‹ La femme romaineChapitre 18 sur 313 · à LA VESTALE AUX FÊTES RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

à LA VESTALE AUX FÊTES RELIGIEUSES

la mission de préparer le far pium, la farine sacrée qui était employée dans tous les sacrifices du culte, et servait à préparer le gâteau que devaient se partager les époux dans la forme la plus solennelle du mariage. | nn

Par la préparation du far, les Vestales contribuaient donc au culte de tous les dieux honorés par le paganisme romain. Elles participaient même d’une manière directe à plusieurs solennités autres que les fêtes de leur déesse : c’est que le feu de Vesta brûlant sur tousles autels, la déesse était invoquée dans toutes les cérémonies religieuses. Elle y présidait même avec Janus, l'antique dieu solaire.

Mais avant de nous arrêter au rôle que joue la Vestale dans divers cultes, remarquons le costume qu’elle revêt lorsqu'elle sacrifie. La longue stola et un vêtement supérieur l’enveloppent dé leurs chastes plis. Sur sa tête s’enroulent, autour du bandeau nommé vitta, les flocons de laine blanche qui forment une couronne, l'infula. Sur cette coiffure repose le sujfbulum, espèce de mitre blanche bordée de pourpre et retenue sous le menton par une fibule ‘.

Les Vestales apparaissent dans quelques-unes de ces fêtes agricoles si chères au peuple qui, de la même main, savait tenir la bêche du paysan et l’épée du général, cultiver et défendre la terre de ses aïeux, la

1. Ovide, Fastes, in, 29, 30, vi, 457; Preller, ouwrage cité; Wil-

liam Ramsay, Vestales (Smith’s Dictionary).

LA VESTALE AUX FÊTES RELIGIEUSES 17 terre de ses enfants; féconder à la fois, et de ses sueurs et de son sang, le sillon tracé par sa charrue ; unir et honorer enfin, dans le même type, les deux premiers serviteurs de la patrie : le laboureur et le soldat! |

Les Vestales sacrifient à Ops Consivia, la déesse des semences et des moissons ; à Consus, dieu qui lui paraît analogue et qui semble encore présider à l'hymen; à Tellus, la Terre féconde ; à Bona Dea, qui personnifie la même idée, et que les Romains vénèerent en outre comme une déesse qui protége la dionité de leurs femmes et la pureté de leurs filles. Pour sacrifier à cette déesse, les Vestales se rendent, au jour de sa fête, chez la femme du consul ou chez la femme du préteur‘. C'est aussi une Vestale qui consacre le temple de Bona Dea?. Remarquons ici que, de même que le grand Pontife, ce n’est qu’au nom du peuple romain que la prêtresse de Vesta a le

1. Les hommes étaient exclus de cette cérémonie. Cicéron, Discours sur la réponse des aruspices, xvn; Lettres, 18; etc.; Dion Cassius, xxxvir, 45; cf. Plutarque, César.

2. Preller, ouvrage cité. Les Vestales officiaient encore à la singulière fête des Argiens. Le 13 mai, elles se rendaient sur le pont Sublicius, ainsi que les pontifes. Là, devant les préteurs et d’autres magistrats, elles lançaient dans le fleuve vingt-quatre mannequins d’osier nommés Argiens. Peut-être cette cérémonie était-elle destinée à rappeler l'abolition des sacrifices humains. Ovide, Fastes, v; Preller, ouvrage cité. Lorsque le culte grec d’Apollon eut été introduit à Rome, les Vestales invoquaient dans le fils de Latone, le dieu sauveur, Apollo Medicus, Apollo Pæan. Preller, ouvrage cité.

18 LA GRANDE VESTALE AU CAPITOLE droit de”faire une dédicace religieuse dans un lieu public ‘.

Pendant les fêtes du dieu de la guerre, le jour des ides de mars, la grande Vestale, accompagnant le Pontife suprème, monte silencieuse au Capitole ?. Tous deux pénètrent dans le temple consacré aux trois grands dieux : Jupiter, Junon, Minerve; et offrent au premier de ceux-ci un sacrifice, auquel participent les prêtres de Mars, les Saliens.

Le salut de Rome, son existence même, la gloire de ses armes, la fertilité de son sol, la richesse de ses moissons, le bonheur de ses habitants, se rattachent ainsi, pour le peuple de Romulus, au ministère des Vestales. Aussi, que de privilèges leur sont accordés! Sans perdre leurs droits de succession, elles sont soustraites à l’autorité paternelle*, ce joug si sévère à Rome ! Du vivant même de son père, la pré-

1. La Vestale Licinia, qui appartenait à l’illustre maison des Caïi, ayant personnellement dédié, au pied du mont Sacré, un autel, un édicule et un lit, un sénatus-consulte proclama la nullité de cette consécration. Cicéron, Pour sa maison, Lu.

DA PE SAS Usque ego postera Crescam laude recens, dum Capitolium Scandet cum tacita Virgine pontifex.

« Moi, jusque daus les âges futurs, je grandirai par la gloire, tant qu’au Capitole montera, avecle pontife, la vierge silencieuse.» Horace, Odes, III, xxx, 7-9. Le poëte se trompait; sa gloire devait survivre aux dieux du Capitole.

3. Loi des Douze Tables, citée par Gaïus, haie C: Los: Cf. l'ouvrage dé M. Ortolan, Histoire de la législation romaine, 9e édition, revue par M. Bonnier. Paris, 1875; Douze Tables, v, 1.

tresse de Vesta a le droit de faire un testament‘. Elle peut même disposer de ses biens sans l’intermédiaire d’un curateur ?. Lorsque la justice invoque son témoignage, elle est, il est vrai, obligée de se rendre au Forum, mais elle n’est pas soumise à la formalité du serment *. |

Comme les Errhéphores athéniennes *, les Vestales sont entretenues aux frais de la nation. De l’argent, des terres peuvent même être légués à leur ordre 5.

La Vestale traverse-t-elle la ville? le consul et le préteur se*rangent respectueusement sur son passage, et font abaisser leurs faisceaux devant la reli-

1. Cicéron, Traité de la République, nr, 10. Si la Vestale était morte sans avoir fait de testament, il paraît que ses biens passaient à l’État. Elle ne pouvait pas non plus hériter d'un citoyen qui n’avait pas testé. Aulu-Gelle, 1, 12.

2. Plutarque, De l'utilité qu'on peut retirer de ses ennemis.

3. Tacite, Annales, 11, 34; Aulu-Gelle, x, 15. Ce dernier auteur, (vr, 7), dit que, par la loi Horatia, la Vestale Tarratia (voir plus haut, page 8) fut, entre toutes les femmes romaines, la seule qui eut le droit de témoigner en justice. Comp. Plutarque, Publicola. Cependant, ce droit n’ayant jamais été dénié aux femmes romaines, il a été conjecturé qu'on pouvait le prendre ici dans un plus large sens, et y faire entrer le témoignage particulier à la mancipation, c’est-à-dire à la cession juridique d'une propriété. Voir Becker, Gallus, oder Rômische scenen. Dritte berichtigte und abermals sehr vermehrte Ausgabe von prof, Rein. Leipzig, 1863. Zweiter Theil. Erster Excurs. Die Frauen oder von der Rümischen Ehe. ,

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