‹ La femme, le marie et l'amantChapitre 16 sur 18 · UN PARISIEN DANS L'ANDALOUSIE · texte numérisé non relu

UN PARISIEN DANS L'ANDALOUSIE

— As-tu dit ma commission? — Oui. — Qu'ont dit ces pauvres gens?

— Ils vous bénissent pour tous les dons que vous leur faites ! — Leur maison vient d'être brûlée , n'est-ce pas un devoir de les secourir? — Belle et bonnet dit Frédéric, il faut donc absolument vous adorer?

— Bonne! répète Marquitta en souriant, pas trop!... mais franche du moins... plu* que vous autres Français, qui savez, dit-on, si bien nentir, que, tout en ne vcus croyant pas, on aime à vous entendre.

Avant que Frédéric ait répondu, Marquitta, s'apercevant qu'Ornégro est toujours contre la porte , lui dit brusquement :

— Que fais-tu encore là?... va-t'en. — C'est que... le muletier qui • amené le Français demande at'tl repartira bientôt , et ce qu'il doit ■ire...

Marquitta regarde Frédéric et s e crie :

Partir I maia non, voua n'allez pas repartir aujourd'hui... Rien ne roos presse, à ce que vous m'avez dit, et puisque ce pays vous plait tant, 1 ourquoi n'y passeries-vous point quelques jours? Je vous offre l'hospitalité ; je voua chanterai des sequiaillas, en m'accompagnant de ma mandoline; et voua me conterez vos aventures de Paris... — Mais vous ne les croirez pas , puisque vous venez de dire que les Français ae savaient que mentir. — Ah ! senor!... il peut y avoir des exceptons... je ne voulais pas vous offenser. Acceptes pour me prouver que joui ne m'en voules pas. — Ce serait avec grand plaisir, mais je crains l'abuser de... — Allons, vous restes. Allez renvoyer votre ealturo; moi , je vais donner des ordre* pour votre logement.

Frédéric va trouver le muletier, qui est encore à la porte avec Rataua et Catalane. Il le paye grassement et lui dit :

— Je m'arrête quelque temps ici, Pédrillo, vous êtes libre. Si vous passez par cette route dans quelques jours, il est possible qu'alors je parte avec vous.

Le muletier sourit avec malice, et remonte sur Ragazaa en disant :

— Je comprends, senor Français, je comprends I... les beaux yeux de Marquitta ont produit leur effet accoutumé, et la coquette est flattée de votre conquête... Allons, bonne chance, senor, mais ne vous fattez pas trop!... Je repasserai dan* quelque* jours... si j'ai le temps.

Pédnllo pousse ses mules. Il entonne sa chanson favorite , et bientôt la voix du muletier et le son des grelots se perdent dans l'éloignement.

Frédéric rentre dans la maison de Marquitta, qui vient .a-devant de lui et lui propose de parcourir son jardin. Le jeune Français y consent ; il offre son bras à son hôtesse, qui l'accepte sans façon ; puis tous deux s'enfoncent sous de belles allées de citronniers, d'orangers, sous des bosquets de roses et de jasmin. Frédéric est dans le ravissement : un séjour charmant, une campagne embaumée, un ciel pur, une femme jolie, spirituelle, que l'on tient sous le bras, et qui semble rire très-facilement, c'était plus qu'il n'en fallait pour tourner la tête au jeune Français, et déjà il se disait tout bas : — Germilly ne m'a pas trompé !... Ahl le beau pay* que l'Andalousie I...

On revient ver* la maison, où le repas du soir est prépare. Marquitta fait les honneurs de sa table avec sa y, race accoutumée ; et Frédéric , tout en buvant d'un excellent vin de Malaga , s'écrie :

— Si vous me traites si bien, mon aimable hôtesse, je ne pourrai plus me décider à vous quitter. — Eh bienl vous resterez... senor Français. Je vous parais bien légère peut-être, mais écoutes-moi. J'ai été de bonne heure maîtresse de mes actions, de ma fortune; cela m'a donné pins d'assurance que n'en possèdent ordinairement les femmes. J'aime à faire ce qui me plait, à dire ce que je pense. On me trouve originale, bizarre, coquette, que sais-je ! mais je ris de ce qu'on dit, et je continue à suivre les mouvements de mon coeur, qui jusqu'à présent ne m'a pus mal guidée. Une lemme de mon âge recevoir chez elle un jeune étranger... cela semblera bien inconséquentl... Mais si, malgré ma jeunesse, j'ai déjà la raison, la fermeté de l'âge mûr; si j'ai bien jugé cet étranger en le croyant incapable d'offenser une femme, alors où donc est le mal, et pourquoi me priverais je d'une aimable société?... — A coup sur, senera, ce n'est pal moi qui le trouverai Hauvais, répond Frédéric un peu contrarié du Ion sérieux que son hôtesse vient de prendre. Mais celle ci revient bientôt à son enjoui m, nt habituel. La aoirei l'eil passée; Marquitta se lève, appelle une servante, et lui ordonne de conduire son hôte à l'appartement qu'on lui

a préparé. l-\ édérii s due Marquitta, lui b lise l in, el 1 élo , 1e, non

sans se retourner souvent pour rencontrer encore les beaui yeux de son hôtesse.

La »er\ inté èonrluil le jeune Franc, 4 dans un pavillon qui < st de i'atiir. • co r, et eotièi enn "i >é| li de la m

Frédéric 30 voyant r< n ; les Français vonl

en amour, ans doute o*lui-i jarêvéune nuit plus d<

Il faut ce; indant qu il se contente de son pavillon, qui est fort joli. Il se couche en pensant a Marquitta, el t'endort en H ;i tut: — Je l'adore plus que je n'ai jamais aimé mes perfides comp triotest... 0 >l u- Tiiiia , si je utté l inspirer ", I amour, je n aurai plus rien îé.si'er!

Le ii naît m est éveillé enchanté de logerr* . la belle

And,.ln i.r. 11 descend de bonne heure ; il voudrai! d ja êtu pi Marquitta, dont l'image séduisante ne l'a pat quitti rant »ou sommeil. Il rencontre don la cour le 1 !>■ >• 1 ). oégro, qui im •!• ) 1 oc< une

à porter des fleura nouvelles sous les fenêtres de aa mi -.se. I I -pi-

guol li 1 ,1. vaut le Français et ne semble oas dispos? * c«u-

r; Frédéric l'arrèla 1

. Est ce qu'elle dort encore? — Qui T — Comment, quiî mais ta maîtresse, la belle Marquitta. — Oui. — Alors je vais me promenet au jardin en attendant son réveil... Elle est charmante, votre maîtresse, et je suis bien content de vous avoir rencontré hier devant la Madone; sans cela, ce bavard de Pédrillo ne me menait pas ici... — Oh! santa Madonai...

Ornégro n'en dit pas plus. D croise dévotement ,<rs bras et lève lea yeux au ciel. Frédéric s'est éloigné ; il va au jardin rêver à Marquitta. Son hôtesse paraît enfin; elle lui semble encore plus ravissante que 1* veille. Peut-être la toilette de Marquitta est-elle aussi plus recherchés), plus gracieuse encore; cela n'annonce pas le desstiu de déplaire au jeune Français. Celui-ci fait tout ce qu'il peut pour séduire, pour cap tiver ; la journée s'écoule en promenades, musique, conversations. Marquitta chante avec âme, avec sentiment, Frédéric a la voix douce et légère-, chacun aime à entendre l'autre. Le temps passe vite ainsi.

D'autres journées succèdent à celle-ci. Frédéric a parlé d'amour, et ses yeux en avaient parlé d'avance. Marquitta a ri de la tendre déclaration du jeune Français. Celui-ci a voulu ravir quelques légères faveurs; Marquitta est devenue sévère, et Frédéric, qui est réellement amoureux, a perdu toute cette audace qui lui allait si bien à Paris. 11 se désespère, il jure qu'il mourra s'il n'est pas aimé de Marquitta; il devient triste, il ne fait que soupirer, il ressemble presque à Ornégro; et la coquette rit toujours quand il lui conte set tourments.

Un jour, Frédéric prend ou feint de prendre son parti; il se présente devant Marquitta en costume de voyage et lui dit :

— Je par* , je viens vous faire met adieux.

Marquitta ne rit plut. Elle pâlit, se trouble, perd contenance , et murmure coin :

— Pourquoi donc partir? —Parce que je voua adore... que votre vue ne fait qu'augmenter l'amour qui m'embrase, et -que je dois vous fuir, puisque je ne puis toucher votre cœur. — Oh! ne partes pat! répond Marquitta d'une voix tremblante et cm baissant ses beaux yeux pour cacher ce qu'ils expriment.

Frédéric s'approche de la belle Andalouae , lui prend la main , la place sur son cœur en disant 1

— Il faut bien que je m'éloigne. .. ti vont n'evex pas pitié det maux que vout me causes I

Marquitta est longtemps tans parler , mais elle a laissé ta main dama celle de Frédéric, qui la couvre de baisers; enfin elle lève ses yeux sur lui, le fixe d'une façon singulière, on dirait que aca regards veulent pénétrer dans l'âme du français; elle lui répond d'un ton presque solennel :

— Vous m'aimes, dites- vous?... malt est-ce bien vrai?... Ne cher* chez-voos pat à me tromper?... Savez- voua que ai j'aimaia, moi, ce aérait pour la vie?... Savez- vous qu'il me faudrait un cœur qui comprit le mien... une ime brûlante comme la mienne?... Savei-vous que pour moi l'amour ne serait point un caprice, mais qu'il ferait le bonheur de ma vie ou me donnerait la mort?... Jusqu'à présent j'avais su me défendre de cette passion... je pressentais que je ne pourrais pas aimer à demi... Mon Dieu! pourquoi èles-vous venu dms ce pays... est-ce pour mon malheur?... est-ce pour me faire connaître cet amour que j'avais rêvé quelquefois?... Frédéric, ai vous ne m'aimez que pour un moment, si vous vouliez ^'abandonner après avoir soumis ce cœur jusqu'alors insensible, ahl partez, partes... ne restez pas plus longtemps auprès de Marquitta.

Frédéric ne répond à la belle Espagnole qu'en se jetant à ses genoux, en prenant le ciel à témoin de la sincérité de son amour, en lui jurant que son bonheur sera de passer sa vie près d'elle.

Marquitta regarde tendrement le jeune Français; ce n'est plus de la Coquetterie, de la malice qui brille dans ses yeux; c est un feu nouveau, c'est de la volupté, de l'amour; et de se* lèvres s'échappe 0 aveu si doux :

— Eh bien!... moi aussi je vont aime...

Frédéric ne se possède plus, son délire est an comhic; 11 presse Marquitta dan? si s bras, contre son cœur; elle ne résiste q >■ faiblement à ses 1 anspoiia... Ornégro par il à l'entrée de l'apparl 1 1.

— Que veux-tu? dit Marquitta 1 ■ \<-nc. — Le 11 il i mené l< senot I est là, de*, ml 1 1 mai' ton... il demande ru passant si I étranger vent n 1 r ivec lui. — Partir i... 1 lUrs \ olre envie? dit .M

d ni t( n 'n ni le j' une homme. — ' Mi ' non ' 1

crie 1 1 • c. — 1 ii in, n : ,,1 on -

M rquilii prend le bras «t • Frédérii tout en en> >yant M

iii.iii 1 le muletier et Ornégro, suit sa belU Ils Irouvèrenl

Pédrillo de uni la maison, caressant [tawtza e Catalane Le muletiet fait uni en voyant la manien familière, le ten 're aban-

di • ippuie -nr ie liras du Français*

. \.n services, Pédrillo, .lit Frédéric d'un ait 1er . je nie 110 ivt ir.>p lui n ici pour avoil

le désu N "n- 1 1 1 min. reprend Mar-

qunt.i. Quai t par ici. je crois qu'il sera inutile de vous

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