‹ La femme pendant la période menstruelleChapitre 10 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la sympathie menstruelle ou des rapports qui existent entre la fonction menstruelle et les fonctions psychiques. Son existence est possible et probable.

§ 1. RAPPORTS DE LA MENSTRUATION AVEC LES DIFFÉ- RENTS ÉTATS PATHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES DE L'UTÉRUS ENGENDRANT DES TROURLES PSYCHIQUES.

Des troubles psychiques, la folie même, nous venons de le voir, peuvent accompagner les affections ute'rines : or cellesci se trouvent étroitement unies à la menstruation. C'est par des troubles de cette fonction que commencent presque toujours les maladies de l'utérus, et,dans certains cas même, ces troubles résument à eux seuls toute la maladie.

La métrite aiguë s'observe chez la jeune fille au moment où s'établit la première menstruation: l'absence ou la diminution des règles sont un symptôme de métrite chronique, et la plupart de ces mêmes affections, quelle que soit d'ailleurs leur nature, augmentent alors d'intensité au point d'obliger la malade à garder le lit et à se condamner à un repos absolu.

Rossignol, dans sa remarquable étude sur les détenues et les prostituées de Saint-Lazare (Th. de Paris, 1856), rapporte que sur 1236 femmes, desquelles il faut encore retrancher un certain nombre d'enfants, il acompte 980 affections utérines. Or, il nous dit que quelque fréquents que fussent les troubles de la menstruation, ils n'accompagnaient pas nécessairement tout état morbide de l'utérus, mais tout état morbide

de l'utérus s'accompagnait d'une recrudescence à chaque nouvelle époque menstruelle.

Il résulte également des observations empruntées àLoiseau, à Azam et à Mairet, que c'est souvent au moment de la menstruation ou au moment où elle devrait avoir lieu, que se manifestent les troubles cérébraux engendrés par l'état de souffrance des organes reproducteurs. Je ne citerai que l'observation suivante :

Observation I. — Une femme de quarante ans voit se développer dans la région hypogastrique droite une tumeur sensible à la pression, mais qui devenait surtout très douloureuse à l'époque des règles. Dès ce moment, elle devint triste et sombre; elle fit plusieurs tentatives de suicide, et, convaincue que le démon était d'accord avec son mari pour la faire mourir, elle choisit le moment où celui-ci dormait pour lui plonger un coutelas dans la poitrine : la mort fut instantanée. (Azam, loc. cit., Obs.X, p. 24.)

Certains auteurs, et Lautum en particulier, ont pensé que les cas de folie consécutifs aux ovariotomies et autres opérations sur les parties sexuelles, étaient dus aux troubles mens truels causés par la mutilation des organes.

La fonction menstruelle ne doit pas être séparée des fonctions de la reproduction. Ses rapports avec la grossesse et les différents états physiologiques et pathologiques auxquels cette dernière donne naissance, sont des plus évidents.

La grossesse et la menstruation ont le même siège ; la menstruation, en tant que confondue avec l'ovulation, est la condition sine quel non de la grossesse, et ce n'est que très exceptionnellement que l'apparition de celle-ci n'entraîne pas la disparition de celle-là. M. le professeur Tarnier a constaté que l'époque menstruelle qui précédait la conception, était souvent plus abondante que les autres. L'absence momentanée des règles peut être prise pour un commencement de grossesse, mais bientôt l'erreur se dissipe avec l'écoulement sanguin ; elle persiste au contraire quand il s'agit d'une

rétention prolongée. Dans l'un et l'autre cas, on peut observer tous les désordres cérébraux qui accompagnent l'état réel de grossesse ; ces désordres, néanmoins, n'ont rien de commun avec la grossesse et reconnaissent une origine menstruelle.

Des troubles psychiques qui ont commencé pendant une grossesse, prennent ultérieurement la forme périodique et se manifestent à nouveau aux époques menstruelles. Il a été également constaté depuis longtemps (Monro) que les incommodités des femmes grosses reviennent vers le temps où devraient couler leurs menstrues ; et, pour n'en donner qu'un seul exemple, je citerai l'hydrorrhée, qui prend quelquefois le type cataménial1. Suivant Emet, les femmes qui, physiologiquement ou pathologiquement, ont été longtemps sans rien voir, sentent à l'époque où leurs mois devraient avoir lieu, des douleurs qui se dissipent quand la période est passée bien qu'il n'y ait pas eu la moindre évacuation. « Durant la grossesse, écrit Cabanis (loc. cit., t. III, p. 344), une sorte d'instinct animal régit la femme, et pour peu qu'on sache entendre le langage de la nature, on ne saurait méconnaître, pendant tout ce temps, les signes d'une sensibilité qui s'exercent par redoublement périodique d'énergie et qui peut se laisser entraîner facilement à tous les écarts. » Or, ces redoublements périodiques de la sensibilité, si l'on veut bien se donner la peine de suivre pas à pas la marche des accidents nerveux d'une grossesse, coïncident presque toujours avec le moment de la menstruation.

Bien que la femme, en elTet, ne soit plus réglée, elle éprouve, tous les mois, une tendance, un effort vers la menstruation. C'est ce que Steinzel appelle le nisus périodique, et il trouve dans ce phénomène mensuel la véritable cause de l'accouchement. Cette hypothèse d'après Depaul mériterait quelque attention. Tylcr Smith, reprenant sous une autre

1 Charpentier. Traité des accouchements, l. F. p. 388.

forme la théorie de Steinzel, admet que les contractions utérines apparaissent pendant la dixième époque menstruelle : il se ferait à cette époque une congestion qui deviendrait la cause déterminante de l'accouchement.

Les avortements spontanés ou fausses couches, accidents capables d'occasionner des troubles psychiques, coïncident souvent avec la congestion utérine mensuelle. Le fait est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit : le plus ordinairement il passe inaperçu, et l'on prend pour un simple retour des règles un peu plus abondantes ce qui est un véritable avortement; les symptômes sont à peu près les mêmes, et l'œuf, gros comme un grain de groseille, glisse sans éveiller l'attention ou reste caché au milieu d'un caillot sanguin. Certaines femmes sont si sujettes à ces sortes d'avortements qu'elles sont obligées, aux jours présumés de leurs époques, de garder le repos le plus complet pour conjurer tout danger et permettre à leur grossesse d'arriver à bonne fin.

L'avortement s'observe surtout chez les femmes qui sont puissamment réglées; celles qui se marient tard, en raison de l'habitude menstruelle, y sont également plus exposées que les autres. Nos pères avaient coutume de saigner les femmes enceintes tous les mois; aujourd'hui encore, la saignée mensuelle est indiquée chez une femme fortement pléthorique, menacée d'avortement.

Baillarger a signalé depuis longtemps l'influence de la première menstruation après l'accouchement sur la production de la folie : il l'attribue au rétablissement d'une fonction supprimée depuis près d'une année chez des femmes pour la plupart anémiques ou qui ont été en proie à de vives émotions. C'est généralement vers la sixième semaine après l'acchement que la folie apparaît : elle peut coïncider avec le début des époques ou éclater dans le cours de celles-ci ; dans d'autres cas, elle précède de quelques jours l'écoulement menstruel.

Marcé ' classe également le retour des couches comme la cause occasionnelle la plus fréquente de la folie puerpérale. « Le retour de la menstruation, dit-il, nous paraît être l'une des causes les plus sérieuses et en même temps l'une des plus naturelles. » Sur 44 aliénées, il en compte 11, qui, n'ayant pas allaité, furent prises de folie à l'époque même où elles revirent l'écoulement sanguin; et, sur un total de 60 malades, douze fois il constata le développement de la folie se faire vers la cinquième ou sixième semaine, c'est-à-dire au moment même du retour des règles. Yoici d'ailleurs quelle a été, dans certains cas, l'ordre d'apparition et l'influence réciproque de ces deux phénomènes : trois fois, il y eut quelques traces d'un délire, encore peu caractérisé, lorsque l'arrivée des règles donna une nouvelle impulsion à la maladie et nécessita l'entrée de la malade à l'hôpital; deux fois, le délire éclata au moment même où devaient apparaître les règles qui subirent un retard de huit à quinze jours; enfin, dans 2 cas, les règles apparurent à l'époque normale et leur apparition devint le point de départ du délire. A cette dernière catégorie se rattache l'observation suivante :

Observation II. — Une dame de grande intelligence était accouchée depuis six semaines et entièrement rétablie, lorsqu'un jour pendant qu'elle travaillait dans sa chambre, elle sent tout à coup un trouble inexprimable : sa tête s'égare, ses idées s'obscurcissent elle cherche à se rendre compte de ce qui l'entoure sans pouvoir y arriver. Ce trouble mental passager ne dure que quelques instants, quand elle revient à elle, elle s'aperçoit que ses règles ont coulé pour la première ibis depuis son accouchement.

Marcé ajoute : « Voilà dans son plus faible degré ce trouble mental qui accompagne l'apparition de la première époque menstruelle, mais il ne se borne pas toujours à des phénomènes aussi passagers. » Ainsi, pour cet auteur, l'influence de

1 Marcé. Elude suj- les causes de la folie puerpérale, in An. mcit. psych., 1857, I. III. p. .">77.

la première menstruation ne fait pas l'ombre d'un doute. La conclusion pratique qui découle de ses nombreuses observations, est que la sixième semaine estime époque dangereuse : elle exige de grandes précautions pour être traversée sans incidents fâcheux.

Le D1' Garcio-Rijo est du même avis que Marcé; il termine son excellente étude sur les causes de la folie puerpérale (Th. Paris, 1879) en recommandant de surveiller attentivement le retour des couches : la chose lui paraît très importante au point de vue psychique et médico-légal. Entre autres observations, il cite celle-ci :

Observation III. — Une femme, trois mois après son accouchement devint subitement folle au moment même du retour des règles. C'était la quatrième fois qu'elle accouchait et, aux trois précédentes couches, elle avait présenté les mêmes troubles psychiques. Le délire disparut au bout de quelques jours pour éclater de nouveau à l'occasion de la seconde époque menstruelle.

Quelles sont d'ailleurs les femmes qui sont le plus exposées à la folie puerpérale? Ce sont celles qui, précédemment et plus spécialement à l'époque de la puberté, ont présenté des troubles psychiques en rapport avec la menstruation. C'est l'opinion de Falret, du professeur Brouardel (loc. cit., p. 2) et celle du professeur Bail. « Bon nombre de jeunes filles, dit l'éminent auteur (loc. cit., p. 589) ont été aliénées avant leur mariage à l'époque de la puberté : cellesdà sont éminemment exposées à tomber dans la folie puerpérale. » Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile d'être renseigné sur ces troubles psychiques d'origine puerpérale et menstruelle, car les parents ont grand soin de les cacher pour ne pas nuire au futur établissement de leurs filles. Quoi qu'il en soit, il semble que, sous l'influence du long repos accordé aux ovaires par la grossesse, ces femmes prédisposées aient en quelque sorte oublié la fonction menstruelle, et lorsque celle-ci reparaîtrait, elle s'annoncerait comme l'aurore d'une nouvelle puberté et

s'accompagnerait de troubles psychiques rappelant réclusion de la première menstruation.

Des liens mystérieux unissent la mamelle à l'ovaire. C'est au moment de la puberté, alors que les ovaires commencent à fonctionner, que les seins prennent du développement, qu'ils s'épanouissent et deviennent le plus bel ornement du sexe. A chaque époque menstruelle, ils se gonflent, se tendent, deviennent plus durs, plus sensibles, quelquefois même présentent de véritables élancements douloureux. Ils se flétris-' sent et disparaissent presque complètement chez les femmes que l'on prive de la fonction ovarique et chez celles qui sont arrivées à la ménopause. Guislain a vu la suppression cataméniale s'accompagner d'une abondante sécrétion de colostrum. Chez les animaux la sécrétion lactée peut s'établir en dehors de la gestation, et on a marqué que les mamelles des chiennes se gorgent de lait au moment du rut. La menstruation cesse généralement pendant la lactation, et lorsqu'elle se rétablit ou qu'il survient une grossesse, le lait perd ses qualités; il devient plus aqueux et reprend peu à peu les caractères du colostrum '.

Ces deux fonctions sont si intimement liées l'une à l'autre , leurs rapports sont si sensibles que l'on ne doit pas être

1 Lorsque, après l'accouchement, la mère, pour la première fois, met l'enfant au sein, elle éprouve généralement quelques coliques utérines. Chez certaines femmes, ces coliques sont si fortes qu'elles sont obliger de renoncer à l'allaitement. Cette sympathie entre l'utérus et la mamelle peut être mise à profit pour provoquer les contractions utérines : les Anglais recommandent la succion, la titillation du mamelon ou tout autre manœuvre semblable pour hâter le travail de la partusition ou arrêter une hémorrhagie. Chez quelques femmes, des attouchements répétés du sein suffisent pour provoquer l'orgasme vénérien : j'ai lu l'observation d'une femme qui avait recherché une grossesse à la seule lin d'éprouver la jouissance que lui promettait l'allaitement de son futur nourrisson. Nous savons d'autre part, que tout excitation les organes génitaux s'accompagne de sensations voluptueuses clans les seins et d'une érection plus ou moins prononcé du mamelon suivant que le plaisir est plus ou moins violent, plus ou moins ressenti.

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étonné de voir la menstruation jouer un rôle dans la genèse des troubles psychiques observés chez les nourrices. Et de fait, c'est au moment du retour des couches que leur apparition a été le plus souvent constatée par les auteurs.

Observation IV. — Une femme âgée de vingt-six ans, réglée à douze ans, mariée à dix-huit ans, sans aucun accident nerveux antérieur, au moment d'un sevrage, après treize mois d'allaitement, fut prise d'un état mental très voisin de la folie avec tendance erotique. Les accès revenaient régulièrement à chaque époque menstruelle : d'abord ils précédèrent les règles et étaient d'une intensité extrême; survinrent ensuite en même temps qu'elles; puis n'apparurent que lorsqu'elles avaient totalementcessé. Entre deux accès, calme parfait. (Gazette des hôpitaux, ilnov. I806, p. 526.)

L'explication que Marcé et Baillarger donnent de cette coïncidence est des plus simples. Les nourrices sont souvent des femmes épuisées par une lactation prolongée, supérieure à leurs forces, travaillant beaucoup et se nourrissant d'une manière insuffisante; les règles apparaissent, voilà une nouvelle cause d'anémie dont les troubles nerveux sont la conséquence, que la femme continue à nourrir, ou qu'elle ait sevré son enfant depuis peu de temps.

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