LES FUNÉRAILLES D'UNE VIVANTE
que les vierges qui entretenaient la flamme de leur vie nationale et civile. Mais par quelles lois terribles, inexorables, ils cherchent à préserver la vertu de la Vestale, cette vertu d’où ils voient dépendre la sûreté de l’État! : |
Transportons-nous au Forum. Est-ce bien là ce centre de la vie sociale et politique des Romains? Les temples, les édifices, les établissements publics sont fermés... Aumilieu des rites funèbres, s’avance une litière que suit une famille en pleurs. Une foule immense se range sur le parcours du cortége, et, muette, terrifiée, se joint à la lugubre procession. Tout nous dit que l’on conduit un mort à sa dernière demeure, un mort dont le trépas a frappé de stupeur la ville entière... Oui, c’est bien un mort, car en vain nous approchons-nous de la litière, nul cri, nul gémissement ne parviennent à notre oreille... Il est vrai que cettelitière est hermétiquement enveloppée de coussins serrés par des courroies, et que si un être vivant souffrait dans ce cercueil, sa plainte, étouffée, ne pourrait se frayer un passage...
Parvenue devant la porte Colline, le cortège gravit un monticule et s’y arrête : c’est le Campus sceleratus, le champ du crime. Une ouverture est pratiquée à la surface du sol, et dans cette fosse est posée une échelle qui permet d'y descendre.
idéal de virginité religieuse. » L'Eglise catholique et: la sainteté morale. (Revue d'économie chrétienne, avril 1863.)
Dar" LES FUNÉRAILLES D’UNE VIVANTE
Les licteurs délient les courroies qui entourent la litière. Le grand prêtre est là, assisté du collége pontifical. Il élève les mains vers les cieux, et ses lèvres murmurent une mystérieuse prière; puis’ il tire de la litière un corps de femme, revêtu des ornements funèbres et couvert d'un voile... Spectacle plein d'horreur! Cette femme vit et respire : c’est une Vestale qui a enfreint son vœu de chasteté ; c'est une Vestale qui, après avoir été condamnée par le grand prêtre et le collége pontifical, après avoir été dépouillée de ses insignes sacerdotaux, après avoir subi l’ignominieux châtiment de la flagellation, va être enterrée vivante au sein de ce tombeau dont elle a déjà senti les affres dans le cercueil qui l’a conduite au lieu de son supplice !.
Le Pontife suprême place la condamnée au sommet de l’échelle qui mène à la tombe. Alors il se retire, et l’exécuteur public, accompagné de ses aides, fait descendre à la malheureuse femme les degrés du: souterrain. C’est ainsi qu'elle pénètre dans une cellule qu’éclaire une lampe. Une couche y est placée :
4, Chez les Albains, les Vestales qui s'étaient déshoncrées étaient flagellées et mises à mort. Ainsi fut châtiée, suivant une tradition, Rhéa Sylvia, mère de Romulus et de Rémus; mais, d'après une autre version, Amulius lui fit grâce de la vie et la fit seulement jeter en prison. Ce serait, semble-t-il, Tarquin l'Ancien qui aurait ordonné que les Vestales infidèles fussent déposées vivantes dans un tombeau. — Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, 1, xvir, 5, 6; II, xx, 2; Dion Cassius Fragments. Cf. Tite-Live, 1, 3, 4.