‹ La femme pendant la période menstruelleChapitre 40 sur 46 · CHAPITRE VIII Psychoses multiples et variées · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Psychoses multiples et variées

Je réunis sous ce titre différents états psychiques, tous très intéressants au point de vue médico-légal, mais non assez nettement définis , différenciés , ou à manifestations trop multiples et trop variées, pour trouver place dans un des chapitres qui précèdent et être décrits sous une rubrique scientifique particulière. La forme maniaque aiguë qu'ils affectent tous, m'autorise du reste à ne pas les séparer et à faire d'eux un seul et même groupe, caractérisé par la soudaineté de l'acte, l'état passager du trouble, mental, le retour subit et souvent complet de la raison.

Esquirol considère la menstruation comme une des causes de manie les plus ordinaires. D'après sa statistique, sur 132 maniaques admises à la Salpêtrière, 27 reconnaissaient pour cause un trouble de la menstruation, et 12 la disparition de la fonction; à Gharenton, sur 51 malades, 19 offraient la première étiologie, et 8 la seconde. Tous les auteurs !, qui ont écrit sur la folie subite passagère, ont attribué un rôle à l'influence menstruelle; et je suis fort étonné que dans l'étude

' A consulter : Fall von Mania menstrualis. Wien.,medic. Presse, 1865, VI, p. 927, 929. Case of acute mania iïom arrested menstruation. Med. Vestruk. St-Pétersb., 1880, VI, 25, 35, 50. De la folie subite passagère an point de vue médico-légal, par Van iïoolsbeek. Bulletin de V Académie de Belgique, 186, p. 1015.

de De Tulié, sur le Délire aigu sans lésions, Th. de Paris, 1865, étude de longue haleine et d'ailleurs fort remarquable, il ne soit nullement question du délire sympathique qui accompagne les règles ; c'est en vain que j'ai cherché : le mot menstruation n'est pas prononcé une seule fois dans le travail.

Observation CGII. — Nous connaissons une demoiselle chez laquelle la première menstruation détermina une manie furieuse, passagère, et qui n'a plus présenté aucun signe de folie depuis cette époque. (Van Holbeck, Bulletin de l'Académie de Belgique, 1869, p. 1022.)

Observation GGIII. — Marguerite, seize ans, tempérament sanguin, bien réglée pendant deux ans. Deux ans après, suspension de l'écoulement et aussitôt accès de manie de trois ou quatre jours de durée, coïncidant avec l'époque menstruelle. Depuis ce moment, tous les mois, le délire éclate et disparait après une application de sangsues. (Fauvel, Ann. méd. psyclt., t. II, 1848, p. 178.)

Observation CC1V. — Une jeune fille est surprise par la première éruption à l'âge de treize ans. Onze mois se passèrent ensuite sans que rien ne reparût; puis, trois fois, à intervalles inégaux, le flux se montra. Dès lors on remarqua une loquacité turbulente, un grand changement moral, des soupçons mal fondés, des visions effravantes, des craintes continuelles, etc., etc. Enfin le délire éclata. En un an, huit accès analogues, précédés d'épistaxis et survenant au milieu des règles. (Delasiauve, Journal de méd. ment., juillet 1864, p. 262).

Observation CCV. — Fenet, vingt-sept ans. Manie aiguë avec commencement de démence. A dix ans, dartres aux jambes, disparaissant à quatorze ans, époque des règles.

Première grossesse en mai 1818, et cependant, règles à deux époques. La frayeur les arrête, accès de manie dont la durée est de quatre mois. Au bout de ce temps, retour des règles et guérison complète.

Deuxième grossesse heureuse. La malade continue d'avoir ses règles à trois époques, mais en conservant une légère nuance de démence.

En mai 1819, suppression de la menstruation, et accès de manie

en même temps, qui dure trois mois, et se termine par le retour de la menstruation.

En mai 1822, suppression des règles, accès comme le précédent, durant cinq mois et disparaissant encore au retour des règles; mais en laissant les facultés intellectuelles affaiblies.

En 1824, quatrième accès plus caractéristique parla démence; absence de règles depuis cette époque. Leucorrhée abondante se déclarant pendant la maladie, ne changeant rien à son caractère. Persistance de la démence. (Germain et Bouchet, in Annales médicopsychologiques, 1844, t. IV, p. 339.)

Observation CGVI. — MUe P. T... âgée de dix-huit ans, vit ses règles se supprimer, à la suite d'une exposition au froid prolongé. Quelques accidents survinrent tout d'abord : ils furent combattus à l'aide d'émissions sanguines; mais, au bout de trois jours, le délire arriva. La malade devint indocile, hardie, résolue; elle avait perdu toute retenue; à la moindre occasion, elle se livrait à des emportements contraires à son caractère naturel : elle riait et chantait alternativement; souvent aussi elle versait des larmes involontaires. La menstruation se rétablit et elle fut guérie. (Perfect, Annales de la folie, Londres, 5° édition.)

Observation CCV1L— Une jeune fille, très forte, devint maniaque à la suite d'une frayeur qui supprima ses règles. Elle était aliénée depuis un mois, lorsqu'elle fut électrisée pendant quinze jours; à l'époque menstruelle, l'écoulement parut et elle fut guérie aussitôt. (Esquirol, Maladies mentales, t. I, p. 155.)

Observation GGVIII. — Rétention des règles simulant une grossesse chez une femme de vingt-deux ans; manie hystérique, agitation. Ecoulement abondant des menstrues, cessation du délire. Nouvelle absence des règles, nouvelle apparition de délire. (An. méd. psych., 1881, t. IV, p. 341.)

Observation GCIX. — La mort d'une amie avait très sensiblement affecté une dame de vingt-quatre ans. A la lecture du testament, elle s'aperçoit qu'on l'a oubliée. Ses règles s'arrêtent brusquement et elle est prise d'un accès de manie. Une saignée abondante ne diminue en rien l'intensité des symptômes; douches, injections morphinées ne réussissent pas mieux. Deux mois après, les règles reviennent, mais peu abondantes et l'amélioration n'est que légère. Trois mois après la menstruation se fait normalement et disparaissent alors tous les accidents. (Taguet, Thèse de Paris,

Observation CCX. — Clarisse, âgée de vingt-neuf ans, est agitée, verbeuse, déchire ses vêtements, parle sans suite pendant quatre à cinq jours, avant, pendant et après la menstruation. Tout le reste du mois, elle est calme, docile, raisonnable, pleine de bons procédés pour ses camarades. (Berthier, Asile d'aliénées de Bourg, 1864.)

Observation CCXI. — Une jeune fille est arrêtée à une gare de chemin de fer, en proie à une violente agitation maniaque • elle avait ses règles. Conduite à la Salpètrière, l'accès de manie se renouvelle aux époques suivantes et finit par disparaître sous l'influence d'un traitement approprié. (Baillarger, Ann. méd. psych., 1855, p. 555.)

Observation CCX1I. — Jeune fille qui, sous l'influence d'une suppression des règles, se livrait tour à tour à |la colère et à la frayeur, s'élançait sur les assistants et se livrait sur eux à des voies de fait. Elle se croyait condamnée aux feux éternels, et poussait des cris lamentables, proférait des paroles obscènes et commettait des gestes indécents. La réapparition des règles fut provoquée par une saignée du pied et tous les symptômes de la maladie disparurent. (Forestier, cité par Petit, Thèse de Paris, 1870, p. 14.)

Observation CCXI1I. — Délire fébrile chez une jeune fille de vingt-trois ans, irrégulièrement menstruée depuis dix mois. Application de sangsues à la vulve; pendant deux menstruations, il y eut un mieux très marqué ; à l'époque de la troisième, les règles reparurent et la malade fut guérie. (Vandermonde, Journal de méd. et de chir., 179©, t. X, p. 21.)

Observation CCXIV. — Une jeune servante, un soir d'orage, fermant les volets de la chambre de son maître, vit tomber la foudre à quelque distance. Elle en fut si effrayée que, dès lors, ses règles, qu'elle avait en ce moment, se supprimèrent et furent suivies de l'explosion de l'aliénation mentale, d'une manie qui ne cessa que huit mois après, lorsque les règles reparurent. (Edme Conrot, Cause de l'aliénation mentale, Thèse de Paris, 1824.)

Observation CCXV. — Une femme, ayant ses menstrues, est mouillée par une pluie abondante ; suppression des règles. Manie pendant trois mois. Elle ne guérit que par le retour de l'état ordinaire. (Edme Courot, Cause de l'aliénation mentale, Thèse de Paris, 1824.)

OnsERVATioN CCXVI. — Joséphine Ciloleux, vingt-deux ans, tempérament lymphatique, antécédents héréditaires. Dans l'espace de huit ans, cette femme fut traduite neuf fois devant les tribunaux.

1° Au mois d'octobre 1870, elle avait alors quatorze ans, elle essaie de mettre le feu chez ses parents, brise les meubles, déchire ses effets et fuit le domicile maternel. (Inculpation non suffisamment établie, ordonnance de non-lieu.)

2° Le 15 novembre 1872, vol chez les sœurs de l'église d'Ingrandes. (Rapport du D1' Feillé, concluant à la responsabilité, deux mois de prison.)

3° Le 24 janvier 1874, vol et dévastation de plantes dans le presbytère d'Ingrandes. (Pas de rapport médico-légal, deux mois de prison.)

4° Dans la même année, vol dans l'église de Saint-Martin-du- Fouilloux, profanation des objets du culte. (Rapport du Dr Bahuand, ordonnance de non-lieu.)

5° Au mois d'avril 1875, nouvelle inculpation de vol chez M. le curé d'Ingrandes. (Rapport du D1' Dufour, acquittée.)

6° Le 22 avril 1876, vol, dévastation de plantes et bris de clôture. (Pas de rapport, deux mois de prison.)

7° Le 29 septembre 1877, violence et outrage envers des agents. Pas de rapport, deux mois de prison.)

8° Le 19 décembre 1878, Joséphine s'introduit dans le presbytère d'Ingrandes, adresse à M. le curé les injures les plus grossières. Conduite au poste de police de la gendarmerie, elle continue ses invectives contre le curé, se dépouille de tous ses vêtements, ne gardant que la chemise. Cependant, le lendemain, le calme était revenu, la jeune fille se reconnaît coupable, mais elle ajoute : « Quand je suis dans cet état, je ne suis pas maîtresse de moi. » On apprit alors que ce n'était pas la première fois qu'elle s'introduisait chez M. le curé pour l'injurier. On sut qu'elle l'avait attaqué jusque dans l'église. (Conduite à la maison d'arrêt d'Angers, elle n'y séjournaque quelques jours ; le 26 décembre, il y eut un ordre de mise en liberté.)

9° Dans la nuit du 1er au 2 février 1879, Joséphine pénètre dans la cour du presbytère et nouvelle attaque contre M. le curé. Dans la nuit du 7 au 8 février, aune heure du matin, nouvelle tentative , elle retourne au presbytère, mais ses projets sont déjoués par le bruit d'un carreau qu'elle brise et par les aboiements du cliien de la maison qui réveillèrent M. le curé, Le 8 février, vol

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d'argent au préjudice de l'instituteur. Elle est de nouveau écrouée à la prison d'Angers. (Rapport des Drs Combe et Saprée établissant l'irresponsabilité de l'accusée, ordonnance de non-lieu ; elle est internée à l'asile Saint-Gemmes.)

Voilà les faits. Existe-t-il un rapport entre eux et la menstruation ?

Nous voyons tout d'abord les troubles cérébraux de Joséphine débuter à quatorze ans, époque où elle fut réglée pour la première fois ; elle est alors atteinte de pyromanie et autres manifestations de manie aiguë.

Depuis les certificats des" médecins établissent que le flux menstruel s'accompagne chez elle de surexcitation cérébrale, qu'elle est atteinte de nymphomanie et que son délire erotique se porte sur M. le curé d'Ingrandes.

Le D1' Lannelongue, en 1872, certifiait qu'il avait eu à soignerla fille Gitoleux depuis cinq ans, que cette jeune fille, au moment où la menstruation s'est établie, avait souvent perdu l'usage de la raison. Plus tard, à l'époque des règles, elle se portait à des actes prouvant l'état maladif du cerveau. M. le D1' Dufour, en 1875, déclarait l'inculpée atteinte d'un état névropathique intermittent qui, dans certains moments, pouvait troubler les déterminations de sa volonté. Le D1* Lannelongue certifiait que, le 19 décembre

1878, la fille Gitoleux était au moment d'une époque menstruelle et en proie à une agitation causée par le flux périodique. La déposition faite par ce praticien, en qualité de témoin, le 11 février

1879, n'est pas moins explicite : « Joséphine est toujours agitée à l'époque de ses règles. Elle est amoureuse de M. le curé d'Ingrandes et par conséquent jalouse de la personne qui est chez lui à titre de gouvernante. » Les événements scandaleux de février qui nécessitèrent son emprisonnement, précédèrent de quelques jours et accompagnèrent le flux menstruel. Lors de son entrée à l'asile Saint-Gemmes, elle était à la fin d'une période menstruelle. Elle a déclaré plusieurs fois que ses époques n'avaient rien de fixe et que les intervalles qui les séparaient, variaient en durée depuis douze jours jusqu'à deux mois et même davantage. Celle qui eut lieu le 5 avril, a été séparée de la précédente par un intervalle de quarante et un jours et s'accompagna d'une très grande agitation contrastant singulièrement avec l'état de calme et de tranquillité qu'elle avait montré jusque-là.

Les conclusions des Drs Combes et Saprée se résument en ceci : « La fille Citoleux est un être dégénéré ; sous l'influence des

époques menstruelles, elle est sujette à des accès de surexcitation cérébrale pendant lesquels elle est poussée irrésistiblement à des actes dont elle n'a pas conscience, et ne jouit pas de son libre arbitre. » (Résumé extrait du rapport médico-légal des Drs Combes et Saprée sur l'état mental de Joséphine Citoleux, inculpée d'outrage envers un ministre du culte, de bris de clôture, de vol et de violation de domicile. Ann. méd. psych., 1880, vol. III, p. 251.)

Observation CCXVJI. — Jeanne F..., vingt-huit ans, hystérique, pas d'antécédents héréditaires. Réglée à dix-huit ans, menstruation irrégulière et abondante. Un irrésistible besoin d'injurier, de chercher querelle, de taquiner, d'exciter l'impatience et la colère s'empare d'elle deux jours avant l'éruption des règles et dès que celles-ci se mettent à couler, tout état nerveux disparaît. (Observation personnelle recueillie à la Pitié, février 1888.)

Observation CCXVIII. — Accès passagers de folie à la suite d'une suppression brusque des règles par immersion des jambes dans Teau froide. (John-Rose Cormarch, Etudes cliniques, ch. xv.) Observation CCX1X. — Une demoiselle, au début de ses règles, se baigné dans l'eau froide. Celles-ci se suppriment : délire violent, agitation extrême. Les troubles nerveux ne cessèrent définitivement que lorsque les indices de la menstruation reparurent. (Dussour. Traité pratique de la menstruation, Paris, 18o0.)

Observation CCXX. — Une demoiselle de trente ans, d'une imagination très exaltée, d'un caractère doux et sensible, est abandonnée par son amant qui l'avait rendue mère : dysménorrhée. Quelques mois après , on vole MUe... : les menstrues se suppriment, son enfant meurt. Dix jouis après : délire général, agitation extrême, cris, menaces. Amélioration de l'étatmenstruel, amélioration de l'état mental ; guérison de l'un, guérison de l'autre. (Esquirol. Des maladies mentales, t. I, p. 366.)

Observation CCXXI. — U. .., trente-quatre ans, réglée à dixhuit ans: menstruation irrégulière, douloureuse, peu abondante. Désordre mental fort curieux survenant trois ou quatre jours avant l'apparition des règles : à mesure, que celles-ci prenaient leur cours et devenaient plus abondantes, l'obscurcissement de l'intelligence disparaissait peu à peu, la raison se rétablissait entièrement. La guérison fut obtenue par le retour à l'état normal delà fonction menstruelle, et elle s'est maintenue. U... s'est mariée, elle a trois enfants et sa raison n'a pas chancelé. iBrierre de Boismont. De la menstruation, Paris, 1842, p. 332. >

s. ir.viii). 16

Observation CGXXII. — Un homme de la campagne disait naïvement au Dr Liège}7 : « Tous les mois, quand elle a ses règles, ma femme me querelle et même me bat sans motif aucun ; doisje m'en fâeh?r. » (Voir l'observation, Journal de ta Société des sciences médicales cl naturelles, t. XL1I, 1866, et Courrier médical, 1868, p. 306.)

Observation CCXXIII. — Femme de trente-trois ans, devenue maniaque pendant un accouchement long et laborieux. Elle reste trois mois dans cet état (agitation continuelle, cris, propos grossiers et inconvenants, idées d'homicide sur la personne de la sœur chargée de sa surveillance). Un matin, elle demande qu'on lui enlève la camisole de force, promettant de se montrer sage et obéissante, elle tint parole : les règles venaient de se montrer pour la première fois depuis ses couches. (Taguet, Thèse de Paris, 1872, p. 38.)

Observation CCXX1V. — Laurence, trente-huit ans, hystérique, mais pas d'antécédents héréditaires ; menstruation régulière, quoique peu abondante. Ses règles sont supprimées à la suite d'un profond chagrin. Aussitôt : agitation extrême, menaces, cris, objurgations, loquacités, céphalalgies, insomnies, incohérence des idées, hallucinations. Le retour provoqué des règles a pu seul ramener la raison. (Berthier, Névroses menstruelles, Paris, 1874, p. 202.)

Observation CGXXV. — Femm.3 D..., quarante-six ans, ne compte dans sa famille aucun aliéné : elle a été réglée à quinze ans. Elle perdit son mari en 1878 au moment où elle avait ses règles. Cette mort l'impressionna vivement : l'hémorrhagie menstruelle s'arrêta et ne reparut pas de huit mois. Pendant ce temps, elle présenta quelques manifestations spasmodiques et resta sous l'empire d'un état nerveux assez caractérisé.

Au bout de huit mois, ses règles se montrèrent égales à ce qu'elles étaient précédemment. Depuis lors elles eurent assez de régularité dans leur apparition.

Dans le courant de 1880, chacune des époques menstruelles s'accompagna de phénomènes nerveux peu importants.

Au mois de janvier 1881, l'apparition des règles s'annonça par des troubles nerveux plus accentués, puis brusquement la malade fut prise d'une crise de manie aiguë qui se répéta pendant plusieurs périodes menstruelles ; elle courait hors de son logis, les cheveux épars, la voix égarée, se livrant à des actes de folie évi-

jalousie; mensonge et calomnie 243

dente, courant nue malgré la rigueur du froid, brisant tous les objets qu'elle pouvait atteindre, et tenant une série de propos incohérents et dénués de sens. Elle essaya d'incendier une maison voisine et frappa avec la dernière violence sa mère qui essayait de la maintenir. Cet état durait pendant tout le temps de l'écoulement menstruel et disparaissait avec lui : la malade revenait alors à la raison sans avoir conservé le moindre souvenir de ce qui s'était passé. (Gabadé, V Encéphale, 1883, p. 572.)

Observation CCXXVI. — Femme âgée de cinquante ans, qui, à chaque époque, a toujours été d'une impressionnabilité telle que son mari a eu besoin constamment d'une rare prudence pour éviter de déplorables scènes. (Liegey. Courrier médical, 27 novembre 1868.)

§ 2. — jalousie morbide; mensonge et calomnie

Paul Moreau (de Tours) L rapporte l'observation d'une femme de trente-trois ans. atteinte de folie jalouse à l'égard de son mari et dontla guérison eut lieu à la suite du retour des règles supprimées. L'auteur cite le fait comme une simple coïncidence, et il ajoute : « Il ne saurait être juste de faire jouer à ce phénomène un rôle quelconquedans la guérison. » L'influence de la menstruation dans la genèse et sur la marche de la jalousie morbide est pourtant considérable. Paul Moreau a eu tort de la méconnaître et de pas porter son attention de ce côté-là.

Dorez, dans sa thèse inaugurale (Paris, 1889), d'accord en cela avec ses juges, MM. Bail et Raymond, donne comme cause sérieuse et fréquente de la maladie, la première apparition des règles, leur irrégularité, leur suppression et la ménopause. Le rétablissement et la régularisation de la fonction ont suffi quelquefois pour arrêter toute manifestation morbide et ramener le parfait état de santé psychique. Le trouble menstruel, pour être favorable, n'est pourtant pas

'Paul Moreau (de Tours). De lu folie jalouse. Paris, 1877, p. 36.

indispensable, et chez bien des femmes, les crises de jalousie coïncident avec une menstruation normale.

Observation CCXXV1I. — Le plus ancien exemple de jalousie morbide en rapport avec la menstruation est celui qui nous a été transmis par les classiques latins dans la mort de Lucrèce. Un jour que celui-ci était dans un enthousiasme poétique, sa femme, qui avait alors ses règles, crut qu'il était épris d'amour pour une rivale, et, pour se venger, lui fit boire du sang de ses menstrues. Le malheureux poète, dit la version, devenu aussitôt enragé, tourna sa fureur contre lui et se donna la mort.

Observation CGXXVJIL — Une jeune fille de quatorze ans, chargée du soin du ménage, tandis que sa sœur paraissait être l'objet de toutes les tendresses, devint mélancolique et triste. Un jour elle monte dans sa chambre ; plusieurs heures s'écoulent, sa mère se rend auprès d'elle et trouve sa tille morte près d'un réchaud rempli de charbon. (P. Moreau (de Tours), loc. cit., p. 83.)

Observation GCXX1X. — Ch..., âgée de cinquante et un ans, réglée à onze ans et demi, menstruation normale. A quarante-neuf ans, cessation brusque des règles à la suite d'une discussion, et début des troubles psychiques. Autrefois très affectueuse pour son mari, gaie, aimant à plaisanter, elle est devenue tout d'un coup triste, jalouse, insupportable, pleurant et gémissant facilement, se plaignant continuellement; hallucinations multiples. (Bruant, Thèse de Paris, 1888, p. 55.)

Bien souvent la jalousie d'origine menstruelle engendre le mensonge et la calomnie1. D'après Delasiauve (loc. cit., p. 24J2), rien de moins rare, pendant les jours de la menstruation, que le mensong?e s'unissant à la méchanceté et à la ruse, que les lâches médisances, les délations calomnieuses, les trames perfidement ourdies, l'invention de fables satani-

1 Dans les cas d'imputation de viol — et ce sont les plus fréquents, étant donné l'érotisme menstruel — le médecin chargé de l'examen médico-légal doit être mis en garde contre une erreur qu'il pourrait commettre, s'il n'était point prévenu. Je veux parler de l'état des organes génitaux, toujours plus ou moins irrités pendant la période menstruelle, surtout lorsque la femme manque de soins de propreté; ce qui. joint à l'écoulement sanguin, pourrait faire croire à des traces de violence, alors qu'on est en présence d'un état menstruel physiologique.

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