LA FORTUNE DES FEMMES
tions conviennent mieux la dignité du silence et la tristesse de l'attitude; mais souvenons-nous que si Rome avait subi un vainqueur, ce vainqueur avait été l’un de ses fils. L’orgueil romain pouvait trouver la encore une satisfaction.
Le Sénat ordonne qu’une inscription immortalise le dévouement des Romaines. L’auguste assemblée offre aussi aux matrones de choisir elles-mêmes leur récompense. Elles ne demandent d'autre privilége que la permission d'élever un temple à la Fortune des femmes. Elles y prieront pour Rome; et, sous la présidence de Valérie, elles y offriront ensemble des
sacrifices annuels, le jour anniversaire de la retraite.
de Coriolan. Les généreuses matrones proposent même de faire élever à leurs frais le temple et la statue de la déesse; mais le Sénat, bien que touché de ce vœu patriotique, décide que l’État se chargera de ces dépenses. |
L’année suivante, au premier anniversaire de leur douce victoire, les matrones se réunissent autour d’un autel qui a été élevé au lieu même où Coriolan écouta leurs prières : c’est le futur emplacement du temple. Valérie inaugure alors ses fonctions de prètresse. LA
Lorsque le temple a été édifié, les matrones y apportent une seconde statue à laquelle elles ont consacré la somme qu’elles avaient primitivement destinée au sanctuaire de la déesse. Et, suivant une
Le 2 #
Er”
VÉTURIE. VOLUMNIE : . 177
légende, la statue déclare aux femmes que celles-ci l'ont dédiée suivant les rites. |
À cette époque, les matrones avaient sans doute déjà porté le deuil de Coriolan, s’il faut ajouter foi à la tradition suivant laquelle les Volsques auraient tué le général à son retour dans leur pays. D'après une autre version, Coriolan aurait vieilli et serait mort dans un exil sans doute volontaire 2.
Quelle que soit l’opinion à laquelle on s’arrête, Véturie et Volumnie durent être malheureuses. Si Coriolan avait été tué, elles devaient se dire qu’en sauvant leur patrie, elles avaientperduleurbien-aimé soutien. Elles avaient pu accepter avec courage la perspective de ce malheur; mais en accueillirentelles de même la réalisation? Il est permis d’en douter : celles dont le foyer avait gardé pendant quatre ans le deuil de l’exilé ne se consolèrent probablement jamais de sa mort, cette mort que leur héroïsme avait préparée...
Si, au contraire, Coriolan vécut encore de longues années, sa mère et sa femme durent ou le pleurer comme mort en vivant loin de lui, ou perdre leur chère patrie en le rejoignant.
Shakespeare qui, avec l'intuition du génie, a écrit,
1. Denys d'Halicarnasse dit que, suivant une prescription du Sénat, les veuves remariées ne pouvaient ni sacrifier à la déesse ni la couronner.
2. Tite-Live, u, 40; Denys d’'Halicarnasse, Ant. rom., VIIT, vi,
29, 30; VII, vin; Plutarque, Coriolan; Valère Maxime, I, var, #.