CHAPITRE VI
Excitation génésique.
Érotomanie. — Nymphomanie.
De tous les troubles d'origine menstruelle, ceux de la sphère génitale sont certainement les plus fréquents. Ils peuvent varier depuis la simple excitation dépa sant à peine les limites physiologiques, jusqu'à la nymphomanie, véritable accès de fureur utérine, transformant en bacchante la fille la plus timide et la vierge la plus chaste en Messaline éhontée dont n'approche même pas l'effronterie des plus basses prostituées.
La nymphomanie doit être distinguée de l'érotomanie. La nymphomane veut, envers et contre tout, la satisfaction des besoins qui la tourmentent. Tous ses sens respirent la volupté, rien ne saurait l'arrêter ni la rassasier ; l'épuisement physique seul est capable de mettre un frein à ses débordements : Manget ' parle d'une jeune fille noble et très honnête qui, en proie à la nymphomanie, homines et canes ipsos ad congressum provocabat.
Les jouissances de la chair, au contraire, n'entrent pour rien chez l'érotomane. Elle reste chaste et pure dans la contemplation amoureuse de celui qu'elle a choisi et qui n'est le plus souvent qu'un être imaginaire ; elle ne vit et ne pense qu'en vue de lui être agréable : c'est l'amour idéal, dégagé de tout désir sexuel, l'amour parfait capable d'être poussé jus-
1 Manget. Dlct. en 60 vol., art. Nymphomanie, vol. XXXVI, p. 580.
qu'au dernier dévouement ; en un mot, c'est la folie de l'amour.
Chez la première, les troubles semblent partir des organes de la génération ; chez la seconde, c'est le cerveau qui tout d'abord paraît frappé. Quel que soit du reste l'organe primitivement atteint, en vertu des lois de la sympathie, l'autre entre immédiatement enjeu, en sorte que la variété de la folie instinctive qui en résulte, peut, d'après Foville, présenter à la fois les caractères réunis, mais inégalement développés de l'éroto. manie et de la nymphomanie. C'est du moins ce que l'on observe sous l'influence de la menstruation. Rarement, en effet, les deux types sont nettement tranchés. Presque toujours, c'est la nymphomanie qui domine, si ce n'est à la puberté et dans certaines formes de délire extatique où l'érotomanie semble tenir le premier rang ; dans ce cas, néanmoins, il y a toujours une légère teinte de nymphomanie.
Les rapports de la menstruation avec le sens génital sont de toute évidence. Nous avons déjà vu que, dans les asiles, une recrudescence s'observe à chaque époque dans l'état des nymphomanes et des érotomanes. Or, celles-ci ne sont pas les seules chez qui l'influence menstruelle se manifeste par de l'excitation génésique : pareil trouble, en effet, est constaté chez la plupart des aliénées quel que soit d'ailleurs le genre de leur folie. « Chez la femme aliénée, dit Morel ', l'époque de la menstruation est doublement critique. Il est des malades épileptiques, hystériques et autres, soumises à des crises d'agitation périodique et qui, avant et pendant l'accès, se signalent par leur tendance erotique. »
Voyez les idiotes et les imbéciles : le plus souvent elles sont régulièrement et abondamment menstruées. Chez elles plus d'instincts, si ce n'est celui de la génération : elles semblent ne vivre que pour l'onanisme. Leur puberté, généralement
1 Morel. Traité des maladies moniales. Paris, 1800.
un peu tardive, est une époque très grave, tant est violente l'excitation vénérienne qui l'accompagne. Elles se livrent alors à leur penchant honteux avec une impudence sans égale. Chez certaines, ces mauvaises habitudes sont de tous les jours; chez d'autres, les organes génitaux ne semblent accuser de la vie qu'au moment de la menstruation. L'expérience démontre que, chez ces malades, la suppression des règles ne peut être que salutaire.
Une croyance vulgaire, qui a cours dans le monde, c'est que la femme, lorsqu'elle a ses règles, est plus facile à tenter et oppose une moins grande résistance. Et de fait, interrogez une femme, et, si vous êtes assez habile et assez délicat pour en obtenir des aveux, vous aurez toujours à noter, dans le tracé graphique de sa vie génitale, une brusque ascension coïncidant avec la période menstruelle, la devançant ou la suivant de quelques jours. Michelet, qui n'était pas physiologiste, il est vrai, mais qui parlait suivant ce qu'il avait vu et entendu de lui-même, insiste sur ce point à plusieurs reprises dans son livre sur Y Amour. Ce qui domine tout à ce moment-là, serait, d'après lui, un surcroît de tendresse et d'amour même. La langueur de la femme semble dire : « Je souffre et c'est pour toi ; je t'aime encore plus quand je suis malade. » A la page 162, je lis : « Cette crise qui n'est, chose aujourd'hui démcntrée, que la crise de l'amour qui permet la fécondation, c'est pour l'amour même qu'elle vient. » Et plus loin, parlant ele la femme qui succombe, Michelet considère Y orage du sang, comme une occasion très fréquente de chute. « Un point grave à noter, dit-il encore à la page 285, c'est l'amie qui, livrant son amie, savait d'elle-même des circonstances de vie, de tempérament, à? époques mensuelles qui lui faisaient apprécier ce qu'on pouvait oser, la situation, les moments où la femme est toujours plus faible et plus facile à troubler d'émotion quelconque, de surprise ou même de frayeur. »
Et certes, si je voulais m'adresser aux auteurs compe'tents, ce ne saurait pas leur autorité qui me ferait défaut.
Haller a noté que l'utérus se gonfle pendant la menstruation, et que la femme à cette époque est plus portée aux plaisirs vénériens. Il cite, à l'appui de son opinion, le témoignage de Riedlinus, lequel observa directement les organes génitaux pendant la période cataméniale et constata la turgescence du clitoris '.
Emet 2 était si convaincu de l'existence des relations que j'essaie d'établir, qu'il avait basé sur elles toute une théorie pour expliquer la physiologie de la menstruation, théorie acceptée du reste par Lecas3 et Aubertet que nous pourrions appeler : la théorie de la phlogose amoureuse.
Suivant ces auteurs, le flux menstruel ne serait qu'une incommodité acquise, ayant pris sa source dans les institutions sociales qui empêchèrent la femme de se livrer aux plaisirs de l'amour aussitôt que le besoin s'en faisait sentir. Ils enseignent que la femme, comme les animaux, est soumise périodiquement à l'orgasme vénérien et que, sous son influence, la matrice et tous les autres organes de la génération entrent en érection à la manière des corps caverneux chez l'homme. Si les désirs ne sont pas satisfaits, s'ils persistent, la stase sanguine continue, la congestion augmente et les vaisseaux de l'utérus, regardés par eux comme les plus friables de l'organisme, finissent par se rompre, d'où hémorrhagie. C'est pourqu i Emet disait (p. 37) que les femmes libidineuses sont sujettes au flux menstruel plus tôt et plus abondamment
' •< Ilinc vulgo nala co lemporc ad venerem proclivitas, eliam analomico experimento confirmata cùm Riedlinus turgentem clitoridem viderit. » Noies de Haller in Boerrhaave Prœlectiones Academiœ, etc., etc., Gollingaj, 1739-174i, t. V, II" pari., p. 58.
*Tentamina medica de mensium fluxu, etc. London, 1752. Trad. franc., 175i.
3 Lecas. Nouveau système sur la cause de l'évacuation périodique.. Rouen, 1770.
que les femmes d'un tempérament froid qui se soucient peu des rapports sexuels. De Gardane partage dans une certaine mesure l'opinion de ces auteurs; il rapporte [loc. cit., p. 38), l'observation d'une femme à passions ardentes et qui ne pouvait se rassasier du commerce des hommes : or, cette femme était réglée toute l'année en petite quantité, il est vrai, n'avait aucune affection de l'utérus et jouissait d'une très bonne santé.
D'autres, au contraire, parmi lesquels Bordeu *, Roussel2, Duffîeux 3, J. Arnould '", considèrent la menstruation comme un moyen établi par la Providence pour maintenir l'équilibre de l'économie. Elle serait destinée à éliminer les matériaux de la génération lorsque ceux-ci ne seraient pas employés, deviendrait ainsi la sauvegarde de la virginité, une sorte d'exonération naturelle équivalente aux évacuations séminales spontanées chez l'homme, et aurait pour but d'aider la femme à conserver sa continence sans danger jusqu'au moment où il lui sera permis de céder à sa vocation naturelle d'être épouse et mère. D'où pléthore amoureuse, excitation génésique dans les cas d'aménorrhée et d'insuffisance menstruelle.
Dans le traité de la nymphomanie de Th. de Bienville 5, se trouve longuement décrite l'observation d'une jnymphomaniaque de seize ans, qui ne put être guérie de sa nymphomanie que par une menstruation abondante. « D'où nous pouvons conclure, ajoute l'auteur, que la fureur utérine peut se guérir d'elle-même par un flux immodéré des menstrues, ce qui est
1 Bordeu. Œuvres complètes. Paris, 1818, t. II, p. 963.
! Roussel. Du système physique et moral chez la femme. Paris, 1860.
3 Duffîeux. Nature et virginité. Examen par Diday, in Gaz. méd. de Paris, 1854.
4 J. Arnould. Traité d'hygiène. Paris, 1881, p. 1014.
s Th. de Bienville. Traité de la nymphomanie. Amsterdam, 1771, p. 64 à "75.
confirmé par le rapport de plusieurs médecins qui ont observé la même chose dans d'autres sujets. »
D'après Tardieu1. la folie nymphomaniaque se de'clare soit dans le tempsdu veuvage, soit àl'approche des règles. Brierre de Boismont a parfaitement défini et décrit l'excitation plus grande de la femme à cette époque. Voici ce qu'il en dit 2 : < Menstruantes fœminas acrior fïammasœpius occupât : oculj languent, libidinumpleni: vultibusinsidet nescioquid mollius. Sic compositœ, viri amplexus ultrô excipiunt; imo mens, truantes non nullas furor agit stupendum in modum. »
Stolz 3 fait la même remarque et nous apprend que la femme est beaucoup plus prédisposée aux rapprochements sexuels, qu'elle est plus amoureuse à ce moment-là qu'à toute autre époque du mois.
Alexis Meyer '" déclare pouvoir affirmer avec tous ceux qui ont voulu ou voudront diriger leur attention sur ce point, que l'appétence génitale atteint alors son paroxysme, « que telle femme, ordinairement étrangère à ces impressions, ne sent jamais qu'immédiatement après le tribut mensuel poindre en elle des sensations qui l'étonnent ».
« Il est des femmes, dit le professeur Ball (loc. cit., p. 580), qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie. » ♦
D'après Guibout8, le nervosisme menstruel à la région génitale affecte deux formes.
La première est la forme douloureuse ou névralgique : elle a pour siège toute la vulve, les grandes et les petites lèvres,
'Tardieu. Traité de médecine légale des maladies mentales. Paris,
2 Brierre de Boismont. Traité de la menstruation. Paris, 1842, p. 101.
3 Stolz. In Diction, de Jaccoud, art. Menstruation, vol. XXII.
1 Alexis Meyer. Des rapports conjugaux considérés, etc., 7° édition, Paris, 1882, p. 180.
"Guibout. Traité clinique et pratique des maladies des femmes. Paris, 1886, p. 370 et 371.
le clitoris, le méat urinaire, les plis génito-cruraux, la face interne et supérieure des cuisses. Deux ou trois jours avant l'écoulement, toute la région génitale externe commence à présenter une légère tuméfaction et une chaleur plus ou moins vive s'étendant jusqu'au col. Bientôt c'est une hypéresthésie agaçante, énervante, douloureuse ; ce sont des démangeaisons, des élancements très pénibles qui portent les personnes qui en sont atteintes « à se gratter et souvent d'une manière irrésistible avec une sorte de rage dont elles ne sont pas maîtresses ».
La seconde forme est encore une hypéresthésie, mais une hypéresthésie qui porte tout spécialement sur le sens génésique; hypéresthésie, excitation aphrodisiaque qui éveille des besoins, des désirs sexuels, et qui porte fatalement à des actes erotiques réprouvés par la conscience et tout à fait en désaccord avec les habitudes ordinaires. « Il y a des femmes naturellement froides, dit-il, insensibles en tout autre temps aussi bien aux pensées, aux désirs qu'aux excitations génésiques, et qui, aux époques menstruelles, deviennent très fortement possédées d'inclination erotique. C'est à ce moment que celles qui vivent dans le désordre, s'y abandonnent avec plus d'ardeur et de débordement. C'est à ce moment que l'onanisme s'exerce, même chez les personnes auxquelles ce vice n'est pas habituel, et qui, malgré leurs efforts pour y résister, y succombent cependant. C'est à ce moment surtout que les mères doivent exercer sur leurs filles la plus délicate, la plus difficile de toutes les surveillances. Combien est grand, en effet, le nombre des jeunes filles qui, à leurs époques menstruelles, se laissent aller aux tentations de l'onanisme. On les voit souffrantes, fatiguées, nonchalantes, sans entrain, les yeux cernés, la figure tirée, paresseuses à se lever, aimant à rester au lit; tout cela passe sur le compte des règles qui, sans doute, peuvent bien y être pour quelque chose; mais tout cela aussi n'est que trop souvent la conséquence de la mas-
turbalion à laquelle ces jeunes filles s'abandonnent sous l'influence de l'excitation génésique dont elles subissent les atteintes. »
Maintes fois, Guibout a reçu des confidences et il se croit en droit d'affirmer que parmi les femmes veuves, les femmes non mariées et tout à fait chastes, nombreuses sont celles qui, à toutes leurs époques menstruelles, se sentent très malheureuses par la lutte qu'elles ont à soutenir contre elles-mêmes, celles encore qui succombent malgré leurs efforts de résistance ou chez qui, pendant le sommeil, se produisent des soulagements voluptueux salutaires, soit sous l'influence de rêves erotiques, soit spontanément, sans rêves et comme par l'effet d'un trop-plein dont la nature se débarrasse ellemême.
Rossignol, dans son travail sur les prostituées de la prison de Saint-Lazare, nous dit que, parmi ces femmes, il yen a un certain nombre qui sont hystériques et dont les accès coïncident souvent avec l'époque menstruelle. Chez quelques-unes, on observe pendant les jours qui précèdent l'hémorrhagie utérine, une excitation particulière : elles s'agitent, deviennent loquaces et turbulentes, en même temps elles accusent, vers les parties ge'nitales, une sensation de chaleur, de douleur qui les porte parfois à s'adonner à une masturbation effrénée.
Négrier1, qui, pendant plus de vingt ans, s'est livré à des recherches laborieuses sur les ovaires, leur fonction et l'influence qu'ils exercent sur le cerveau, raconte le fait suivant. Les salles d'accouchement de l'HOtel-Dieu d'Angers reçoivent chaque année de '112 à 130 femmes. Sur ce nombre, plus de la moitié proviennent de la population des campagnes. Ce sont des domestiques de fermes ou des journalières habitant
1 Négrier. Recueils des faits pour sei'vir à l'histoire des ovaires. Paris, 1888, p. 83.
S IOAUD. 13
le village; elles sont pour laplupartjeunes. le plus ordinaires ment primipares. L'auteur n'a consigné dans ses observations que les réponses de celles qui n'avaient eu qu'un seul rapport, ayant soin de rejeter celles des filles-mères inculpant leurs maîtres ou les fils de leurs maîtres, parce qu'en pareil cas les rencontres avaient dû être multiples. « Toute pudeur, ditil, n'a pas abandonné nos malheureuses campagnardes; leurs yeux sont baissés, leur attitude est des plus humbles et souvent, répondant à nos questions à huis clos, une larme ou un sanglot venait suspendre leur réponse. Ces femmes disaient vrai. » Quelque variées que fussent les questions et les réponses, l'interrogatoire peut se résumer en ceci : Vos rapports avec celui qui a causé votre malheur, ont-ils été nombreux? — Oh! non, Monsieur ! — A quelle époque faitesvous remonter votre grossesse? — Deux jours après la Saint-Jean, ou : Aux jours gras, ou : Aux jours de la Noël. — Aviez-vous vos règles ? — Elles coulaient encore, ou bien : J'en étais quitte depuis deux jours, ou encore : Je devais les avoir bientôt. De ce fait, certes, je ne vais pas conclure que toutes les filles qui se laissèrent surprendre au milieu des joies enivrantes d'une fête, étaient sous l'influence menstruelle; mais je n'en constate pas moins que, pour les malheureuses observées par Négrier, l'époque de leur chute, de leur unique chute, coïncida avec l'époque de la menstruation.
Et du reste, les observations ne sont-elles pas là nombreuses et probantes, nous montrant des femmes dont la vertu, éprouvée en maintes circonstances, est toujours sortie saine et sauve et qui, au moment de leurs époques, perdent toute réserve et toute retenue? Il en est qui se contentent de rechercher les occasions, de faire quelques avances ou de déguiser leur consentement sous les apparences d'une résistance toute de convention; d'autres vont jusqu'à mendier la satisfaction de leurs sens et provoquent le premier venu.
Observation CXLII. — Taguet déclare avoir connu une dame qui, à chaque époque menstruelle, demandait à entrer dans une maison de prostitution. (Thèse de Paris, 4879, p. 23.)
La crise passée, ces femmes retournent pleines de honte à leur honnêteté première ; le remords et le désespoir ont été si violents chez certaines qu'elles sont tombées dans la mélancolie et ont fini par le suicide.
La menstruation et l'ovulation jouent si bien un rôle dans l'excitation vénérienne, que leur suppression physiologique a suffi quelquefois pour faire disparaître les troubles nymphomaniques. Ex utero furentes, si concipiunt, sanse fiant, a. dit Hippocrate. C'est si vrai que, dans certains cas, le retour des règles, après l'accouchement, amène infailliblement le retour des accidents. J'ai déjà rapporté plusieurs faits de ce genre, j'ajoute le suivant.
Observation CXLIII. — Jeune imbécile, qui mettait en réserve tout ce que lui rapportait son travail de chaque jour et qui, lorsqu'elle avait amassé une petite somme, la portait àun ouvrierpour qu'en échange, il lui prodiguât ses caresses. Chaque fois qu'elle était enceinte, on constatait la disparition des symptômes de nymphomanie. Le retour des règles amenait infailliblement les mêmes symptômes. (Esquirol. Traité des Maladies mentales, p. 101.)
L'exagération de l'instinct génésique coïncide souvent avec l'exagération des fonctions menstruelles. C'est ainsi que, dans presque tous les cas de menstruation précoce qui ont été publiés, on a noté la précocité du tempérament sexuel. Telle est, pour n'en citer qu'une seule, l'observation de Cormarmond J. Il s'agit d'une petite fillette qui, réglée sur le troisième mois, présentait un développement exagéré desseins et avait les parties génitales ainsi que les aisselles couvertes de poils. Lorsque l'auteur la vit pour la première fois, elle avait
1 Dictionnaire des sciences //(<■</., en GO vol., art. : Puberté.
sept mois; il fut étonné de l'expression du visage, dont les traits fortement prononcés n'avaient rien d'enfantin, et surtout de la vivacité , des yeux qui semblaient exprimer des désirs. A vingt-sept mois, elle offrait tous les signes physiques de la puberté, lesquels avaient commencé à se manifester dès la naissance l. Dans les pays chauds, les femmes, plus tôt et plus abondamment réglées, sont généralement plus tôt et plus enclines aux plaisirs de Tamour que dans les pays froids et tempérés. Hérodote attribuait une ardeur vénérienne excessive aux femmes d'Egypte, et la plupart des voyageurs ont signalé le même fait pour les pays tropicaux, Comment expliquer la coïncidence de ces deux phénomènes, si ce n'est en disant qu'ils reconnaissent l'un et l'autre une seule et même cause : le développement exagéré de l'appareil ovarique ?
Plus l'ovaire est développé, plus la menstruation est abondante et plus les besoins génésiques sont puissants. C'est ce qui semble nettement ressortir des faits suivants.
Négrier rapporte plusieurs observations de jeunesfilles qui se livrèrent à la masturbation dès l'âge de dix ans. Or, ces jeunes filles furent réglées de bonne heure (douze à treize ans), très abondamment (six à huitjours), et à l'autopsie pré-
1 Carus parle également dans ses écrits d'une enfant qui fut réglée à 2 ans et devint enceinte à 8 ans; Molitor, d'une autre enfant qui, réglée à 4 ans, devint aussi enceinte à 8 ans. Le Dr Diamant a décrit dans la Internat. Klin Rundsc/ian, 1889, le cas d'une petite fille qui a été réglée à l'âge de 2 ans. La menstruation avait lieu régulièrement tous les mois, et durait chaque fois 5 jours. Vers le douzième mois de son existence, l'enfant, qui est né en 18S2, avait déjà toutes ses dents. La tète et les extrémités supérieures sont formées comme chez les enfants de son âge, tandis que les extrémités inférieures, surtout les régions lombaires, fessières et les cuisses, présentent un développement qui ne s'observe que chez les sujets pubères. Les seins sont très développés, le pubis et les aisselles sont garnis de poils, l'enfant aune voix de basse. Depuis janvier 1887, les règles ne viennent plus, mais sont remplacées à chaque époque par des accès épileptiques dont le nombre va en augmentant chaque mois. Voir aussi l'observation de Velp^au et les suivantes : Otto Stocker (de Lucerne), in Cor. Bl. f. Schweiz. Aerzte, n° 9, p. 261, Tr mai 1879. David Drumond in Brït. méd. jou-n.. 12 juillet 1879, p. 47.
sentèrentdes ovaires très hypertrophiés. Comme contre-partie, le même auteur ajoute plusieurs autres observations de jeunes filles, qui, réglées très tardivement et peu abondamment, ne furent presque jamais sollicitées par des désirs vénériens ; l'autopsie démontra que leurs ovaires étaient très peu développés, et Négrier conclut non sans raison que « rinfluence des ovaires et l'activité de leur fonction sont en raison directe de leur volume ».
Rossignol parle de 58 jeunes filles qui commencèrent leur vie de prostitution entre neuf et onze ans. Or, toutes ces jeunes filles étaient déjà sous l'influence du travail ovarique, lorsqu'elles eurent [ leurs premiers rapports sexuels; chez 33, en effet, ce fut après quelques rapports seulement qu'apparut la menstruation ; chez les autres, ce fut après quelques mois, 27 furent réglées avant dix ans, 19 avant onze ans, 10 avant douze ans, Savant 13ans. Il est probable que l'abus prématuré des plaisirs vénériens avait contribué pour quelque chose à la précocité de la menstruation ; mais ce qui me porterait à considérer ces malheureuses comme les victimes de leur puissante organisation ovarique, c'est que la plupart, âgées de dix-huit à vingt-cinq ans, à l'époque où Rossignol les observait, présentaient, à chaque période menstruelle, des phénomènes qui ne laissaient aucun doute sur le rôle important que la menstruation avait dû jouer dans leur existence.
Louyer-Yillermay rapporte également plusieurs observations de nymphomanes chez lesquelles, à l'autopsie, on trouva des ovaires très fortement développés. M. le professeur Bail1, après avoir invoqué le témoignage de cet auteur, donne une autre preuve empruntée à l'art vétérinaire. Certaines génisses peuvent être atteintes de véritables accès de nymphomanie. On les voit alors chercher ardemment le mâle et lorsqu'elles entrent dans une étableoù se trouve un taureau, elles causent
1 Bail. La folie érotiqu'e. Taris, 1888, p. 19 et 89.
un épouvantable tumulte par leurs mugissements furieux et leurs mouvements désordonnés. Privées du mâle, elles cherchentà satisfaire leurs désirs sur leurs compagnes elles-mêmes, d'où le nom de vaches taurelières qui leur a été donné. « Il est un moyen aussi simple que radical de les apaiser et de les guérir, dit le professeur, c'est de leur enlever les ovaires, » et on constate que ces organes sont visiblement rouges, tuméfiés, hypertrophiés.
L'ablation des ovaires non seulement tarit la source du sang menstruel, mais éloigne aussi les désirs vénériens et détruit peu à peu l'instinct génital. Wiers et de Graaf citent un châtreur de porcs qui, irrité du libertinage de sa fille, lui extirpa les ovaires. Autrefois, en Arabie, lorsqu'il était d'usage d'employer des femmes comme eunuques, on avait soin, avant de les introduire dans le sérail, de les castrer pour leur enlever tout appétit vénérien.
Il se passe chez la femme, sous l'influence du molimen menstruel, ce que nous constatons, tous les jours, chez les animaux sous l'influence du rut. Nous avons vu que les parties de la génération chez les femelles sont alors le siège d'une irritation bien marquée, caractérisée par du gonflement, une augmentation des sécrétions, un écoulement séreux, souvent sanguinolent, quelquefois même par une véritable hémorrhagie rappelant à merveille l'écoulement menstruel de la femme. « Un nouveau besoin, celui de l'amour, dit Moreau * , répond constamment à cette disposition des organes. Un phénomène de même ordre et non moins lié à des circonstances d'amour physique, se manifeste chez la femme à l'époque de la puberté, et, se renouvelant ensuite avec régularité, revient périodiquement tous les mois. »
Suivant les zoologistes, les femelles des singes, qui reçoivent fréquemment le mâle en tout temps, deviennent
1 Moreau. Loc. cit., vol. II, p. lii.
alors très avides de leurs approches. IIi.ll * , médecin de l'armée néerlandaise à Surinan, possédait une guenon qui, à chaque renouvellement de lune, était sujette à un flux sanguin abondant dont la durée était de trois jours environ, et pendant lequel l'animal donnait des signes d'une excessive lubricité. Ce n'est pas là un fait exceptionnel et propre seulement à l'espèce simienne : pour toute espèce et toute race, l'époque du rut est une époque d'ardeur génésique. On dit alors de la femelle qu'elle est en chaleur, et, si ses désirs restent inassouvis, elle présente quelquefois de violentes crises de fureur génésique.
Les génisses courent à travers les prairies avec une sorte d'anxiété, comme si elles étaient effrayées du changement qui s'est opéré en elles; leurs yeux deviennent brillants, et on les voit s'approcher du taureau avec des démonstrations câlines et affectueuses, exagérant la dépression naturelle de leurs lombes pour se donner des poses lascives et provocantes. La chienne elle-même, d'ordinaire si fidèle et si attachée, oublie volontiers son maître et quitte le logis pour aller satisfaire l'instinct qui domine tout alors. Mais, dès que la période ovarique est terminée ou que la femelle se sent pleine, loin de rechercher le mâle, elle le fuit, et résiste avec force et obstination à tous ses assauts amoureux. C'est ce qui semble aussi s'observer chez la femme : d'une manière générale, en effet, la femme enceinte est moins portée aux rapports conjugaux, et, si elle s'y soumet, ce n'est certainement pas pour donner satisfaction à ses désirs sexuels.
Ne nous étonnons pas de rencontrer chez la femme la même excitation génésique que chez les animaux; elle est le résultat du même travail ovarique et a le même but physiologique, à savoir : la perpétuité de l'espèce. Chez la femme sans doute, elle est moins ostensible ; elle existe plus cachée,
' II i 11, cité par Longet. Traité de physiologie, t. II. p. 723.
plus dissimulée ou rendue plus ou moins impuissante par les efforts énergiques de la volonté, mais elle n'en existe pas moins.
La femelle n'a qu'à se laisser guider par l'instinct, tandis que la femme, supérieure par la raison, se trouve arrêtée par mille considérations de morale, d'honneur, d'intérêt, par les principes de son éducation et par toutes les entraves que la société moderne apporte aux mouvements les plus impérieux et à la réalisation des aspirations les plus naturelles. Elle conserve généralement assez d'empire sur elle-même pour résister aux sollicitations de l'instinct ou tout au moins pour laisser ignorer le combat qu'elle soutient contre ses sens dans le secret de son être, combat terrible se terminant quelquefois par le désespoir et le suicide ou par une défaite qui la livre tout entière et sans résistance à la fougue de ses passions et alors
Ce n'est plus une ardeur en ses veines cachée, C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
La période active des fonctions sexuelles est la plus féconde en troubles génésiques ; on les constate cependant au moment de la puberté et plus souvent encore à l'époque critique.
Le Talmud appelle la puberté Y âge du devoir : à ce moment, en effet, s'éveille l'instinct génital, et alors seulement commence le véritable rôle de la femme. « Il se développe, dit Muller dans sa Physiologie, instinctivement et confusément des idées ayant trait aux rapports des sexes, qui s'emparent de l'imagination et qui exercent leur influence sur l'esprit tout entier, mettant en jeu les plus nobles facultés pour la glorification de l'amour. » Suivant Osiander, jamais une jeune fille n'éprouve un amour plus pur, plus délicat et plus tranquille ; jamais elle n'est plus mystique et plus enthousiaste et, en même temps, plus portée aux plaisirs
sensuels, plus séduisante et plus passionnée que dans le début de la période de développement, ordinairement même avant que le flux menstruel ait commencé son cours ou qu'il ait reçu une organisation régulière.
Il semblerait que l'ovulation, en disparaissant, dût éteindre à jamais l'appétit génital. 11 n'en est rien, et bon nombre d'auteurs des plus autorisés ont constaté que les troubles nerveux ménopausiques se rattachent surtout à l'instinct de la reproduction. On dirait que les sens, endormis jusque-là, se réveillent tout à coup par suite de la cessation du stimulus mensuel. Est-ce coquetterie de la part de la femme qui, se sentant vieillir, voudrait donner le change en laissant deviner des désirs que l'on est habitué à rencontrer dans un âge plus jeune, ou plutôt ne devons-nous pas voir dans cette recrudescence comme le chant du cygne, l'agonie agitée d'une fonction toute-puissante qui ne peut se résoudre à abandonner son empire. « Il nous est arrivé plusieurs fois, écrit Raciborski1, d'être consulté par des femmes qui, se trouvant à l'époque de la ménopause ou l'ayant même dépassée, étaient tourmentées par des désirs vénériens. Dans ce nombre, il y en avait qui nous ont déclaré n'avoir jamais rien éprouvé de pareil dans leur jeunesse. La passion peut devenir si forte qu'elle finit par égarer la raison et nous avons vu des femmes qui commettaient des actes blâmables et ridicules, qu'elles n'auraient jamais commis, étant plus jeunes. Nous en connaissons qui avaient vécu toujours cangées et tranquilles dans leur ménage, attachées à leur famille et à leurs devoirs conjugaux, et qui, sous l'influence du trouble provoqué par la pléthore nerveuse ménopausique, allaient briser tout d'un coup toutes ces conditions de leur bonheur passé, pour suivre des jeunes gens de rien dont elles s'étaient prises d'amour. »
1 Raciborski. Traité de la menstruation, p. 271.
20i PSYCHOSES MENSTRUELLES EN PARTICULIER
Il est assez fréquent de voir des femmes, devenues veuves quelques années après leur mariage, vivre paisiblement dans leur veuvage jusqu'à l'époque critique, et, à ce moment éprouver un irrésistible besoin de contracter de nouveaux liens. De Gardane nous dit que la nymphomanie est moins rare qu'on ne pense à la ménopause : la pratique lui en a offert de nombreux exemples.
Queneau de Mussy a décrit1 sous le nom d'érotisme à la ménopause, un trouble de l'instinct génésique qu'il a observé, un certain nombre de fois, à l'âge critique. Il rappelle sept à huit observations de femmes qui, jusqu'à la ménopause, supportèrent le plus facilement du monde leur veuvage ou l'indifférence de leur mari, et qui alors éprouvèrent des désirs violents insurmontables aboutissant à des troubles physiques et psychiques fort graves. Il dit avoir vu souvent, dans les hôpitaux comme dans la clientèle civile, des femmes qui éprouvaient un singulier plaisir à se faire sonder tous les jours, pendant des semaines entières, ou encore d'autres malades qui simulaient une affection de matrice et venaient sans cesse consulter le médecin pour réclamer un examen au spéculum.
Depaul, Gueniot, Brierre de Boismont parlent aussi des excitations génésiques, des désirs vénériens, qui apparaissent ou augmentent d'intensité à la ménopause. « Il peut survenir alors, disent-ils, une véritable fureur utérine. » Il suffit, du reste, d'aller dans un asile d'aliénées pour voir des femmes âgées de quarante à cinquante ans qui présentent du délire génésique coïncidant avec la ménopause.
Il arrive quelquefois qu'une femme, après avoir cessé d'être réglée pendant un certain nombre d'années, voit repa-
1 Gueneau de Mussy. Clinique médicale. Paris, 1875, t. II, p. 343, et Gazet. hebdomadaire, 1870.
raître l'écoulement sanguin et, ave»' lui, des désirs qu'elle croyait à jamais éteints.
Observation CXLIV. — Une femme de cinquante-deux ans, qui n'était plus réglée depuis dix ans, ayant vu reparaître ses menstrues, fut prise d'un délire erotique très tranché. Elle se croyait enceinte, et avait entre autres hallucinations celle de sentir son enfant remuer.
A la suite de cette observation communiquée par Baillarger, le 28 juin 1852 à la Société médico-psychologique, une petite discussion s'engagea entre différents membres sur les rapports de la menstruation et de la folie amoureuse chez les personnes âgées. Calmeil déclara que cette vésanie est très fréquenta chez les vieilles aliénées ; Gerdy fît observer qu'un fait certain était le retour des règles dans la vieillesse ; Pinel raconta qu'il avait connu la femme d'un général, qui fut en proie à la passion la plus désordonnée pour les hommes, passion qu'elle avouait elle-même en disant qu'elle avait la rage de V amour. Or, cette femme n'était point aliénée, mais depuis l'âge de soixante-ans éprouvait des pertes sanguines.
Esquirol a signalé une femme de soixante-quatre ans, affectée d'érotomanie, et qui, pendant les deux ans que dura cette maladie, vit reparaître le flux menstruel. Un cas de ce genre est rapporté par Legrand du Saule (loc. cit., p. 502) : il s'agit d'une femme de quatre-vingt-quatre ans qui se mit à aimer passionnément un jeune homme, et assurait que la menstruation s'était rétablie chez elle.
Le délire génésique d'origine ménopausique peut débuter brusquement ou progressivement. Dans ce dernier cas, il y a gradation successive dans l'intensité et le mode d'évolution. Du simple trouble fonctionnel, la femme passe à l'illusion ; de celle-ci, à l'hallucination confuse d'abord, puis devenant peu à peu nette, précise, distincte et s'imposant bientôt comme la réalité. Sous l'influence de cet état hallucinatoire on voit des femmes accuser des hommes huit à fait étrangers
à leurs troubles, de dresser des embûches à leur vertu et de leur procurer, contre leur gré, par toutes sortes de maléfices les jouissances de la nature.
Ces troubles génésiques, pour n'être pas toujours patents et ne pas constituer une vésanie franche qui nécessite d'urgence l'admission de la malade dans un asile, n'en constituent pas moins un état morbide caractérisé par des désordres intellectuels et des anomalies instinctives échappant au contrôle et à la domination de la force morale. « Ces malades, dit Ricard1, souffrent en silence, et c'est à l'insu de tout le monde, après une longue lutte entre leur conscience et l'instinct qui les tourmente, qu'elles cèdent la rougeur au front à leurs instincts génésiques. »
Gneneau de Mussy pense que cette excitation des sens est beaucoup plus commune que n'autorise à le croire le silence des gynécologues. On comprend d'ailleurs combien de motifs, peuvent engager les femmes à garder le secret sur un point aussi délicat.
Pour Brantôme, qui n'était pas médecin, il est vrai, mais qui, très curieux de tout ce qui touchait au beau sexe, a beaucoup observé la femme, les désordres génésiques constatés à la ménopause ne seraient que le résultat d'un calcul machiavélique. « Estant âgées et venues sur les cinquante ans, et lors ont plénièreet toute ample libertéde se jouer et recueillir les arréages des plaisirs que, possible, aucunes n'ont osé prendre de peur de l'enflure de leur traistre ventre. » Cette explication, bonne peut-être pour l'époque de Brantôme, ne saurait nous suffire aujourd'hui où l'abominable science des fraudes conjugales est connue des plus ignorantes et ne permet que trop souvent à la femme de se livrer à ses appétits désordonnés sans craindre Y enflure de son traistre ventre.
1 Ricard. Elude sur les troubles de la sensibilité génésique à l'époque de laménopausc. Thèse de Paris, 1879.
Observation CXLV. — Jeune fille d'une précocité extraordinaire, bien avanl l'âge de la puberté, mais qui, au moment de la première menstruation, sentit se développer en elle des besoins précis et mieux déterminés. Dès qu'elle put se soustraire h la surveillance de ses parents, elle saisit la première, occasion qui se présenta de goûter un plaisir qui suivant sa propre expression dépassa de beaucoup ce qu'elle s'en était promis. (Renaudin, Archives cliniques, 1862.)
Observation CXLV1. — Jeune fille de douze ans qui, sortant le soir sous prétexte d'aller chez des amis de sa famille, se tenait sur le trottoir pour arrêter et provoquer les passants. Elle les conduisait dans une maison qu'une autre jeune fille lui avait fait connaître. (Legrand du Saule, L < folie dioanl les tribunaux, p. 510, Paris, 1864.)
Observation GXLVII. — Une enfant de quinze ans, soignée à la Salpètrière dans le service de M. Trélat, honnêtement élevée par ses parents, appelait par la fenêtre les soldats qu'elle voyait passer, pendant que son père, resté veuf, était occupé hors de chez lui. (Legi-and du Saule, lu:, rit., p. 510.)
Observation CXLVJIf. — Une jeune fille, âgée de quinze ans et non encore menstruée, fut atteinte de convulsion avec fureur utérine. Une saignée de pied modéra les symptômes, mais elle ne fut parfaitement guérie qu'avec l'apparition des règles. (Louyer- Yillermay, in Dict. en 60 vol , vol. 30, art. Nymphomanie, p. 591.)
Observation CXLIX. — MUe L...,née dans l'aisance, fut élevée dans les principes religieux les plus rigides : à l'âge de seize ans, elle devient nymphomane et se fait prostituée gratis. Deux ans après de disespoir, elle mit fin à ses jours. (Louyer-Villermay, loe. cit., p. 58k)
Observation CL. — M1Ie X..., appartenant à une honorable famille d'Angers, âgée de dix-sept ans, de petite taille, traits du visage expressifs, grands yeux bruns, humides, lèvres épaisses, réglée et déjà formée à quatorze ans, fut atteinte de symptômes nerveux hystériformes qui coïncidèrent avec les dérangements de la menstruation. Un délire erotique la poussait irrésistiblement aux actions les moins chastes. Des propos obscènes, des expressions d'une trivialité repoussante surprenaient autant qu'elles épouvantaient sa famille.
Elle lui, renfermée dans une loge de l'hospice : presque nue.
provoquant sans cesse à l'union sexuelle et par ses paroles et par ses gestes, elle ne mourut pas. Réduite au marasme, elle parut enfin tranquille, elle rentra dans sa famille et sembla commencer une nouvelle vie. Sans doute une révolution favorable s'était opérée dans le système génital, 'l'esprit resta calme, l'embonpoint revint et la menstruation se rétablit. (Négrier, loc. cit., p. 79.)
Observation CLI. — Lucile, âgée de seize ans, à sa sortie du couvent où elle avait été élevée, est prise d'un violent amour pour un domestique qu'elle y avait vu : mort du domestique.
La fureur utérine fait des progrès : presque toute nue, elle court dans la chambre d'un chevalier qu'elle savait être encore au lit et lui fait les propositions les plus déshonnêtes. Apparition abondante des règles qui, selon toute apparence, n'arrivaient pas depuis longtemps, mariage et guérison. (D. T. de Bienville. La nymphomanie ou Traité de la fureur utérine, Amsterdam, 1771, p. 64 à 75).
Observation CLII. — Une jeune fille de vingt ans, dans le service de M. Voisin, à la Salpêtrière, présente, à chaque époque menstruelle, des troubles erotiques très prononcés et qui jurent avec l'éducation morale qu'elle a reçue. M. Voisin l'hypnotise à l'époque des règles et la laisse endormie pendant toute leur durée : suggestion de sentiments et de pensées plus honnêtes; succès. (Cours de la Salpêtrière, année 1888.)
Observation CLIII. — Une jeune personne, âgée de vingt ans. grande et bien constituée, souteuue par des principes religieux, n'ayant connu ni les lectures erotiques ni les conversations lubriques, resta jusqu'à l'âge de seize ans en parfait état de santé. A cette époque, elle reçut les confidences d'une amie, qui l'entretenait de ses rapports avec un amant. Peu à peu un trouble léger se produit dans l'entendement. A dix-sept ans, les règles s'annoncent, mais ne coulent que peu... Depuis, à chaque période, aberration de l'intelligence, qui progresse avec le temps : elle s'abandonne aux mouvements les plus désordonnés, parlant sans cesse d'un beau jeune homme, prenant des attitudes lascives, le regard égaré, la bouche brûlante. (Louyer-Villermay, Dictionnaire des sciences médicales, v. XXX, p. 563, art. Nymphomanie.)
Observation CL1V. — Adèle, née d'une union illégitime, recueillie à l'hospice des Enfants-Trouvés. Elle n'a été réglée qu'à l'âge de vingt ans et les premiers symptômes de son délire ont coïncidé avec la première apparition des menstrues. Ses idées sont
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incohérentes et revêtent une forme lubrique. Depuis, tous les mois, à chaque période menstruelle, l'excitation renaît et avec elle ses tendances erotiques; dans l'intervalle, son esprit reste calme et lui permet de s'occuper aux services de la maison. (Dauby, Thèse de Paris, 1866, p. 24.)
Observation CLV. — Marie 0..., domestique, vingt-six ans, grande et vigoureuse fille; menstruée régulièrement à douze ans, cheveux noirs, peau brune, grands yeux humides et lascifs, mamelles très développées, transpiration fortement odorante, réglée de vingt-cinq en vingt-cinq jours avec abondance et pendant une semaine entière. A chaque époque menstruelle et dès le début de la fonction, fatigue générale, sentiment de gonflement dans le bas-ventre et les reins, fourmillement sur Je devant des cuisses, excitations sexuelles insoutenables. Un écoulement blanc succède à toutes les htmorrhagies fonctionnelles. La fille X... devint grosse à vingt-deux ans. Sa grossesse et son accouchement n'offrirent rien d'anormal; elle n'allaita pas son enfant.
Moins d'un mois après la parturilion, une perte sanguine très abondante signala le retour de la fonction ovarienne, et, dans la suite, chaque époque ramena les mêmes phénomènes généraux et locaux produits par l'énergique l'onction des ovaires : <r Au temps des règles, dit-elle, je suis tellement tourmentée par des désirs que rien ne pourra m 'empêcher de succomber. »
La fille X... n'a pas tardé à devenir enceinte pour la seconde fois. (Négrier. Recueil de faits pour servir à l'histoire des ovaires, 1858, p. 13.)
Observation CL VI. — Junior quœdam, optimis artibus ad modestiam inslitula, si menstruaret, viri in amplexus ruebat audacissimè, et cùm in œtate vigeret et Yiribus, insatiatam tamen deserebat. Die quadam, in libidines femina cûm indesinenter insurgeret, ille, ira amens, dirreplam dejecit, jacentemque verberai; verberibus tacla statim, quasi jubente deo, deferbuit furor, nec visus est loto mense recrudescere. Quo autem exacto, similem tumultum similis vis compescuit. Et jam pridem mos ille domi invaluerat,cùm forte superveui, et rei novitate percuJsus, tum presertim obstupui, cùm feminam taies injurias non modo marito condonanlem sed etiam sibi gratulantem audivi. (Brierre de Boismont. De la menstruation, Paris, 1842, p. 101.)
Observation CLVII. — Une veuve, devenue folle par suite de rétention îles règles, entre, eu erranl dans la ville, dans un corps
de garde où elle se livre à quinze hommes. Ses règles, ayant coulé abondamment ensuite, amenèrent la guérison du délire. (Benedictus de Lignano, De curandis morbis, lib. I, cap. xxviii, De insanki, t. II, ch. xxxm.)
Observation CLVIII. — Eléonore R..., vingt-sept ans, sans profession, entrée à l'asile le 29 août 1834. Tous les renseignements sont bons pour cette fille, jusqu'à l'âge de la puberté.
Ce fut à quinze ans que se manifestèrent les premiers signes de la menstruation ; mais l'hémorrhagie fut pénible, difficile, douloureuse, et, au bout d'un an, elle s'arrêta complètement. Depuis, son caractère se modifia du tout au tout ; elle devint triste, rêveuse, paresseuse, extravagante. Fuyant la société, détestant sa famille, elle recherchait la solitude, et, une fois seule, elle se livrait avec fureur aux manœuvres les plus honteuses.
Souvent, elle simula de vouloir se tuer, et entre autres tentatives, elle se jeta dans la rivière ; mais, ainsi qu'elle le raconte, elle eut sein de choisir l'endroit le moins creux et de s'y allonger assez pour qu'on n'y vît que la tète. Cet état, véritable incubation cérébrale chronique, dura pendant douze ans ; on se contenta de renfermer la malade quand on pouvait la saisir. Au mois de mai dernier, elle boit un litre d'eau-de-vie : un violent accès de délire se déclare.
Ce ne fut qu'à vingt-sept ans, après un traitement rationnel et méthodique, qu'on put rendre cette femme à la raison. Sa guérison morale coïncida avec sa guérison physique: en même temps, en effet, parurent les règles qui n'avaient pas coulé depuis onze ans. (Rousseau, Thèse de Paris, 1857, p. 37.)
Observation CLIX. — Hystérie chez une femme de trente ans. Suppression brusque des règles à l'annonce de la mort de son mari. Paroxysmes compliqués de nymphomanie. Redoublement des accès aux époques menstruelles. Guérison à dater du second mariage. (F. Hoffmann. Beepilepsia, Obs. IX.)
Observation CLX. — Hystérie compliquée de nymphomanie; dysménorrhée. Accès aux époques menstruelles. (Nicolaï, Journal de Yandermonde, 1758, t. IX, p. 114.)
Observation CLXI. — Mmo Cécile, âgée de trente-six ans, a été mariée fort jeune, à un instituteur ; elle n'a pas trouvé dans le ménage toute la félicité dont s'était bercée son imagination de fille. Son caractère est devenu difficile, bizarre. Depuis la puberté jus-
qu'à vingt-cinq ans, cette malade a eu une crise hystérique à chaque période menstruelle. Elles ont disparu alors pour faire place à des symptômes de nymphomanie qui ont poussé cette malheureuse femme à des actes déplorables. Elle a essayé à plusieurs reprises de tuer son mari, d'autres fois, et sans provocation aucune de la part de ce dernier, elle ameutait tout le quartier par les cris: «Au meurtre, à l'assassin!» Elle provoque les passants à prendre sa défense au moyen d'affiches apposées à ses fenêtres. Elle poursuivait en même temps de ses lettres et de ses obsessions amoureuses, un ecclésiastique qu'elle prenait pour un bâtard de la famille impériale ; elle espérait l'épouser lorsque le divorce aurait été autorisé et le mariage des prêtres décrété par le Concile. Non seulement ce prêtre ne répondit pas à sa flamme, mais encore informa le mari en lui envoyant la correspondance de sa femme. Cet état des choses durait déjà depuis quelques mois, Mma Cécile A... nese décourage pas et porte son affection sur un jeune homme qui ne tarda pas à la rendre enceinte. Depuis que la menstrua tion a disparu par suite de l'état de grossesse, Mm0 A... a com plètement recouvré son bon sens. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 26.)
Observation CLXII. — Une dame anglaise, âgée de quarantehuit ans, et mère de huit enfants, vint me consulter. Elle avait souffert quelques années auparavant d'une métrite catarrhale et, chez elle, l'écoulement menstruel ne venait plus que d'une manière irrégulière.
Depuis sa maladie, elle avait cessé de cohabiter avec son mari. Cette dame se plaignit d'abord de dyspepsie, de constipation, mais au bout de quelques jours, elle m'avoua que sa maladie principale consistait en spasmes erotiques qui se répétaient plusieurs fois par jour, sans aucune provocation de son imagination et sans qu'elle pût même les repousser. Un jour, étant avec elle et une de ses amies, je fus témoin d'une de ses crises. Elle marchait dans la chambre, elle s'arrêta tout à coup, rougit : ses yeux devinrent fixes; un léger tremblement agita ses membres et sous elle s'échappa une sécrétion liquide, sécrétée parles glandes vulvovaginales. Cette malade n'était qu'accidentellement à Paris. Cette affection lui inspirait une tristesse profonde. Entourée d'une famille respectable, de filles déjà mères, elle n'avait osé en confier le secret à son médecin babituel qui, ne voyant là qu'un état nerveux, lui avait conseillé de voyager sur le continent. Chez cette