‹ La femme, le marie et l'amantChapitre 12 sur 18 · Chapitre XXV. — Le Mari chez sa Femme · texte numérisé non relu

Chapitre XXV. — Le Mari chez sa Femme

Lorsque Jenneville avait répondu de sonanle mille lianes pour madame de Rémoude , il était déjà luimême fort gêné dans ses affaires. Depuis quelque temps, la belle Heriuiuie, qui dins les commencements de leur liaison ne VOul.iit rien accepter de son auniit, avait totalement cliin^é de manières avec lui : elle était devenue prodigieusement coquette, et, pour sal:>f,iire ses caprices Sins cesse renaissants, il lui fallait chaque jour beaucoup d'or. A la vérité, elle ne faisait que I emprunter à Jenneville; file devait lui rendre tout cela sur le gàn d'un soi-dismt procès qui ne se jugeait jamais.

Jenneville n'avait point d'ordre, il détestait les calculs, l'économie; habitué à satisfaire toutes Ses fantaisies, il ne l'était pas à régler ses dépenses sur ses re venus. Déjà obéré par ses loiies, la banqueroute de Blignard lui avait porté un coup funeste; mais alors, loin de mo lérer ses dépenses , il avait vendu, eH(prunté, et cherché dans le jeu à réparer ses pertes. Plus épris que jamais de madame de Mémonde, dont il se croyait adoré, il ne voalail rien lui refuser, persuadé qu'un jour elle rentrerait dans ses biens dont elle lui parlait sans cesse, et qu'alors elle les partagerait avec lui.

Mais quelque temps après avoir répondu pour elle, il crut pouvoir lui avouer qu'il se trouvait lui-même gêné, et avait besoin d'argent. Il dés- rail quelle lui prêtât une dizaine de mille francs, sur les soixante dont il avait répondu; la belle llenninie ne répondit a cette demande de Jenneville que par un sourire méprisant. Elle lui dit qu il était un monstre indigne de son amour, et lui tourna le dos. Jenneville commença alors a douter de l'eicessive tendresse de son llenninie, et le lendemain, en apprenant qu'elle venait de quitter l'aii-, avec un jeune étranger, il vit enfin qu'il n'avait été que la dupe d'une vile courtisane. Mis en prison par les soins de Jolivet, il y maudissait toutes les femmes, et surtout celle qui l'avait si indignement trompé; quelquefois le souvenir de son épouse se présentait à sa mémoire, alors il était forcé de s'avouer qu'elle valait mieux que madame de Rémonde; il connaissait le cœur d Augustine, il savait qu'elle viendrait à sou secours s'il lui faisait part de sou embarras; mais, au milieu de ses défauts, de SCS vices même, Jenneville avait de la li rté, et il ne voulait pas implorer celle qu'il avait abandonnée.

Lorsqu'on lui rendit la liberté, il courut chez un de ses créanciers, et en apprenant que c'était par les ordres de sa femme que toutes ses dettes étaient pavées, il en iprow^1 presque autant de dépit que d#

LA PfcMME, LE MARI ET L'AMANT.

reconnaissance. Il reçut bientôt après la lettre da notaire qui le prévenait que sa femme' lui faisait trois mille fr.'nc9 de pension. Cette nouvelle marque de la générosité d'Augustine .augmenta sa mauvaise humeur. 11 se rendit chei le notaire, et le prév lnt |IU » ne voulait pas de la pension que «a femme lui faisait, en le P"ant «* le 1"" •«« savoir. Mais deux heures après il retourna chez le notaire lui dire qu'il comptait lui -même aller voir sa femme, et qu'il était inutile de lui écrire. Enfin, après avoir encore hésité, réfléchi pendant quelque» iours, il se rendit à Paris chez sa femme. Ou lui dit quYIle était à sa cainpallie ; il connaissait sa jolie habitation de Luciennes , et s'y rendit le même soir.

Aunusiine venait de me quitter , ses yeui étaient encore rouges des pleurs qu'elle avait versés ; son sein élait oppressé , sa marche chancelante , et elle entra en tremblant dans le petit salon du rez-de-chaussée •ii son mari l'attendait , nonchalamment étendu sur une berger*»

En voyant entrer sa femme, Jenneville se lève et lui fait un salut gracient , tandis qu'Augustine reste immobile et n'ose point lever les yeux sur lui.

• - Mille pardons, madame, si je vous ai dérangée... vous aviez de la société peut-être ? Au reste, j'avais dit à votre domestique que je n'étais nullement pressé. Ma visite vous surprend r

— Oui, monsieur... je l'avoue... j'étais loin de m'attendre... — Ah, madame 1 j'espérais que vous me jugiez asses poli pour venir vous remercier. Après la manière généreuse dont vous aves agi envers mot...

— Monsieur... je n'ai fait que mon devoir... — Votre devoir I non vraiment. Vous n'étiex aucunement obligée a payer met dettes; votre bien était à vous, et vous n'a vies pas répondu pour moi. — Monsieur, il est quelquefois des devoirs que notre conscience seule nous impose.

— Madame, ce que vous me dites-la est très-beau I... Mais si nous prenions des sièges, il me semble que nous causerions tout aussi bien assis... à moins, madame, que quelqu'un t vor* attende-. • — Non, non , monsieur, personne ne m'attend.

Jenneville prend la main de sa feu1 aie et la conduit devant un fauteuil ; Augustine s'assied sans leve'ies jeux sur ton mari, qui te place prêt d'elle, et continue la convt-sataM tarie même ton teste et dégagé dont il a commencé.

— Je vous disais donc, rmdarne, qne tans vous je restais en prison; J'y restais peut-être fort longtemps!... car qui diable m'en eût tiré?... Ce ne sont pas mes bons amis qui m'ont aidé à me ruiner... Ce ne sont pat le* coquette* qui m'ont dupé... Ah t le* f nasses t..» les femmes!... je les ai en horreur I... Je ne dit pat ça pour voua, madame: mais vraiment, j'ai reçu là une terrible leçon.... Le monde ne vaut pas grand 'chose I... vous me le disiei autrefois, et vont aviet raison 1... Ruiné) en si peu de temps I... il y aurait de quoi devenir misanthrope I Vous •*•*• êtes dépouillée pour moi de fa moitié de votre fortune 1... <•*

— Monsieur, je voit, en prie , ne parlons plut i * cela ! ... — Pardonir- moi, madame, je doit y songer; et non seulement vont payex met dettes, mais vous voulex encore me faire une pension montant à la moitié de ce qui vous reste I... voilà ce que je ne souffrirai pat.

— Quoi I monsieur, vous refuseriez !... — Oui, madame, je Depuis vraiment pas accepter cela... Vivre à vos dépens... lorsque je vous ai jadis quittée... abandonnée... car je sens bien maintenant que ma conduite ne fut pas très-exemplaire...

— Ah, monsieur ! ne parlons plus de ce qui s'est passé... et, je vont en tupplie, daignes accepter ce que je vous ai offert... Si cela ne vous suffisait pas, je pourrais faire plus encore... il me serait si doux d'assurer votre tranquillité I Monsieur, je vous *.n conjure, ne me refuses pas... c'est une grâce que je vous demanda i 'il le faut, je l'implore à genoux...

— Aucustinel... que faites-vous I... y pensrs-vous !... à mes genoux ! quand c'est moi qui devrais... Helevu-vous, madame... Allons, vous pleures, maintenant... je ne suis cependant pas venu clin vous dans l'intention de vous affliger... — Mon, monsieur... je ne pleure plus... mais vous consenti z, n'est ce pas?... — Il n'y a qu'un moyen, madame, fle me faire accepter kos bienfaits suis que j'en rougisse. — Quel est-il. monsieur ?... Ah I je l'adopte d'avance... — Prenes garde, ma chère Augustine, vous allés peut-être vous repentir île vous être

tant . ns pins île

suis au ' " '"' ' ' ■ ■ '

l*i i ire m u« a avons voulu, c'était trop jui-te I .. Mui.'j'ai fail d<-s sol "ieut; et 1* preuvi , c esl

le la ubene qui y vous avais rendue.?, c'était tom naturel I...— Mou- •lirur... je conviens que les apparences ■ que ma conduite foi inconséquente... mais... — Eh, mon Dieu! m» chère amie, je voua le répète, en vous quittant, je vois avais dégagée de vos serments, du moins •'est ainsi tfit je pense. Mais ce n'est pas du tout 'le cela qu'il est aujourd'hui, je n'ai puis rien, et 'pies svoii payé mes île t tes vous v. n. i,? encore me fai e une , i la re-

cevoir.. . mais je puis retournei ivec vous, je puis revenir i l'i que j'ai jadis abandonnée ; alors tout redi vient commun entre no ts, < t je cesse de rougir un vivant île vos bienfaits... Li passé n'est pi s rien pour (io.li .. tucun rep ■ oitira de la bourhi m di l'un ni

de l'autre, car, tous deux coutuMe*. août n avons •■•* '- Mroil de tous

cm faire Je vous connais trop maintenant pour savoir qu'habitant avee moi, nous romprez •onte liaison... que mon abandon seul avait autorisée Je vous le répète, jamais un mot sur le passé !.. et nous vivrons en-i table... non connue des amants je pense que mai nti-nant cela serait difficile, mais coinmi* de bons amis, ce qui vaut peut-èlie mieux. Voici madame, la proposition que j'avais à vous faire ; mais remarquez biel que ce n'est qu'une proposition!... Quoique je sois toujours votre mari et qu'avec ce titre, comme nous nous sommes quittés jadis sans aucune décision judiciaire, je puisse venir m'ètablir chez vous sans qui vous ayez le droit de vous y opposer, soyez persuadée, madame, qut telle n'est point et ne sera jamais mon intention. Si ce que je vous propose ne vous convient pas, eh bien! n'en parlors plus. Alors je quitte la France, je m'eipatrie; je vais sous un autre ciel essayer de rencontrer la fortune que j'ai menée trop lestement à Paris, ou mourir ignoré dans quelque coin de la terre... ce qui n'est pas un grand mal quand on ne fait rien de bon dessus. Mais en quelques lieux que j'aille, soyez assurée, madame, que je me souviendrai que ce»* s vous que je dois d'être sorti de la prison. 6

Augustine n'a point interrompu son mari. De* qu'elle a compris que son intention est de revenir avec elle , une pâleur subite s'est répandue sor ses traits; elle a de nouveau baissé ses regards vert la terre, elle garde le silence -, mais les fréquents mouvements de son sein décèlent l'agitation de son cœur.

Jenneville- SjBtend pendant quelques minutes que sa femme lui réponde ; voy,"( qu'elle se tait toujours, il lui dit : — Eb bien ! madame, quelle est votre décision ?... Dans un cas pareil, il me semble que l'on doit sur le-champ voir ce qu'on veut faire. Vous ne répondes pas... Allons, je devine que ma proposition ne vous tente pas; au fait, je devais m'y attendre. Adieu donc , madame , et pour longtemps, ce qui est présumable... Je vois qu'il faut sn'etpatrier...

Jenneville va te lever, Augustine le retient en l'écriant : — Vous expatrier 1... Oh! non, monsieur, non... Pardonnes si j'ai réfléchi longtemps à votre proposition... Mais je pensait... qu'auprès de moi maintenant il vont serait difficile de trouver le bonheur. Vont aimes le monde, les plaisirs... moi, j'aime la retraite, la solitude... Pour m'ètre agréable , vous contraindrez peut-être vos penchants... et cependant il ne tiendrait qu'à vous d'être libre, d'être heureux, tant reprendre des chaînes qui vous sont pénibles à porter. Ma fortune est à vooi , monsieur, elle est à vous tout entière ; je vous le répète, disposesen, ce sera me prouver que... vous avez encore quelque amitié pou saoi t je» deess d'une épouse M peuvent humilier... Mais dtves- vo*. pour les recevoir vont priver de cette Mae rtetnsit pour vous tant de char mes?... Non . monsieur, soyez heureux sans vous imposer aucun sa cribcr .

— Ma chère Augustine , vous êtes dans l'erreur : en vivant avt; vont, je ne regretterai ni le monde , ni la vie que je menais ; j'ai pris en haine tout cela... Si j'ai des regrets, c'est d avoir été dupé par des intrigants et dépouillé par des coquettes. Quant à ce que vous me proposes, de disposer de ce qui vous reste de fortune sans retourner a v»e vous, c'est abolument impossible : ma fierté s'y oppose... C'est bien asses qu'en vivant avec vous l'argent ne vienne que de votre côté. ■ Mais tout les jours un homme qui n'a rien épouse une femme riche, tans que cela puisse lui être reproché. Ma résolution est donc invariable. Voyez ce que vous voulez (aire... Mais, je vous en prie, ne faites que ce qui vous arrangera.

En disant ces mou, Jenneville se lève, il fait quelques tours dans le salon. Pendant ce temps, Augustine, vivement émue, cherche à triompher des sentiments qui agitent son cœur. Enfin elle s'avance vers Jenneville, et lui dit d'une vois tremblante: — Je suis votre femme, monsieur; quels que soient les jugements que vous ayez port) s sur moi, je ne l'ai jamais oublié: à ce tiw-, je dois toujours être prèle à remplir vos volontés...

— Encore une fois, ma chère amie, ce n'est pas de mes volontés qu'il est question, mais des vôtres. Voulez-vous ou ne voulez-vous pas vous remettre avec moi ?...

— Je le veux bien, monsieur. — En ce cas tout est terminé. Je re tourne à P.ins fuie mes dispositions, et demain je viens ui'ii

Ici?... Mais, monsieur... je complais demain reio met ., Paris., ■

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plu-l!

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qui 1 tto ..ffaienUi

Cturrras XXVI. — On Ami et nn« Amie.

J'étais revenu a Pans, fort inquiet I ulil de la visite de Jea

l.evi'le » s.i femme. J éUis loin ec| la ni n erait II

r. , i.,i, niais j'avais laissl V gintim Ir. ni I .nie , liai ■. • . ■ i >! nie

i.ir.i.'it de la revoir, île | viiii irer son cirur, eiiiri

dans se» * i n i c*i mi ' nen

J ai mal dormi, n " r •" '"■ ' < heure... ie n ose u< i» me rtudff

à Lucieunes. Je pense qu'il faut au moins que je réponde à mon père, puisque je ne veui pas aller le trouver. Je commence une lettre , mais je ne puis mettre deux phrases qui aient le sens commun. J'ai sans cesse présent à l'esprit JenneviHe ches sa femme. Je déchire ma lettre, je répondrai une autre fois. Mais je puis bien partir maintenant, il est neuf heures passées, et avant que je sois arrivé...

Je vais sortir... mon portier me remet une lettre qu'on vient d'apporter en disant que c'est extrêmement pressé. Avant qu'il me l'ait donnée, j'ai déjà reconnu l'écriture d'Augustine. Qu'est-il donc arrivé, pour qu'elle m'écrive de si grand matin ?.... Je ne sais pourquoi je tremble, il me semble que mon sort , mon aveijr , tout mon bonheur est dans cette lettre.

Je m'enferme chei moi et je brise le cachet.

« Met pressentiments ne m'avaient pas trompée , mon ami : la tristesse que j'éprouvais hier en vous disant adieu semblait m'avertir que c'était la dernière fois que je devais vous viir et vous parler. Tout est fini entre nous : monsieur JenneviHe revient à moi... Il est malheureux, c'est vous dire asses que j'ai dû accepter sa proposition, lors même que mon devoir ne m'y aurait point obligée.

■ Une barrière insurmontable existe maintenant entre nous ; n'essayes jamais de la franchir , car , malgré la douleur profonde que j'éf rouve, et dont je ne me flatte pas de guérir, vous devei me connaître «sses pour savoir que tous vos efforts seraient inutiles, et que je mettrai désormais autant de soin à éviter votre présence, que j'avais autrefois de plaisir à la chercher. Pourquoi vous ai je connu!... Pourquoi m'avet-vons aimée !... Je serais à présent heureuse du retour de mon époui... et je rougis en m' avouant qu'il n'en est point ainsi. Ah! ne croyei pas que ce soient des reproches que je vous adresse... moi seule je fus coupable, mais j'en suis bien punie I Notre amour ne fut qu'un rêve que le réveil ne devait jamais réaliser I Oublies- moi, c'est la dernière prière qu'il me soit permis de vous faire ; oublies-moi, et soyez heureux... Mais je vous en supplie, si le hasard vous faisait me rencon- ] trrr, faites en sorte que met yeux ne puissent vous apercevoir... Ce ! sera me prouver que vont avet encore pitié de mon coeur. Adieu pour

toujours I »

I J'ai la cette lettre , et je ne puis me persuader que ce qu'elle contient toit vrai ; je la relit plusieurs fois , puis je la jette avec violence à met piedt. Dana ce moment, ce n'est point du chagrin, ce n'est point de la peine que je ressens , c'est de la colère , de la fureur ; au moment d'être heureux , perdre pour jamais l'espoir de posséder Augustine, cela me semble impossible... Je marche dans ma chambre, je frappe de mes pieds et de mes poings sur les meubles ; je casse , je brise, puis je descends précipitamment chet mon portier. Je ne sais si j'ai fait le mouvement de le traiter comme mes meubles ; mais le pauvre homme se sauve de sa loge, et se met en garde avec ton balai, en «'écriant : — Monsieur , arrêtes ! arrêtez ! je vais vous chercher le médecin !

Je revient à moi , je rougis de ma violence , et je lui dis d'un ton plut calme : — Je détire teulement savoir qui vous a remis cette lettre... — Ah 1 pardon, monsieur... c'est qu'en descendant vous aviet les yeux ti ouverts que ça m'a fait peur... — Cette lettre !... — Monsieur, c'est un commissionnaire qui n'avait pas l'air d'être de Paris... Je croirais même assez que c'est un homme de village. — 11 suffit : ailes me chercher un cabriolet.

Je remonte chez moi, car j'étais descendu sans chapeau. Je ramasse la lettre fatale que j'avais jetée à terre; je ne veux plus m'en séparer maintenant. Je la relis encore.... Elle ne veut plus me voir t.... Ah ! dussé-je exciter sa colère, je veux la voir, moi, je veux lui parler encore; il n'est pas possible que son mari habite déjà avec elle... avec elle!... un autre!... Ah! si ce n'était pus son mari, quel plaisir j'aurais à le provoquer , à l'appeler au combat... mais il faut tout soudrir et se taire !.. Il faut même éviter ses regards, de crainte de f.ire naiire

les soupçons et cela sans avoir été heureux !.... Mais, quoi qu'elle

jise, je la verrai.

Le cabriolet m'attend. Le cocher me demande où nous allons : — A Luciennesl — A Luciennes !... diable! la course est bonne!... — Va promptement, je le payerai ce que tu voudras. — OU ! alors, uiorstux-denis '■

Nous sommes en route... je pense qu elle va peut être refuser de me voir; m. us m ne fuis ilans la m tison, je n en surs pas suis lui pa lei . Le chemin que j'ai fait tant de fois Ine semble éternel anjourd bui ;

CCpend ml m oclicr ne cesse de fouetter son cheval. Arrivés à Boti-

gival, je des « nds, cai j * i r ,i plus vite à pied. Je cours sans m irrêler ; je suis e.ln i i Ile, j entre d os la cour , je vais aller dans le jardin, où il me semble qu'elle doit être ; je n'entends pas la vieille jardinière qui me crie : — Monsieur, madame n'y est pas, elle est retournée à Paris.

Fatigué de chercher en vain dans m maison, je reviens vers la vieille paysanne : — Ou donc est votre maîtresse? — *l.ns, tuons enr, si vins aviez voulu niY oiler en entrant, je von* ai crié t\ e madame es! partie de grand matin ; mais bab !... vous ne m'écoutez pas 1 vous coures toujours ! — lue rst partie!... etqu'a-t elle dit en partant? — Rien, Baonsieut .. Mais madame avait L'air si triste, que c* faisait de la peine..* Une si boiu'e il. une ne devrait pas avoir -le illi grin I

Elle est reveuue à Parit... Elle était près de moi . et ie m'en

pnais !... Je retourne à Bougival ; je remonte dans le cabriolet, et je dis -u cocher : — Brûles le pavé, retournons vite à Paris. — Dame.', monsieur, nous brûlerons ce que nous pourrons ; mais mon cheval est fat:gué, et à peine s'il a eu le temps de souffler. ,

Elle a quitté sa cimpagne de grand matin. .. Pourquoi cet emprety sempiit à revenir à Paris ? . Elle avait l'air bieu triste, a dit la vieille jardinière; oh I oui, elle doit avoir du chagrin... Elle souifre, car elle m'aimait... Elle me le disait encore hier, et pour le dire il fallait qu'elle l'épi < Vai bienl... Désormais elle ne peut plus être heureuse avec son ni.ni I... Elle me réduit au désespoir.. Et tout cela pour ut homme qui ne l'aime point, qui l'a jadis abandonnée, oubliée pour se ruiner avec d'autres femmes.... Elle prétend que c'est son devoir!... Pourquoi donc les hommes ont-ils le privilège de faire toutes leurs volontés, et les femmes u'ont-elles que celui de toujours pardonner. Nous sommes à Paris, je quitte mon cabriolet, et je nv «urige vert la rue Bouche rat ; j'éprouve un serrement de cœu' .ii regardant eetu maison où je lui parlai pour la première foi» . ja je passai des heurei si douces à côté d'elle. L'idée que ce* dcnents-la ne reviendront jamais est cruelle , je ne puis la supporter , je ne veux pas mette me i» persuader.

J'entre en tremblant dans la maison, et je m'adresse su portier» — Madame... Luceval est revenue de la campagne ? — Oui , montiez» ; madame est revenue ce matin. Ah ! monsieur, permettes, madame ta'» dit qu'elle t'appelait maintenant Jenneville , parce que ton mari , «m était en voyage... car il paraît qu'elle n'était pat veuve . son mari va arriver ; elle l'attend aujourd'hui même. Alors elle m'a dit : *e ■ y su» plus pour les personnes qui demanderaient madame Luceval, vu eut je suis maintemant madame Jenneville. Ainsi, monsieur, voyez qui veut demandes : si c'est madame Jenneville , elle y est ; mais ai c'est madame Luceval, elle n'y est plut.

Mon oppression augmente en écoutant le portier. Mait le nom et madame Jenneville me dicte mon devoir : je tuai certain axae c'est pour moi qu'Augustine a donné cet ardre ; elle a pente que je h) comprendrait. En effet , je ne doit pat voir madame Jenneville , e» madame Luceval n'eutte plus pour mai.

Je sors brusquement de cette maison, je m'en éloigne le plat via* possible. Je rentre chez moi, et là je m'abandonne sus contrainte « ma douleur.

Je ne sais combien d heure» se sont écoulées : dans l'excès de h peine , il est det moments où l'on ne pente plut , eu l'on ne sait nia si l'an existe.

Tout à coap le souvenir de Juliette t'offre a moi , il ranime met esprits. Juliette ne pouvait souffrir Jenneville, et elle me traitait commt un frère; courons chet elle, et apprenons-lui met tourments.

La pensée que je vais voir quelqu'un qui partagera met chagrin» semble déjà me rendre un peu d'espérance. Je court chez Juliette ; elle est seule... je pénètre près d'elle.

— Pauvre garçon ! dit-elle en me voyant et en me tendant la main. A cet accueil, à ce soupir qu'elle laisse échapper , je voit qu'elle sait déjà tout. Je n'ai plus la force de parler, je m'assieds près d'elle, je lui présente la lettre d'Augustine, puis je cache mes yeux avec mon «clchoir. Un homme craint de laisser voir ses larmes ; mait en ce moment je n'ai pat la force de les retenir.

Après avoir lu la lettre , elle me prend la main , la terre dans let siennes en me disant : — Plus je vois à quel point vous l'aimirs , plut j'éprouve de colère en pensant que c'est pour ce Jenneville qu'elle s* sacrifie!... Cependant, nous ne pouvons la liiâmer !... il est son mari et il n'est plus heureux. Malgré cela , j'avoue que je n'aurais pas et autant de vertu I... Je lui aurais dit très franchement : Mon cher monsieur, vous m'avez quittée quand je vous aimais; vous revenez quand je ne vous aime plus : j'en suis bi?n fâchée , mais restons chacun cnes nous, et je vous ferai une pension.

— Par qui avez-vous donc su ces événements? — Par Augusti elle-même; à peine arrivée à Paris, ce matin, elle m'a écrit tout ce et moi, je me suis rendue sur le-champ près d'elle; je voulais eue* essayer de la faire changer de résolution. Je lui ai dit qu'elle se reo» dait malheureuse a jamais, ainsi que vous; quoique les hommes!,.. et se cons.de toujours, n'importe; je l'ai engagées liien réfléchira

de se remettre avec un homme qui esl capable ni* stepaut ne la ner, comme il s'est ruiné lui-même. Elle m'a dit qu'elle avait examiné, tout calcalé ; quelle savait fort bien quille ne j. plus éire heureuse; mais que son parti était pris quelle ne il p .s hésiter devant son devoir, que cela lui et it fort Indifférent M. Jenneville aihevâl de la ruiner, quelle I en laisserait le ni que Sun seul désii maintenant eiaii d'habiter loin du monde, lo : Pans, dans une profonde retraite, et d'y apprendre que vous et > heureux.

— Heureux !... et je ne la verrai plus !... Ah ! madame , c'eit i-? pnssilile !. . nu passion pour elle fera le tourment de ma vie. —

i lu r Deligny, le temps e>t un grand médecin; il guérit de

que I on croît il almr.l incurables, et cela est f.irt lu ureut. Le sort J

trompé en ne vnus faisant pas le mari d'Augustine;

souvent dans les ui.iri.igi r. qu'il irrange. Il faul pourtant h1

votre parti : car vous connaissez cm e moi Au^ustine, cl

savoir qu'elle tiendra ce qu'elle a résfviu.

— Refuser même de me voirl... — Quant à cela, convenez qu'elle • raison. A quoi servirait de vous voir maintenant ? à renouveler toutes vos peines... Ensuite, songez qu'elle n'est plus libre, que Jenneyille est persuadé que vous avez été son amant, et que s'il s*vait qu'elle ▼ona voit encore, ceU i-->urrait amener entre eux des scènes fort dés-

gréables.

— En effet, madame, je »ens que je ne dois plus la voir ; c est a son repos que je ferai ce dernier sacrifice. Mais vous, madame, vous la »errez toujours, et par vous, du moins, je pourrai quelquefois avoir de tes nouvelles.

Oui, je la verrai... parce que je l'aime beaucoup... car, sans

«ela, je déteste tant son mari, que la crainte de le rencontrer m'empèserait d'aller voir Augustine... Mais j'espère bien que je ne le rencontrerai pas, et comme ils auront chacun 1er appartement séparé...

— Ils auront leur appartement séparé?... er> éles-vous sûre, madame?

— Comment! si j'en suis sure I Quand même Augustine ne me l'aurait ■m dit, pensez-vous, monsieur, que je ne sache pis comment une

emme doit se conduire dans sa position?... Est-ce que vous croyn rue c'est l'amour qui a opéré ce raccommodement?. . Non... Lors Même qu'Augusline ne vous aurait point connu , son cœur justement blessé ne se serait point rendu à l'infidèle qui l'a dédaignée. Oh! >ous avons de la fierté, monsieur!.... et si le devoir force Augustine à retourner avec son époux, il ne la force pas du moins à lui témoigner un amour dont lui-même l'a dégagée. Eh bien ! monsieur, voilà votre front qui n'est plus aussi soucieux; ce que je vous dis 1 1 vous fait plaisir, n'est-ce pas ? — Oh ! oui, madame, cela me fait un plaisir extrême ! — J'en étais sûre! — Mais pourquoi est-elle revenue si vile à Paris? ^^irce qu'elle ne voulait point se réunir à M. Jenneville dans cette campagne où nous avons passé ensemlile des journées si agréables. Cette 7nême raison lui fera quitter bientôt son logement 'le tarit; elle veut éloigner de ses jeux tout ce qui vous rappelle à son souvenir. Précaution inutile!... l'auvre Augustine! elle ne vous oubliera pas!... — Comment, madame, est-ce que vous voudriez qu'elle se'oub'iàl? — Certainement, je le voudrais, ne serait-elle pis plus heureuse? Mais vous, vous désirez qu'elle vous aime toujours, quoique cela ne puisse plus que faire son tourment. Vous voyez bien que les hommes sont plus égoïstes que nous, qui vous permettons d êire inconstants, quand nous ne pouvons plus faire votre bonheur. Mais ras- «orez-vous, monsieur; Augustine s éloignera en vain des lieux où elle vtui a connu; le cœur voit encore ce que les yeux ne voient plus, et ma pauvre amie sera toujours malheureuse!... Je la consolerai autant ••lue je pourrai... je lui parlerai «le vous , et je vous parlerai d elle : ce era, je crois, la meilleure manière de vous être agréable à tous deux.

ie quitte Juliette un peu moins désolé. Quand on est bien persuadé auTil faut r< noncer à tout espnii , on s'efforce de rappeler son courage, pour supporter le mal qu'on ne peut plus empêcher. «,..

Cepend.nl je cherche en vain a me distraire, les jours me semhtol maintenant d'une longueur mortelle. Je ne puis m'h.ibituer à ne plus b voir. C'est encore chez moi que je me plais le mieux ; • Ile est venue dans cette chambre, elle s'est assise à cette place ; C est ici qu'elle m'a laissé voir qu'elle m'aimait.... A"î.l je ne quitterai pas mon logement. Sf

Je pense quelquefois S Dubois; je ne sais pas ml il loge maintenant, et je n'ai pas le courage de chercher a le déroii rir : la Iriursse nous tient ei nous oie même l'envie de is d'Slraire. .Mais, nu main, Dubois cuire < lnz moi, et me Surprend plonge dans mes rêveries.

— lu es ici! s'érrir-t il , je ne vo.iliis pas le mûre!. .. Ton portier dit niétn» qu'il y a quinze jours que tu es à Paris... esi ce possible?... tu aurais pendant quinze jours oublié l'nnvtié!... Mai» qu'atlu?... comme lu es pâle , dél il ! lu as donc pris médecine ce malin?..,

— Ah! mon (lier Dubois j'ai eu bien des chagri t'ai vu !... — Tu as des chagrinai. . et tu ne viens pis me cberener I ta me payeras celle-là, par exemple... Mais qu'est-ce donc?... eacore ■ne banqueroute?... — Cette Femme... que j'aimais... que j «dorais... Augustine est retournée avec son époux I... — Comment , c'esl l'amour qui le chagrine c'est ça qui te fait maigrir!... et l'est dans

W "'èele des lumières que tu es bête comme en!... Allons. Paul, refc-.s» toi, mon ami!... Que diable! autrefois tu nétiis pis senti» mental à ce pnmi li! Est ce a ton Age , avec la tournure, qu'on manque de femmes?... Tu sais bien d'ailleurs que j ni toujours deui ou trois maîtresses au service de mes amis. Tu ne m écoute» p.,s... i,, t'éhtignrs V moi... i

— Dubois, tu ne sais pas ce que c'esl que d'aimer véril ibiemenl , si tu l'avais éprouvé, m ne me plmsanll rais pas sur mes peine.

— Eh bien! mon ami, ne le riche pas... c'est vr.n que j'ai toujours tait l'amour en répbvr, et jamais a poste fuel .. unis puisque u te contrarie que je veuille te faire rire, r'csl fini : |Hrle-moi de les amours i ni que tu voudras, je t écouterai, je te plaindrai, j. pleur- rai

saétue avec loi, s il le f.nit... .It pleure coi e un m. ni qu I p m'y

soels; je ne suis pas Ion ami pour rien. Mais, comment rliabli s, i n il

ne cet amour qui te rendait si heureux il y a peu di temps?. .

le le dis qu'elle est retournée avec son mari. — Sun maril c'rsi Jensieville, el il était en prison. — Il n'y était plus; elle a pavé les

dettes — Elle l'aimait donc toujours ? — N,.n. . il p uivau elle

l'aiuier après lao uduile qu'il aviul toujours tenu uv et eil< . - An i eib»

Oui

ne l'aimait pas, et elle le tire de prison et se remet avec lui! Dubois juge par la du cœur, des vertus d'Auguslioe...

— J'avoue que je connais plusieurs particulières qui ne sont pas du tout la lues que l'on ait culïré leur mari. Mas eu fin , mon ami, quand tu te désoleras, qiMinl lu le donneras le s/i/en... c'est un mauvais moyen. Mad..me esi retournée avec monsieur , eh bien, qu'est-ce que ca fait? on se voit tout de même, el les rende»-vous n'en sont que plus piquant». — Tu ne connais pas Augustine!. . Elle esl incapable de tromper son mari. — Ab ça , tu ne me feras pis accroire que c'est

une Pénélope 'el pend. ml tout le temps que tu habitais a la cam-

pagae avec elle... — Yoih ce qui te trompe, je n'avais encore rien obtenu que l'aveu de sa tendresse, et c'est au moment ou j'allaitriompher de sa résistanre que je me suis vu sépare d elle pour jamais!... — Comment, mon pauvre girçon, il serait possible!. . er.

voila une sévère !... Poussez donc des soupirs traînez donc une

passion en longueur... un mari, un tuteur, un accident .irrive subito, et, bien le bonsoir, vous en êtes pour vos œiildes! c'est amusant! Ce» cluisi s la ne m'arnveront jamais à moi! il faut que je sache i"Ut dt suite de quoi il retourne. Mais assez de plaisanteries : viens, habille* toi, sivs avec moi... Je ne te quitte pas de six semaines!... Oh ! Il auras beau faire, je suis ton l'tjlii le, ton CaStOT, ton Ajis. Je n alian donne pas un ami dans les larmes... Allons déjeuner : nous pleure rons en prenant du chucolit, nous pleurerons tantôt en prenant ur t»ee/ tek, et nous pleurerons encore ce soir, en buvant du punch; en pleurant ainsi toute la journée, ça finira plus vite.

Il n'y a pas moyen de résister à Dubois. J illeurs je sens bien qu'i! a raison : dès qu'une passion est sans espérance, c'est une folie de la nourrir, il faut loul faire au co traire pour la bannir de son cœur. On se dit cela... maison ne peut pas toujours l'exécuter.

Je suis sorti avec Dubois; je le quitte un moment pour aller chei Juin ne, il y a quiiiîe jouis oue ie ne l'ai vue, et j'ai besoin d'avoir des nouvelles d 'Augustine.

Juliette me reçoit avec sa bonté ordinaire. £.11 e n'attend pas que je l'interroge, car elle sait bien de qui je désire qu'elle me par'e.

— Je l'ai vue il y a deux jour-, me dit-elle : ou n habite plus rue Boucherai; on est allée se loger faubourg Saint Germain, ou ne sort

. jamais, on ne reçoit jamais, on vit dans la solitude If plus absolue. On n'a point à se plaindre de monsieur; il laisse madame maîtresse de faire ses volontés, el lui-même pirait avoir de la haine pour le monde; son humeur est devenue so ubre, il passe souvent des journées entières sans voir madame el sans sortir de son appartenu ni. Comme elle croil que sa In-te si liait des regrets qu il éprouve de n« plus pouvoir étaler le même fasie, mener la même vie q l 'autrefois, el'e l'a prévenu que si fortune etail à sa disposition, et qu'il pouvait

2n dispose' couine de rbose a lui appartenant; mais jusqu'à préser/

il n'a point use de ci lie permission : voila la vie que Ion mène, vol» jugez combien elle doit être Iriste. On m'a dit qu'on faisait tout ce que l'on pouvait pour vous oublier; mais je n'eu crois rien, el j'ai dans l'idée que votre souvenir esl au contraire la seule consolation que I on ait. On m'a demandé si je vous avais vu, si vous aviel pus votre pnli... J'ai répondu que non, que vous vouliez l'aimer toujours !... on s'est récriée que cela n'él n point raisonnable '■ mais j'ai bii n vu que et li faisait grand plaisir : voilà mon bulletin, monsieur, el je pats \ous certifier que celui-là ne contient rien de faux.

lionne Juliette I que l'on esl hennin d'avoir une telle amie '.... Je la remercie cent fois el je l'eng ige - voir souvent Augustine. Je suis bien sûr qu'elle lui clin loul le plaisir que j'éprouve a parler d'elle.

je quitte Juliette pour aher rejoindre Dubois. Celui-là esl aussi mon ami, il me l'a prouvé, et il fait de nouveau ce qu'il peut pour me consoler, me distraire et ramener le sourire sur mes lèvres. Pour le depuis que je ne y contenter jefem, quelquefois d'avoir pris mon pariî, je ris, je plaisui'e avec lui. Mau ma gaieté n'est pas franche et mon cœur ne la partage pas.

Cn*rtTBi XXVII. — L'asherge du Soleil d'or.

Trois mois se sont écoulés deput» «rie j'ai cessé de voii Augustine. Mon amour n'est point or ni ; je ne prnse pas que j'oublierai cette femme adorée, mais je ne parle pi s d'elle qu'a Juliette Avec Dunoil je feins d'être l'on. oie et pour lui complaire je l'accompagne dans plu leiiis réunion, ou il pense que je formerai de BOUVelli s mours. Jfc le vo «Irais, oui, je voudrai, qu'une SUtre femme me fil oui. lier celle que je ne pins posséd" . el pout cela je. sue aussi de quelques nouv.ll.s connaissances, "■ • ■ — •>.<» n» me guérit phs!... Qu'est-ct qu n n caprice auprès d'un s- niiuien. u*uNCi.., et toute, ces teiumcs* I . son! si loin. .• si loin i'Au,;iunne I... Il me semble que je laiine enrnie plus toutes les fou qu. je me lie avec une autre.

I Inbois, qi i l'apercoil que je ne rooserve j .m .i. huit jour» ces nov

vellea co issances, pritrnd que je deviens encore plus volage qu»

lue II oe comprend pas q ie je change pir Inlelilé.

Ce ii est plu. q e i In x Julie lie que je me pi us, mais je n'ose pas » aller trop souvent, de crainte de ' ..po louer.

M ui père m* a écrit trois »-.<•• lettres : il ne conçoit rien à ma conduit, dan. chacune de v» éiNlrei ie von qu'il a d'abord priais

LA i-EMME, LE MARI ET L'AMANT.

plume avec colère, car il commence toujours par me gronder bien Tort, en me disant que j'étais indigne du bonheur qui m'était réservé et qu'il ne veut plus me revoir ; puis petit à petit il s'apaise, il gronde moins, et il finit par m'engager à quitter bien vite Paris, me disant qu'il a trouvé moyen d'eicuser mon retard auprès des parents de celle qu'il me destine, et aue rien n'est encore désespéré si j'arrive bien vite. e>

Je lui ai répondu une lettre bien soumise , dans laquelle je lui promets d'aller bientôt le voir; mais où je ne dis pas un mot du mariage qu'il veut me faire faire , car sur ce chapitre je ne puis encore me résoudre à lui obéir : ce serait pourtant ce que je pourrais faire de mieux. Sans aucune espérance du côté d'Augustine, ne pouvant même plus la voir, d'où vient que je tiens encore à conserver ma liberté!... Allons chez Juliette, elle n'était point chez elle hier quand je m'y suis rendu. Cela fait dix jours que je ne l'ai vue, et dix jours sans avoir les nouvelles d'Augustine, c'est bien longl

Je trouve Juliette; mais ses traits n'ont point leur enjouement habituel , des nuages obscurcissent son front. Je vais la questionner ; elle ne m'en laisse pas le temps.

— Vous êtes venu hier, me dit-elle ; j'étais justement chez Augustine.. .

— Que lui est-il arrivé?... votre tristesse... — Rien... rien, calmezvous, asseyez-vous, et écoutez-moi. Ce n'est pas seulement de la tristesse, c'est de l'humeur... c'est de la colère que j'ai de voir une femme si douce unie à un homme qui... — O ciel !... Jenneville la rend malheureuse?... oserait-il la maltraiter? — Eh non !... mon cher Deligny, ne vous emportez pas, il n'est arrivé qu'une chose fort simple, et telle que je l'avais prévue; voici le fait : je vous ai dit qu'Augustine ivait laissé son mari maître de gérer comme il l'entendrait ce qui lui restait de fortune... C'était une sottise qu'elle faisait; mais enfin elle l'a voulu. Pendant quelque temps M. Jenneville n'a fait aucun usage de cette permission; mais Augustine avait bien jugé que sa misanthropie, son éloignement pour le monde ne venaient que du regret qu'il éprouvait de ne pouvoir y mener le même train qu'autrefois, le cher monsieur vient de lui en donner la preuve : il a pensé que la fortune, après l'avoir maltraité, pouvait à présent lui être propice, il a voulu rattraper ce qu'il avait perdu; il a été à la Bourse, a joué à la hausse, à la baisse, a voulu agioter... que sais je I. . le résultat, c'est qu'en fort peu de temps il a perdu soixante mille francs... — Soixante mille francs! — Oui, justement la moitié de ce qui restait à sa femme, Alors je dois convenir qu'il a mis de la franchise dans sa conduite : il est venu trouver sa femme, lui a fait l'aveu de cette nouvelle perte, en lui disant : Désormais, madame, ne me laissez plus disposer de ce qui vous reste, car je serais assez malheureux pour vous réduire à la mendicité. Vous connaissez Augustine; pas une plainte, pis un reproche ne lui est échappé; bien loin de là, elle s'est bornée à dire à son époux qu'ils vivraient avec encore plus d'économie ; mais voici ce qu'ils ont résolu : Jenneville ne veut plus rester à Paris; y vivre avec mille écus de rente lui semble un supplice; cette ville lui est devenue insupportable. De son côté, comme Augustine ne veut pas retourner à Luciennes, ils ont loué cette campagne; ils iront habiter une petite maison qui vient d'Augustine et est située dans le fond de la Beauce; c'est une maisonnette isolée , autour de laquelle n'habitent que quelques rustres campagnards, et des paysans. Voilà où Jenneville va conduire sa femme, à présent! à l'entrée de l'hiver I... Y?*1* où notre pauvre amie va désormais passer ses jours!...

— Quoi, madame, Augustine a consenti .. — Non-seulement elle a consenti, mais elle prétend qu'elle est satisfaite de cet événement, qu'une obscure retraite est désormais l'asile qui lui convient ; elle se datte de pouvoir plus facilement y retrouver la paix du coeur ; elle dit qu'à Paris elle n'ose faire un pas de crainte de vous rencontrer...

— Elle me hait donc maintenant? — Vous haïr!... Ah I si elle ne vous aimait pas toujours, elle ne redouterait pas ainsi votre vue !... mais votre présence lui ôlerait le courage de supporter sa situation... Pauvre Augustine !... je vois tout ce qu'elle souffre, quoiqu'elle veuille me le cacher. Elle m'a chargée aussi de vous adresser une prière... ce sera la dernière qu'elle vous fera ; elle espère que vous n'y serez pas insensible. — Ali! parlez, madame, un désir d'Augustine est un ordre pour moi... Parlez. — Elle sait que vous êtes libre encore, et je ne lui ai pas caché que son image est toujours gravée dans votre cœur; elle désire oue vous remplissiez enfin les volontés de votre père, et que vous consentiez au mariage qu'il vous proposait. — t Elle veut que je me marie I... elle ne veut plus que je l'aime, puisqu'elle n'ordonne de penser à une autre... Ah, madame! c'est qu'elle ne n'aime plus elle-même !.. . — Vous êtes injuste, monsieur Deligny. Ce ternier vœu d'Augustine est une nouvelle preuve de sa sollicitude pour votre bonheur... ellf désire, elle espère que vous serez heureux,

t pour cela elle veut même qu>* vous cessiez de penser à elle... Ah I ce sacrifice est le plus pénible qu'elle puisse s'imposer... Nous sommes <i contentes d'être aimées, qu'il nous faut un grand courage pour vous prier de nous être infidèles!... — Eh bien! madame, puisqu'elle le désire... je remplirai ses intentions... j'obéirai à mon père. Ce mariage me rendra malheureux... mais elle l'aura voulu... et du moins c'est encore pour elle que je souffrirai... ce sera une consolation. — Non , mon cher Deligny, si votre femme est douce et jolie, vous ne serez

gas malheureux, et vous conviendrez un jour qu'Augustine avait rai-

son. En allant demain lui faire mes adieux, je lui apprendrai vofe*f résolution.

Je quitte Juliette de très-mauvaise humeur. Il faut donc que je m*, marie' -. oui, il le faut, puisque je l'ai promis et qu'Augustine le dé- i sire. Après tout, je ne vois pas trop ce que je puii faire de mieux... Le mariage me guérira peut-être de cette maudite passion... mais non, je suis certain que je n'aimerai pas ma femme.

Après avoir eu celte conversation avec Juliette, je vais retrouver Dubois ; il s'aperçoit que j'ai oTielaji* nouveau tuijet de tristesse , ei me dit : fe

— Tu as la mine plus longue qu'à l'ordinaire... que se pasie-t-il eu core? — Tu ne sais pas ce qu'on veut que je fasse, Dubois? Devint quel sacrifice m'impose cette femme que j'adorais... que j'ac"ore tSHs jours, quoique je ne puisse plus la voirl — Un sacrifice... Attend, donc... est-ce qu'elle veut que tu deviennes... comme Abélard ? — Elle veut que je me marie. — Ah ! c'est bien diférent... Elle a don< une femme toute prête à te donner? — Non, c'est mon père qui depuis plus de trois mois me presse, me prie d'aller le trouver pour me faire épouser une jeune personne de Chartres, qui est charmante, riche, qui a toutes les qualités... à ce qu'il m'assure, et qui a la bonlt de m'attendre pour se marier. — Bah ! ton père t'a mis de côté un» petite femme comme ça... c'est pas si bête... Moi, j'ai beau écrire a mes oncles et à mes tantes de me trouve! un cotillon décent avec quelques écus dans ses poches, on n'a pas encore pu me confisquer une femme. Pourquoi donc ne m'avais-tu jamais parlé des projets ai ton père?... — A quoi bon, puisque je ne voulais pas consentir à me marier? — Eh bien! mon ami, tu avais tort... très-torl... Tiens, j* vais te parler en père noble, moi. Tu as mangé les quatre cinquiècasa de ta fortune à Paris, c'est assez; il n'est pas nécessaire d'y manger le reste. D'ailleurs, tu n'es plus le même; depuis ta passion chevaleresque, tu n'es plus gai, joyeux, comme autrefois; je m'aperçois que lu t'ennuies partout, que tu soupires au lieu de chanter ; il faut mettre un terme à cela. Ce voyage, ce mariage achèveront de te guérir ds ton vieil amour. Allons, c'est fini, c'est entendu... ta dame l'ordocue. je me joins à elle. Partons , allons trouver le papa, et niarions-ao.' , Je t'accompf £ne, cela va sans dire; ton fidèle ami doit être le pr»mier garçon de ta noce : tu verras comme je mettrai tout en train!... comme j'organiserai le repas, le bal, les cérémonies I... tu n'auras pas autre chose à faire qu'à te marier... ensuite nous revenons à Paria... tu y vis heureux avec ta femme et son argent, et si jamais un fanfaron se permet de lorgner ton épouse de trop près... c'est moi qui me charge de le rappeler à l'ordre...

Je n'avais pas besoin des sollicitations de Dubois, j'avais promis de céder à la prière d'Augustine, et cela me suffisait; cependant lorsque je lui dis que je consens à ce mariage, Dubois, qui croit que c'est non éloquence qui m'a décidé, me presse dans ses bras, m'embrasse, et s'essuie le front en disant : — Quand je me mêle d'une chose , je suis toujours certain de réussir. Maintenant il faut mener cette affaire rondement; tu vas faire tes dispositions , je ferai les miennes... ça ne sera pas long. Nous sommes au mois de novembre, mais le temps est béas, il y a encore quelques feuilles aux arbns ; elles sont un peu jaunes , c'est égal, ça fait encore point de vut , il faut en profiter, et partir avant qu'elles soient toutes tombées... Quand seras-tu prêt?.. — C'».st aujourd'hui mardi... nous partirons samedi... — C'est bien tard; n'iùiporte, va pour samedi... d'ici là, j'irai porter des éponges à toutes mes maîtresses, afin qu'elles aient de quoi essuyer leurs larmes pendent mon absence.

Dubois va me quitter... Un souvenir me frappe... je le retiens; mais je ne sais comment lui dire cela... Heureusement j'ai toutes les lettres de mon père. Je prends celle où il me recommandait si bien de se pas lui amener Dubois, et je la présente à celui-ci en disant : — Tien^ j'aurais beaucoup de plaisir à t' emmener avec moi; mais je n'avais pas encore pensé à ceci... Lis.

Dubois lit, puis il se met i rire en «'écriant : — Comment! c'est cela qui te tourmente!... Sois tranquille I... le papa m'en veut un peu, parce qu'il se rappelle notre soirée aux Champs-Elysées ; mais quand 'I saura que c'est a ma sollicitation que tu consens à ce mariage , atj.i c'est moi qui ramène son fils dans ses bras , crois-tu qu'il m'en veuiUe encore?... Et quand il me verra faire des couplets pour sa bru, c«i couplets pour la mère, des couplets pour le petit frère , s'il y en a un, donner la main aux vieilles tantes , et danser la camargo avec tes grand'mères... il »ff- "."~i-->nié t transporté, et il te remercient de m'avoir amené...

— Je pense aussi que mon père , satisfait de me revoir, ne te gar- ( dera pas rancune; et si tu me promets d'être sage... — Je serai n! s ige que ça t'en fera de la peine I Oh I j'ai une tenue de province qw te surprendra. — En ce cas , fais tes dispositions, et à samedi. — A. samedi , c'est convenu; tu retiendras les places , et j'irai te prendre ' huit heures du matin. - •■

Mes dispositions sont bientôt faites; je r%£ dire adieu à Juliette, qu m'apprend que M. et madame Jenneville doivent aussi partir cette s*. maine pour leur nouvelle destination. Ainsi donc nos destinées vont s'accomplir; Augustine va vivre à la campagne avec son époux, et moi , je vais me marier , puis ensuite j'habiterai où ma femme vous dr»I... peu m'importe. C'est donc ainsi que devait te terminer cette

•raiMn que j'eui tant de peine à former!... Ahl si j'avais pu prévoir :ela, je n'aurais pas suivi la dame à la capote pensée.

Samedi est arrivé , et Dubois esl ponctuel ; il est chez moi avant huit !e»re», avec sa valise sous le bras.

— Eh bien! partons-nous? — Dans l'instant... tiens, je ferme ma -Jase. — As-tu. donné congé ici ? — Non , vraiment... Je ne suis pas -icore marié... Qui sait si cette demoiselle nie plaira, si je lui con-

f«drai ? Il ne faut pas aller si vite en affaires de ce genre. — Il me (fable que tu ne vas pas trop vite, puisqu'on t'attend depuis trois «ois... As-tu écrit au papa pour le prévenir de notre arrivée? — Je n'est serais bien gardé I j'aime beaucoup mieui le surprendre. — Au .c*ins , ta as retenu nos places pour la voiture de Chartres? — Non , «as précisément... mais j'ai découvert de petites voitures fort gentilles qui vont à Epernon, c'est là-dedans que j'ai retenu nos deux places. — Je croyais que ton père demeurait dans les environs île Chartres? — Oui, mais Epernon n'est qu'à six lieues de là, nous les ferons en nous promenant , ou par d'autres petites voitures qui passent par là; on m'a dit que nous ne manquerions pas d occasions. — Soit; il me semble cependant qu'il eût été plus court d'aller tout droit j Chartres... — Hien ne nous presse !... Quand on va se marier, mon Mai , il faut toujours prendre le chemin le plus long.

^ous prenons un fiacre qui nous conduit a la voiture d'Epernoo : * nous attendait pour par.ir. On tient six dans la voiture. Dubois tait la grimace eu l'apercevant qu'il sera placé à côté d'un vieux culliva'eur et derrière une vil illu paysanne. Oui, me il pense que la route ac lui procurera pas d'agrément , il promet un bon pourboire au cocher *i nous allons vite. Celui-ci fouette ses chevaux, et nous quittai Paris... Ah! je m'éloigne sans regret... je sais qu'elle aussi ne toit plus I'IkiIi ter

Nous faisons 1? voûte assex lestement ; on ne s'est arrêté qu'une fois, tt nous arrivons «tir les trois heures à Epernon. Nous avons déjeuné à In première si» lion , et Dubois pense qu'il faut partir sur-le-champ «•nr Chartres- il veut absolument dîner avec un pâté d» cette ville ; vais les occa» ons ne sont pas aussi fréquentes qu'on me l'avait dit. La toiture qui s'y rend vient de partir; on nous conseille d'aller jusqu'à xlaintenon , où nous pourrons en trouver une autre. 11 n'y a que trois JRuet jusqu'à Maintenon ; je ne suis pas fâché de faire ce chemin là a sied, il me semble que cela me donnera encore le temps de la réflexion.

Nous prenons un petit paysan p.-'a nous servir de guide et porter îs» valises , et nous nous mettons ei> route. La campagne n'est plus .prie, les champs sont dépouillés de leutB produits , les arbres de leur »erdure; de loin en loin pourtant on trouve encore un site agréable, »* point de vue qui n'est pas sans charme Dubois presse le pas, parce rae le temps est déjà froid , et il questions notre guide.

— Comment appe)le-t-on ce pays, mon qaïçon? — La i'eauce, ■•nsieur. Oh! c'est un bon pays!...

A ce nom de la Heauce, je jette un cri de n. ?rise, car je me r^p- •elle que Juliette m'a dit que c'était dans la Bc« ce qu'était silr*e '» setite propriété où Augustine allait vivre avec so>. doux.

Dubois me demande ce que j'ai; maisje ne lui réponds p3s, je Songe \ cette circonstance singulière qui me fait encore suivre les ; «Me femme qui m'ordonna de la fuir... 11 semble qu'une sympathie tecrète m'entraîne toujours de son côté.

Je suis tiré de mes réflexions par Dubois, qui me crie aux oreilles : - a donc plus vite, tu ne t'aperçois pas qu'il pleut; si nous nian- .rnons la voilure , ça sera gentil !

redouble. Les lieues de la Beauce sont longues, car notre •uide nous prévient que nous sommes encore loin de Maintenon. M; j«os apercevons 3ur notre gauche un bourg assez considérable , et nous pensons qu'il esl ptttdi nt d'aller y chercher un abri.

— Quel est cet endroit? dis-jeà notre conducteur. — Ça, monsieur, t'est Hanches, un gros bon t-il une auberge à Hanches? — Oh! ooi , monsieur, l'auberge du Soleil d'or... où l'on est très-bien...

la mi itresse en est fièrement lolie...

- mots font lpur effet sur Dubois, qui s'écrie : — Tiens , ■ ■ . nous ne poui roi irriver à Ch irtri • ujou i

i s je sens l'appétit qui me talonne. A Ions an Sol. il d'or. I et si l'on y est bien, ma foi, restoi

e pins sage; carie temps devient fort mauvais.

avec plaisir cette proposition. En quelques minutes nont le bourg, et notre guide ne nous quille qu'après nom

• ir ci nduits à l'auberge du Soleil d'or.

i te auberge si' vantée ne si r..it à Paris qu'une petite guine te; unis dans mi village il faut peu de chose pour imposer aux jsans, Cependant U liaison parait ti nue atseï proprement; t < si a qtn Ique chose; la cour dans laqui Ile nous entrons, et qui pn I bâtiments , n'est poiut encombrée de fumier comme presque t. aies des auberges de village , et la servante qui vient pi alises nest pas aussi déroutante que les uiarilorncs des environs de . : a.

* pei^r, avons-nous remis nos va'lscs à la fille, qu'un petit jeune •came en veste, en tablier et en bonnet de coton, vient à noi

i Bt, en sautillant, et en nous montrant une petite figure ronde, aîche , et de gros yeux à fleur de tète qui donnent sur-le-champ an.': idée de sa capar i

— Ces messieurs viennent loger chez nous, ils seront contenu. .. Marie, appelés ma femme... J'ai tout ce qu'on peut désirer ici... Où est donc ma femme, Marie?... J'ai du foin, du son et de la litière pour les chevaux...

— Voilà un petit gaillard qui m'a bien l'air d'être digne de manger du foin, me dit Dubois en souriant; puis il frappe sur l'épaule de l'aubergiste, qui est toujours occupé de chercher sa (eunne : Monsieur l'aubergiste, si vous avez tant de choses pour les chevaux, aurez-vous aussi de quoi nous faire diner, nous?... — Oh! oui, messieurs, certai» nement... Ma femme vous dira la carte... elle sai* "Mieux que moi c< que nous avons ... Ab I la voilà enfin.

Une jeune femme sortait d'une salle du fond et venait vers nous mais quel est mon étonnement en reconnaissant, sous le bonnet garet le déshabillé d'iudienne es la maitresse d'auberge , Ninie, il lite frangère.

Je pousse un cri de surprise, Dubois en pousse un autre, et de son côté jette un cri de joie.

— C'est Ninie I... — .Monsieur Paul!... — C'est la jeune amie di Charlotte!... — Ah! que je suis contente!... embrassez-moi donc monsieur I...

Je cède à une si douce invitation. Dubois en fait autant, et pendant que nous embrassons madame l'aubergiste, le mari s'écrie : — Ces messieurs connaissent ma femme!.- Dieu!... qu' c'est heureux 1...

— Oui, certes, répond Dubois, nous connaissons votre femme... et depuis longtemps... Mon ami, que vous voyez, est son parrain. — Son parrain?... — Si vous voulez bien le permettre.

Je pousse DnLois ; mais il me dit à l'ereille : — Il faut toujours se dire le parrain d'une jolie femme... ça permet plus de liberté.

e sourit a l'idée de Dubois, puis elle me dit : — Vous ne vour attend! z pas à me trouver aubergiste à Hanches. — M t foi non... Je me rappelle cependant que vous m'aviez annoncé votre futur mariage avec un M. Bénin , garçon pâtissier. — Le voilà, monsieur, c'est mon mari.

Ici M. Bénin ôte son bonnet de coton , me fait un salut jusqu'à terre, et me dit d'un air respectueux et les yeux baissés : — Oui, monsieur, c'est moi qui suis Bénin, qui ai eu celui d'épouser votre filleule, dont j'ose •' ir. que je m': félicite tous les jours, si j'en étais capable, et que j'espère pareil!) ment que vous voudrez bien être satisfit de son choix, que je tâcherai de justifier... \oulez-vous bien permettre?

AI. Ilenin vient m'embrasscr, Dubois le retire de mes bras pour le serrer dans les siens, ;\inie m»- regarde en souri«nt d un air malin; je m'aperçois que le mariage a déjà donné une expression plus vive à sa physionomie.

— Ma chère Ninie , lui dis-je, je vous fais mon compliment de votrr mariage... je suis certain que votre ép oix vous rend très- lie treuse.

A ce complimeut , U. Bénin veut encore venir m'embrasscr ; mais Dubois le retient p .r son tablier, tandis que Ninie me répond :

— Oui, oui, r est u i assex bon garçon... il fait bien tout ce que je veux... Nous sommes vi uns m lans ce bourg, parce que cette auberge él le le B n n qui La la

mais nous j . r • ■ s . I '■ nin fait très-bien la ]

nous avons la renommée des petits gâteaux... — Oui, mi j'espèr faire un vei-au-vent soigné pour le parrain de mon épo Comme la pâtisserie a toujours été ma partie, quand nous axons pris

.uberge. je voulais changer l'enseigne du Soleil, el meXtri place .Au Vol-au ui ■ '> ma femme n'a pas voulu. -

vouai nsieur Bénin? s'i lia — Oui, monsieur,

et fai . index à ma feni , le jour ou je ne

des boulet'. Mais j'y songe !.. Ua femme ic ton par-

rain n'i il i ■ à notre noce?.., — Noua étions alors eu Russie ; nou

en arrivons pal le b. 'eau j vapeur,

e incrioi. • ...nt entrer dut un

salie du rci de- ! ,* mari de nous apporter d ■

vin, du meilleur M pendant que Al. Bénin couit » la cive , n

s. rvanl ,e j

temps à autre : -, |

jour dans . pi„

Je nin i a.e a nu i

H nous verse du celui vert en dis ml : — Coûtes moi cela... loi^ la .oui fameux... von. choisirez.., — 'Sous boirons des trois , d

.- trinquons avec le cachet vert, puis avic le ronge, puis le jaune. M. Bénin ne noua fail grâce de rien , il prétend qu'il est troi heureux de recevoir chex lui le parr lin pendant

Ninie me prend la main en me disant — Monsieur. \ ; enir

voir ma m us, m . mon jardin . ma basse cour... — Volontiers , dis je tandis que Dubois s'assied à table avec Bénin i . — .'Sous,

pendant ce temps-là, nous allons lâchei de nous décider entre 1rs trois cacheta... mais je crois ip'e le cachel Monsieur

B uin, je pense que vous Is votre femme se promi

n parrain? — Ah! monsieur , vous me faites injure I... Dieu merci, je Mis qui j'ai épousé1 a prenant celte fcmme~l», j'ai trouvé

toutl... tout absolument I Ma femme, ma montrer notre propriété a ton parain.. . fais-lui voir tout ce que tu possèdes.. . je t'y autorise... je dimême plus je t'y engage.

Ninie n'avait pas at'endu la permission de son mari pour m'emmener, et déjà nous élions dans le jardin. Quand noua sommes seuls, elle me dit : — Je suis bien contente que vous soyez venu dans mon auberge; mais devinez qui nous y loireonsdans ce moment?. . — Des voyageurs sans doute... — Quelqu'un dont la vue m'a donné un coup.. Aussi, comme je l'ai reconnu de lo;n j« u'ai eu garde d'aller lui parler, et j'ai eu soin de ne pas êtie vue de lui. . quoique, au fait, d ne m'aurait peut être pas reconnue; et puis, uce femme d'auberge1... il ne regarde j*8 ça, ft e»£ a lier!,.. — Mais de çei deac par'e; -.uns, i\inie I — De VI. AdoSp&e, «jui csî arrivé ici nce heure avant vous... — Se pourrait {II... i'enneviile est icil... — Oui... Adolphe... Jenneville... tons .pe vo:;s voudrez... Il voyageait en chaise de poste avec une dame, sa feSï^se, à ce qu'il paraît; il s'est cassé quelque ebess à leur voiture; ils oçt été obligés de s'arrêter ici, et iïs seront forcés d'y rester jusqu'à décala matin, parce que le charron n'aura pas ûr.i avant... EU Lfc«..: nonsïetir Paul... qu'avez-vous donc?... comme vous pâlissez!...

Ce que je vens d'apprendre me cau-e une ém tion dont je ne suis pas maître. L'idée qut je suis encore près d'Angu-iine renouvel e tons mes tourments, tout' s mes douleurs. Ninie m'accable de questions; je sais que je puis nie fier à son amitié, à sa discrétion: js m'assieds pies d'i Ile, et je lui conte mon amour pour Augu-.tne et les événements qui nous ont séparés. Ninie est attendrie; elle ne plaint, elle plaint surtout Augustiue, elle me demande ce qu'elle peut faire pour moi. Je voudrais profiter du hasard qui me rapproche de cette femme adorée pour lui dire un dernier adieu ; tuais il iaudrait éviter d'être vu par Jenneville; je serais désolé que ma présence causât auelaues désagréments à sa femme.

— Où sont-ils maintenant? dis-je à Ninie. — Bans une chambre où on va bientôt leur servir à dîner... — Pensez-vous qu'ifs aient pu nous voir entrer dans cette maison? — Non, les fenêtres de Ja pièce où ils sont donnent sur le potager là-bas. Ensuite, comme madame a dit qu'il leur fallait deux chambres et deux litî, on leur prépare deui jolies pièces au second, qui donnent l'une dans l'autre. — Fort bien... donnez-nous une chambre d'un autre côté. Sans doute , après son dîner, Jenneville descendra., il faut, ma chère Ninie, qu'on trouve alors le moyen de remettre à sa femme ce papier... sur lequel je vais tracer :es mots. — Soyez tranquille... je m'en charge... je trouverai l'occasion; les maris ne sont pas toujours là!... l'écris ces mots avec un crayon : « le hasard m'a conduit en ces : mais je ne les quitterai pas sans vous dire un dernier adieu ; j'atcette grâce f.our prii de mon obéissance à votre dernière prière, nuit, pendant le sommeil de votre époux... dans la salle basse... en présence de la maîtresse de cette auberge à qui je puis me fier, et que vous reconnaîtrez sans doute... Si vous me refusez... vous ne m'avez jamais aimé... • .?£ donne le papier à Ninie, qui le cache dans son sein en me disant :

— ,re vous promets qu'elle l'aura. Nous retournons à l'auberge; j'ai "HSlc d'emmener Dubois dms notre chambre, car je tremble que Jenneville n'aperçoive l'un de nous.

Nous avons été près d'une heure absents; ces messieurs ont presque vide les trois bouteilles, et Dubois me regarde en faisant des cornés par- dessus la tête de Bénis. Je lui prends le bras et l'entraîne : — Montons à notre chambre . dis-je, il est temps de penser à dîner... — Diable, mon petit, il paraît que tu as faim... je conçois... on me laisse une heure à déguster avec le mari... C'est pas bête!... Monsieur Bénin, faites-nous un bon dîner, le parrain de votre épouse est sur les dents I

— Soyez tranquille, messieurs, je vais vous restaurer!... je vais au

ft-M...

Ninie nous fait conduire dans une chambre à deux lits qui est au fond d'un corridor au premier. Là, Dubois va continuer ses plaisanteries, j'y mets un terme en lui apprenant la véritable cause de mon t'-Duble. ' ;

- Que le diable emporte «nnevillc! s'écrie Dubois; il avait bien

oeso;n de venir dans celte auberge avec sa femme, pour te mettre en-

: le cœur à l'envers!... Songe que tu vas te marier... — Je songe

gustine est ici, et que je ne la laisserai pas partir sans lui avoir

un moment... — C'est ça... nous ailons retomber dans la tragédie.

ubois. je ne te demande qu'une grâce, c'est de ne point sortir de

jusqu'à ce que Jenneville soit couché. — Comme c'est

arrtl... et qu'est-ce que ça me fait à moi «l'être vu par Jenneville I. ,

Alors il dira lui mime a sa femme que nous sommes ici, et elle ne

ordera pas l'entrevue que je lui demande. — Elle fera bien... —

a te montres à Jenneville. je retourne à Paris, je ne me marie

... — Hum!... Mauvaise tête... Allons, on restera ici, puisque ça

gc; mais au moins qu'on nous serve un bon dîner, et qu'on fasse

and feu ; car on gèle au Soleil d'or I

Ninie vient elle-même mettre notre rouvert; sa servante nous fait

' . feu. Il est déjà nuit, car au mois de novembre les jour3 ne sont

longs ; mais nous nous mettons à table, et je promets à Dubois d'y

' r aussi longtemps qu'il le voudra.

M. liénin s'est surpassé : notre diner est fort bon. De temps à autre, ■ vien» s'assurer s'il ne nous manque rien. Alors je la regarde pour

savoir si ma commission est faite; un petit signe de tête médit que dou Au dessert M. Bénin vient nous trouver; je le force à prendre place à lable prés de nous. Il est tellement sensible.t à cet honneurs qu'il va chercher une boutei'le de vieux malaga qu'il gardait pour le jour de la naissance de sou premier né, quoique sa femme ce soit pas enceinte.

Enfin Ninie en entrant dans notre chambre m'a fait un petit signe que j'ai compris, mon billet est remis. Maintenant, je voudrais qu'il fut déjà l'heure de se coucher Heureusement, dans un village, ou ne veillé ya- lard A f in e de Indre et de causer Dubois et M. Bénin commencent a s'embrouiller dan» leurs histoires.

— \a te couener, mon ami, djt Ninie à son époux, va, tu dois être fatigué, et il faut se lever de bonne heure ici; moi, je vais jeter encort un coup d'œil partout, savoir si ce monsit.tr e' ~ette dame n'ont besoin de rien, puis je te rejoindrai. — Tu as raisou , ma femme, dii Bénin en prenant une lumière T'ai fait plus de cent boulettes aujourd'hui, et ça échauffe... Messieurs, bonce nuit, J'espère que le parrain de mon épouse me fera l'honneur de bien dormir chez moi.

En disant cela, M. Bénin nous salue, puis » éloigne en char :elant un peu.

Dubois ne demande trua en faire autant que rVl. Bénin; Ninie me dit bonsoir en me faisant un signe d'intelligence, et nous laisse. Dubois se couche en me souhaitant upe heureuse entrevue, et au bout ue quelques minutes il est endormi.

Je regarde ma montre; ii n'e3t que neuf heures. Jenneville est-i) déji couché?... comment le savoir?

rs ujuceme.it de ma chambre, je ne prends pas de lumière, el je descends dans la salle basse, où je trouve Ninie seule.

— J'ai déj i envoyé coucher mes domestiques, me dit-elle, afin qu personne ne s'aperçoive de votre entrevue avec cette dame. — Croyez ■ vous qu'elle viendra, Ninie? — Quant à cela, je l'ignore. J'ai profite d'un moment où son mari venait de descendre; je suis entrée dans sa chambre, elle ne m'avait pas encore a pei jue. Elle m'a regardée aver attentiou, et paraissait chercher où elle m'avait déjà vue. Après l»5 avoir demandé bien poliment si elle n'avait besoin de rien, je lui ai présenté votre pépier eu lui disant : « Madame, un voyageur qui esl ici m'a priée de vous remettre cela. » Elle l'a pris, l'a lu, puis est devenue si pâle, si tremblante, que j'ai cru qu'elle allait perdre connaissance; enfin elle m'a dit à voix basse : « Il est donc ici?-.. » Moi, j allais lui répondre et la supplier de vous accorder l'entrevue que vous lui demandez; mais alors j'ai entendu du bruit, son mari reve'uait. et je me suis sauvée bien vite par une autre porte, de peur de £ rencontrer. — Ainsi nous ne savons pas si elle viendra 1 — Oh ! je crois bien que oui... Est-ce qu'on peut vous refuser quelque chose à vous!... — Cette femme-là m'a toujours tout refusé, Niniel — C'est drôlel vous dites qu'elle vous aime pourtant.

Ninie me quitte pour aller s'assurer si tout est bien fermé et en ordre dans son auberge. Je m'assieds dans un coin dé la salle, d'où mes yeux sont fiiés sur une vieille horloge dont le tic-tac fait presque autant de bruit qu u mo : . Une seule lampe éclaire celte grande pièce; mais je p lis voir les aiguilles, c'est tout ce qu'il me faut.

Au bout d'une lt mi-heure, Ninie revient et s'assied près de moi en me disant : — Tout mon monde ronfle déjà !... — Et là-haut? — Ah ! dame, il y a toujours de la lumière dans les deux chambres... peut-être cause-t-on... peut-être lit-on; car je leur ai vu des livres... Attendez, un peu de patience ; on finira par 3e coucher. — Et votre mari, Ninie, s'il s'aperçoit que vous n'êtes pas auprès de lui? — Oh! il dort comme quatre!... soyez tranquille. D'ailleurs il s'éveillerait qu'il ne se permettrait certainement pas de venir voir ce que je fais.

Le temps se passe, nous n'échangeons que rarement quelques mots: j'ai toujours l'oreille au guet, et Ninie sent bien que je n'ai pas envif de causer. Dix heures ont sonné, puis la demie, et personne.

— Elle ne viendra pas . Ois **• an soupirant. — Peut-être... il fau attendre encore.

Dans un village, rien ne trouble îe rsime de la nuit; ce silence pro fond ne me permet pas même d'avoir de fausses espérances. Oni( heures viennent de sonner, les yeux de Ninie se ferment, elle n'attend p is un objet chéri. Je perds tout espoir... lorsqu'un bruit semblable au frôlement d'une robe retentit à mes oreilles; je me lève . j

cours écouler dans le corridor on marche... j'entends des pas légers,

mais qui s'approchent... Jlon cœur bat... c'est elle, sans doute... .'• plus prévoyante que moi, s'avance avec la lampe... Oui, c'est Augu tine !... c'est elle que je revois... c'est encore sur mon bras qu'elle repose. ,

Elle est venue sans lumière, et cependant elle a hâté ses pas. A mon aspect, ses forces semblent l'abandonner; je l'ai soutenue dan» mes bras, je la con mis dans la salle, je la fais asseoir et me place auprès d'elle. IN .nie sari err disant : — Je vais veiller près de vous poui que vous n'ayez aucune crainte.

Nous sommes ensemble depuis quelques moments, et nous n'avon* pas encore d i un mot. Je tiens les mains d'Augustine; sa tète esl penchée sur sa poitrine, et elle verse des larmes que je regarde tristemea> couler.

— Vous avez voulu se voir encore, me dit-elle enfin, me voici... je n.' pas cru devoi SBÏK refuser ce"« légère laveur.. ( — Lésera

faveur!... Pouvez vous nommer ainsi le plaisir que j'ai a me retrouver près .levons... chète rVugusline!... Ab! pardon, madame, je sais que je ne dois plus vous appeler .msi...— Nou, maintenant je ne suis plus libre... llélns! je ne l'ai jamais été!... si je m'en étais toujours souvenue, je serais plus beureiise aujourd'hui!... -Comment pnuvez-vous vous faire des reproches, vous qui fûtes toujours fidèle à un homme qui vous avait abandonnée... qui n'est revenu a vous que lorsque... —

U.iriamio 1a Lonne J Augustine.

.monsieur Deligny, n'oubliez pas qu'il est mon époui... — Ah I je ne le sais que trop, mais cela ne peut m'em pêcher île vous adorer... — id.imc, quoique n'ayant jamais obtenu la récompense de cet amo i a fait moi t lo1 rment, je vous aimerai s.iiis cesse "... je ne vous ou-

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plierai jamais! Ah! ne vous fâchez pas... ne vous éloignez pas moi ! Songez que c'est la dernière fois que je vous vois... la dernière fois que je puis vous lire : Je id'is aime !... et que a faveur il. parler .le mes sentiments est la seule que vous m'ayez accordée I

— Si j'avais pensé que vous .lussiez me tenir ce I illgage, je ne serais pas venue à elle entrevue... \ quoi bon renouveler ims pênes?.... vous voulez donc que je me trouve encore plus malheureuse?. .-

Elle porte si main sur ses yeux. In ce moment, un léger bruit se fait entendre dans lé corridor, Augusline tressa : — n

me semble qu'on a marché... <) mon Dieu! si M m'avait

entendue descendre I... s'il venait savoir...

j — Ne craignez rien, ce bruit vient de la maîtresse de l'auberge; elle veille autour de nous... vous pouvez être tranquille... Que votie crainte n'empoisonne pis mon bonheur... chère Augustine I (Quelle différence de celle entrevue avec la dernière que j'eus avec vous à Lucienne!... — Ahl taisez-vous, je vous eu prie; ne me rappelez p.. s ces moments qui ne doivent plus revenir... Vous allez trouver votre père et vous marier? — Oui, vous l'avez désiré, je veui vous satisfaire • mais ne pens, Z pas que .cl hymen me fasse vous oublier... Je me jnarie... mais jamais mon cœur ne pourra éprouver pour une autre ce qu'il ressent pour vous. — Paul I... monsieur Deligny... que vous êtes cruel I... Ab! je vous en p.ie, laissez-moi espérer que vous serez heureux!....— Et vous, :u.i.l. me. vous allez vous ensevelir dans une obscure retraite. — Oui , je voulais que, pour nous y rendre, nous prissions les voitures publiques... niais, par suite de ses anciennes habitudes, M Jenneville n'a pu s'y décider; il a loué une chaise de voyage, et c'est à cela rjue noii3 devons l'événement qui nous relient ici... L'habitation où nous allons no'is *iicr est loin du monde, cl eUe ne m'en convient que mieux. Quel plaisir pourrait-je trouver nrla enant au milieu d'êtres ii.dilfén nts et légers, qui ne savent que tourner en ridicule les affections du cœur I La soliiu.le ..lira du charme pour mou ; je pourrai tout à mon aise m'y livrer à mes souvenirs, y penser, v rêv^tt à celui... aux personnes «»-» je n« verrai plus... — Et Juliette,

ne la verrer.-vous jamais?... Ne saurai-je pas au moins comment vous vous trouverez dans votre nouvelle demeure? — J'écrirai souvent a Juliette. St lui dirai tout ce que je ferai... elle m'en a priée... Si vous la voyrî, vous pourrez par elle savoir quelquefois de mes nouvelles.

— Si je la vois!... Ah! ce aéra mon seul bonheur... Avec elle, au moins, je puis parler de vous, je puis lui conter mes puisées, mes peines; elle ne me force pas au silence quand je lui parle de mon amour pour vous... et je lui en parle sans cesse!.. Ah ' je vous en prie, écrivez-lui souvent... et que parfois un mot échappé de votre plume me prouve que je ne suis pas tout à f .il oublié !..

Elle ne répond pas; mais sa main est tombée dans la mienne, et une légère pression me dit qu'elle m'a compris. Je pose sur mon cœur cette main chérie; nous ne nous parlons plus, mais quels mots pourraient rendre ce que nous éprouvons en ce moment!

Enfin Augustine se lève en murmurant : — 11 faut nous quitter...

— Déjà!... — Plus nous resterons ensemble, et plus nous aurons de peine à nous séparer... Mon ami, ne me privez pas du peu de courage qui me reste... laissez-moi m'éloigner... je sens qu'il est temps... — Adieu donc... mon coeur se brise. Quoi!... c'est pour jamais que je vous quitte... je ne verrai plus ces yeux dont l'expression Eut lultie mon cœur de plaisir... Je n'entendrai plus cette voix chine... Augustine, penserez-vous à moi?... — Il me le demande... ô mon Dieu!... il ne voit pas tout ce que je souffre... Adieu... si vous avez quelque pitié de moi, ne me retenez plus...

Elle s'est élancée dans le corridor. Je prends la lampe pour l'éclairer, et nous apercevons à quelques pas de là ISinie endormie profondément sur une chaise.

— Vous le voyez , me dit Augustine, voilà comment on veillait sur nous... heureusement on ne m'a pas entendue descendre... Adieu... adieu! ...

Sans attendre ma réponse, ejle monte légèrement par l'escalier du fond. C'en est fait... je ne la vois plus!... Je réveille Ninie, et je regagne tristement ma chambre.

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