PREUVE CLINIQUE
A défaut d'autres arguments, l'autorité des maîtres dont je viens d'invoquer l'appui, devrait nous suffire, mais à leur témoignage je veux ajouter la preuve irrésistible des faits. Et certes, ceux que je raporterai seront si nombreux et empruntés à des auteurs si connus et si dignes de foi, que je me fais fort, avec eux, de porter la conviction pleine et entière dans l'esprit de ceux qui doutent encore de l'existence de la sympathie menstruelle.
D'aucuns plus récalcitrants me diront peut-être : « Ces troubles menstruels que vous nous donnez comme engendrant des troubles psychiques, ne pouvons-nous pas les considérer comme une pure coïncidence ou plutôt comme postérieurs aux troubles psychiques et engendrés par eux. » Des écrivains distingués ont répondu et Mayer1 est même allé trop loin lorsqu'il a dit : « Le cerveau et l'ovaire sont inégalement
ménopause et de Valiénatian mentale, Pages, thèse de Nancy, 1876 ; Etude sur la ménopause, Barié, thèse de Paris, 1877. Avis aux femmes qui entrent dans V âge critique, Paris, 1816, et Traité de la ménopause, Paris, 1821, de Gardane; Essai sur la physiologie et la pathologie de la ménopause, Paris, 1858, Bocque ; Conseils aux femmes sur l'âge de retour, Paris, 1875, Mayer,
1 Mayer. Die Beziehungen der Krankhaften Zustande in den Sexualorganem des Weibes zur Geistesstorungen. Berlin, 1870.
l'un avec l'autre en rapport réciproque. Si l'un ou l'autre de ces organes ou si tous les deux en même temps présentent des troubles, on ne peut admettre qu'une seule influence : celle de l'ovaire sur le cerveau. » Mais pas n'est besoin de preuves d'autorité, car l'objection ne saurait tenir debout devant la discussion et l'analyse de certains faits.
1. — Si les troubles de la menstruation étaient sous l'influence des troubles cérébraux, comment expliquer ces cas où l'apparition et le redoublement des psychoses coïncident avec une menstruation absolument normale en quantité et en qualité, s'eflectuant régulièrement tous les mois sans la moindre douleur?
Observation XIL — Cuisinière de vingt-six à vingt-huit ans, tempérament sanguin. La menstruation était régulière non seulement sous le rapport de la périodicité, mais encore sous celui de la quantité et de la qualité de l'excrétion. Cependant, à chaque époque, cette fille éprouvait une sorte d'exaltation qui ne troublait pas sensiblement les opérations de son jugement, mais la rendait très dangereuse, puisque, sans provocation, elle menaçait de son couteau, et qu'un jour, entre autres, elle faillit réaliser ses menaces. On fut obligé de l'envoyer à l'hôpital des aliénés. (Marc, De la folie considérée, etc., Paris, 1840, t. II, p. 112.)
Sur les 19 malades de Krafft Ebing, 8 avaient une menstruation parfaitement normale '.
2. — Si troubles psychiques et troubles menstruels n'étaient que pure coïncidence, comment comprendre ces cas nombreux où les troubles psychiques surviennent en même temps que les troubles menstruels et chez des malades ne présen-
1 Si l'on s'en rapportait exclusivement à ce que semble dire le tableau synoptique que j'ai mis à la fin de mon travail, on croirait peutêtre que les cas de menstruation normale avec troubles psychiques sont peu fréquents, et que leur existence doit avoir pour condition essentielle celle des troubles menstruels. Telle n'est pas cependanl la conclusion qui doit ressortir des nombreuses observations que j'ai publiées : si dans la plupart, en effet, les auteurs ont omis de dire quel était l'état d 3 la menstruation, c'est que suivant toute apparence elle devait être normale.
tant pour expliquer leur folie aucune autre cause héréditaire ou acquise, morale ou physique ?
Barbier rapporte dix observations longuement et sciemment discutées à l'aide desquelles il établit de la manière la plus péremptoire que des troubles de la menstruation survenus sans cause appréciable peuvent être la seule cause de folie à invoquer chez certaines malades. Pareilles observations abondent et le lecteur en trouvera un très grand nombre dans la seconde partie de ce travail.
Observation XIII. — Une femme, sans chagrin, sans affection morale aucune, éprouve un dérangement intellectuel régulièrement tous les mois, au moment de la période menstruelle. Bien loin de se laisser influencer par des causes morales, la malade se fortifie d'avance l'imagination, elle cherche à la prémunir. ïcut concour à nous faire rejeter ici une cause métaphysique. Cela est si vrai que, pendant deux mois, la réaction, au lieu de se faire sur l'organe de l'intelligence, s'élant opérée sur les membres inférieurs, il y eut les douleurs les plus vives, mais l'imagination resta calme. (Berthier, /oc. cit., p. 138 '.)
3. — Si les troubles psychiques n'étaient pas sous l'influence de la menstruation, comment expliquer ces cas où les troubles psychiques paraissent régulièrement tous les mois, durent pendant toute l'e'poque, disparaissent avec elle, cessent pendant tout le temps intercataménial pour se reproduire invariablement à la prochaine menstruation.
Observation XIV. — Une denlelière fut réglée pour la première fois à quinze ans, une deuxième fois le mois suivant; puis resta onze mois sans voir et sans souffrir. Au bout de ce temps la mens trualion reparut et revint régulièrement. Tous les mois, pendant huit jours, elle s'annonce par des coliques, des picotements aux seins, et surtout par des maux de tête. Dans ce laps de temps, cette jeune fille dont la physionomie annonce la douceur, devient
1 Voir également les Obs. 21, 58, 93, 105, 170, 177, 182, 224, 225, 232, 233, 245, 257, 258. Dans toutes ces observations, les auteurs ont constaté l'absence complète d'antécédents nerveux héréditaires ou personnels.
méchante, irascible, furieuse à la moindre objection ; si elle est alors à la campagne, seule avec son troupeau, elle décharge sa colère sur ces animaux, les injurie, les frappe, et n'est satisfaite que lorsqu'elle les voit fuir ou qu'ils font entendre des gémissements. L'époque terminée, tout rentre dans l'ordre. (Brierie de Boismont, De la menstruation, p. 981 .)
Observation XV. — Autre jeune fdle qui n'avait jamais manifesté aucun désordre de la pensée, et qui, tous les mois, aux approches de ses règles, était prise d'une espèce d'aliénation mentale; les idées se troublaient, elle ne savait plus ce qu'elle disait ni ce qu'elle faisait. Cet égarement cessait avec l'apparition des menstrues, dès que celles-ci coulaient abondamment, tout était fini; aucun symptôme n'avait lieu pendant le cours du mois; sa conduite était très raisonnable, et on n'aurait jamais soupçonné le délire que déterminait chaque retour des menstrues. (Brierre de Boismont, De la menstruation, Paris, 1842, p. 100.)
Observation XVI. — Dame du monde devenant maniaque périodiquement aux approches des règles; aussitôt que l'évacuation mensuelle s'arrêtait, tous les désordres des facultés intellectuelles cessaient complètement, (Leuret, cité par Raciborski, Traité de la menstruation, Paris, 1868, p. 467.) 2
4. — Si les troubles psychiques n'étaient pas sous l'influence des troubles menstruels, pourquoi la marche des premiers serait-elle entièrement subordonnée à la marche des seconds ? Pourquoi l'apparition, l'amélioration, la disparition de ceuxzi entraîneraient-elles l'apparition, l'amélioration; la disparition de ceux-là.
Observation XVII. — Une jeune fille, qui ne fut réglée que vers sa vingtième année, cessa de .l'être après la seconde menstruation et fut affectée de lypémanie : elle était dans un état d'agitation et
1 Petit, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1872 p. 98) rapporte l'observation d'une jeune fille qui, à chaque époque menstruelle, châtrait le premier animal qui lui tombait sous la main, sans offrir dans l'intervalle aucune trace de délire. Celle observationn, je pense, n'est pas autre que celle que j'emprunte à Brierre de Boismont.
2 Voir aussi les Obs. 17. 25, 29, 17, 56, 61, 87, 88, 89, 96, 108, 129, 131, loi, 205, 210,217, 225, 2 i9, 250, 251, 254.
5b PSYCHOSES MENSTRUELLES EN GENERAL
d'inquiétude extraordinaire, et avait l'idée fixe qu'elle était entourée de persécuteurs, qui voulaient la tuer elle et son père. La réapparitition des règles fit cesser la maladie. Cinq ans après, elle eut une nouvelle suspension de flux menstruel, et sa mélancolie reparut avec le même caractère. (Edme Courot, Thèse de Paris.)
Observation XVIII. — Une jeune fille, devenue aliénée par la suppression des règles, un matin, en se levant, alla se jeter au cou de sa mère, en criant : « Maman, je suis guérie! » Les menstrues avaient coulé abondamment et sa raison s'était rétablie aussitôt. (Esquirol, cité par Loiseau, Thèse de Paris, 185»), p. 53.)
Observation XIX. — Jeune fille de dix-huit ans, frayeur, aménorrhée pendant douze ans : hallucinations de la vue. Retour des règles, guérison. Calme pendant deux ans. Nouvelle aménorrhée, nouvelles hallucinations accompagnées de mélancolie avec stupeur. Traitement, règles abondantes, guérison. (Duckworth, Journal of mental science, octobre 1864.)
Observation XX. Une dame de vingt-neuf ans, prédisposée héréditairement, éprouva de violents accès de jalousie après son mariage : ses règles se suspendirent, et elle devint aliénée. Un jour, c'était un lundi, les règles paraissent; elles coulent abondamment le mardi. Dès lors toutes les idées sont justes, les préventions se dissipent, les hallucinations se taisent, les excrétions se rétablissent. (Esquirol, Des maladies mentales, 1838, t. Ier, p. 364.)
Observation XXI. — Marie, trente et un ans, pas de prédispositions héréditaires ou de maladies antérieures graves. Six mois avant son entrée à Maréville, elle tomba amoureuse d'un jeune homme au-dessus de sa position et se berça d'illusions qu'elle vit tout à coup s'envoler; elle avait ses règles quand elle .reçut la nouvelle qui détruisait ses espérances. Le sang cessa de couler, et aussitôt éclata un accès de folie à tendance erotique. Il ne dura que quinze jours, mais après une période égale de rémission et de raison apparente, il revint avec la réapparition de l'écoulement sanguin. Les crises se reproduisirent ainsi régulièrement tous les mois, jusqu'à ce qu'enfin, les règles faisant entièrement défaut, l'excitation resta continue. La menstruation, suspendue pendant dixhuit mois, reparut enfin, en même temps l'état mental de Marie devint satisfaisant et elle sortit bientôt après complètement guérie. (Dauby, Thèse de Paris, 1866, p. 52.)
Observation XXII. — Poncelet, trente-huit ans, est atteinte de
lypémanie. Pendant trois mois, elle garde une immobilité et un silence obstinés, ne pouvant même pas aller chercher sa nourriture. Tout à coup elle se trouve mieux. Elle sent son cerveau et rend compte de sa situation. Depuis une heure, les règles avaient paru. Elles coulèrent durant trois jours, et la guérison fut peu à peu consolidée. (Bouchet, Annules médicales psych., 1844, #t. , p. 341*).
5. — Si les troubles psychiques n'étaient pas d'origine menstruelle, pourquoi leur disparition suivrait-elle la disparition physiologique de la menstruation, soit par la ménopause, soit par la grossesse ?
« La folie, dit Ilaslam2, accompagne quelquefois les règles et cesse à la ménopause. » « Malgré sa gravité incontestable, dit le professeur Bail (loc. aï., p.' 580) en parlant de la psychopathie menstruelle, cette folie périodique peut guérir. La grossesse, à cet égard, exerce une grosse influence. Enfin on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge critique. »
Esquirol dit avoir vu plusieurs malades qui recouvrèrent complètement la raison en cessant d'être menstruées. Il rapporte l'observation suivante qui est des plus caractéristiques.
Observation XXIII. — Il y avait à la Salpêtrière, quand j'étais médecin de cet hospice, une femme qui, lors de la première menstruation, était devenue folle et qui guérit à quarante-deux ans, lors de la disparition des menstrues. (In art. « Folie» du Dict.en 60 vol. des Sciences médicales.)
Observation XXIV. — Une femme dont les troubles psychiques avaient commencé vers la puberté, sous l'influence de son état mental, commet un crime qui la fait condamner aux travaux forcés à perpétuité. La folie étant devenue patente, elle est enfermée dans l'asile. Elle y séjourna pendant vingt ans, el, arrivée
1 Voir aussi les Obs. 5, 9, 10, 11, 31, 34, 37, i2, 72, 7.:», 7'.). SI, 87, 89, 92, 93, 96, 101, 105, 107,212, 125, 126, 127, 130, 140, 148, 150, 154, 158, 175,176, 178, 170, ISO, 181, 182, 185, 100, 201, 207, 208, •-,o«.i. 212, 213, 214, 215, 219, 220, 221, 223, 224, 239.
* Ilaslam. Madnes and melancholia. Paris, 1809, p. 248.
à la ménopause, guérit subitement. C'est à la suppression seule des règles par la ménopause que les médecins de l'asile attribuent la guérison. (Boyer, Thèse de Montpellier, 1880, p. 41.)
Observation XXV. — Mmc X..., réglée à douze ans. Menstruation irrégulière et douloureuse s'accompagnant de mélancolie et d'envies de se donner la mort. Vingt tentatives de suicide. La malade s'en montrait désolée et chaque fois pendant le temps intercalaire entre deux menstruations, elle promettait, mais en vain, de ne pas recommencer. Elle ne fut guérie qu'à quarante-deux ans, lorsque le flux menstruel cessa complètement. (Xégrier, in loc. cit.)
L'apparition et la recrudescence des troubles psychiques sous l'influence de la menstruation ont paru si évidentes à certains aliénistes qu'ils n'ont pas hésité à conseiller la grossesse comme moyen thérapeutique. Ils espéraient que le long repos de neuf mois accordé à l'ovaire ferait perdre à l'organisme de la femme l'habitude pathologique de l'éréthisme menstruel. Les Anglais ont même été plus loin : ils ont conseillé la grossesse pour toutes les femmes des asiles, quelles que fussent, du reste, la nature et l'origine de leur folie ; non seulement ils permirent les visites conjugales, mais ils voulurent même les rendre obligatoires par un règlement administratif. Le temps de la grossesse et de l'allaitement ne serait donc qu'une longue période intermenstruelle, et agirait, non en supprimant les douleurs de la menstruation, comme le pensent certains auteurs (il existe, en effet, des psychoses menstruelles sans disménorrhée), mais simplement en supprimant l'orgasme mensuel ovarien.
« Des femmes énergiquement douées sous le rapport sexuel, dit Négrier [loc. cit., p. 173), affectées pendant leur jeunesse et aux époques menstruelles de différents troubles nerveux ont été délivrées pour toujours de ces pénibles accidents aussitôt ap.'ès une première grossesse1. »
1 llippocrate a dit, en parlant des jeunes fdles dont la menstruation s'accompagne de troubles psychiques : « Je leur recommande de se
SYMPATHIE MENSTRUELLE : PREUVE CLINIQUE 6i
Observation XXVI. — Mmo A... a des antécédents héréditaires. A l'âge de quinze ans, elle éprouvait tous l^s mois, vers l'époque des règles, des accidents nerveux très caractérisés : déliante, soupçonneuse, se croyant entourée d'ennemis, elle se sauvait dans la campagne vêtue au hasard, dérobant ce qui lui tombait sous la main, parlant de mettre le feu et d"cmpoisonner. Au bout de douze à quinze jours, elle revenait à elle, racontait que dans ces moments-là, elle n'était plus maîtresse d'elle-même et cédait à une impulsion irrésistible. Deux fois elle entra à la maison de Gharenton, de 1843 à 1843. Pendant ces accès, elle manifestait des tendances erotiques et poursuivait les hommes qui se présentaient à elle. Pendant huit ans Mn,e A... resta chez elle, un peu bizarre, un peu singulière, mais bien réglée et n'offrant pas d'accès de manie. Elle se maria sur ces entrefaites et eut une première grossesse qui fut très heureuse. Peu de temps après cependant, les senliments moraux et affectifs commencèrent à s'altérer chez elle et on vit de nouveau reparaître les symptômes suivants : penchants erotiques très prononcés, onanisme porté au plus haut degréprovocation envers les gens qui l'entourent, parfois même véritable prostitution, tendance au vol; de plus, elle craint d'être empoisonnée, croit qu'on la surveille et qu'on dit du mal d'elle ; par instant, accès de fureur avec mots grossiers. Lorsqu'elle entra à Charenton pour la 3e fois (31 mai 1854) ses règles manquaient depuis trois ou quatre mois, et on supposait qu'elle était enceinte. Elle l'était, en effet, et à mesure que sa grossesse se confirmait et se révélait par les signes les plus positifs, l'état psychique de Mmc A... s'améliorait et tous les troubles disparaissaient. Elle accoucha, n'allaita pas son enfant, les suites de couche furent sans accident. Le retour des règles s'effectua, l'amélioration resta parfaite. On la surveilla pendant les quatre époques suivantes, sa santé ne se démentant pas, on dut insister près de son mari pour qu'il la reprit chez elle. (Marcé, Ann. mëd. piych., 1857, t. 1IIT p. 337, et Legrand du Saule, Les Hystériques, Paris 1883, p. 430.)
Ce qui prouve que la grossesse agit réellement par la sup-
raarier le plus tôt possible ; en eiïet, si elles deviennent enceintes, elles guérissent. Dans le cas contraire, à l'époque même de la puberté ou peu après, elles sont prises de cette alTection sinon d'une autre. Parmi les femmes mariées, les stériles y sont plus exposées. •• (T. VIII. p. i67 et suiv.)
62 psycïïoses menstruelles en général
pression de la menstruation, et que, par conséquent, les troubles psychiques sont sous l'influence de celle-ci, c'est que souvent, ce calme n'est que momentané et ne dure que pendant le temps de la grossesse : l'orage, un instant maîtrisé, reparaît avec une nouvelle intensité dès le premier retour de la menstruation.
Observation XXVII. — Une dame, hystérique dès la puberté, frappée de folie presque aussitôt après son mariage, recouvrait toujours son intelligence pendant le temps de ses nombreuses gestations et pendant les premiers mois de l'allaitement de chacun de ses huit enfants, elle retombait dans son aliénation mentale aussitôt que la fonction ovarienne se manifestait ; elle était réglée pendant cet état d'aberration, mais moins abondamment qu'avant son mariage. (Négrier, loc. cit., p. 80.)
Observation XXVIII. — Une institutrice de vingt-neuf ans, d'une constitution forte et pléthorique, éprouve des vapeurs depuis l'âge de quatorze ans, à chaque époque menstruelle. Ces vapeurs se dissipent pendant une grossesse. Quatre mois après l'accouchement, première attaque d'hystérie avec convulsions, qui se renouvelle et s'accompagne d'un vrai délire maniaque. Elle a le don des langues, elle interprète la Bible, elle accuse les médecins de la faire souffrir, elle est agitée, turbulente, casse les vitres, etc. Dans l'intervalle des époques, la jeune femme est calme, douce, aimable et affectueuse. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 24.)
Observation XXIX. — Une dame de trente ans, éminemment nerveuse, jouit, dans l'intervalle de ses règles et durant chaque grossesse, d'une parfaite santé. Malheureusement, deux jours avant leur apparition, surviennent de la tristesse, des douleurs vagues, puis tous les symptômes de l'hypocondrie au plus haut degré. Le sang se met à couler, et, vingt-quatre heures après, tous ces phénomènes ont disparu. (Brachet, Traité complet de l'hypocondrie, 1844, p. 88.)
Observation XXX. — Une femme, aliénée presque tous les mois, recouvrait complètement la raison pendant tout le temps de la gestation. (Guislain, Leçons sur les phr empathies, 1852, t. II,
1 Voir aussi les Obs. 33, 91, 155.
Les bienfaits de la grossesse n'étant souvent que passagers et celle-ci, du reste, n'étant pas toujours possible, certains ont jugé qu'il était mieux de supprimer définitivement la menstruation et ont conseillé l'extirpation des ovaires.
M. le Dr Félix Voisin, dans ses cours de l'année dernière nous rappelait l'observation d'une de ses malades de la Salpêtrière, atteinte d'un kyste de l'ovaire et qui présentait mensuellement une aggravation caractéristique de son état mental. Il la confia à M. Terrillon, pour qu'il enlevât à la fois et l'ovaire sain et l'ovaire malade. L'ovulation disparut et, avec elle, tous les accidents paroxystiques mensuels. (Obs. XXXI.)
6. — Il existe une identité parfaite entre le rut et la menstruation. Raciborski qui a étudié comparativement chez la femelle et chez la femme les caractères anatomiques des organes de la génération à ces deux époques, assure qu'au point de vue physiologique le rut et la menstruation constituent absolument la même fonction, destinée à mener les ovules à maturité et à préparer dans l'utérus les conditions nécessaires à leur développement en cas de fécondation.
Le professeur Courty l enseigne également que l'écoulement sanguin chez la femme, l'écoulement sanguinolent chez les singes, l'écoulement muqueux chez d'autres mammifères, et, chez d'autres enfin, la simple turgescence, sont autant de phénomènes identiques concourant au même but physiologique à savoir : la continuation de l'espèce.
Suivant J.-G. Saint-Hilaire, les femelles des guenons, des macaques, des magots, des cynocéphales sont sujettes à un écoulement périodique reparaissant avec assez de régularité de mois en mois. Raciborski dit avoir vu au Jardin des Plantes des guenons chez lesquelles l'hémorrhagie était quelquefois si abondante que la cage de l'animal en étail
1 Courly. De l'œuf et de son développement dans l'espèce humaine, Montpellier, 1845.
64 PSYCUOSES MENSTRUELLES EN GÉNÉRAL
arrosée dans une grande étendue. Pouchet a constaté l'écoulement de sang sur des chiennes, des truies, des chattes, des lapines, etc., etc. Les assertions de ces deux savants ont été contrôlées et affirmées par d'autres naturalistes et un grand nombre de voyageurs1.
Or, les phénomènes du rut ne sont pas seulement locaux : l'organisme tout entier y participe. Le chevreuil, le chamois, le cerf, etc., etc., tués aux époques favorables, fournissent une viande généreuse et aisément digérée; tués à l'époque du rut, n'offrent plus qu'une viande mauvaise et dangereuse pour l'alimentation. Dans nos pays tempérés, il n'est pas prudent de manger du poisson au moment du frai, et, dans l'Inde, climat plus ardent, il y a des poissons « dont la consommation est des plus dangereuses à ces moments d'excitation génésique, et que, pour cette raison, on a qualifiés momentanément de toxicophères » (Peter2).
Les signes d'excitation cérébrale sont alors évidents. Ils ont été constatés surtout chez les animaux femelles par Bufïon, Darwin, Brehm, Pierquin3 et tous les grands zoologistes. Chez la chatte cette excitation est poussée quelquefois jusqu'à l'apparence de la folie. : on la voit courir dans l'appartement, sauter d'un meuble à l'autre, s'élancer sur les fenêtres sans calculer les dangers. Gornavin raconte qu'une jument, d'ordinaire docile, devenait intraitable pendant le rut : deux fois elle manqua de casser le bras à son maître. Huzarcl fils rapporte un fait semblable.
Et pourquoi cette excitation n'existerait-elle pas chez la femme ? Pourquoi la menstruation et le rut dont les phénomènes ont le même siège, les mêmes causes, les mêmes effets,
1 Menstruation chez les singes in Archives de locologie, 1887.
2 Peter. Clinique médicale in Semaine médical, 21 novembre 1888.
3 Pierquin. Traité de la folie chez les animaux, de ses rapports avec celle de Vhomme ; revu par G. Cuvier et Magendie. 2 vol. in-8, Paris, 1839.
qui sont absolument identiques sur tous les autres points, différeraient-ils sous ce seul rapport? De ce que la raison, l'habitude de maîtriser ses sensations, le sentiment des convenances permettent généralement à la femme de garder le voile et de dissimuler son état, de ce que cette excitation n'est pas apparente pour tout le monde et n'éclate pas au grand jour, n'allons pas conclure à son absence, dire que le système nerveux ne reçoit aucune influence du molimen menstruel et refuser tout crédit à la preuve tirée de l'identité du rut et de la menstruation.
Ainsi les assertions des maîtres que je citais au début de ce chapitre, n'ont point été faites au hasard : elles sont basées sur la clinique et l'observation journalière des faits. Si, à ces arguments, j'ajoute ceux qui ressortent des pages suivantes, où j'étudie, d'une part, la fréquence des troubles de la menstruation chez les aliénées et les névrosées, d'autre part, l'aggravation de l'état psychique de celles-ci, sous l'influence de la période cataméniale, on conviendra que la forme hypothétique ne nous convient plus. Nous ne devons plus dire, comme à la fin du précédent chapitre : « Il est possible, il est probable » ; mais : « Il est certain qu'il existe une sympathie. » Je crois l'avoir suffisamment démontré.