S. [CA.RD
178 PSYGUOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER
blique de 1876 à 188o, et voici dans quelle proportion se trouvent les hommes et les femmes. Sur 100 suicidés de tout âge etde tout sexe, je trouve 79 hommes et 21 femmes ; mais, au-dessous de vingt et un ans, la proportion n'est plus la même : sur 100 suicidés, je compte, de 1876 à 1880. 69 femmes pour 31 hommes ; de 1880 à I880, 62 femmes pour 38 hommes. A quoi attribuer une pareille différence pour cette seule époque de la vie, si ce n'est à l'influence pubérale beaucoup plus prononcée chez la fille que chez le garçon.
Après la puberté, l'influence génitale la plus prépondérante est celle de la ménopause. C'est l'avis de Krugelstein, médecin à Ohrdruff en Saxe, qui a écrit un très beau mémoire sur le suicide *. « Ces deux périodes de la vie, dit-il, amènent souvent une espèce d'aliénation mentale et cest pendant leur durée que la plupart des femmes se suicident. » L'influence de la ménopause s'expliquerait "par cette espèce de spleen, de tristesse profonde, qui s'empare alors de la femme et lui fait prendre la vie en dégoût : le suicide ne serait qu'un épisode fatal et tragique de la mélancolie ménopausique.
Pour être plus prononcée aux deux périodes extrêmes de la vie sexuelle, l'influence de la menstruation ne se fait pas moins sentir pendant la période active des fonctions ovariques.
Le professeur Goste a pu réunir, au musée du Collège de France, une belle collection de matrices et d'ovaires ayant appartenu à des femmes de tout âge qui s'étaient suicidées pendant leurs époques menstruelles, Brierre de Boismont et tous ceux qui se sont occupés de l'étiologïe du suicide, signalent les troubles de la menstruation comme s'accompagnant souvent d'idées noires et de propension au suicide. Au dire de Petit (loc. cit., p. 26), des idées de suicide peuvent naître
1 Annalen der Staals-Arzneikunde, Freiburg, 1840, t. V, p. 203 et Annales d'hyg. et deméd. lég., 1841, t. XXV, p. 171.
pendant l'époque de la menstruation, alors même que la fonction paraît normalement s'accomplir.
M. Archambault a observé le fait chez une dame traitée à Mareville. (Obs. CXVIII.)
« Il est fréquent, a écrit Esquirol (t. I, p. 634), de voir des femmes qui, pendant l'écoulement menstruel, désirent se détruire, font des tentatives pour cela et n'y pensent plus dès que les menstrues ont paru ou ont cessé de couler. »
Les troubes de la menstruation peuvent rappeler des idées de suicide qui ont disparu depuis longtemps, et qui s'en vont de nouveau, dès que la menstruation redevient régulière.
Il se développe quelquefois, sans motif réel ni imaginaire, un désir violent et bientôt irrésistible de la mort, s'accompagnant d'anxiété et cle tristesse ; c'est ce qu'on appelle le suicide anxieux. Ses accès sont irréguliers et, chez la femme, leur recrudescence coïncide souvent avec l'époque des règles1.
Pour la période active, comme pour la puberté, l'accident le plus insignifiant est motif à suicide pendant la menstruation.
Observation CXIX. — Une femme pendant ses règles était d'une irritabilité telle, qu'une contrariété la mettait hors d'elle-même: pour le motif le plus futile, elle se serait tuée, elle avait des envies de toute espèce. (Brierre de Boismont, Ann. méd. Tpsxjch., 1851, p. 581.)
Voici textuellement la phrase que je copie dans letravau de Krugelstein : « Chez toutes les suicidées que j'ai eu l'occasion de voir, l'acte avait été accompli pendant la période menstruelle. » Et, de fait, cette coïncidence est notée dans de nombreux rapports de médecins légistes.
La monomanie du suicide peut se trouver unie à la kleptomanie, à la pyromanie, à la nymphomanie et autres monomanies d'origine menstruelle : elle s'explique, dans ce cas,
* ' Voir Paul Moreau de Tours, art. Suicide in Diction, de Jaccoud, vol. XXXIV.
par le remords qu'éprouve la femme d'avoir succombé à sa fatale passion et par le désespoir de ne pouvoir en triompher.
Observation CXX. — ■ Domestique de dix-huit ans, qui, deux fois pour des motifs futiles, avait, à l'époque des règles, voulu se détruire et qui réussit dans une troisième tentative. (Van Holbeck, Bulletin de l'Acad. de Belgique, 1869, p. 1021.)
Observation CXXI. — Dame de dix-huit ans. Les règles, survenues à seize ans seulement, avaient paru à des intervalles inégaux, puis s'étaient supprimées. La santé, dès lors, avait langui : lypémanie avec propension au suicide. Sous l'influence d'un traitement, les règles se rétablissent et la guérison survient. (Duckworth Wiliam, ext. Journal of Mental Science, octobre 1864. L'aménorrhée came de la folie.)
Observations CXXII et CXX1IL — Corolan Pison parle d'une jeune fille qui se pendit à l'époque de ses règles, etBohnius, d'une autre jeune fille qui se tua aussi pendant ses règles, dans un village, près d'Iéna. (Extrait de Berger : De naturà humana, p. 253.)
Observation CXXIV. — Une fille de dix-neuf ans, appartenant à une famille dans laquelle trois personnes s'étaient suicidées, était à l'époque de ses règles, lorsqu'elle se jeta par une fenêtre d'un quatrième étage et s'enfonça le crâne. (Gendrin, Traité philosoph. de médecine pratique, 1839. t. II, p. 18 et suiv.)
Observation CXXV. — Une femme de Paris, ayant depuis trois mois une suppression des règles qui lui causait des douleurs de tête continuelles et la jetait dans un état permanent de mélancolie, forma le projet de se donner la mort en se précipitant dans la Seine, au delà du pont de Sèvres. Elle ne choisit cet endroit, ditelle, que pour n'être pas exposée à la risée du public, quand on viendrait à la ramasser dans les filets destinés à retirer les noyés. Elle allait pour exécuter ce dessin lorsque, chemin faisant, ses règles parurent; elle sentit aussitôt ses idées se modifier; elle renonça à son projet et revint guérie chez elle. (Vering, Nasse Zeitsch, 1822, cité par Loiseau, Thèse de Paris, 1856, p. 54.)
Observation CXXVI. — Une jeune femme avait tenté, plus de dix fois, de se donner la mort. Sa maladie était due à une dysménorrhée : on eut recours à la saignée et à dix applications de sangsues, répétées chaque mois à l'époque des règles. Les menstrues
reprirent bientôt leur abondance, leur régularité normale, et tous les accidents disparurent. (Landouzy, De l'hystérie, p. 209.)
Observation CXXVII. — Femme hystérique, trente-quatre ans, suppression brusque des menstrues : manifestations de l'hystérie plus intenses que jamais, s'accompagnant de lypémanie avec idées de suicide et refus de prendre des aliments. Cette tendance à se donner la mort cesse complètement deux mois après le retour de la menstruation. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 34.)
Observation CXXVIir. — Femme de vingt-six ans, éprouvant à chaque époque menstruelle la tentation affreuse de se détruire et de tuer son mari et ses enfants, qui lui étaient infiniment chers. Lutte terrible entre ces sentiments et cette impulsion irrésistible. (Gall, t. I, p. 457, cité par Georget, Archives de médecine, juillet 1825, t. VIII, p. 333.)
Observation CXXIX. — Une dame voit apparaître, à quinze ans, les signes précurseurs de l'évolution menstruelle; l'écoulement est douloureux, difficile, irrégulier. Avec eux, se manifeste un vif désir de se donner la mort. Tendresse des parents, soins éclairés, surveillance incessante, rien n'est épargné. Le malheureux penchant persiste pendant toute la durée du flux, s'affaiblit et cesse avec lui pour reparaître à chaque époque. Esquirol est consulté ; après un an de traitement, l'idée s'affaiblit, cesse complètement.
Trente années s'écoulent sans qu'aucun symptôme ne réveille le souvenir du passé. Survient le temps critique, les mêmes idées de suicide reparaissent. Madame est de nouveau conduite dans une maison de santé. Son raisonnement est parfait sur tous les autres points, mais elle ne peut chasser la pensée de mort qui l'obsède, elle se sent, dit-elle, poussée fatalement à se tuer ; elle ne le voudrait pas, elle fait tous ses efforts pour ne pas succomber, et ne cesse de répéter qu'elle ne pourra résister, dîrierre de Hoismont, Ann. d'Hyrj. et de Méd. lég., 1858, t. X, p. 281.)
Observation CXXX. — Anne, dont la mère a été aliénée et s'est suicidée, était d'une constitution robuste et avait toujours joui d'une excellente santé.
La puberté s'était accomplie dans de très bonnes conditions, et la menstruation, arrivée en temps opportun et sans malaise, avait toujours suivi une marche régulière. Elle était revendeuse, veuve depuis un an et avait un enfant.
Un jour, revenant au marché après une courte absence, cil''
trouve sa place occupée par une concurrente ; une vive colère en fut la conséquence et ses règles, qui coulaient depuis vingt-quatre heures, s'arrêtèrent brusquement.
Dès ce moment, notre malade éprouva tous les symptômes d'une congestion grave et devint d'une tristesse exagérée ; tout était pour elle une cause de désespoir ; dans son esprit étaient déjà décidées sa perte et celle de son enfant. En même temps, surgirent des idées de suicide, si bien que, le 13 juillet 1864, elle s'ouvrit les veines des deux bras ; trois jours après, elle se précipitait par une fenêtre, et plus tard encore, elle cherchait à s'étrangler avec son mouchoir.
C'est à la suite de ces nombreuses tentatives qu'elle fut conduite à Mareville, le 26 juin 1864. Elle n'en sortit que le 10 septembre 1865 avec un certificat du médecin constatant que la fonction menstruelle, longtemps suspendue, avait repris son cours, et que, à dater de cette époque, il s'était manifestée chez elle une amélioration qu'on avait vu grandir chaque jour et aboutir aune guérison complète. (Dauby, Thèse de Paris, 1866, p. 47.)
OasERVATiON CXXXI. — Mc R..., vingt-six ans, hystérique, réglée à quatorze ans, dysménorrhée. Agitation et délire pendant la durée des règles ; en dehors, elle est absolument lucide. Elle se montre violente, frappe son mari et ses enfants, se dit inutile sur la terre et a fait au moment de ses époques plusieurs tentatives de suicide. (Combes, cité par Chabrum, Thèse de Paris, 1878, p. 22.)
Observation CXXXII. — Une femme de trente ans, chez laquelle on avait remarqué un certain degré de dérangement des facultés intellectuelles, aux époques des règles, fut trouvée pendue à la tringle de son lit. Son mari déclara qu'elle était en pleine période menstruelle. (Gendrin. Traité philosoph. de médecine prat., 1839, t. II, p. 18 et suiv.)
Observation CXXXIII. — Jeune femme dont l'observation est rapportée par Grégoire Horst, chez laquelle éclataient chaque mois des accès de fureur utérine et d'envie de se tuer qui finissaient toujours par des coliques. (Ann. d'kyg. et de méd. légale, t. XXV, p. 177.)
Observation CXXXIV. — Dans le même recueil et à la même page, il est question d'une jeune veuve sujette à des accès momentanés de catalepsie, qui se pendit sans cause connue. Or, on trouva ses parties génitales irritées et baignées de sang ; il est à suppo-
ser que c'était du sang menstruel, car l'auteur fait remarquer que cette femme jouissait d'une excellente santé.
Observation GXXXV. — MUe..., trente-six ans, a toujours eu une menstruation dérangée et accompagnée d'orages. Les jours qui précèdent les règles, se font remarquer par une hilarité insolite, un bien-être extraordinaire ; puis, subitement, survient un air sombre, triste, rêveur ; le pouls s'accélère, le corps s'agite, une chaleur monte du ventre à la tète, l'imagination se pervertit, et MUe... se sent prise d'un penchant à la fureur et d'une envie excessive de se détruire. (Amart, Traité analy. de la folk, 1807, p. 23.)
Observation CXXXVI. — A seize ans, Sophie commença à éprouver certaines douleurs vagues, erratiques et une nonchalance peu conforme à ses habitudes antérieures. A dix-neuf ans, l'apparition des règles cause chez elle une telle révolution, qu'il s'ensuivit un accès nerveuxdont nous ne saurions précisernila forme ni la durée. Quoi qu'il en soit, à partir de cette époque jusqu'à l'âge de trentesept ans, la menstruation restant toujours très pénible et se présentant souvent d'une façon irrégulière et incomplète, s'accompagna souvent de névralgies variables, de douleurs abdominales et de bizarreries de caractère dont la durée restait limitée à quelques jours. 11 y a cinq mois à peu près que les règles cessèrent, et bientôt on s'aperçut d'un changement plus marqué et continu dans le caractère et les habitudes de Sophie. Elle devint incohérente dans ses paroles et ses actes ; quoique n'ayant jamais été bigote, elle lit preuve d'une religiosité exagérée et se laissa aller à des idées de suicide qu'elle essaya de mettre à exécution en s'ouvrant les veines du bras. On essaya de ramener l'écoulement menstruel, mais ce fut en vain ; les règles ne parurent plus et l'état mental de Sophie ne présenta aucune amélioration. (Dauby, Thèse de Paris, 1806, p. 43.)
Observation GXXXVII. — M"0.. ., âgée de trente-trois ans, grande, belle de forme et de ligure. Tout, dans la physionomie remarquable de cette femme, révélait des passions énergiques. Sa beauté, le charme de ses yeux surtout l'avaient perdue; elle voulut les en punir, et, dans un délire frénétique, complètement nue, sur un balcon, armée de ciseaux, elle tailla cent fois ses seins, son ventre, sa ligure ; elle creva ses yeux, et, dans cet état, muette et sanglante, elle l'ut apportée à l'hospice de la ville, où elle vécut encore quatre jours. Avant d'expirer, ses réponses étaient justes
elle parla peu. Au moment du suicide, MUe..., était au dernier jour d'une époque menstruelle. (Négrier, Recueil de faits pour servir à l'histoire des ovaires, 1858, p. 20.)
L'autopsie de cette malheureuse femme que l'auteur regarde comme une victime de son organisme, dévoila l'immense influence que dut exercer sur elle la puissance de ses fonctions menstruelles : les ovaires étaient d'un volume plus qu'ordinaire. Ils mesuraient de 6 à 7 centimètres de longueur sur 5 de hauteur et d'épaisseur.
Observation CXXXVIII. — La femme M..., âgée de quarantequatre ans, de petite taille, mais d'une constitution forte, d'un tempérament sanguin, est entrée à la Salpêtrière, le 24 octobre 1842. Quelques jours après son entrée, elle essaya de s'étrangler avec un mouchoir. La malade avait alors ses règles. Cependant la raison revint presque immédiatement, et, dans les premiers jours de novembre, cette femme était tout à fait bien. Sa famille la fit alors sortir malgré l'avis du médecin, et son délire ayant reparu peu de temps après, elle fut ramenée à la Salpêtrière. Le lendemain de son entrée, étant encore dans ses règles, elle fit une nouvelle tentative de strangulation. Le 27 décembre, les règles parurent et coulèrent plus abondamment qu'aux époques précédentes. La malade, surveillée avec soin, ne manifesta aucune idée de suicide. (De la Stupidité, par Baillarger, Ann. méd. psych., 1843, t. I, p. 256.)
Observation CXXXIX. — Marie B..., vers l'époque de la ménopause, assiste à une exécution capitale ; elle est vivement émue et, dès lors, ses règles ne paraissent plus. Elle ressent une grande pesanteur dans le bassin, des ardeurs dans les organes génitaux, présente d'abondantes pertes blanches et des douleurs lombaires. Pensant avoir le diable dans le corps et se croyant frappée de réprobation éternelle, elle a cherché à se tuer ; elle a même été tourmentée de l'idée d'assassiner son fils. La crise dura six mois. (Azam, Folie sympathique, bordeaux, 1858, p. 13.)
Observation GXL. — Mme M..., est âgée de quarante-cinq ans. Depuis quelques mois, l'irrégularilé de la menstruation annonce, chez cette malade, la ménopause. Ses dernières règles ont été excessivement abondantes et accompagnées de trouble mental avec hallucinations terrifiantes. Elle a essayé de se pendre; à l'a-
sile elle a voulu s'étrangler. Depuis plusieurs mois, le cours de ses règles étant tout à l'ait suspendu. Mmc M..., n'a pas tardé ù entrer en convalescence. ^Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 32.)
Observation GXLI. — Mme..., a joui d'une bonne santé jusqu'au moment de la ménopause. Depuis un an, elle voit irrégulièrement, et se trouve affectée d'une tristesse morbide. Elle fuit la société, les plaisirs ; elle qui, auparavant, était très vive et très recherchée dans sa mise, a un négligé insoutenable. Plusieurs fois, celte dame a essayé d'attenter à ses jours. (De Gardanne, De la Ménopause, 1821, p. .215.)
Voir également les observations : I, 22, 34, 57, 60, 81, 82, 97, lui, 109, 110, 130, 149, 172, 183, 184, 185, 188.