LA MATRONE ET LA PATRIE
ce
vie de leurs enfants à-la liberté civique et à la discipline militaire, ces héros n'ont pas eu de pendants parmi les mères romaines, rendons-en graces au ciel. ss
Si, à l'époque primitive, nous considérons le rôle collectif de la femme au milieu des événements historiques, nous sentirons toujours battre dans le sein de la matrone un cœur à la fois romain et féminin. En deux occasions, elle sauva la ville éternelle, soit qu'elle réconciliàt les Romains et les Sabins, soit qu'elle fit arrêter, par les larmes d’une mere et celles d’une épouse, la marche triomphale et vengeresse de Coriolan exilé.
Quand les guerriers combattent et que Rome est en danger, les matrones remplissent les temples et demandent aux dieux le salut de la patrie!. Au bruit d’une défaite, ces femmes, qui sortent si rarement de leurs maisons, courent dans les rues, se tiennent même aux portes de la ville, etcherchent avidementà connaître, non pas seulement, comme la Spartiate, le résultat de la bataille, mais le sort des combattants. Rome fût-elle vaincue, la matrone peut encore ressentir l'émotion du bonheur en revoyantles guerriers qui lui sont chers : nous en citions plus haut un touchant exemple. Mais quelle double ivresse lorsqu'elle apprend à la fois le triomphe de Rome et le salut des
A. Tite-Live, v, 18.