LES EMPOISONNEURS DE LA MORALE
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regards de la vierge. Le toit paternel même n'offre pas à la jeune fille un refuge contre les images qui blessent sa pudeur : l’art des peintres grecs introduit dans les maisons, des scènes analogues à celles qui ont frappé ailleurs l'imagination de la jeune Romaine !..
Tel est le tableau que nous trace un peintre si prévenu cependant en faveur de son modèle. Mais ce n’est pas se disculper d’avoir contribué à la dé-
moralisation générale que de prendre celle-ci pour. excuse; et l’homme dont le brillant langage à pro:
pagé le venin des mauvaises mœurs doit être mar-
qué d’un stigmate plus brûlant encore que.celui qui.
s'attache au malfaiteur. Les empoisonneurs:de la
morale ne sont pas les moins dangereux. de tous, et;
sous une législation qui châtiait le séducteur de. la jeune fille?, Ovide mérita l'exil.
Assurément Properce fut bien moins coupable
qu'Ovide. Et cependant, lui qui n'avait que trop cédé au goût des Romaines pour les chants d'’amour*, avait-il le droit de gémir sur les vices précoces de
ses jeunes contemporaines? C'est lui qui. nous si-.
gnalait tout à l'heure l’incrédulité de la jeune fille; c’est lui encore qui s’écrie avec amertume : « Tu des-
1. Ovide, Tristes, II. Comp. Properce, II, vi; Juvénal, vi, x1; Tertullien, Contre les spectacles, xvu, xx1, xxv.
2. Justinien, Instit., IV, xviu, 4, et commentaire de M. Ortolan.