LES PRIÈRES VIRGINALES
la grandeur de l'Empire, le même amour du sol natal respire dans les accents des deux poëtes.
Nous avons eu déjà l’occasion de remarquer combien les Romains attachaient de valeur aux prières de l'enfant et à celles de la vierge. Aussi le poëte, dont ces voix traduisaient les mélodies, était-il fier de sa mission, et en proclamait-il les résultats :
« Vierges ignorantes unies à de chastes garçons, dit Horace, d’où vous aurait-on enseigné les prières si la Muse n’eût donné le poëte? Le chœur demande le secours (des Immortels), et la présence divine se fait sentir; par l’éloquente et douce prière, il im-
plore les eaux du ciel, il détourne les maladies, éloi-
gne les périls redoutables ; il obtient et la paix, et une année abondante en moissons. Par le chant s’apaisent les dieux du ciel; par le chant, les dieux des enfers !! »
Ainsi habituées à prier les dieux pour leur pays, :
les jeunes Romaines respiraient, dès leur âge le plus tendre, ce sentiment que les filles d'Athènes ne purent guêre connaître : l’amour du sol natal! Leur piété et leur patriotisme s’unissaient ainsi; et par cette alliance elles semblent d’abord nous rappeler les vierges d'Israël. Mais la piété du Romain, cette piété toute païenne, toute matérielle, renfermée
À. Castis cum pueris ignara puella mariti Disceret unde preces, vatem ni Musa dedisset? etc. Horace, Épitres, IL, 1, 132-138,
LA VIiERGE ROMAINE ET LA VIERGE D'ISRAEL 239
dans les étroites limites d’un formalisme tout officiel, et cependant disséminée dans une foule de cultes, cette piété ne pouvait produire le généreux enthousiasme avec lequel l’adorateur du vrai Dieu regardait dans son pays la terre même de Jéhovah, et saluait dans ses victoires nationales les triomphes de l'Éternel.
C'était d’un amour plus humain que les enfants de Rome aimaient leur patrie. Bien qu'ils se plussent à l'appeler la terre de Saturne, elle leur était surtout chère par elle-même, par ses souvenirs, par ses espérances, par l’héroïsme de ses enfants, par la fécondité de son sol: :
« Salut, grande mére des moissons, terre de Saturne, grande mère des guerrierst!» |
Comme nous le disions dans un chapitre précédent, l'éducation toute domestique de la Romaine donnait plus d'expansion àses sentiments de famille qu'à son patriotisme. Certes la fille d'Israël ne fut pas plus que la fille de Rome élevée hors de son foyer; mais à ce foyer vivait le Dieu sans commencement et sans fin ; et c'était à la terre de ce Dieu qu'elle savait se dévouer en mourant pour son pays.
Ce n’était malheureusement pas toujours au milieu des fêtes religieuses que les Romaines se fami-
1. Salve magna parens frugum, Saturnia tellus, Magna virum. ET ViRGILE, Géorgiques, 11, 173, 174.