‹ La femme romaineChapitre 14 sur 313 · LES PÉNATES DE ROME · texte numérisé non relu

LES PÉNATES DE ROME

jette sur l’autel un bout de son blanc vêtement de Fin... À ce contact, dit Ja fable, le feu renaît, et Vesta a sauvé sa prêtresse !.

De même que la matrone avait sous sa surveillance, non-seulement le feu domestique, mais les autres Pénates de la maison, les Vestales avaient encore la garde de certains objets mystérieux renfermés dans le sanctuaire de leur temple, accessibles seulement aux pontifes et à elles, et qui, désignés par Tacite comme les Pénates du peuple romain ?, étaient, aussi bien que le foyer national de Vesta, considérés comme les gages de la prospérité publique. Parmi ces talismans figuraient, disait-on, et les Pénates de Troie, la première et légendaire métropole de Rome; et ce Palladium que les Athéniens, eux aussi, croyaient posséder à l’Érechthéion.

Au temps de cette invasion gauloise qui, d’après Tite-Live, a été annoncée par une voix surhu-

1. 11 y a sur cette légende diverses traditions. Properce, 1v, 41; nie d'Halicarnasse, ouvrage cité, 1, xvn, 9; Valère Maxime, I,

6,7. Ge dernier auteur, qui ne nomme pas l'héroïne de ce récit, dit que c'était une élève de la grande Vestale Émilia.

2. En parlant de l'incendie de Rome sous Néron, Tacite dit : Numæque regia et delubrum Vestæ cum Penatibus populi romani, exusta. La Regia de Numa et le temple de Vesta, avec les Pénates du peuple romain, furent consumés. Annales, xv, 41. Toutefois, Denys d’Halicarnasse distingue d’autres Pénates publics, dieux troyens qui avaient un temple spécial à Rome. Ant. rom., 1, xv, 15; comp. II, xvur, 4; Ovide, Fastes, in, 6; Plutarque, Numa, Camille; Dion Cassius, Liv, 24; Preller, ouvrage cité.

LE FEU SACRÉ PENDANT L'INVASION Al

maine vibrant au-dessus du temple de Vesta ‘; tandis que la jeunesse monte au Capitole pour défendre ce dernier asile de la liberté, tandis que les sénateurs, assis dans leurs chaises curules, attendent avec calme et l'ennemi et la mort, voici que le plébéien Albinius, qui se retire de Rome avec les bouches inutiles, rencontre, sur la pente qui va du pont Sublicius au Janicule, des femmes portant des fardeaux. Ce sont les Vestales qui, après avoir déposé en lieu sûr la plupart des choses sacrées, fuient Rome, emportant et le feu perpétuel et les objets les plus précieux de leur culte.

Albinius s’émeut du contraste que forme sa situation avec celle des Vestales. Lui, le plébéien, il conduit dans un chariot sa femme et ses enfants ; et les plus augustes prêtresses de Rome marchent accablées sous le poids de ce que la patrie a de plus sacré! Aussitôt cet homme fait descendre de son chariot sa propre famille, et y faisant monter les Vestales il les conduit à Céré ?. Rome peut tomber : tant que survivront les derniers des Romains, les objets de leur culte seront vénérés *.

{. Tite-Live, v, 32.

© 9. Tite-Live, v, 39, 40; Valère Maxime, I, 1, 10; Plutarque, Camille. L'hospitalité que les Cérètes accordèrent aux Vestales et aux Flamines leur valut plus tard, à l'occasion d'une offerise faite par eux aux Romains, le pardon de ceux-ci. Tite-Live, vit, 20. .

Page 1