‹ La femme, le marie et l'amantChapitre 13 sur 18 · Chapitre XXVIII. — Rencontre imprévue · texte numérisé non relu

Chapitre XXVIII. — Rencontre imprévue

Je me suis jeté sur un siège, ma douleur s'exhale en plaintes, en murmures, j'accuse le sort, l'amour, j'accuse Augusline elle-même)

k la maison de canipaen».

dans mon désespoir, je trouve qu'elle a montré de la barbarie à mon égard, et qu'vlle ne devait pas me Sacrifier à un homme qui l'avait abandonnée. De temps à autre je me lève, je marche à grands pas dans la chambre en frappant du pied avec violence.

Héveillé » chaque instant par mes plaintes et le bruit que je fais, Dubois se retourne en proié>ant de ton coté mille iœjréca lions contre

les amoureux. Puis il se met sur son séant, m engage à me coucher, commence un discours pour me faire entendre qu'en passant la nuit sans dormir j'aurai demain fort mauvaise mine pour arrive* chez mon père: mais voyant que je ne l'écoute pas, il s'arrête au milieu de son sermon, m'envoie à tous les diables, et remet sa tele sur 1 oreiller.

La nuit s'est passée ainsi. Je vois naître le jour, et avec les premiers rayons de l'aurore , il me semble que mon sang se calme, que ma tête devient moins brûlante. On dit que la nuit porte conseil; mais pour les malheureux ses conseils ne sont jamais tavorables, tandis que l aspect du jour au contraire chasse les tristes pensées, et rend plus de force à notre âme. . . .

Je pense qu'Augusline m'a donné l'exemple du courage, que je dois l'imiter, et non m'abandonner à une faiblesse qui ne remédie a rien. J'ai d'abord l'idée de partir de grand matin avec Dubois, et de quitter ce bourg avant Jenneville et sa femme ; mais peut-être Jenneville se lèvera-t-il aussi de fort bonne heure ; alors il pourrait nous rencontrer dans l'auberge; je crois que le plus sage est de le laisser s éloigner k premier, et de rester dans notre chambre jusqu'à son départ.

Oui, mon ami, allons déjev.ner; nous pleurerons en prenant du chocolit, nous pleurerons tantôt eu prenant du beefbteak , et nous pleurerons i jcore ce soir en buvant du p-nth.

J'entends aller et venir dan:; la maison , déjà chacun se rend à son ouvrage; je reconnais la voit de INinie qui rronde son mari sur sa stresse, puis ensuite celle de Bénin qui demande excuse à sa femme. Bientôt on frappe doucement a notre porte : c'tst INinie qui s'informe si nous sommes éveillés.

J'ouvre a notre gentille tiôlesse, tandis que Dubois se frotte les yeux en disant : — Si nous sommes éveillés !... Demandez-nous plutôt si nous avons dormi !... Voilà un homme qui a passé la nuit à ébranler votre plancher en le bourrant de coups de tilou !... Il se vengeait sur les carreaux de la perle de sa belle 1... Il n'a pas pour un liard de philosophie !... Dorn.cz donc auprès d'un gaillard qui joue toute la auit les Fureurs de ('amour.'

— Allons, Dubois, calme-loi, je serai plus raisonnable désormais...

— Oh I c'est égal, tu ne me raitraperas pas à êlre ton camarade de lit. — INinie. pen-cz-vous i|ue... ce monsieur et cette dame partiront bientôt? — Mais, oui, leur voiture est réparée, et quand ils auront déjeuné, je présume qu'ils s'm iront. Le monsieur est déjà descendu se promener au jardin pendant qu'on prépare leur déjeuner. — XI suffit.. . Dès qu ils seront partis, venez nous le dire, je vous en prie...

— Oui, monsieur... Oh! vous les entendrez bien d'ailleurs.

— C'est-à dire, s'écrie Dubois, que lu vas encore me faire rester en prison dans cette chambre, jusqu'à ce que monsieur et madame soient partis ,-.. c'est agréable de voyager avec toi !... — Nous allons déjeuner d'abord... pendant ce temps ils partiront. — Madame Bénin, un déjeuner copieux, s'il vous plait ;... j'ai infiniment d'appétit chex vous.

iVinie va s'occuper de notre déjeuner. Dubois se lève; moi, je

m'approche de notre fenêtre , qui donne sur la cour ; je n'ose pas m* mettre en dehors à la croisée , mais en tirant un coin du rideai )t) puis, sans être "u, voir entrer et sortir dans l'aulxr?*.

ûubois me regarde en faisant des cornes par-dessus la tête de Bénin.

On nous apporte notre déjeuner, et je viens de me mettre à table , lorsque j'entends des coups de fouet et le bruit d'une voiture qui s'arléte devant l'auberge ; je nense aue c'est celle qui va emmener Au-

Hnr« 63 Jenneville, tué par Blagnard.

gustine, et je cours regarder au carreau de la fenêtre pour la voir encore une fois; mais je me suis trompé. Ce sont de nouveaux voyageurs qui viennent d'arriver. Je vois deux postillons, un jockey, un valet de chambre ; puis un monsieur , doot l» tête est eeuv-rte par une large

caequelte de voyage, descend de la voiture, enveloppé dans un vaste manteau, etentie dan» la maison, je retourne déjeuner près de Dubois; le nouveau venu ne m'intéresse pas

Au bout de quelque temps, M. Bénin entre dans notre chambre, nou3 salue respectueusement, s'informe de ma santé, puis accepte un verre de vin que Dubois lui présente, en disant : — J'espère que ça va joliment, mon auberge !... — Oui, il parait qu'il vient de vous arriver encore du monde. — Je crois bien 1... et du monde qui fera de la dépense, j'ai vu ça tout de suite 1 C'est un bomoie de la haute volée;... c'est peut-être un prince qui voyage incognito avec son valet de chambre... Ce qu'il y a de sur, c'est que c'est un personnage considérable!... Aussi, ça fait un embarras !... faut entendre ça... Et le valet onc : La plus belle chambre pour monsieur... à déjeuner ce que vous urez de meilleur... peu nous importe le prix, pourvu que nous soyons contents ! Hein ? dites donc, c'est du style ça, aussi vous entende! ben que je vais lui faire un vol-au-vent comme il n'en aura jamais mangé de sa -rie... Par exemple, il attendra un peu I... mais, dame, tant pis;... faut que mon four chauffe !... — Ce monsieur et cette dame qui ont couché ici, déjeunent-ils? — Ahl mon Dieu, vous m'y faites penser.... je les oubliais... Leurs petits pieds que je n'ai pas encore mis sur le gril ;... mais aussi , ce nouveau venu m'a tellement occupé... — Allez donc, monsieur Bénin, il ne faut pas négliger ainsi vos autres voyageurs. — C'est vrai, mon parrain... Je vous demanderai la permission de vous nommer ainsi,... par effigie pour ma femme, si ça ne vous blesse pas. — Nullement, monsieur Bénin. — Je vais mettre mes pieds sur le gril. Mais tenez, entre nous, je vous avouerai mon faible ;... les gens qui ne veulent pas manger de pâtisserie, moi, je n'ai aucun zèle pour les servir : ce monsieur tt cette dame n'ont pas seulement voulu goûter un de mes petits pâtés... ça c;'a choqué... Tandis que le nouveau venu aura pour son déjeuner Cfc vs&*u vent, des petits pâtés, une tourte et un flan !... Voilà un bornas. AXd aait vivre... Au revoir, tnon parrain.

M. Bénin nous a enfin ^uïlies, et nou* arlons terminer notre déjeuner, lorsque j'entends dans la cour une voix bien connue : c'est celle de Jenneville ; il crie , il se plaint de la lenteur qu'on apporte à le •ervir. Je me suis rapproché de la fenêtre que j'entr'ouvre, et je puis entendre tout ce qui se dit dans la cour.

— En finirez-vous de me donner à déjeuner... depuis une heure que nous attendons ? — Monsieur, je vous demande pardon, mais mon four n'était pas chaud. — Qu'ai-je besoin de votre four pour des côtelettes et des petits pieds? — Monsieur, c'est juste... mais il vient de nous arriver un nouveau voyageur... un grand personnage auquel il faut de la pâtisserie, et ça nous occupe tant... — Que m'importe à moi qu'il tffrive d'autre monde?... Mon argent ne vaut-il pas celui de votre Jraiid personnage?... — Monsieur, oui, mais... — Mais vous êtes un >i3olent. — Monsieur, je... — Je suis pressé de quitter votre bicoque, songez à me servir avant qui que ce soit.

Je ne sais ce que Bénin va répondre è Jenneville qui continue à se promener avec colère dans la cour, lorsque survient un nouveau personnage, c'est le voyageur arrivé en dernier.

— Ëh bien I l'aubergiste, me servez-vous? dit-il en frappant sur l'épaule de Bénin : celui-ci fait une profonde salutation en assurant qu'on sera content, et court à la cuisine.

La voix du nouveau venu m'a frappé ; elle a également frappé Jenneville; j'écarte les rideaux pour regarder ce \e-ri: euf, tt s,t >ett n'étant plus couverte d'uue énormi e, il m'est facile de recon-

naître dans cet homme qi i voyage avec tant de luxe le fripon qui m'a emporté trente nulle francs. Jenneville, q i u aussi reconnu Blagnard, se place au devant de lui. au moment où celui ci allait entrer

dans le jardin. M. Blagnard parait d'abord un peu déconcerté; mais

bientôt il se remet, et salue Jennev »•— •'""t

diner.

"Vnnie lorsqu'il nous invitait à

— Eh!... je ne me trompe pai t... c'twt ce cher Jenneville... parbleu , je ne m'attendais pas à avoir le plaisir de vous rencontrer dans ce village!...

— '■ C'est donc vous, monsieur, qui voyagez avec tant de faste et qui Mes cause que je ne puis parvenir à être servi I... — Avec faste, mon ber, mais pas du tout , une simple berline de voyage... ■ ! .ons... c'est pour aller plus /. î... 11 faut bien taire sis affaires... pardon... je suis un peu ( «ssé... il faut que je sois à Paris raidi, et je vais voir... — Un mc;urn t f-auin, nous avons d'abord des ensemble La voix de Jenneville est devenue foudroyante ; J'avance un peu la tête, et je vois que la colère étincelle A ird a pâli;

lui! il tâche de consi i ver son sangfi oi I en répondant : A ç : que signifie cet air terrible, mon ch r Jenneville î... à qui dial avez-vou s? — Trêve de pla , elles ne sonl plus «le saison;

m'avez emporté quatre-vingt mille fia i . voit que

r cette perte j'ai vendu, engagé le reste de mes biens ; c est a vous enfin que je dois ma ruine; il faul m vous a\ ;

.i moi. — En vérité, je ne conçois pas vos reprocl

dan, ce n'est pas ma fa le si mes affaires oui a ••.J'y

>le bien plus que vous, moil... je suis bien plu i à p — A plaindre I... et vous voyag z i ommi > a s< igui ur. 1 1 mois aveï un valet de chambre I... vous êtes un fripon 1... — Monsieur I...

— Vous êtes un fripon , vous dis-je 1 — Apprenez que tous les jours on dépose son b i I ■• n , et que cela n'empêche pas ensuite de recommencer d'autres affaires I... — Oui, les misérables comme toi; mais les gens qui ont de l'honneur ne doivent-ils pas, dès que la fortune leur redevient favorable, rembourser les malheureux qu'ils ont souvent réduits au désespoir? — Monsieur, tout cela regarde les syndics!.... Pardon , mais je n'ai pas le temps de... — Mou, drôle, tu ne partiras pas ainsi... ■

Jenneville a saisi RI ignaid par le bras, il le lui secoue rudement et lui disant : — Il me faut non argent... — Vous êtes fou , monsieur, point de violence, ou je saurai bien... — Misérable, tu oses me menacer!...

En ce moment , cédant à sa fureur, Jenneville applique à Blagnard un soufflet dont le bruit retentit jusqu'au fond de notre chambre ; Dubois en saute sur sa chaise en s'éenant : — Eu voilà un qui est vi goureux.

Blagnard est devenu furieui à son tour, je n'entends plus que quelques mots dits d'un ton plus bas: — Vos pistolets!... la-bas... je voui aticnds... hâtez-vous.

Us vont se battre, je n'en puis douter, je reviens éperdu vers Dubois en lui disant : — Ils vont se battre!... Qii ça? — Jenneville er iard. — Bah! comment, ce voyageur? — C est Blagnard. 11 est monté chercher ses pistolets et bientôt... — Eh bien liissej-les se battre!. .. ra ne nous regarde pis!... — Non, je ne puis souffrir t.. . ce Blagnard m'a volé aussi et je veui... — Allons, voi a une !nen belle idée à présent I ne vas-tu pas l'en mêler, toi? S'il fallait se battre avec tous ceux qui nous doivent de l'argent, on n'en finirai! | isl

Je ne réponds plus à Dubois, mais j'ouvre nu va -t et j'en sort mes pistolets. Dubois, qui s'aperçoit de ce que j'ai fait, court au-devant de moi, et se jette dans mes bras au moment ou je v.iis sortir.

— Où vas-tu? — Laisse-moi, Dubois... — Je ne veux pas que tu sortes... Laisse-moi, te dis-je... — Encore une fois, ne te mêle pas de cette querelle... songe d'ailleurs qu il ne faut pal que Jenneville te voie... que tu vas compromettre sa femme... — Je don maintenant surveiller son époux ou le venger... Laisse-moi , ou crains toi-mêmr ma colère...

Je suis parvenu à me débarrasser de Dubois en le jetant sur le pi <n ch' r , je sors précipitamment, je descends... mais Jenneville n'est plus dans la cour, je ne rencontre que i\mie , à laquelle mon agitation , mes armes causent une vive frayeur.

— IV mie... où sont-ils?... les avez-vous vus? — Qui donc cela, monsieur? — Jenneville et ce nouveau voy gcur? — Ils viennent d» sortir... — Grand Dieu!... et par où... de <| el eôtéî — Ti nez, ils ont pris par-la... derrière notre jardin... — Ah! puisse je y arriver i temps!. . — Mais qu'est-il donc arrivé, monsieur?

Je ne réponds plus, je m'élance .lans le chemin qu'elle m'a indiqué je regarde au loin... je ne les aperçois pas... mu i :. s d'arbres,

des buissons me les cachent peut-être... Grand Dieu I... j eau n ls un coup de (eu... c'est ■ ... courions... un second coup Ir^ppe

bientôt mon oreille et achève de me guider!... c'est dans ce sentier...

Je cours... un homme passe en fuyant près de moi... c'est Blagnard !... Ociel , et Jenneville I...

Je veux arrêter Blagnard... je l'appelle... il est déjt loin... Ah! dam ce moment, je ne dois songer qu'a secourir si victime.

Je m'élance dans un chemin ombragé d'arbrei , el je n'ai pu fiit trente pas que j'aperçois Jenneville étendu sur la ter.e. Je c.mrs à loi... le malheureux est inondé de sang!... I.a balle lui a lrav< rsé li poitrine !... O mon Dieu ! comment le secourir ? Je prends sa tète, je la soulève, je la pose sur mon geuou... j ippelle . je eue , je demanda des secours , et avec mon mouchoi. J «eue d'ar I , qui coule

de sa blessure. ~~

Mais j'entends du bruit, des cris, des pas précipités... C'est Dubois... Ce sont tous les habitants de l'Ai iix...

Ah ! malheureuse I po> rquni l'a l-on

En ce moment ils sont pn stines'eM nom

elle n ■■'■ • -. uni- deux

ruiss la paupii n ... i i

e il la m. un in ma savais ici... mon ami...

in ou

sa blessure, il repousse luis i en disant . — C'est inutil

coup c>t mortel... je sens que < n Iquei ixuunts *

. Uisaet-moi parler à ma femme et • mon imi... Il fail signe ai x - os ,1c l'auh ia de s'éloigner,

Xugustiiu el i une tient

, et mot je souticussa tête contre ma ine. Jcnncvi li lui ie.-ie pour lu:

parler encore

— Ma cl je ne méril ..j'ai fait votre

malheur... toi dis que je pouvait passer unes! belle

\iel... Je sais que? i . - torts, vous nie iules Une

nuit.., je VOUf avais suivie... et j'ai entendu rotre- conversation avec

mes bons amis, auras vas.,, Paul, roodax-

use... fait«*-lui oulii'— les chaaim* au* )•..

Il n'en peut dire davantage , ses yeux se ferment pour toujours. En 'apercevant que son époux n'est plus, Augustine a perdu connaislance ; Dubois la prend dans ses bras et la porte à l'auborge , tandis ju'aidé de quelques paysans j'y fais aussi transporter le corps du majieureux Jenneville.

En arrivant à l'auberge, mon premier soin est de m'informer de ftlagnard ; mais il est reparti depuis longtemps , il a semé l'or pour que •'on attelât plus vite ses chevaux. Tout ce qu'on peut me dire, c'est qu'il a pris !a roule de Paris ; auelque part qu'il se cache , j'espère parvenir à -e découvrir.

On sent bien que je ne songe plus à me rendre chez mon père!... Cet événement inattendufait naître en monâmetantde nouvelles pensées... mais en ce momesî je rougirais de m'y livrer. Je ne veux pas même me présenter devant Augustine. Cependant elle ne peut rester en ces lieux; je pense que c'est auprès de Juliette qu'il lui sera plus doux de se retrouver, et je charge Dubois de l'y conduire.

La voiture qui l'a amenée est prête , Dubois et IN'inie sont allés cher- «her Augustine... Elle n« veut point encore s'éloigner des restes de son époux; mais Ninie insiste, JNinie la supplie de partir, et Dubois l'emporte dans la voiture, où il se place avec elle, et que j'entends ivec joie s'éloigner.

Il ne me reste plus que de tristes fonctions à remplir. Je passe pour ;ela quelques jours à Hanches. Après avoir fait enterrer Jenneville lans le cimetière du bourg, je fais placer sur sa tombe une pierre avec *on nom ; mais je n'y fais point inscrire d'épitaphe ; à quoi bon ? Ces éloges gravés sur la pierre prouvent bien moins les vertus des morts que la fausseté des vivants.

Enfin j'ai dit adieu à M. Bénin, j'ai embrassé Ninie, en leur s^uUai- Jtnt toutes sortes de prospérités et des événements moins tr.~;ques ians leur auberge. Je leur promets de venir les revoir toutes les fois

fie j'irai chez mon père, et je retourne à Paris. Qui m'aurait dit que y reviendrais si vite? Ah ! que j'ai bien fait de garder mon logement rue Chariot!... Combien de souvenirs il me rappelle!... et aujourd'hui que d'espérances s'y joignent!. ..Oui, je dois l'avouer, pour moi 'avenir est de nouveau plein de charmes.

Mon premier soin est d'aller trouver Dubois. Il m'apprend qu'il a Bonduit Augustine chez Juliette, à laquelle il a conté l'événement arrivé à Hanches. Il sait que depuis ce temps madame Jeuneville est restée chez son amie... lrai-je la voir?... Non, je ne le dois pas en- Sore , je veux respecter sa doleur... Elle me saura gré d'ailleurs de la privation que je m impose. Je me contenterai de faire demander de «■s nouvelles.

Mais il y a que\qVun que je veux voir , que je veux trouver , c'est ce misérable Blagnard ; pendant plusieurs jours je ne cesse point de le chercher. Je "eux que Dubois m'aide dans mes perquisitions ; mais Dubois, qui devine pourquoi je veux trouver ce fripou, prétend qu'il l'est sauvé en Sibérie , et qu'il est inutile de le chercher.

Il y a six semaines que je suis revenu à Paris, j'envoie tous les jours «avoir des nouvelles d'Augustine ; mais je veux que trois mois se soient écoulés avant de nie représenter devant elle. Dubois dit que je recommence à faire des bêtises, et que j'attendrai qu'elle se soit remarié

pour aller la voir. Moi, je sens bien que je ne puis pas me retrouver près d'Augustine sans lui laisser voir mon amour, et il me semblfc qu'il est encore trop tôt pour lui en parler.

Un soir, en sortant de dîner avec Dubois , nous rencontrons Jolivet que je n'avais pas vu depuis longtemps. Après les premiers compli ments, il se met, suivant son habitude, à nous parler de ses affaires: il se plaint , il prétend que son argent ne lui rentre plus. Un de se débiteurs vient encore de mourir.

— A Sainte-Pélagie? dit Dubois. — Non... à l'hôpital... Oh! celui là, ce n'était pas la peine de le faire mettre en prison ; il n'y avait n'en à en espérer!... Vous l'avex connu, messieurs; c'est cet homme qiw faisait tant d'embarras!... qui ne voulait pas manger d'omelette soufflée, parce que c'était trop classique 1... Apparemment qu'il a trouvé plus romantique de mourir à l'hôpital... — L)e qui donc parles-tu?— Eh ! parbleu, de M. Blagnard. — Blagnard est mort!... Mort à 1 hô pital! et il y a six semaines, je lui ai vu encore deux domestiques. — l^u'il ne payait pas ssns doute. Ce qu'il y a de certain , c'est que deu; jours avant 3a maladie, il avait joué et perdu tout ce qu'il possédait, s bien que le maître de l'hôtel où il logeait n'a pas jugé à propos de 1 faire soigner chez lui.

— Blagnard est mort ! s'écrie Dubois , ça fait deux duels de moins ; car Deliguy voulait se battre avec lui, et certainement, comme je lui aurais servi de second, j'aurais aussi dit deux mots à ce fripon... Mais, après tout, j'aime autant que ça se soit passé comme ça.

N'ayant plus à m'occuper de venger Jenneville, je suis tout au plaï» sir que je me promets en revoyant Augustine. Les trois mois son'' écoulés enfin, et je me présente chez elle. Je la revois !... Un seul d( ses regards me paye de cette longue attente. Augustine est trof franche pour cacher le plaisir qu'elle éprouve à me revoir. Son cœu: ne sait point feindre ces douleurs qui ne peuvent naître de la perte d< quelqu'un qu'on n'aimait plus. Nous ne parlons pas d'amour; mai nous savons bien que nous nous aimerons toute la vie.

Augustine continue d'habiter chez Juliette, jusqu'au retour de it belle saison. Maintenant je la vois chaque jour... Pouiquoi nous priverions nous a présent du bonheur d'être ensemble?

Lorsque le mois de mai a rendu aux champs leur parure, Augustine retourne à Luciennes. C'est là , c'est dans cette campagne chérie que je devais obtenir le prix de mon amour. Ces bosquets , ce bois touffu, témoins de mes soupirs, le sont maintenant de mon bouheur ! Augustine est à moi... elle sera ma femme... J'ai écril • mon père... II j bien fallu qu'il consentit ; d'ailleurs Augustine a mule éc'i «le rente» avec ce qui me reste, n'est ce p^s plus qu - *-v- fj" pour vivr heureux ?

Eiie est ma femme enfin. Je l'ai conduite chez moi. père, qui I> trouvée charmante , et m'a fait compliment de mon choi»-. Augustine sait se faire aimer de tout le monde, et ne veut aimer que moi. Nous habitons Paris l'uiver, et 1 été nous ne quittons pas Luciennes. Juliette vient nc»s voir souvent; elle est heureuse de notre bonheur. Dubois

vient aussi quelquefois nous i ontea ses fiéiames, el ma leinme txcu?e tout en la fiveur de son bon cœur.

m PARISIEN

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