LA FONTAINE D’'ÉGÉRIE
Les Vestales abandonnèrent cependant, un jour, avec leur temple, les talismans de Rome. C'était pendant la première guerre punique. Le feu avait pris au temple, et les prêtresses fuyaient. Alors un grand pontife, un personnage consulaire, le vainqueur des Numides, Cécilius Métellus, s’élance au milieu des flammes... Il reparaît avec le Palladium; mais il est aveugle ‘ !
Pour purifier le temple de leur chaste déesse, les Vestales devaient, suivant les prescriptions de Numa, puiser l’eau de la fontaine consacrée à Égérie ?, cette nymphe que l’on disait la conseillère du roi législateur, et dont la légende témoigne que, de même que leurs frères de l'Inde et de la Grèce, les Aryàs de l'Italie attribuaient à leurs sources une vertu inspiratrice et fatidique ?. |
4. Cicéron, Pour sa maison, x1; Ovide, Fastes, vi; Valère Maxime, I,1v, 4; Denys d'Halicarnasse, Ant. rom., II, xvir, 4; Plutarque, Parallèles d'histoires grecques et romaines. Suivant ce dernier auteur, Minerve avait frappé de cécité l'homme qui avait porté sur son simulacre une main téméraire; mais ellelui aurait rendu la vue plus tard. C’est ainsi que la légende donnait le caractère du merveilleux à l'accident si naturel dont Métellus avait été victime.
2. Plutarque, Numa. Plus tard, il fut permis aux Vestales d'employer toute eau vive. Il leur était défendu de se servir de l’eau
Qui avait passé par des conduits. — M. Preller fait remarquer que c'était surtout dans le culte de Vesta que l’on observait cette pureté matérielle sans laquelle les choses sacrées ne pouvaient, suivant les Romains, être agréables à leurs divinités.
3. C. Preller, ouvrage cité; Félix Nève, Essai sur le mythe des
14 TARPÉIA ET LES SARINS
La Vestale portait sur l'épaule ou sur la tête l’urne d'argile dans laquelle elle puisait l’eau du culte, et qui, ne pouvant être déposée à terre avec son contenu, devait être pointue à sa base !.
À une époque plus éloignée que celle qui est généralement attribuée à l'institution des Vestales romaines, nous voyons, dans la cité de Romulus, la Vestale Tarpéia allant puiser l’eau purificatrice. Ce fut alors que, rencontrant les Sabins qui marchaient sur Rome, Tarpéia leur vendit sa patrie, elle, la prétresse du foyer national! Fille du commandant de la citadelle, la Vestale introduisit l'ennemi dans la forteresse. Comme salaire de sa trahison, elle avait réclamé ce que les Sabins portaient au bras gauche ; et, dans sa pensée, c'étaient leurs anneaux enrichis de pierres précieuses. Mais les Sabins, soit pour empêcher qu'il ne fût dit que la prise du Capitole n’était pas due à leur valeur, soit pour témoigner combien eux-mêmes méprisaient la vile créature dont ils s’étaient servis, les Sabins jetèrent sur la prêtresse, non leurs anneaux, mais leurs boucliers d'or : le prix de sa trahison devint ainsi l'instrument de son sup-
Ribhavas; et nos ouvrages : la Femme dans l'Inde antique; la Femme grecque. :
1. Ovide, Fastes,ur, 12-14; Properce, 1v,4; Perse, 11, 60. Ce vase, qui n'aurait pu être posé par terre, sans que l’eau qu’il contenait se répandiît, se nommait fufile : c'est de là que vient l’expression de futilis, futile, pour désigner un caractère sans consis-
-tance. Preller, ouvrage cité.