LE POETE SUR LA TOMBE D’'UNE ENFANT
mieux terminer ce petit poëme que le vœu qui, même dans les âges chrétiens, devait être toujours populaire. Mais laissons la parole au poëte :
« À Fronton, son père, moi, Flaccilla, sa mère, je confie cette jeune fille, mes baisers et mes délices. Que la toute petite Érotion ne redoute pas les noires ombres, ni le chien du Tartare à la gueule monstrueuse. Elle eût maintenant accompli six de ces froids hivers si elle avait vécu encore autant de jours. Parmi de si anciens patrons que, folâtre, elle joue ; et que, de sa bouche bégayante, elle gazouille mon nom. Qu'un doux gazon couvre ses tendres 0ssements. Terre, ne pèse pas sur elle : elle n’a pas pesé sur toit. »
Ailleurs Martial peint les attraits de la jeune Érotion ; et bien que l’enflure de certains traits décèle l'origine espagnole de l’auteur, il y a vers la fin du poëme une explosion de cette sensibilité qui d'ordinaire n'appartient qu'aux âmes pures. Après avoir esquissé l’image de l'enfant qu'il appelle « mes amours, ma joie et mon plaisir ? », il ajoute : « Et mon Pétus me défend d’être triste : — N'est-ce pas honteux à toi de pleurer la mort de cette petite esclave
1. Hanc tibi, Fronto pater, genitrix Flaccilla puellam, Oscula commendo, deliciasque meas; etc.
MARTIAL, Épigrammes, V, xxx1Y.