Voir notre précédent ouvrage, la Femme grecque
trouvés dans leurs demeures sont des remèdes bienfaisants. Alors l’esclave dénonciatrice les somme de boire ces liqueurs salutaires. Les deux patriciennes se concertent avec leurs compagnes; les vingt femmes acceptent l'épreuve... et en meurent. Cent soixante-dix matrones sont condamnées par le jugement du peuple.
Les Romains virent dans le forfait des empoisonneuses, non pas un crime prémédité, mais un acte de démence. On renouvela, à cette occasion, pour guérir les esprits malades, une pratique superstitieuse qui, suivant une ancienne prescription, aurait dû avoir lieu tous les ans, mais que l’on ne faisait plus revivre que dans les grandes calamités : un dic-
tateur fut nommé pour fixer dans le temple de Ju-
piter un clou dont la signification Symbolique est incertaine !.
En racontant ce fait, Tite-Live voudrait ne pas y croire, tant ce crime contraste avec la vertu des antiques matrones. Mais, trente-trois ans plus tard, un autre incident trop significatif vint à se produire : un consul put ériger un temple de Vénus avec les amendes que le peuple avait imposées à quelques matrones adultères, dit Tite-Live? qui, cette fois encore, semble se refuser à voir, dans les faits qu'il raconte, les signes avant-coureurs de la décadence morale
4, Tite-Live, vin, 18; Preller, ouvrage cité, 2. Tite-Live, x, 31; voir plus haut, page 118, note 2.
dont il fut le témoin. Quel que fût le nombre de ces épouses infidèles, il n’en est pas moins vrai que les amendes payées parelles suffirentpour laconstruction d'un temple. Il était bizarre de consacrer à Vénus un monument dû aux expiations des fautes qu’elle-même avait fait commettre. Et c'était dans cette même ville que, l’année précédente, une chaste matrone avait élevé un temple à la Pudicité plébéienne!!
Vers le milieu du troisième siècle avant notre ère l’on vit, pour la première fois, une femme accusée du crime de lèse-majesté. Par un mot aussi impudent et cruel qu'anti-national, elle avait outragé l'honneur de Rome. Sœur de Claudius Pulcher, qui avait perdu une flotte romaine, et qui alors n'existait plus, Claudia revenait des jeux publics, et c'était avec peine que son carpentum se frayait un passage à travers la foule. Alors cette Romaine, cette patricienne, cette sœur d’un général vaincu, ose exprimer tout. haut le vœu que son frère ressuscite et perde une nouvelle flotte pour diminuer la foule qui arrête son char.
La voix du peuple répondit à Claudia en la cendamnant à une amende de 25,000 as2.
Pendant la seconde guerre punique, l'introduction des richesses du Samnium dans la ville de Romulus, l'influence des mœurs grecques, développèrent d’une
1. Voir plus haut, pages 119, 120, , 2. Suétone, Tibère, n; Valère Maxime, VIII, 1, 4. Aulu-Gelle, x, 6.
manière latente les germes corrupteurs qui, jusqu’alors, ne s'étaient manifestés que de loin en loin. L'accroissement de la fortune publique donna particulièrement un plus libre essor au goût que, dès la plus haute antiquité, les femmes romaines montrèrent pour la parure. Il fallut alors qu'une loi somptuaire restreignît cette tendance. D’après la loi Oppia, promulguée 213 ans avant notre ère, les femmes ne devaient ni posséder plus d'une demi-once d’or, ni porter des vêtements aux couleurs variées. Il leur était également interdit, excepté pour les sacrifices, de se faire traîner en voiture, soit à Rome, soit dans d’autres villes, soit encore à un mille de distance d’une cité 1.
Alors néanmoins les immenses périls qui menaçent Rome ne permettent pas que la mauvaise semence s’étende sur une vaste surface; et le poëte pourra encore dire de ces temps : «Jadis une humble fortune rendait chastes les Latines ; le travail, de courts sommeils, et des mains fatiguées et endurcies par la laine étrusque, et Annibal près de la ville, et les maris en faetion dans la tour de la porte Colline, ne permettaient pas aux vices d'atteindre les pauvres toits ?, »
C'est toutefois vers la fin de la deuxième guerre