouver ga Vi? — Non... mais...

1ère Deligny.

Je la conduis à un siège, je m'assieds près d'elle, je suis si content que, pendant quelques instants, je ne puis que la regarder en répétant : — Vous venez me voir... ah ! que je suis heureui de l'accident qui m'est arrivé I — Il est certain que sans cela... — Vous partiel pour votre campagne, et vous me défendiez d'aller vous voir!... Qu'avais-je fait, madame, pour mériter tant de rigueur? — Tenez, ne parlons plus de cela... quelquefois je suis si bizarre... si ridicule... je ne sais pas ce que j'avais... Monsieur votre père n'est donc plus a Paris? — Non, madame, il s'est aperçu que je le trompais sur ma position, il s'est fâché, et il est reparti brusquement... Je me trouvais de nouveau heureui d'être libre, et j'allais vous faire part de cet événement. Quelle a été ma surprise lorsqu'on m'a dit que vous ne vouliez pas me recevoir!... Qu'avais- je donc fait, madame? d'où pouvait naître votre courroux?... — Mon courroux? mais vous vous trompez... je n'en avais point... — Ainsi c'est sans aucun motif que vous refusiez de me voir? Elle se tait... elle rougit, elle ne veut pas convenir qu'elle m' vu avec Ninie; je l'y forcerai bien.

— Du moins, madame, vous voudrez bien, je l'espère, me donner l'explication de ce ,^ue disait votre lettre?... — Ma lettre... je ne sais vraiment plus ce que <e vous ai écrit... dans ce moment-là... j'ignore à quoi je pensais. Je vois avais aperçu dans la rue causant avec cette petite fille, que j'ai bien -eronnue... je vous ai vu ensuite la mener chez vous... cela m'avait stmblé singulier... d'après ce que vous m'aviez dit... Mais j'ai eu tort ojns ma lettre de vous plaisanter à ce sui'et... vous êtes bien libre, et je ne vois pas ce qui vous empêcherait le continuer à avoir cette jeune fille pour maîtresse.

Elle veut cacher m jalousie... elle ne veut donc jamais que je sache qu'elle m'aime!... Mais je n'y tiens plus, et je m'écrie : — Non, madame, non, cette jeune fille n'est plus ma maîtresse; elle ne venait me voir que pour m'.-nnonccr son prochain mariage, et me demander les conseils d'un ami. Je sais qu'il vous est fort indifférent que j'aime quelqu'un , pourvu que ce ne soit pas vous, à qui vous m'avez si bien défendu de parler d'amour. Vous devez être contente, madame, je vous ai obéi ; pour vous satisfaire plus encore, je vais aimer toutes les femmes, je vais chercher à plaire, je vais me marier enfin... Peut-être alors m'honortrez-vous de v ^e votre amitié

Augustine veut sourire, mais sa voix est altérée, et elle se lève brusquement en me répondant :* — Vou3 ferez très-bien , monsieur, et je vous y engage. <?*

Elle va partir, je l'arrête, je tombe à ses genoux en murmurant : — Ne savez-vous pas que je ne puis en aimer une autre que vous!... que ce n'est que pour vous obéir que je me contrains à vous taire mes sentiments! Mais dussiez-vous me bannir encore de votre présence, il faut que je vous répète que je vous aime... que je vous adore... que je ne veux aimer que vous.

Elle lève les yeux sur moi... mail ce n'est pas du courroux que j'y vois... Ses yeux sont mouillés de larmes, elle me sourit tendrement ; — Quoi!... vous m'aimez toujours? — Depuis que je vous connais, mon cœur n'a point changé. — Hélas! le mien a bien changé au contraire... moi qui croyais ne plus pouvoir aimer... moi qui^ /n vous recevant d'abord, ne voulais que savoir par vous des nouvelles d'une autrt. personne... je ne sais comment cela s'est fait .. je me suis habituée à vous voir chaque jour; je pensais n'éprouver pour vous que de l'amitié... Je le croyais alors... mais le temps où j'ai été sans vous voit me sembla bien long... Déjà je commençais à craindre de vous aimer trop pour un ami. Juliette me parlait souvent de vous; elle prétendait que j'avais agi avec dureté à votre égard... Vous êtes revenu... mais vous ne me parliez plus de vos sentimenls... Je me persuadai que vous aviez cessé de penser à moi... et cela me fit de la peine... Je ne voulais pas vous aimer... et pourtant... je voulais être aimée de vous... C'est bien ridicule, n'est-ce pas?... Je sens q :e j'ai trop compté sur mes forces... il ne far' pas à mon âge avoir un ami comme vous. Notre cœur s'y trompe quelquefois!... — Si un autre n'a pas su apprécier le trésor qu'il possédait, faut-il pour cela vous condamner toute la vie à une froide indifférence? - — Mais... en vous aimant... ne suis-je pas bien coupable !...

Elle m'aime!... Cet aveu vient de. lui échapper, et, dans son trouble, elle cache ses beaux yeux, et veut se détourner de moi... Je saisis sa main, je la couvre de baisers... En ce moment on frappe à ma porte.

r^sast

~r Monsieur Dubois , je ro.idrais bien vous consulter sur le pni des denrées coloniales.

Maudite visite!... Augustine a pâli, elle se lève et me regarde avec terreur — Je n'ouvrirai pas, lui dis-je à demi-vo.x. — Mais votre portier qui m'a vue monter chez vous! — Ab! je sais sur que c est Dubois' — Ouvrez, je vais entrer dans ce cabinet... Je ne voudrais pas qu'il me trouvât chez vous... - Eh bien ! entrez... Oh 1 je vous réponds que je vais le renvoyer bien vite !...

Augustine entre dans un petit cabinet qui est à la tête de mon lit, j'en ferme sur elle la porte vitrée. Je me promets de faire des signes à Dubois pour qu'il comprenne que j'ai du monde, et qu'il s en aille *ur-

e"»CeTai» ouvrir. O funeste méprise I... c'est Jenneville qui wtre chez moi I .

Chautri

- Le Mari rnei l'Amant.

Je suis resté immobile en voyant Je neville. Je ne sais s il s aper çoit de mon trouble, de ma pâleur; mais il so rit d'un air ironique en me disant : — Je suis enchanté de vous trouver chez voui.

Il entre, il s'assied dans le fauteuil que sa femme occupait nn in sUnt auparavant, et qui n'est qu'à deui pas de la porte vitrée. Je n'ai pas la force de l'arrêter, je le suis, mais je reste debout devant lui en disant : C'est bien un hasard si vous m'avez trouvé... j'allais sorti r.

Votre portier m'a dit que vous étiez malade... que vous aviez fait

une chute terrible!... — Oui, c'est vrai, mais je suis guéri... ,'e cr ois même que le grand ait aie fera du bien. — Vous paraisse enco re faible cependant... Je vous trouve très pâle. — Oh!... c''.st la su ite de ma chute... Je vais aller chez mon médecin , et... — Alors je v ous accompagnerai, car j'ai à causer avec vous.

Il m'accompagnera, dit-il, je ne pourrai donc pas m'en débarrasser ! .. Je crois que le plus court est de l'entendre. Pauvre Augustine! quel le doit être ton anxiété en ce moment 1

Je me jette sur une chaise avec un air d'impatience que je ne cherch point à cacher. Jenneville ne semble pas y faire attention; il me dit d'un ton moqueur :

— Eh bien ! mon cher Deligny , avez-vous toujours envie de me faire retourner avec ma femme ?

Je sens que la rougeur me monte au visage. Je veut en vain prendre un air indifférent en répondant : — Moi... je... il m'est fort égal... il me semble que vous êtes bien le maître de faire ce qui vous plaît...

— Oui sans doute; mais lorsque je vins vous apprendre la banqueroute de Blagnard, ne vous rappelez-vous plus la manière énergique •vec laquelle vous m'avez parlé en faveur de mon honorable épouse?... Ic beau sermon que vous me fîtes pour me persuader que j'avais en grand tort de m'en séparer, et que je ne pouvais être heureui qu'en retournant avec elle? *J

— En effet, je me le rappelle... et je ne crois pas, monsieur, vous ■voir donné alors de mauvais conseils.

— Comment donc! mais vos conseils étaient excellents... Je vous jure même que, dans le moment, j'en ai été touché... Mais je ne sais plus à quelle occasion... en causant de vous avec madame de Rémonde, elle m'a appris certaine chose qui a beaucoup diminué l'estime nue j'avais pour vos avis...

— Je m'inquiète peu de ce que cette dame a pu vous dire... Vous ne me parlez plus de Blagnard... A-t-on de ses nouvelles?... et cet argent dont vous aviez besoin?...

— J'ai trouvé de l'argent, je vous remercie, revenons à ce que madame de Rémonde m'a appris. Parbleu! cela m'a bien fait rire, surtout en me rappelant les beaux discours que vous m'avez tenus au sujet de ma femme!... — Monsieur, je suis pressé; je vous ai dit que j'avais a sortir... — Oh! vous me donnerez encore quelques instants. Eh bien! mon cher, madame de Rémonde m'a appris... ah ! ;ih 1 ah!... j'en ris encore... elle m'a dit que vous étiez l'amant de ma femme!...

— Madame de Rémonde vous a trompé, monsieur, dis je d'une voix tremblante. J'ai eu en effet le plaisir de me trouver... souvent avec madame Luceval... car c'est sous ce nom que je l'ai connue, et j'ignorais alors qu'elle vous fût attachée... Mais je puis vous assurer...

— Allons, mon cher Deligny, pourquoi vous en défendre?... Eh! mon Dieu! qu'est-ce que ça me fait, à moi, qu'elle ait vous ou un autre pour amant?... Ouand j'ai quitté Augustine , je l'ai laissée maîtresse de faire ce qu'elle voudrait. C'est trop juste... nos femmes nous trompent quand nous vivons avec elles : ce serait b ,en singulier si elles nous restaient fidèles quand noua les quil'.nns... à moins que ce ne lut par esprit de contradiction.

— Je vous assure, monsieur, qn» l'on vin» u trompe sur tes rapports qui existent entre madame... Luceval et moi.

— Oui, oh! je sais qu'elle se fait appeler madame Luceval... c'est très-délicat de sa part... Mais vous oubliez, mon cher, qu'av ant d'avoir le beau projet de me raccommoder avec ma femme, vous m'a viez a> i. nique vous étiez amoureux, passionnément amoureux)...

— J'ai pu être amoureux, j'ai pu aimer madame votre épouse, cela Be prouverait pas que j'aie su m'en faire écouter.

— Ah! vous êtes trop modeste; mais ce n'est pas à moi qu'il faut dire ces choses-là. Nous ne sommes plus dans le siècle de l'a mour platonique... si toutefois ce siècle a existé, ce que j'ai peine à croire. Nous voulons du réel, du positif, et nous allons vite au fait. D'ailleurs ma femme est sensible... extrêmement sensible; j'en sais quelque chose... Est-ce donc quand on n'a rien obtenu d'une femme que l'on passe chez elle toutes les journées, que l'on y reste le soir jusqu'à une heure du matin?... Hein ?... vous voyez que pour un mari je suis assez bien instruit. —' Je vous certifie que les apparences sont trompeuses. [}u'\ vous dit que, sachant notre liaison, ce n'était pas pour me parler de vous que madame votre épouse me recevait?... — De moi I... ah ! c'est bien aimablel... Comment! c'est de moi que vous parliez tous les (latins et tous les soirs?... Vous aviez la un beau sujet de conversation et je ne m'étonne plus que cela vous fil veiller si tard chez elle. - Vous êtes libf > dr n# uas me croire... je vous dis pourtant la vé-

rité. — Olon cher Deligny, j'ai trop bonne opinion de vous poar voui croire... — Monsieur, en voilà beaucoup trop sur ce sujet, et je vous prie de cesser votre conversation. — Ah ! c'est vous qui vous fiches!... Parbleu! c'est trop drôle!... 11 me semble que si quelqu'un doit se fâcher ici , ce devrait être moi , non pas de ce que vous êtes le tendre ami d'Augiistine, mais de ce que vous vouliez me faire reprendre celle dont vous êtes l'amant.

— Encore une fois, monsieur... — Oh! mettez-vous en eolère si vous voulez; moi je ne m'y mettrai pas. Je ne suis pas de ces épout jaloux et susceptibles qui, non contents d'être trompés, veulent encore recevoir un coup d'épée de celui qui les vemplase; moi, monsieur, j« me battrais dix fois, vingt fois pour une maîtresse... mais pour mi femme... oh! pas si dupe! je ne veux pas me faire montrer au doigt Convenez que ce serait d'un ridicule! se battre pour une femme qui ne vaut pas mieux que les autres.

En ce moment, un faible gémissement part du petit cabinet où Augustine s'est cachée, il est suivi d'un bruit assez fort.

Jenneville me regarde. Je suis tremblant. Elle a peut-être bescin de secours, et je n'ose lui en porter, de crainte de la découvrir.

Jenneville se lève froidement en me disant : — Vous avez du monde là?... Je suis désolé de vous avoir dérangé... — Moi... je n'ai per» sonne... et d'ailleurs, que vous importe?... — Je crois, mon cher, que votre dame a besoin de prendre l'air.

En disant ces mots, et avant que j'aie le temps de me jeter au-devant de lui, il ouvre la porte du cabinet et me montre Augustine étendue sur le carreau.

Je ne vois plus que la femme que j'adore; je cours, je la relève, je la porte dans l'appartement en m écriant : — Voyez dans quel état!... Elle se meurt... et c'est vous . vous, qui en serez la cause 1-.

— Ah! c'est moi qui en serai la cause!... C'est délicieux, d'honneur! Eh bien! me direz-vous encore que vous n'avez aucune li.ii-.on avec ma femme? — Ah! de grâce, aidez-moi à la secourir; ensuite, monsieur, vous me trouverez prêt à vous donner toutes les satisfactions que vous exigerez... — Eh ! encore une fois, je vous dis que je ne vous en veux pas!... Qui diable vous cherche querelle? Rassurez- vous, les évanouissements ne sont jamais dangereux ! Je vous laisse, car si elle rouvrait les yeux maintenant, il me faudrait encore subir une scène tragique, et je ne les aime pas. Adieu... Je suis seulement bien aise de vous avoir prouvé que je n'étais pas votre dupe.

11 est parti ! mais en ce moment ce n'est qu'elle que je vois; elle est toujours sans connaissance. Je l'inonde d'eau, de vinaigre. Je ne sais plus ce que je fais... Moi-même, à peine convalescent, je sens que les forces m'abandonnent. Je me mets à genoux près d'elle, le pose sa tète sur ma poitrine... Je me traîne avec elle contre ma fenêtre, que j'ouvre entièrement. Je crie, j'appelle... On ouvre ma porte, on entre chez moi en chantant.

C'est Dubois qui, en me voyant à cenoui près de la chaise sur laquelle est Augustine, s'écrie : — Comment! tu as une il. me. et ta laisses ta porte entr'ouverte!... — Ah! viens, viens m'aider à la secourir... Elle est sans connaissance... Je ne sais plus que faire... Ah I Dubois, si tu étais venu plus tôt, elle n'aurait pas vu son mari. — Diable!... si le mari est venu, je conçois l'évanouissement... — Tu es cause que Jenne\ille l'a trouvée ici! — Jenneville !... comment!... ce serait... — Mais donne-moi donc quelque chose... — Je ne trouve rien ici... c'est pis que chez moi-.. — Va me chercher un médecin... va, je t'en supplie!... — C'est un bouillon qu'il lui faut. — Dubois, je t'en conjure, va me chercher du secours... Elle ne peut pis rester comme cela... — Allons, calme-toi , je vais t'amener tous les docteurs du quartier.

Il est sorti. Je suis toujours près d'Augustine, je ne cesse pas de la regarder... Enfin, une légère rougeur vient colorer son vis..ge... Elle rçnvre les yeux... Son premier mouvement est de les porii r autour d'elle, puis elle se couvre la figure de ses mains en l'écriant ! — Il est parti! mais il m'a vue... n'est ce pas? Obi mon Dieu... je suis pi'rdue... — Augustine... revenez à vous... Pourquoi ce désespoir?... Ne vous a-t-il pas, par sa conduite, laissée libre de vos actions.'... D'ailleurs, vous savez bien que vous n'êtes pas coupable!... — Je le suis aux yeux du monde. Vous le voyez... on dit que vous êtes mon amant!... — Et que vous importe ce que dit une femme comme madame de Rémonde... qui Craignait que votre mari ne revint vers vous'... — Ah! je sens maintenant toute l'inconséquence de ma conduite; mais vous, Paul, combien j'apprécie la vôtre!... Vous avez donc voulu le ramener à moi?... — Je voulais vous rendre heureuse, et alors je pensais que vous ne pouviez l'être sans lui... — Maintenant \ous ne pensez plus cela de moi... maintenant vous me méprises aussi!... — Moi , vous mépriser! Awignstine... revenez à vous. . — Comme ils»; traitée... O mon Dieul suis je assez avilie I... — » viliel... vous 1...

Elle ne m'écoute plus, elle pleure avec abond.it.ee... Je sens que I» vue de Puhois et des personnes qu'il doit amené, ne peut qu'ajouter à son i-liagrin, et je lui apprends qu'on va venir, que j'av.iis demande do monde pour lui donner des secours. Aussitôt elle me tend la main, me dit adieu en sanglotant, et tenant son n>~-jchoir sur ses yeui, elle s'A loirjne précipitamment de chez moi.

Pauvre Augustine! La présence de son mari, la maniera dont it parlé d'elle ont dû lui fair* un mal!... Mais l'csucrc que la rétlexua»

îalmera sou chagrin... Elle sentira qu'elle ne doit pas sa constmce à on homme qui se conduit comme Jenneville le fait. Plaisanter, rire des infidélités dont il la croit coupable!... 11 a donc tout à fait cessé de l'aimer 1... Il me semble que je lui eD ve»i enc"te nlus : ie l'aurais estimé s'il m'avait cherché querelle.

Tout en me rappelant cette scène pénible, je n'oublie pas la conversation charmante qui l'avait précédée... Augustine m'aime! Pourquoi ce qui vient d'arriver changerait-il ses sentiments? Non, je la consolerai... y'essuierai ses larmes; et, puisque sans l'être, je passe pour son amant, pourquoi ne recevrais-je pas le prix de ma constance, de mon amour?... Aui yeux du monde, elle n'en sera pas plus coupable; et peut-elle encore se faire un crime de ne plus aimer son époux I

Je me suis jeté sur une chaise; je repasse dans ma mémoire ce qu'elle E8 disait avant cette visite funeste; je n'ai pas entendu ouvrir ma porte, mais en levant les yeux, je sois tout étonné de voir devant moi une petite femme que je ne connais pas, et qui promène des regards curieux dans l'appartement en me dis . rit :

— Où est donc la dame qui a lesoin de mon ministère? — De votre ministère, madame?... — Sans doute, monsieur; on vient de venir me chercher... On a cassé ma sonnette à force de carillonner!... c'est bien ce logement qu'on m'a indiqué... Voyons, monsieur, conduisis moi près de la personne... Depuis quand sent-elle des douleurs?... Est ce un premier?... la dame est-elle jeune? r

J'y suis maintenantl... C'est Dubois qui m'a envoyé cette femme!... — Est-ce que madame serait... — Sage-femce, monsieur, et fort connue dans le quartier, je m'en vante... — Mon Dieu, madame, je suis désolé qu'on vous ait dérangée; mais je n'ai nullement besoin de vos services. — Je pense bien que ce n'est pas vous, monsieur, qui en avez besoin... Mais on m'a fait venir pour quelque chose, je présume? — On s'est trompé, madame, c'est une méprise !... — Qu'est-ce à dire , monsieur? est-ce qu'on fait venir une femme comme moi pour se moquer d'elle? mon temps est précieux monsieur... et ma sonnette qu'on a cassée? — Je vous entends, madame.

Je glisse une pièce de cinq francs dans la main de la sage-femme, qui veut bien alors me laisser. A peine est-elle partie que Dubois arrive, tenant une demi-douzaine de fioles dans ses mains; il les dépose sur une table en disant : — Voilà pour les maux de nerfs, voilà pour les pâmoisons... voilà pour les léthargies... voilà pour les syncopes...

— C'est inutile, mon cher Dubois, elle a repris ses sens et elle est partie... -f C'était bien la peine alors de me faire acheter une pharmacie!... ■ — Es-tu fou, toi, de m'envoyer une sage-femme? — Tu voulais absolument du monde, du secours — J'ai vu un tableau avec une sonnette en bas... j'ai même cru que c'était un dentiste, mais j'ai dit, envoyons toujours... C'est égal, je rempoche mes drogues, j'en ferai des cadeaux dans mon quartier, quoique mes jeunes conquêtes n'aient pas l'habitude des évanouissements. Mais on ne sait p.. ! ça peut leur prendre. Ah çà , causons donc un peu : sais-tu que tu es discret comme on eunuque? Comment! ta passion est la femme de Jenceville, et je n'en savais rien !... '•*

— Ah! tais-toi, Dubois, tais- loi!... que jamais ce secret ne sorte de ta bouche!... — Ce secret?., puisque le mari le sait, je ne vois pas trop ce que vous avez à crainire... D'ailleurs n'est-il pas séparé d'avec sa femme?... ça ne le regarde plus!... — Je te le répète, ne dis jamais un mot de cela, si tu ne veux pas que je me fâche sérieusement avec toi... Tout ce que je puis te dire maintenant, c'est que les apparences sont trompeuses, et que, quoiqu'il n'en soit nullement digne, Augustine a toujours été fidèle à son mari. — Ecoute, mon petit, si ça te fait plaisir, je croirai qu'un rat est un bœuf, tu vois que j'y mets de la complaisance. Mais depuis le temps que tu soupires, si tu n'en es pas plus avancé, je ne t'en ferai pas mon compliment. Parlons de toi maintenant : tu t'es blessé, tu as été malade... Je ne l'ai su que ce matin... J'ai encore déménagé... Mais comment te trouves-tu? — Ahl mon ami!... j'étais guéri tout à l'heure!... Elle m'avait enfin avoué qu'elle m'aimait... mais la présence inattendue de son mari a renouvelé tous ses chagrins... et j'ai peur que... — Tu as toujours peur!... Fi donc!... Regarde, moi... je n'ai jamais su ce que c'était qu'avoir peur. Aussi je mène lestement les amours!... Voyons, te sens-tu de force à venir minger la côtelette et le poulet avec moi? — Non, mon ami... pas aujourd'hui encore. Je suis trop faible... et les événements de celte •ournée m'ont tellement agité, que j'ai besoin de repos. — A ton aise!

m'en vais dîner. Pour aujourd'hui je veux bien te laisser vivre de pirs et d'amour; mais demain je te forcerai d'y joindre une j«»i6nne un bir"-k : c'est moins romantique, mais c'est plus nourrissant. Dubois me «mille, et je me jette sur mon lit.

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