‹ La femme romaineChapitre 196 sur 313 · Juvénal, vi; cf. Tertullien, Contre les spectacles, xxu · texte numérisé non relu

Juvénal, vi; cf. Tertullien, Contre les spectacles, xxu

2. Juvénal, vi; comp. un, 73; Martial, Des spectacles, V1, va. Toutefois ce dernier poëte ne dit pas que les gladiateurs féminins dont il parle aient été des matrones.

tuer ou se faire tuer; goûter à la fois, et l'émotion que lui donnait le sentiment d’un danger personnel, et l’horrible jouissance de voir couler ie sang qu’ellemême avait répandu.

Et sans descendre dans l’arène, dans cette arène où, après tout, la femme expose sa propre vie pour attenter à la vie d'autrui, la matrone peut se procurer, dans sa propre demeure, la satisfaction de torturer un être humain. N’a-t-elle pas des esclaves? Cherchons ici la place que tiennent, dans la journée de la femme riche, les relations de la matrone et de ses serviteurs.

La Romaine s’est levée de mauvaise humeur. Ses esclaves, hommes ou femmes, vont s’en apercevoir, car voici les bourreaux que leur douce maîtresse a loués à l’année. Les exécuteurs commencent leur tâche hideuse; et leurs férules, leurs lanières, leurs étrivières, lacèrent les pauvres serviteurs. Pour rendre plus facile l’œuvre du bourreau, les coiffeuses ont dù se dépouiller de leurs vêtements. Le supplice continue, et la matrone n’a d'autre souci que celui d'oindre son visage avec un cosmétique. Le supplice continue, et la matrone recoit ses amies ou examine la broderie d’or d’un vêtement. Le supplice continue, et la matrone lit un long journal. Les bras des exécuteurs se lassent plus vite que la barbarie de la matrone; et lorsque la fatigue arrête les bourreaux, la cruelle Romaine, s'adressant à l’esclave

châtié, lui crie d’une voix terrible : « Sors, la cause est jugée ! ! »

Mais la matrone est pressée de quitter sa demeure : on l'attend, ou dans les jardins publics, ou dans le temple immonde de la déesse Isis. Vite, une coiffeuse! Cette esclave frise les cheveux de sa maitresse. Mais pourquoi ses épaules et sa poitrine sontelles découvertes ? C’est pour que le nerf de bœuf la blesse plus sûrement s’il lui arrive d’allonger une boucle un peu plus que l’autre. Ainsi Ovide nous montre une femme déchirant de ses ongles le visage de sa coiffeuse, lui enfonçant dans le bras l'aiguille destinée à retenir ses cheveux; et la pauvre esclave, maudissant la tête qu’elle touche, pleurant et saignant à la fois sur ces cheveux détestés ?.

Enfin la matrone est coiffée; une vieille esclave expérimentée est appelée pour juger du goût avec lequel s'élève sur la tête de sa maîtresse l'édifice pyramidal. Chacune des autres femmes donne à son tour son avis sur une question dont l'importance ne serait pas plus grande s’il s'agissait de la réputation ou de la vie de la coquette patricienne. Le soin de

Intonet horrendum, jam cognitione peracta.

JUVÉNAL, vi, 485, 486.

2. Ovide, Art d'aimer, im, 239-242, Cf.:Amours, TI, x1v, 18; et Martial, Épig., Il, Lxvi, où une maitresse cruelle frappe de son miroir l’esclave qui a mal fixé l’une de ses boucles; elle renverse cette coiffeuse et lui arrache les cheveux.

paraître belle est la plus sérieuse occupation de la matrone. Mais cependant, cette femme a un mari? Ah! ce mari, elle ne s’en occupe que pour recourir à sa bourse, ou pour haïr ses amis, ses esclaves.

Où est la matrone filant près de l’autel domestique, au milieu de ses femmes: ou veillant avec bonté aux travaux agricoles de ses esclaves?

Mais quel est ce bruit étrange? Les tympanons retentissent, des voix enrouées les accompagnent, et le chœur de la furieuse Bellone et de la mère des dieux fait son entrée chez la patricienne. Coïffé de la mitre phrygienne, un eunuque dirige le cortége. De sa forte voix, il annonce à la matrone que de grands malheurs lattendent si elle ne lui donne une centaine d'œufs et ses vieilles tuniques feuillemorte. Et cette Romaine, tout à l’heure si orgueilleuse et si barbare, elle tremblera à son tour, elle se soumettra aux plus dures et aux plus humiliantes prescriptions, dût-elle se plonger trois fois, chaque matin, dans le Tibre glacé, dût-elle aller chercher au fond de l'Égypte l’eau dont elle arrosera le temple d'Isis. La religion naïve de ses pères ne lui suffit plus : il lui faut les superstitions étrangères, le culte phrygien de Cybèle, le culte égyptien d'Isis.

Après que s’est retiré le chœur des déesses asiatiques, voici la sorcière juive; voici encore l'aruspice d'Arménie ou de Comagène qui, de même que cette horrible Canidie flagellée par Horace, inter-

roge jusqu'aux entrailles d'un enfant! Et pour quel motif? Pour promettre à la matrone un amour illicite! — Voici enfin le plus sûr oracle de la Romaine, l’astrologue chaldéen. La matrone lui demande quelles limites doivent avoir la vie de sa mére, la vie de sa sœur, la vie de son mari, la vie de l’étranger qu’elle aime... Et cette dernière existence est la seule dont cette femme ne souhaite pas le terme... Trop heureux encore l'époux si sa compagne ne hâte pas elle-même la fin de sa vie! Plus d'une matrone connaît les breuvages qui font perdre à un mari, ou une raison qui la surveille, ou une vie qui la gêne‘. La belle-mère sait aussi les moyens de faire disparaître les enfants d’une première épouse. La mère, la mère elle-même, est un objet de méfiance pour son propre enfant! Mais devons-nous seulement l'appeler du nom de mère, cette femme qui, selon le témoignage de Tacite, s’est déchargée de ses devoirs maternels sur une nourrice, sur des servantes; et ne faisant sucer à l'enfant qu’un lait vénal, ne l’entourant que de soins mercenaires, lui à ainsi fait inculquer dès le berceau les vices dégradants de l’esclavage?! Devons-nous l’appeler du nom

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