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LES HÉROÏNES DU CORIOLAN DE SHAKESPEARE

dans son drame de Coriolan, lune des pages les plus vivantes de l’histoire romaine, a, Croyons-nous, mieux su peindre l'épouse de Coriolan que la mère de celui-ci. Chez lui, comme chez Tite-Live, comme chez les auteurs grecs, nous retrouvons la jeune et modeste matrone qui ne sait fléchir son époux que par un éloquent silence. Mais lorsque le poëte anglais met en scène la mère de Coriolan, c’est, dans cette première apparition, plutôt une Spartiate qu’une Romaine. Quand son fils court les dangers des batailles, elle se réjouit même des blessures qu'il peut recevoir. Nous ne reconnaissons pas à ce trait la mère romaine qui, certes, nous l'avons vu, a le fier courage d’armer elle-même son fils, mais qui pleure et qui prie en l’attendant.

Dans la suite de ce rôle, Shakespeare a suivi Plutarque, et nous montre ainsi, devant le général banni et victorieux, une femme qui, tout en blämant la conduite de son fils, sait encore mieux solliciter la pitié de celui-ci qu’affirmer son autorité maternelle. Après avoir exagéré au début la fermeté de la Romaine, le tragique anglais l’a trop atténuée plus tard. Il y à néanmoins, dans le rôle dessiné par Shakespeare, des traits dignes d’une Romaine, parce qu'ils sont à la fois héroïques et maternels. Le tragique du Nord nous fait vraiment reconnaître la mère de Coriolan, lorsque celle-ci déclare qu’elle n’éprouva pas un plus vif élan de joie en sachant qu'elle avait mis au

FABIA 179 monde un fils, que le jour où elle vit le jeune guerrier prouver qu'il était un homme !.

Deux fois les Romains ont dû à une intervention féminine le salut de leur ville. C’est une femme qui leur a donné deux de leurs meilleurs rois. Pour venger l'honneur d’une matrone, ils ont aboli la royauté ; et plus tard, pour venger l'honneur d’une vierge, ils ont déposé leurs décémvirs. C’est encore par une femme que les plébéiens acquerront le droit de parvenir au Consulat.

Fille du patricien Fabius Ambustus, Fabia est mariée au plébéien Licinius Stolo. Elle est venue visiter sa sœur aînée, femme de Sulpicius, l’un de ces tribuns militaires qui ont remplacé les consuls. Un licteur vient frapper à la porte de la maison avec sa baguette. La jeune Fabia s’effraye, et sa sœur sourit. C’est que la femme du plébéien ignore que, par un honneur rendu au pouvoir suprême, un licteur précède le tribun militaire et frappe à la porte de sa demeure pour annoncer que l’un des chefs de l’État rentre du Forum.

Le sourire de sa sœur aînée jeta dans le cœur de Fabia l’aiguillon de l'envie. Femme d’un de ces plébéiens qui avaient, ilest vrai, le droit d'être nommés

1. I sprang not more in joy at first hearing he was a manchild, than now in first seeing he had proved himself a man. Shakespeare, Coriolanus, acte I, se. im. (Édition de Johnson et Stevens.)

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