Tacite, Ann, 1, 85; Suétone, Tibère, xxxv
ce que tu voudrais, et que je pourrais aussi me livrer a mon caprice. Crie, cela t'est permis, remue ciel et terre ; je suis femme! ! »
Et dans cette exclamation, le latin à une énergie
que ne peut reproduire notre langue; le poëte se
sert du mot qui désigne à la fois l’homme, la femme, le genre humain : Æomo sum! s'écrie la matrone in-
fidèle. Oui, en effet, cette femme criminelle appar-
tient à l'humanité, mais ‘àcette humanité déchue qui, dans son orgueil, s'était éloignée de Dieu, et, pour son châtiment, tombait au-dessous de l’animalité: Où les Romaines trouvaient-elles un frein salutaire? Serait-ce dans le culte de Zona Dea, la déesse qui protége la pudeur de la femme? Mais nous savons que, même aux siècles d’austérité, ce culte avait des rites que pouvait seule expliquer la grossière naïveté de leur symbolisme. Aux yeux des pures Romaines d'autrefois, peut-être ces rites n’éveillaient-ils le plus souvent qu'une pensée religieuse. Mais pour la matrone de la décadence, l'idée disparaît, le symbole seul reste; et, par le culte de la déesse qui veille à l'honneur des femmes, la matrone est exposée aux plus honteuses suggestions.
1,48 Or AN Olimiconvenerat inquie Ut faceres, tu, quod velles; nec non ego possem Indulgere Hi clames ob et mare cœlo
Confundas : homo sum.
JUVÉNAL, Vi, 282-285.
ere:
Faut-il nous étonner alors que la corruption, qui émanait du sanctuaire, y eût été reportée? Voyez cette femme qui se tient devant l’autel de Janus et
de Vesta. Chastement voilée, elle a sacrifié aux deux divinités, avec le far et le vin, une victime
dont les entrailles vont être interrogées. La ma-
trone prie. Elle demande à Janus et à Vesta de sou-
lever pour elle un coin du voile qui cache l'avenir. Quand la victime est ouverte, la matrone pâlit. Ah! sans doute, c’est pour un mari ou un fils en danger, qu'elle interroge le destin avec une telle anxiété? Ce n’est que pour les affections de la famille qu’elle s’est approchée des vieux autels romains, et qu’elle a demandé la protection de Vesta, la déesse du foyer? Approchons-nous d'elle, surprenons avec lé murmure de ses lèvres Le secret de son cœur... Que demandet-elle, cette matrone, cette suppliante? Ce qu'elle demande ? C’est de savoir si l’homme qu’elle aime, un joueur de lyre! recevra la couronne de chêne aux jeux capitolins. Ce que cette femme désire apprendre au sujet d’un cithariste, une autre le souhaïtera au sujet d’un tragédien, ou même d’un comédien, car tous les héros du théâtre ont le privilége de passionner les Romaines. Le mime, le joueur de flûte, ont aussi leurs adoratrices. Mais que dire de l’enthousiasme que soulèvent chez les matrones les gladiateurs du cirque? Voici la femme d’un sénateur. Pour suivre un gladiateur, elle abandonne son
mari, ses enfants, sa sœur, son pays. Elle brave les périls de la mer, elle va jusqu'en Égypte. Mais l'homme à qui elle sacrifie ses devoirs, sa famille, son rang, Sa patrie, cet homme a donc reçu en partage ou la beauté sculpturale, ou la noblesse d’attitude que l’art romain a données aux statues de gladiateurs? Non, cet homme est âgé, il est difforme, il est manchot, il est d’un aspect repoussant. Mais, comme le fait remarquer Juvénal, il est gladiateur! Il a manié le fer, il a fait couler le sang : charme irrésistible aux yeux d’une Romaine ‘!
La cruauté se joint, en effet, à la dissolution chez la matrone des temps nouveaux. Klle-même, fait rare cependant, descendra dans cette arène où combattaient seulement autrefois des esclaves ou des condamnés à mort. La patricienne se fera athlète ou gladiateur?, |
La vue des jeux du cirque avait habitué la Romaine à contempler, avec un âpre et barbare plaisir, les dernières convulsions de la vie expirante. Pour la femme dépravée, dont toutes les impressions étaient émoussées à l'avance, c'était peu que d’assister à la lutte sanglante : il fallait y prendre part,