‹ La femme pendant la période menstruelleChapitre 12 sur 46 · INFLUENCE DU CERVEAU SUR LA MENSTRUATION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU CERVEAU SUR LA MENSTRUATION

Il n'est certainement aucun organe qui, sous l'action d'une influence morale, réagisse plus vivement que ceux de la reproduction. Nous en avons une preuve évidente dans l'acte même des plaisirs de l'amour où les plus beaux succès et les plus tristes déboires ne sont souvent que le résultat d'une imagination plus ou moins exaltée ou trompée tout à coup dans l'espérance de ce qu'elle avait rêvé.

Les noueurs d'aiguillettes, au moyen âge, n'agissaient que par le crédit qu'on accordait à leur pouvoir : quelqu'un se figurait avoir été l'objet de leurs maléfices, et voilà que, devant cette conviction erronée, disparaissaient subitement toutes ses forces viriles. Ne nous suffit-il pas d'un rêve lascif où nous voyons la personne aimée pour goûter non un simulacre de plaisir, mais le plaisir complet et assouvi1 ?

Une simple influence morale n'est-elle pas capable à elle seule de provoquer un avortement, de ralentir ou de hâter le travail de la parturition 2 ?

1 11 snfïit de se Ggurer cum fœminiâ aliquâ concumbere, et semen vere exercinitur, non tamen concubitus ille realis est.

î Voici un fait que l'on observe journellement à la clinique. Une femme est en travail; tout va bien. Surviennent quelques élèves, l'émotion ressentie est suffisants pour arrêter instantanément la marche de l'accouchement. Que ceux-ci se retirent, et aussitôt, reparaissent les construction utérines. Même remarque a été faite dans la clientèle privée: l'arrivée du médecin arrête tout d'abord le travail, el ce n'est que lorsque la femme est habituée à une présence que les douleurs recommencent.

Des nourrices, à la suite d'une vive émotion, n'ont-elles pas vu leur lait perdre ses propriétés ou se tarir, ce qu'on exprime dans le vulgaire en disant que le lait a tourné ou s'est répandu ?

Ainsi l'influence du cerveau sur les organes de la reproduction est des plus manifestes ; or, nous avons vu combien est puissante l'action que ces mêmes organes exercent à leur tour sur les centres cérébraux. Ici la sympathie est mutuelle; il y a réciprocité entre les deux fonctions, et l'influence de l'une semble être en raison directe de l'influence de l'autre. Il en est de même de la menstruation, et ce sera un très bon argument que j'apporterai en faveur de ma thèse, si je parviens à établir qu'il existe une influence très marquée des fonctions psychiques sur la fonction menstruelle.

Des ouvrages entiers ont été écrits sur l'aménorrhée et autres troubles menstruels d'ordre psychique. Je ne citerai que pour mémoire ceux d'Albert Michel1 et de Raciborski2. Ce dernier, célèbre par ses études sur l'ovulation et la menstruation, a écrit : « C'est un fait vraiment curieux, mais réel que cette immixtion des opérations de l'esprit et de l'âme dans l'exercice des actes de la vie organique et en particulier de ceux qui sont relatifs à la reproduction. » Il estime, avec preuves à l'appui, que la dysménorrhée peut s'établir de toute pièce sous l'influence d'une cause morale, telle que : vif chagrin, contrariété, jalousie ou toute autre forte passion. Il explique comment une impression profonde et -vivement ressentie aux approches de la menstruation, peut réveiller, du côté des ovaires, une synergie capable de paralyser pour quelque temps les appareils érectiles qui se préparaient à entrer en mouvement pour le besoin de l'orgasme menstruel.

Voilà, par exemple, une femme qui, dans un moment de

1 Albert Michaeli. Casus menstrui fluxus anomali ex animi pathœmalibusperturbui... Ilallœ, 1741.

2 Raciborski. Archives gén. de me'd., ma-i 1865.

faiblesse et d'égarement, a failli à son devoir. Effrayée des conséquences de sa faute, elle est sans cesse poursuivie par la peur d'une grossesse qui viendrait à la trahir; tout entière à cette idée, elle compte, avec une impatience fiévreuse, les jours qui l'éloignent encore de la prochaine époque, et épie, avec une anxiété extrême, tous les symptômes qui précèdent chez elle l'apparition des règles ; mais c'est en vain, la seule crainte d'être enceinte a suffi pour supprimer la menstruation.

En voilà une autre qui, mariée depuis longtemps, est inconsolable d'être sans enfant ; elle désire être mère de toute l'ardeur de son âme et ne voit jamais son vœu se réaliser. A un moment, la violence de son désir est telle qu'elle croit le fait accompli ; elle se dit enceinte et les règles ne coulent plus : l'émotion les a supprimées.

Les observations de suppression de règles par influence morale sont très nombreuses : on en trouve dans tous les auteurs et tout médecin en a à son acquis. Les vingt-quatre que je rapporte dans le cours de cet ouvrage sont des plus probantes'. Je ne citerai ici que les trois suivantes.

Observation V. — Une fille vertueuse avait un amant : il se fit moine. Elle en eut un grand chagrin, ses secours cessèrent, elle tomba dans le délire, dans des spasmes et des mouvements convulsifs. Elle resta près d'un an dans ce désordre. Elle recouvra sa raison avec ses règles et oublia la cause de ses malheurs. (Raulin, Traité des affections vaporeuses du sexe, Paris, 1758, p. 198.)

ObservatiOxN VI. — Une jeune femme de dix-neuf ans, ordinairement bien réglée, reçoit le jour même où elle attendait ses règles, la nouvelle de la mort d'une personne qu'elle aimait beoucoup. L'écoulement menstruel ne parait pas : symptômes de congestion cérébrale ; quelques jours après, mort de la femme. Autopsie fort curieuse et très probante (Witebead in London médical Gazette, n" d'avril.)

Revillod, dans la Revue médicale de la Suisse romane,

1 Voir Obs. 19, 21, 42, 50, 55, 58, 74, 130, 159, 177, 180, 182, 201, 204, 21 4, 220, 224, 225, 238, 239, 255.

rapporte un cas très curieux de périodicité morbide qu1 prouve jusqu'à la dernière évidence l'influence du moral sur la menstruation.

Une clame avait eu une suppression accidentelle des règles au mois de juin. Le seul souvenir de cet accident, en dehors de toute autre cause, fit que, pendant quatre ans, celte dame eut une aménorrhée complète au mois de juin, tandis qu'aux autres mois elle était parfaitement réglée.

D'autres fois, au contraire, sous l'influence d'une vive impression, le flux menstruel peut se rétablir comme il s'était supprimé.

Observation VII. — Une jeune fille apprit inopinément la fausse nouvelle de la mort d'un homme qui lui était cher. Elle avait alors ses règles qui se supprimèrent. Bientôt après, elle fut prise de convulsions. Des événements extraordinaires ramenèrent cet homme dans son pays, il alla visiter les parents de la malade. Elle le reconnut et les accidents se calmèrent à sa -vue... Quelques heures après les règles avaient reparu. (Ghambon, Maladies des filles, des femmes et des enfants, Paris, an VIII, t. II, p. 28.)

Le D1' Martin (de Lobus) rapporte l'histoire d'une aliénée aménorrhéique depuis cinq mois, dont les règles reparurent, et avec elles la raison, à la suite d'une vive intimidation ; on l'avait menacée de lui couper les cheveux.

Lorsqu'une jeune fille se marie, elle a bien soin de choisir son jour; il est assez fréquent pourtant d'apprendre l'histoire de quelque malheureux mari, qui, le soir de ses noces, s'est vu séparé de sa femme par une barrière de roses. *La cause de cet inopiné et malencontreux retour doit être recherché dans les fortes émotions du mariage.

On a pu obtenir par simple suggestion hypnotique le rétablissement et la régularisation de la menstruation1.

1 Liebeault et Voisin en rapportent plusieurs cas. Celui du professeur Bernheim de Nancy, est des plus curieux. (Voir Association française pour l'avancement des sciences; Congrès de Toulouse, p. 84J.)

L'influence morale se fait encore sentir sur l'époque de la première apparition des règles, qui est retardée ou avancée suivant l'éducation que reçoit la jeune fille et le milieu dans lequel elle vit. Toute excitation génésique (roman, bal, théâtre, fréquentation mondaine) hâte le moment de la puberté pour la jeune fille, et, pour la femme déjà réglée, augmente la quantité de sang perdue à chaque époque. Tout le monde sait qu'à la campagne, la menstruation est plus tardive qu'à la ville. J.-J. Rousseau nous dit qu'il a rencontré dans le Valais et le Tyrol de grandes filles, d'ailleurs très formées, qui n'avaient aucun signe périodique de leur sexe. Il se rend compte de cette différence d'avec les jeunes filles des villes, par la simplicité de leurs mœurs et la tranquillité de leur imagination, qui, plus longtemps paisible et calme, « fait plus tard fermenter leur sang et rend leur tempérament moins précoce- ».

Le cerveau a donc une grande influence sur la menstruation : la chose me paraît prouvée; mais il serait temps, je crois, de clore ce chapitre et je me hâte d'arriver aux conclusions.

Partant de ce fait, que les affections des organes reproducteurs chez la femme et l'état puerpéral peuvent retentir du côté du cerveau, j'ai prouvé que la menstruation ne reste pas étrangère à ces différents états, qu'elle doit être comprise dans la puerpéralité et qu'en conséquence, elle peut réveiller les sympathies cérébrales au même titre que les affections utérines, la grossesse, l'accouchement et la lactation.

A ceux qui m'ont objecté que la menstruation, étant une fonction physiologique, ne pouvait normalement donner naissance à aucun trouble, j'ai répondu avec preuves à la main : « La menstruation n'est pas une fonction, niais la simple manifestation d'une fonction qui est l'ovulation. Elle est un état mixte, situé sur les limites de la pathologie et de la physiologie, un état vulnérable, un état de réceptivité

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morbide, caractérisé par le facile développement et la fréquente apparition d'actes pathologiques les plus variés. »

En dernier lieu, j'ai démontré combien est puissante l'action du cerveau sur les fonctions de la génération et plus spécialement sur celles de la menstruation. Or les organes de la reproduction agissant à leur tour sur les centres cérébraux, la menstruation ne saurait faire exception et rester étrangère à la sympathie génitale. Elle a sa part d'influence : car, ce n'est pas d'un organe, mais de tous les organes de la génération que partent des impressions, et celles de l'ovaire comme les autres doivent atteindre le cerveau.

Tout ceci n'est qu'une hypothèse : je vais l'appuyer de l'autorité d'auteurs éminents, j'y ajouterai l'autorité écrasante des faits, et cette hypothèse, qui n'est pas déjà sans fondement, se changera en certitude, je l'espère, pour le lecteur qui voudra bien me suivre jusqu'au bout.

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