‹ La femme romaineChapitre 110 sur 313 · Mors testis erit. Id., id., id · texte numérisé non relu

Mors testis erit. Id., id., id

vivre !. » Et, tirant un couteau qu’elle tenait caché sous sa robe, la fière Romaine se perce le cœur, et tombe morte aux pieds de ces êtres chéris qu'elle a involontairement déshonorés, mais dont elle lave la honte dans son sang. Terrible réparation qui ne venge leur honneur que pour déchirer leurs âmes, et qui leur fait jeter des cris de désespoir ?.

Mais un spectacle imprévu fait céder un moment leur chagrin à un autre sentiment : la surprise. Ils n'étaient pas venus seuls; deux de leurs amis les accompagnaient : Brutus et Valérius. Brutus, le prince qui devait son nom à l’apparence d’une stupide folie, Brutus arrache de la plaie le couteau de Lucrèce, et élevant ce fer d’où ruisselle le sang de la matrone : « Par ce sang si pur avant l'injure royale, dit-il, je jure, et je vous prends à témoin, dieux, que je poursuivrai par le fer, par le feu, par quelque moyen qui dorénavant soit en mon pouvoir, Tarquin le Superbe avec sa scélérate compagne et

1. Unde consilium afuerit, culpam abesse. Vos ..…. videritis, quid illi debeatur : ego me, etsi peccato absolvo, supplicio non libero. Nec ulla deinde impudica Lucretiæ exemplo vivet. Tite- Live, 1, 58. é

2. Id., id:, id. Suivant Denys d’Halicarnasse, Lucrèce se rend à Rome chez son père; et c'est en présence de nombreux témoins, assemblés suivant son désir, qu’elle fait connaître sa honte et qu'elle se tue. Son mari est alors au camp. Rappelé à Rome, il n'y trouve plus que le cadavre de Lucrèce: Ant. rom., IV, xv, 1-11, 16. Comme le fait très-bien remarquer M. Ampère, l’admirable récit de Tite-Live est le plus conforme aux mœurs romaines. L'Histoire romaine à Rome.

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toute la race de ses enfants, et que je ne souffrirai pas que ni eux, ni quelque autre, règnent à Rome ‘.»

Il passe le couteau à l'époux, puis au père, enfin à Valérius. Tous répetent le serment de Brutus: et lorsque les conjurés portent au Forum le corps de la victime, le peuple indigné exécute le vœu de leur vengeance. Ainsi que les douleurs de l’oppression présente, les lugubres souvenirs du passé, le meurtre de Servius, les forfaits de Tullie, incitent de leur. aiguillon la colère des Romains ?. Jusqu’alors, ceuxci ont courbe la tête sous le joug. Mais ce peuple qui s’est laissé gouverner par les meurtriers, à la fois régicides et parricides, d'un de ses meilleurs princes; ce peuple autrefois si fier et qui a supporté pendant vingt-cinq années une tyrannie aussi cruelle qu'ignominieuse, ce peuple se lève pour venger l’honneur d’une chaste matrone. C’est qu’il est une chose à laquelle on ne pouvait toucher impunément à Rome : le respect du sanctuaire domestique; et l’on a justement remarqué que Rome accomplit ses deux plus

4. Per hunc, inquit, castissimum ante regiam injuriam sanguinem juro, vosque, dii, testes facio, me L. Tarquinium Superbum, cum scelerata conjuge et omni liberorum stirpe, ferro, igni, quacumque dehinc vi possim, exsecuturum : nec illos, nec. alium quemquam regnare Romæ passurum. Tite-Live, 1, 59.

2. Tite-Live, 1, 59. Cette révolution, que Tite-Live raconte avec une éloquente brièveté, fournit à Denys d’'Halicarnasse un nouveau thème d’'amplifications oratoires. Ant. rom., IV, xv, 16 et suiv.

168 LUCRÈCE grandes révolutions pour châtier les profanateurs de ses foyers !. Pour Lucrèce, Rome chasse ses rois, comme plus tard, pour Virginie, elle dépose ses décemyvirs ?.

Aux yeux des Romains, l’action de Liucrèce demeura un éternel exemple d’héroïsme. Il a fallu la lumière de la religion chrétienne pour que l’homme comprit une vérité qu'il avait déjà entrevue au sein du paganisme : c’est qu'il n’a pas le droit de disposer d’une vie qu'il ne s’est pas donnée.

Comme le dit saint Augustin, Lucrèce se tua afin

qu’elle ne fût point soupconnée d’avoir été la com-

plice de Sextus *. Ajoutons qu’elle obéissait en cela au même sentiment qui, la nuit précédente, lui avait

fait préférer un déshonneur réel au déshonneur apparent dont Sextus l’avait menacée. Cette dernière honte aurait été éternelle parce qu’elle eût suivi la mort de la victime, et que, du fond de la tombe,

Lucrèce n’eût pu attester son innocence. En accep-

tant au contraire l’outrage de Sextus, elle pouvait, avant de mourir, sauvegarder sa mémoire. Lucrèce sacrifia non-seulement sa vie, mais son honneur, à sa réputation.

Quoi qu'il en fût, le type de Lucrèce est d’une austère beauté : il est digne de l’ancienne Rome il

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