‹ La femme pendant la période menstruelleChapitre 19 sur 46 · NÉVROSES ET MENSTRUATION : UYSTÉRIE · texte numérisé non relu

NÉVROSES ET MENSTRUATION : UYSTÉRIE

Parmi les 247 malades sur lesquelles portent les observations de Beau *, il faut en compter 3o qui furent atteintes d'hystérie ou d'épilepsie l'année même où elles furent inenstruées pour la première fois.

Bernuz2 a réuni toutes les statistiques données par les auteurs et il a pu constater que, dans un peu plus de la moitié des cas, l'hystérie se manifeste à la révolution pubérale, un peu avant ou un peu après l'établissement de la menstruation.

Je ne serais certes pas très embarrassé, s'il me fallait citer plusieurs observations d'hystérie où la marche de la maladie suivit pas à pas celle de la menstruation. On a vu l'accès débuter au moment de la première période menstruelle, s'en aller en même temps que le flux sanguin pour revenir mathématiquement tous les mois, se suspendre complètement pendant tout l'intervalle qui sépare deux époques ou pendant une grossesse, pour reparaître avec le retour des règles, continuer ainsi régulièrement jusqu'à la me'nopause et alors disparaître pour jamais. L'observation qui suit, n'est-elle pas assez probante.

Observation XXXII. — Mrao L..., réglée à seize ans, est prise aussitôt d'une crise hystérique des plus violentes ; le mariage est conseillé. Première grossesse, cessation des accidents; retour des règles, nouveaux accidents. Seconde grossesse, nouvelle suspension des accès qui reparaissent avec la première menstruation après l'accouchement. (Brachel, Nature et siège de l'hystérie et (/<• l'hypocondrie, 1844, p. 132 3.)

L'hystérie menstruelle a le droit de cité dans les traités de pathologie ; ce droit, elle l'a autant et au même titre que

4 Ueau. Archives générales de médecine, juillet 1836, liv. XI, p. 341.

'• bernulz, cité par Legrand de Saule : Les hystériques, p. 25.

3 Des cas semblables oui été rapportés par F. Hoffmann. De main hypochondriaco, 1750, obs. 6 ; Forestus, De mulierum morbis, obs. 31 ; Olliver («l'Angers), Journal heôdo/n. de méd., t. XI, p. WS. Lucas - (Iliampionnière. Juurn. de méd. et de chir. pral., 1836, p. 136.

l'hystérie traumatique, l'hystérie alcoolique, l'hystérie saturnine, l'hystérie hydrargyrique, l'hystérie tabagique, etc. Gomment comprendre, en effet, que la menstruation qui prend le plus souvent un caractère maladif et dont le rôle est si important dans la physiologie générale de la femme, reste sans influence sur les prédisposées, alors qu'il suffit d'un léger traumatisme, d'une intoxication quelconque pour éveiller la névrose hystérique.

De tout temps, la menstruation a été incriminée de favoriser ou d'engendrer l'hystérie. Il ressort de l'analyse étymologique de tous les noms employés par les anciens pour désigner cette névrose, qu'ils ne lui reconnaissaient qu'une seule origine: l'origine utérine. Evidemment ils étaient trop absolus1, mais ce n'est pas à dire que leur enseignement péchât en tous points et que l'hystérie menstruelle doive être reléguée parmi les mythes qu'ils nous ont laissés. Nos pères décrivaient Yhysteriaamenorrhagiâ. Rodrigues (de Castres) 2 disait en parlant du pronostic de l'hystérie : « Minus malum est si ex menstruis fiât », et Sennert3 : « Malum nimirum hoc virginibus familiare est, cum sanguis ad uterum confluens, ibique excitum quœrens, excitum non inveniet... ut et aliis feminis quibus menses aut post partum purgationes, ex aliquâ causa évidente, supprimùntur aut non recte fiunt. »

Aux yeux de Verette 4, les cas dans lesquels on observe une coïncidence marquée entre les troubles de la menstruation et l'apparition de l'hystérie sont si nombreux que, s'il ne craignait pas dépasser pour exclusif, il dirait « qu'il n'est

1 Les auteurs contemporains ne le seraient-ils pas davantage, s'ils applaudissaient au mot décoché par Georget contre la sympathie utérine : « L'utérus n'est qu'une mauvaise poire tapée ? »

2 Rodrigues de Castres. Part. II, lib. II, p. 155, année 1614.

3 Sennert. T. III, part. II, ch. xm, p. 106, année 1644.

* Verette. De l'hystérie aiguë conséquence de l'arrêt subit de la menstruation. Paris, 1875, p. 13

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