LES JEUNES FILLES DE LA DÉCADENCE
liarisaient avec la poésie. Là où avait pénétré l’influence corruptrice que nous signalions plus haut, qu'importait à la jeune fille le culte des dieux! Ces dieux, elle les méprisait, dit Properce. Et, après tout, quel autre sentiment pouvaient lui inspirer les scandaleuses légendes dont l’Olympe était l’objet! Qu'importaient aussi à cette jeune fille les “mystères de la nature et ceux de l’autre monde‘! Beaucoup de femmes alors voulaient paraître instruites, mais peu l’étaient réellement ?; et la première science que l’aïeule transmettait à sa petitefille était le prix de l'or, de l'or, quelle qu’en fût l’origine ?! Ce qu'il fallait à ces filles de la décadence, ce n'étaient ni les graves enseignements de la philosophie, ni les mâles inspirations d’une poésie élevée. Si, pour se rendre digne de ses virginales disciples, Horace donnait à sa Muse un plus haut essor, Properce disait à un ami: « En amour, un vers de Mimnerme vaut plus qu'Homère; le doux Amour cherche de doux chants. Allons, je t'en prie, ensevelis ces tristes ouvrages, et chante ce que voudra connaître toute jeune fille *.» C'est qu Horace voyait la jeune Romaine telle qu’elle existait encore dans
. Properce, II, xxx1v, 46, 51-54.
. Ovide, Art d'aimer, n, 281, 282.
. Juvénal, x1v, 207-209.
. Plus in amore valet Mimnermi versus Homero, etc. PROPERCE, I, 1x, 11-14; Cf. II, 11, 7, 8; 111, 15-20 ; 1x, 45, 46.
LA JEUNE FILLE ET LE POETE PE pe
les foyers où les anciennes vertus s'étaient perpétuées, tandis que Properce la voyait telle que les mœurs contemporaines l’avaient faite.
Oui, c'étaient des poëmes d'amour que demandaient, alors les filles de Rome; non pas, comme plus tard les châtelaines du moyen âge et les inspiratrices de Pétrarque et du Dante, les chants des pures amours, mais les accents voluptueux des passions païennes. Et les poëtes ne furent que trop souvent dociles à cette inspiration, et ne se plurent que trop souvent à développer le goût malsain qui leur préparait, outre le succès littéraire, d’autres triomphes encore.
Faut-il rappeler ici les étranges leçons qu'Ovide donnait aux jeunes filles et aux matrones, et qui furent la cause apparente de son exil? Le poëte se défendit, il est vrai, d’avoir écrit son livre pour les femmes honnêtes !. Mais l'ouvrage qui lui fut justement reproché comme un crime trahit sa véritable pensée, et les préceptes d'Ovide avaient certainement une portée plus haute qu’il ne l’avouait. -
Dans ce livre immoral, Ovide conseille aux jeunes filles la lecture de poëtes parmi lesquels 1l souhaite que la renommée vienne à le placer. S'il les exhorte à cette étude, ce n’est pas pour élever leur esprit, c’est pour fortifier encore la puissance de leurs plus dangereux attraits en faisant d'elles les interprètes